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30.09.2009

Le tailleur gris - Andrea Camilleri

Le narrateur commence juste sa retraite : après une longue et bonne carrière dans la banque, il ne sait pas du tout comment il va occuper son camilleri.jpgtemps nouvellement libre. Il n'a pas le loisir de s'interroger longtemps, trois évènements surgissent en même temps. Sa femme, épousée en secondes noces et bien plus jeune que lui, installe son amant à demeure; on lui propose un poste qu'il soupçonne lié à la Mafia, et son état de santé se dégrade brutalement.

Le roman déroule les pensées du narrateur, qui oscille entre deux sentiments ambivalents : s'est-il trompé sur sa femme ou pas ? Est-elle cupide et insensible ou réellement attachée à lui ? Et le lecteur, tout comme lui, se pose également la question (qui trouve sa réponse). Un morceau de vie qui reprend les années écoulées par petits bouts, un narrateur vraiment attachant et intelligent qu'on a envie de consoler, une langue particulière qui donne très envie de lire plus avant Andrea Camilleri, même si apparemment il s'éloigne ici totalement de ce qu'il écrit habituellement.

Très court, mais pénétrant.

 

Ed. Métaillié, Collection Noir, Octobre 2009, 136 p.

Traduit de l'italien (Sicile) par Serge Quadruppani

Titre original : Il tailleur grigio

 

29.09.2009

Madame la Présidente - Anne Holt

Snapshot_20090929.jpgPour faire la connaissance de Vik et Stubo*, c'est dans "Une erreur judiciaire", dans "Cela n'arrive jamais", leur couple s'affirme, et un bébé vient le couronner. Dans ce troisième volet de leurs aventures, on en apprend un peu plus (un peu) sur le passé de Vik aux Etats-Unis, et pour cause !

Nous sommes en 2006, c'est une femme qui vient d'être élue Présidente des Etats-Unis. Pour son premier voyage officiel, elle choisit la Norvège, ce petit pays calme et tranquille. Et elle y disparaît. Genre mystère de la chambre jaune.

L'Amérique entière est en émoi, toutes les agences déboulent en Norvège : Secret Service, CIA, FBI, NSA, tout le monde est sur les dents. La police norvégienne n'entend pas vraiment collaborer, chacun son territoire. Mais Stubo va se trouver "affecté" à celui qui avait été l'instructeur de Vik...

Au risque de me répéter, c'est encore rivée aux pages que j'ai pris grand plaisir à lire ce roman d'Anne Holt. L'intrigue est ici plus compliquée, on navigue dans une atmosphère d'espionnage et de terrorisme, mais nos héros sont toujours présents et je les trouve décidement très attachants.

 

Ed. Plon, 1er Octobre 2009, 335 p.

Traduit du norvégien par Alex Fouillet

Titre original : Presidentens valg

 

(le "o" barré en oblique se prononce "eu" comme dans "bird", apprend-on à un moment, autant Vik, bon, ça doit se prononcer Vik, autant Stubo doit donner un truc comme Stoubeu. Dans tout le roman, on joue beaucoup sur la langue utilisée, et le norvégien a l'air particulièrement coton à prononcer :))

25.09.2009

Charles Dickens - Peter Ackroyd (2)

En poursuivant la lecture de cette magnifique biographie, on assiste bientôt à la parution de la toute première nouvelle écrite par Charles Dickens, en 1833 : "Un dîner à Poplar Walk". Exactement comme Joe dans "Les quatre filles du docteur March", il l'avait envoyée à un magazine qui publiait (sans rémunération) des nouvelles ("Monthly Magazine"), et quand il la voit publiée, son émotion est identique à celle de notre héroïne de papier; Submergé de bonheur, il ne supporte plus le spectacle de la rue, "son regard intérieur avait contemplé la vision de sa propre renommée".

Il accepte des charges de travail phénoménales (une opérette-bouffe, une farce, 3 romans pour différents éditeurs), et ce, pour plusieurs raisons :

- Il pense qu'il peut y arriver, bien sûr, confiant dans son talent.

- Il veut gagner de l'argent (il est marié), il a besoin de se savoir à l'abri, marqué par son enfance pauvre.

