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01.10.2009
Malevil - Robert Merle
Le premier paragraphe :
"A l'École Normale des Instituteurs, nous avions un professeur amoureux de la madeleine de Proust. Sous sa houlette, j'ai étudié, admiratif, ce texte fameux. Mais avec le recul, elle me paraît maintenant bien littéraire, cette petite pâtisserie. Oh, je sais bien qu'un goût ou une mélodie vous redonnent, très vif, le souvenir d'un moment. Mais c'est l'affaire de quelques secondes. Une brève illumination, le rideau retombe, et le présent, tyrannique, est là. Retrouver tout le passé dans un gâteau amolli par une infusion, comme ce serait délicieux, si c'était vrai."
Deux courts extraits :
"Ma mère, par exemple. Geignarde et prêchi-prêchante, elle a le vice des gens médiocres : elle récrimine. Simple alibi pour l'esprit de routine."
"Il se livre à l'ambition, c'est-à-dire qu'il ne se donne pas aux choses qui lui feraient vraiment plaisir, mais à celles que les autres trouvent importantes."

C'est sur le blog Les libraires se cachent pour mourir que j'ai pioché le goût de lire ce roman, à un moment il indiquait, comme ça en passant, que c'était peut-être bien ce qu'il avait lu de plus fort dans l'année (comme quoi parfois, nul besoin de faire 9 paragraphes classifiés par thème ^^).
Dès la première page, j'ai été cuite. Foudroyée immédiatement par la beauté de la langue, qui se fait multiple en plus tout au long du roman (avec une prof de maths qui articule exagérement un vocabulaire recherché, un brave attardé mental, du patois, de la rhétorique, de la propagande, j'en passe, et même, figurez-vous, une muette, qui saura parfaitement se faire comprendre). Mais tout aussi forte est l'histoire, qui dénie au lecteur la possibilité de s'arrêter : Non, on ne peut pas marquer de pause, chaque page appelle la suivante, on est à fond dedans !
Malevil, c'est un récit post-apocalyptique. La guerre atomique a eu lieu (fulgurante). Personne n'a rien compris, personne ne sait quelle est l'ampleur de la destruction (mondiale apparemment, en raison du dérèglement climatique) et à la limite peu importe : pour ceux qui ont survécu, il s'agit de continuer à vivre, et donc de s'organiser.
A Malevil, ils sont un petit groupe vite mené par Emmanuel Comte, notre narrateur. Ils se débrouillent comme des chefs, créent une petite société en communisme agraire primitif, sont en autarcie et retrouvent peu à peu un sens à la Vie. Mais ils ne sont pas les seuls survivants, et ce sont véritablement des guerres qu'il faut gérer...
Aux côtés d'Emmanuel, on a ponctuellement l'intervention du jeune Thomas, qui recadre un peu les évènements, avec une objectivité dont le narrateur manque de plus en plus au fil des pages. Emmanuel se révèle dans ces conditions difficiles, se dépasse même très certainement, et a besoin pour ce faire d'une importante confiance en lui, qu'on comprend parfaitement en tant que lecteur. Il nous agace malgré tout, parce que c'est comme ça, on n'aime pas les hâbleurs à qui tout réussit. En même temps on s'identifie complètement à ses "ouailles", on compte sur lui pour se montrer fort quand c'est nécessaire (allez tuer des inconnus morts de faim en face à face, vous, parce qu'ils mangent votre blé même pas encore mûr sur sa tige, tout cru), réfléchi quand il s'agit de gérer les relations sociales, généreux pour les survivants du village voisin, impitoyable pour l'affreux curé qui a y a pris le contrôle, pénétrant quand il se penche sur la religion, bref, on veut un guide, un appui, un leader "qui sait". Et on voudrait, qu'en plus, il soit modeste ?