- Il a été fasciné par la pièce "Le meunier et ses hommes", l'image d'un travail incessant, d'une charge inlassable sur les épaules lui parle et l'atttire.

 

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Il trouve la gloire dès la parution des Pickwicks papers, c'est immédiat et énorme.

Fin 1836, il rencontre John Forster, qui survécut à la postérité en tant qu'ami et compagnon du génie. Leur rencontre est amusante : "Il était l'auteur d'une critique défavorable (sur sa farce), mais le compte-rendu avait été assez spirituel pour amuser Dickens, et cela suffisait à lui faire pardonner à peu près n'importe quoi.". S'ensuit toute une vie d'amitié entre ces deux hommes, avec ses hauts et ses bas, et cette phrase sublime de Forster après la mort de son ami : "Les devoirs de la vie subsistent, mais pour moi la joie de vivre a disparu à tout jamais."

Dickens aimait s'entourer d'amis "qui, sur tous les points importants, lui étaient inférieurs mais qui partageaient ses intérêts personnels, et sur lesquels il pouvait exercer une sorte de domination. Il n'avait pas une nature de "disciple" ou de "partenaire"; c'était lui, L'Inimitable, comme il aimait à se désigner, qui devait mener tandis que les autres suivaient."

Oliver Twist est le premier roman de langue anglaise qui prenne un enfant pour héros (il existait des témoignages et récits, mais pas encore de roman).

"Quand il était salué par des acclamations et des applaudissements frénétiques, il restait, écrivit-il un jour, "frais comme un concombre", c'est-à-dire imperturbable."

"Il faut être très prudent avant de relever des correspondances faciles entre sa vie et son oeuvre. Il prenait plaisir au "sentiment" plutôt qu'à la "chose" et cet homme qui s'exaltait à propos de repas gigantesques mangeait très peu lui-même. Peut-être ce fait nous donne-t-il la clef du complexe enchevêtrement de ses relations sociales, en même temps que la nature un peu ambigüe de ses opinions politiques."

"Dickens découvrait le monde à ceux qui y vivaient déjà". C'est joliment dit, non ? Et c'est là, pour moi, toute la magie de la littérature, nous donner à découvrir ce que nous vivons, nous donner les mots pour le définir.

Par contre grosse déception : "Dickens fut attiré par par les auteurs les plus théâtraux du siècle précédent;, il parle souvent de Smollett, mais ne cite pratiquement jamais Jane Austen, romancière pour laquelle il éprouvait une vive antipathie." (Tsss)

Et pour finir pour aujourd'hui (mais cette biographie est une mine, chaque page apporte son lot, il FAUT LA LIRE), un passage qui illustre l'importance du théâtre dans l'oeuvre de Dickens : "Les fins de romans sont des indices extrêment importants des véritables intentions d'un écrivain : à cet instant de conclusion - le romancier étant pour ainsi dire arrivé au terme des obligations et des difficultés qu'il s'était lui-même imposées - les véritables significations se révèlent de la façon la plus spontanée et la plus libre. La plupart des romans de Dickens se terminent par un tableau ou un baisser de rideau analogues à ceux des oeuvres dramatiques de la période. Les acteurs reviennent tous sur scène, leur passé et leur avenir tout tracés; ils se tiennent par la main et saluent; puis le rideau tombe et ils disparaissent."

Sauf que les personnages de Dickens ne disparaissent pas, justement, avec la fin du roman où ils sont nés; lui-même envisagea à plusieurs reprises de reprendre tel ou tel dans une chronique, et dans l'esprit du public, un Sam Weller par exemple est bien réel et immortel... Ou une Mme Gamp a donné son nom à un parapluie.

A suivre...


 

24.09.2009

L'Attente du soir - Tatiana Arfel

"Tous portaient un visage lissé par l'onguent de l'habitude, qui racle les espoirs d'un autre quotidien"

 

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Grand coup de coeur pour ce roman, qui m'a mouillé les yeux plus d'une fois (qui m'a mise en état transparent :)).

Trois personnages qui prennent la parole tour à tour, trois êtres abîmés mais qu'on sait sortis d'affaire, puisqu'ils se racontent à postériori.

Giacomo est un nomade, un vrai, de ceux qui ont l'appel de la route et du cirque chevillé à l'âme. La femme grise est une autiste par carence, c'est-à-dire que ses parents ne l'ont jamais regardée; elle ne se considère donc pas comme regardable. Et le môme, enfin, est à l'état brut, entièrement livré à lui-même et totalement sauvage. Tour à tour (et parfois en décalage), chacun nous raconte un petit morceau de sa vie, chronologiquement.

J'ai été bouleversée par ce roman, parce qu'il représente tout ce qui m'a fortement marquée durant l'enfance, et à ce titre, je l'ai lu sans défenses, entièrement ouverte et offerte. Quand on parle de cirque, c'est celui de Sous le plus grand chapiteau du monde; le môme est comme un Johnny Weissmuller dans Tarzan le mardi soir. Et la femme grise, enfin, cristallise le renoncement ultime à l'espoir, le détachement suprême que l'on recherche parfois, sans savoir (et en le constatant, là) comme c'est un état non enviable, comme il est précieux de ressentir, ne serait-ce que de la souffrance. Il y a de plus tout au long cette notion du mythe de Sisyphe, ce côté travail incessant et inlassable qui a lui aussi son aspect fascinant. Et puis de la poésie, et puis des couleurs...

A mon sens la dernière partie n'apporte rien, sinon de mettre en mots ce qu'on avait déjà largement lu entre les lignes dans les deux premières.

Mais quand même, une réelle magie se dégage de ces histoires croisées, un sens délicat et feutré, une grande douceur, des univers riches et  plein de sens, une émotion profonde qui court, se pose, se repose, reprend, chemine... Collection Merveilleux ? Le bon endroit.

 

Ed. José Corti, collection Merveilleux, 2009, 325 p.

 

Coup de coeur partagé par : Caro[line], Lily, Anne, Dominique, Michel, Keisha, JLK,

Avec bémol pour : Sylire, Cathulu, Papillon, Fashion,

23.09.2009

La fille du docteur Baudoin - Marie-Aude Murail

murail baudoin.jpgQuoi qu'écrive Marie-Aude Murail, sa plume coule toute seule et on lit ses romans d'une traite, même si on n'est plus adolescente et donc pas le public visé (je doute qu'un lectorat masculin apprécie par contre) !

Un propos légèrement caricatural même si des cinquantenaires comme Jean Baudoin doivent exister : médecin des beaux quartiers ne supportant plus ses patients, mari qui a trompé sa femme, qui méprise son jeune associé (encore au stade idéaliste, lui, avec un chat nommé Poubelle) et qui respecte fort peu ses trois enfants.

Parmi ces derniers, Violaine, dix-sept ans, se retrouve enceinte. Elle va se débrouiller sans papa-maman...

Comme dans Papa et maman sont dans un bateau, les relations familiales sont au coeur de ce joli roman que l'on termine attendris.

 

Ed. L'école des loisirs, collection Médium, 2006, 260 p.

Dans les remerciements, Anne Vaudoyer, excellente attachée de presse s'il en est.

 

Lu et approuvé également par Laure et Jules, le début lu en lectomaton (marrant ça !).

 

 

22.09.2009

La Terre des mensonges - Anne B. Ragde

L'histoire est très simple (encore qu'elle connaisse un rebondissement final surprenant) : Norvège, une famille aux liens distendus, la mère qui a ragde.jpgune attaque, les membres qui sont contraints de revenir et de se revoir. C'est l'hiver, il fait très froid, la ferme est sale, l'élevage de cochons pue, les frères ne savent plus se parler.

Mais ce roman possède quelque chose de tout à fait particulier, qui nous penche sur chacun des protagonistes, nous plonge au coeur même de leur vie tout en ne parlant que de leurs agissements. C'est prenant comme tout, on apprend plein de choses sur les animaux, on s'immerge totalement dans une ambiance pragmatique qui nous fait tout oublier.

Une saga familiale qui après un très grand succès dans quinze pays verra une suite paraître en 2010, j'ai hâte !

 

Ed. Balland, 2009 371 p.