Bon on se gausse quand même de ce "il parpalège" qu'on voit toutes les 3 pages. Alors j'ai cherché, c'est cligner de l'oeil. A priori sur le net c'est uniquement en rapport avec Robert Merle qu'on en parle ;o)
Mais Malevil, quoi. Le genre de roman qui vous promet des nuits agitées, des interrogations sans fin, et qui est, au final, d'un pessimisme profond, mais absolument pas déprimant. Marquant.
Ed. Gallimard, 1972 & Folio 636 p.
Lu également par Bouh et Caroline.
06:23 Publié dans Excellent | Lien permanent | Commentaires (39) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : post-apocalyptique, survivre, communauté, se défendre, politique, avenir, et surtout, génial, ah et sf aussi


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Commentaires
Écrit par : cathulu | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireJamais lu "Malevil" mais je me doutais bien que c'était une lacune. Ce qui me gêne un peu, ici, c'est la SF. Est-ce que c'est vraiment SF, ou c'est juste un prétexte pour raconter quelque chose d'autre ?
Écrit par : erzébeth | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireA partir du moment où il projette un avenir hypothétique, c'est de la SF; mais ce à quoi on assiste, c'est à la naissance d'une nouvelle société, avec changement complet des valeurs anciennes.
Donc si ta question est "est-ce que tu aimerais", ma réponse est OUI, parce que c'est très bien écrit et haletant :)
(Ah et puis ce n'est pas moi, non, qui fais des billets comme je rédigerais une dissertation... mais j'en ai vu....Et c'est souvent très bien aussi ! ;o))
Écrit par : Cuné | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Doriane | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireQuand au film : circulez, y a rien à voir ;-)
Écrit par : Meria | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Coriolano | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 01.10.2009
Répondre à ce commentaire@ Doriane : Je découvre éblouie ! :)
Écrit par : Cuné | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Bouh | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Yvain | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireJ'avais beaucoup aimé aussi "Un animal doué de raison" qu'il faudrait que je relise aussi (pour voir)
Écrit par : MyrtilleD | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireEt "Un animal doué de raison" reste le grand souvenir de lecture de mes onze ans, j'avais a-do-ré, j'en parlais à tout le monde ! Comme MyrtilleD, je me demande ce que ça donnerait si je le relisais aujourd'hui.
Écrit par : Melanie B | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireCelà dit ae lecture , quoique m'ayant laissé une forte impression , est lointaine maintenant et tu me donnes caeeémént envie de le relire , tiens !
Je ne suis donc pas prête à relever rapidos le défi d' Antigone , dis-donc !!!
Écrit par : La Pyrénéenne | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Meria | 01.10.2009
Répondre à ce commentaire@ Meria : Oh que oui il y a un gros aspect philosophique :)
Écrit par : Cuné | 01.10.2009
Répondre à ce commentaire(et bon courage pour le déménagement..., mais je comprends ton plaisir d'aller vivre dans une vraie ville !)
Écrit par : Papillon | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Coriolano | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : caroline | 01.10.2009
Répondre à ce commentaire@ Coriolano : ok :)
@ Papillon : Merci ! :)
Écrit par : Cuné | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireQuant à Fortune de France, oui c'est bien au début, lassant à la longue...
Écrit par : keisha | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Aurore | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : BelleSahi | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : ficelle/sophie poirier | 01.10.2009
Répondre à ce commentaire(et c'est vrai que c'est un chouette livre)
Écrit par : Le libraire se cache | 01.10.2009
Répondre à ce commentaireOui Malevil est un livre très fort, et tu verras si tu poursuis ta découverte que Robert Merle en a écrit pas mal des livres forts. Je trouve dommage qu'il ne soit connu que pour sa saga historique (plutôt nunuche à mon goût)intitulée Fortune de France. A plus et bon déménagement. (Où cette fois ?)
Écrit par : domreader | 02.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 02.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Stephie | 02.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Solenn | 03.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Constance | 03.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : yueyin | 05.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : chiffonnette | 06.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : liliba | 10.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 10.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : La Pyrénéenne | 15.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Nicolas | 11.12.2009
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