Traduit du norvégien par Jean Renaud

Titre original : Berlinerpoplene

 

Ca a moins plu à Cathulu (pourtant, ce grand passage sur les vaches ! :))

21.09.2009

Une semaine avec ma mère - William Sutcliffe

"Daniel ignorait ce qui l'avait poussé à prendre contact avec Alison, la mère de l'enfant qui allait à la crèche avec le fils du neveu de la soeur de la femme dont le chien l'avait mordu quand il était petit."

sutcliffe.jpgElles sont trois amies de longue date, depuis que leur enfants étaient en maternelle; ce genre d'amitié occasionnée au départ par le simple fait d'être voisines, mais qui a évolué au fils des années. Maintenant que leurs enfants sont tous trentenaires, elles sont même devenues importantes les unes pour les autres, à leur corps défendant, parfois. Aucune n'est encore grand-mère, toutes se sentent négligées et pire même, oubliées par leur fils. Elles s'imposent alors un challenge : aller passer une semaine chez fiston.

Elles déboulent ainsi, chacune chez son chacun, hardi petit, ce qui est en soi une révolution. Elles doivent se donner seules du coeur à l'ouvrage, mais le but en vaut la peine, renouer avec la prunelle de leurs yeux, comprendre leurs façons de vivre, sentir s'ils sont heureux.

Et nos trois gaillards ne sont pas tristes : entre le tombeur superficiel, l'homosexuel réservé et l'amoureux brisé, nos mamans auront bien du mal à intégrer les moeurs modernes...

Un très chouette roman qu'on lit sans même s'en rendre compte : c'est léger mais bien vu, on sourit et on se laisse même attendrir, surtout si on est maman soi-même et qu'on sent déjà la chair de notre chair prendre son envol. Une petite récréation fort bien venue dans une semaine chargée ! :)

 

L'avis de Cathulu (merci !)

 

Ed. Calmann-Levy, 2009, 282 p.

Traduit de l'anglais par Elsa Maggion

Titre original : Whatever Makes You Happy

 

Lu également par : Georges Sand et moi (qui n'a pas aimé du tout), Lau ("un bon moment de détente malgré les clichés"),

 

18.09.2009

Charles Dickens - Peter Ackroyd (1)

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Vous le savez, vous l'avez lu partout, je l'ait dit, c'est connu, Peter Ackroyd a acquis avec son Dickens la totale célébrité. Il a écrit une véritable brique (1199 pages, grand format) qui est un enchantement de bout en bout, qui vous prend à bras le corps (et vous muscle les bras) et qui vous raconte qui était Charles Dickens en long, en large et en travers.
(On ne se rend pas bien compte sur les photos, mais ce pavé fait deux fois la taille d'un livre broché, et je dirais 3 fois son poids !)

C'est tellement BON, que je ressens le besoin d'y aller par petits morceaux, et de vous raconter au fur et à mesure.
Je viens de lire les six premiers chapitres, allant de 1812 à 1833 (plus une introduction de Sylvère Monod, le traducteur, lui aussi spécialiste de Dickens), une préface, un prologue; tout ceci parle tellement bien de Charles Dickens qu'on en voudrait encore, c'est dire. Voici ce que j'ai appris, en vrac comme d'habitude :

Sa grand-mère était une excellente conteuse, sa mère était très gaie, douée pour "la mimique, le pathétique et la comédie". "Dickens devait à sa mère une part de ses dons d'observation et de sa curiosité, et à son père une part de sa rhétorique et de sa grandiloquence."

Sa mère fut son premier professeur, lui apprit à lire et le latin. Il était, comme elle dans une moindre mesure, doué d'une mémoire exceptionnelle qu'on qualifierait peut-être de nos jours d'obsessionnelle; quand il entrait dans une pièce, il en mémorisait en un instant l'ensemble des détails, capable de les restituer des années plus tard.

Il a aimé les mots dès l'abécédaire, ils ont toujours été pour lui comme vivants. "Sombrer" par exemple, l'a beaucoup impressionné (il a toujours vécu au bord de l'eau), et plus tard "se faire défoncer" l'a longuement interrogé.

"Compte-tenu du fait que Dickens peut être considéré comme ayant créé presque à lui tout seul l'idée moderne de Noël, il est intéressant de noter qu'il neigera pour Noël pendant les huit premières années de sa vie; c'est ainsi que la réalité existe parfois bel et bien avant son image."

Enfant, il lisait avec passion, et de cette manière  (rapportée par Mary Weller) : "[...] assis, avec son livre dans la main gauche, le poignet soutenu par la droite, qu'il remuait sans arrêt de bas en haut, tout en s'humectant les lèvres."

C'était un enfant dont tous gardent un souvenir gai et sociable, mais qui se croyait solitaire et faible (et on l'appelait "Charley", beurk).

La maladie qui défigure Esther Sommerson dans La maison d'âpre-vent est la variole (dont sa soeur Harriett décéda en 1822). (Je dis ça parce que personne n'avait jamais répondu à ma question, méchants que vous êtes).

Dans son essai "L'égaré", il dit avoir été un enfant perdu et solitaire, mais "inspiré par une solide foi dans le caractère merveilleux de toute chose". "On disait souvent que j'étais un enfant bizarre, et je pense que c'était vrai."

A douze ans il doit travailler, son père est en prison pour dettes. Depuis toujours, et jusqu'à la fin, sa famille déménage sans cesse, expulsée, harcelée par les débiteurs. Il en sera profondément traumatisé. "Ne jamais se montrer tel qu'il était vraiment, ni exprimer ce qu'il ressentait, est un trait remarquable de cet homme qui semble tellement ouvert à tous les sentiments du monde dans ses romans. Il fut toujours un homme réticent et renfermé; ses enfants le savaient, et son ami le plus intime aussi."

Et puis en 1825 c'est l'éclaircie : il a surmonté les épreuves, il reprend l'école (pour deux ans), il est animé d'un entrain exceptionnel. Sa scolarité est moyenne, "Ses camarades de classe, presque sans exception, déclarent qu'à aucun moment le jeune Charles Dickens ne donna le moindre signe du talent ou du génie qu'il devait révéler plus tard. C'était simplement un garçon joyeux et espiègle comme beaucoup d'autres."
Néanmoins, quand il décide d'apprendre la sténographie, ce que font les autres habituellement en 3 ans, il la domine en trois mois.

Commence alors sa vie active....

A suivre

(Et bien évidemment tout ceci est mis en situation, en relation avec le reste de sa vie, décortiqué et réfléchi, il faut vraiment vraiment lire cette biographie !)


17.09.2009

Le coeur est un noyau candide - Lydia Millet

"Pendant la guerre froide, l'arsenal nucléaire augmenta à un rythme inégalé et les Américains se virent gratifiés d'une série de courts métrages didactiques sur la défense civile. L'un deux, diffusé au début des années 1960, s'intitulait L'Atome et vous et n'y allait pas par quatre chemins : "D'après le comité à l'énergie atomique, précisait-il, le meilleur moyen de se protéger d'une bombe atomique est d'ETRE AILLEURS quand elle explose."

 

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Nous sommes en 2003 (pourquoi la 4° de couv parle-t-elle de 2006 ?) aux Etats-Unis. Ann et Ben forment un couple un peu étrange, très réservés (sauf entre eux), sur le point de se décider à faire un enfant. Ann est bibliothécaire, toujours ponctuelle, toujours un peu à-côté de sa vie, comme empreinte d'une sorte de tristesse profonde, du genre sentiment d'imposture, à chercher du sens, sa place. Ben est paysagiste, jardinier, très doux, posé, fou d'Ann. Un jour, au tout petit matin, Ann fait un rêve ou a une vision éveillée, elle ne sait pas très bien, dans lequel elle voit la toute première explosion atomique (1945), et Robert Oppenheimer y assister.

D'une manière totalement inexplicable, les trois scientifiques ayant oeuvré à la découverte de la bombe atomique se retrouvent enlevés à ce moment précis de leur vie (la première explosion atomique) et projetés en 2003, totalement ahuris. D'autant qu'ils découvrent vite qu'ils ont poursuivi leur vie pour ce monde-là, et y sont morts. Ann les retrouve et les prend sous son aile, au grand dam de Ben. Que peut-il arriver avec trois savants morts absolument inadaptés à la vie du 21° siècle, qui découvrent ce qu'a engendré leurs travaux ?...

Vous vous doutez bien qu'en disant ceci je n'ai rien dit, ce roman est de toute façon impossible à résumer, comme tous les romans, d'ailleurs. Mais là on assiste quand même particulièrement à quelque chose d'inédit, à un ton et une façon de faire neuve et très, très prenante. Un mélange de faits bruts historiques et d'intimité extrêmement fouillée, de science-fiction et de quotidien, d'humour, d'absurde et de moments déchirants. Pour ces derniers, pas tant dans l'action que dans l'expression de pensées souvent fort justes, mais très plombantes.

Un roman que j'ai dévoré (malgré une petite baisse d'intensité aux 3/4) et qui m'a atteinte en plein coeur, merci Solène !

 

"La joie, pensa-t-elle : peut-être que quand on ne l'a pas, quand on n'a pas la grâce, on essaie d'en trouver l'éclat chez quelqu'un de proche. [...] Nous sommes si nombreux, si difficiles à distinguer les uns des autres, pourtant nous n'aspirons qu'à être distingués, pensa-t-elle [...] Et pour cette raison, en plus d'être heureux, nous voulons absolument être choisis. Nous voulons être consacrés, inclus, savoir que c'est à nous qu'on a parlé, songea-t-elle [...]"

Et un point de vue que j'avais relevé également dans "Loving Franck" de Nancy Horan : "Il y a les hommes et les femmes qui ont des idées précises et bienveillantes de ce qu'il faut pour faire du monde un endroit meilleur, et ceux qui ont des idées opiniâtres et spectaculaires de ce qu'il faut pour le sauver de la catastrophe. Souvent, ces derniers sont des passionnés qui s'attirent de nombreux adeptes.

Souvent, ces hommes et femmes animés de visions grandioses pensent que les lois qui s'appliquent au commun des mortels ne s'appliquent pas à eux. Parce qu'ils sont investis d'une mission, contrairement aux masses laborieuses, aux milliards occupés à des tâches prosaïques, ils se croient exonérés des contraintes et des convenances. Ils cumulent la qualité de grand homme, avec, par exemple, celle de voleur, de kleptomane ou de chauffard. Ils sont toujours en retard ou ont une hygiène douteuse.

La vérité, c'est qu'ils savent qu'on ne leur en tiendra pas rigueur.

Et aussi, ils savent que la plupart des conventions et des rituels avec lesquels nous remplissons notre temps ne sont rien de plus. Tant de gestes quotidiens semblent avoir été inventés pour épuiser le jour.

Pour qui ne se sent pas investi d'une mission supérieure, l'organisation peut paraître importante. Un petit panorama, une cuisine, un placard, un tiroir prennent la place d'un empire.

C'est un phénomène transparent, ce qui ne veut pas dire évident."

 

Ed. Le Cherche-Midi, Collection Lot 49 (excellente collection !) septembre 2009, 558 p.

Traduit de l'américain par Julie Etienne

Titre original : Oh Pure and Radiant Heart

 

16.09.2009

La délicatesse - David Foenkinos

foenkinos 2.jpgUne Nathalie rencontre un François; ils s'aiment; il meurt; elle est triste; son patron la drague avec lourdeur; c'est un Markus qui emporte la mise; mais Markus est laid, c'est un problème; pour les autres, s'entend, Nathalie, elle, est sous le charme de sa délicatesse. Voilà, voilà.

Honnêtement, c'est tout. Pour l'intrigue. Après nous avons un joli sens de la formule, dont il est fait, à mon sens, un usage largement abusif et donc, pénible. Pas mal d'humour, aussi, qui fonctionne bien. Et toujours ce petit charme auquel on veut bien s'abandonner le temps de quelques pages, mais qui est immanquablement gâché, pour moi, par un retour aux formules faciles et au second degré que je ne trouve pas très finement manié.

Le genre de roman que je lis en m'exclamant "oh arrête !", un petit peu trop souvent à mon gré.

Sur la liste des prix littéraires de l'automne ? Oh, arrête !

 

Ed. Gallimard, août 2009, 200 p.

 

Franchement apprécié par : [Caro] (of course),  Dee Dee, Emeraude, Nicole Volle, Sébastien Almira, Elfique, Clair de plume, Vinciane H.,

Plus réservés : Bartllebooth, Le Reilly,

Vous constatez donc que mon "bof" (et même : "booooooooooooooof") est largement minoritaire :)

Voir et entendre David Foenkinos parler de son roman : ICI.

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