« Les enfants rats - Françoise Jay | Page d'accueil | Dombey et fils - Charles Dickens »
18.10.2009
Quand la mer monte - Yolande Moreau & Gilles Porte (2004)

Irène est une comédienne en tournée dans le Nord de la France, avec un spectacle dans lequel elle est seule en scène : "Sale affaire". Affublée d'un masque qui lui donne un air inquiétant/décalé, elle fait rire les salles en interprétant une femme de 45 ans qui vient de commettre un crime, à la recherche de l'amour. Chaque soir, elle désigne dans la salle un "poussin" qui la rejoint sur scène et qu'elle martyrise gentiment.
Un jour, en panne de voiture en plein milieu de la campagne, elle est dépannée par Dries, qui passait en mobylette. Pour le remercier, elle lui remet deux invitations à venir la voir sur scène. Dries s'y rend le soir-même, il est "choisi" comme poussin et passe une très bonne soirée. A tel point qu'il la continue avec Irène et deux de ses amis, dans un bar puis un autre.
Dries n'a pas eu de chance dans la vie, orphelin il a été élevé par des parents adoptifs à partir de 9 ans et demi seulement. Il parle mal français, avec un accent flamand très prononcé, il vit provisoirement dans le hangar où sont rangés les géants (il est porteur de géant pour le carnaval) et bosse sur les marchés en pointillés. C'est un gars du nord gentil et un peu fier-à-bras. Il craque immédiatement sur Irène. Selon mon interprétation, il n'a pas le recul suffisant pour différencier ce qui se passe et se dit sur la scène, lorsqu'il est "poussin", et la comédienne derrière, dans la vie. Et puis on sent qu'il est attiré par la vie d'Irène ("tu fais l'imbécile et on te paye pour ça"), par sa douceur, sa gentillesse, sa culture.
Irène est mariée, avec Michel, elle a un fils, Simon, elle passe beaucoup de temps seule sur la route et dans de tristes chambres d'hôtel, elle leur parle au téléphone, ce sont des conversations pratiques, il faut choisir le carrelage, en son absence ils mangent trop de spaghettis, elle rentrera dimanche. On sent une grande lassitude, un genre de grisaille qui poisse son quotidien. Au départ, elle n'est pas du tout attirée par Dries, de qui tout la sépare. Mais il revient, s'impose dans sa vie doucement, comme une évidence, et quand elle doit quitter Béthune, ça flotte dans l'air, elle hésite ("entre une gaufre au sucre et une histoire d'amour").
Et Dries vient la voir à Grande-Synthe l'invite au carnaval du lendemain. Irène ment au téléphone à Michel, elle dit oui à Dries. Et c'est parti...
"Quand la mer monte" est une histoire d'amour, mais c'est surtout un très bon film. C'est la plus juste expression du Nord-Pas-de-Calais que j'aie jamais vue au cinéma, par de petits détails, des routes qui défilent, un ciel bleu-gris au dessus de la mer, des chaussées luisantes dans la nuit. Une grande subtilité, une façon de montrer l'âme des ch'tis en demi-teinte, le carnaval et cette envie de danser qui nous contamine, les scènes cocasses du troquet au petit matin ("du rouge ! Bordeaux, Côte du Rhône, Beaujolais ? .... Du rouge !"), les lumières des usines en nocturne. Pas d'une gaieté folle, mais juste.
Yolande Moreau irradie dans ce film, tour à tour volontairement grotesque sur scène et immensément touchante dans sa vulnérabilité douce. Wim Willaert est parfait, en paumé rouleur des mécaniques, avec ses grands yeux qui dévorent Irène. Tous les deux nous offrent une interprétation magistrale, dans la simplicité, nous font croire à leur histoire.
Mais les histoires d'amour finissent mal, en général, c'est trop connu.
(DVD à moins de 3 euros)
19:39 Publié dans DVD | Lien permanent | Commentaires (24) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : une certaine vision du nord


Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://www.cuneipage.com/trackback/2425058
Commentaires
Écrit par : Françoise | 18.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : La Pyrénéenne | 18.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : yueyin | 18.10.2009
Répondre à ce commentaire@ La Pyrénéenne : On est nombreux dans ce cas, je crois ;o)
@ Yueyin : Effectivement, peu de presse à l'époque.
Écrit par : Cuné | 18.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cathulu | 19.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Aifelle | 19.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cathe | 19.10.2009
Répondre à ce commentaireD'accord avec toi sur la description réaliste du Nord-pas-de-Calais (à laquelle j'ajouterais quand même Karnaval, dans un genre différent mais tout aussi proche de la vérité).
Écrit par : In Cold Blog | 19.10.2009
Répondre à ce commentaire:)
"Karnaval", pas vu, je note, merci !
Écrit par : Cuné | 19.10.2009
Répondre à ce commentaireDe très belles scènes, comme celles au bord de mer, ou celle chez les parents de Dries, très réaliste (cela m'a rappellé des souvenirs, puisque le film se passe là où j'ai grandi : Grande-Synthe, le houblon, les géants, etc....)
J'ai d'ailleurs revu ce film par la suite, qui était suivi du spectacle que Yolande Moreau joue dans le fim (Sale affaire), interprêté par Yolande herself : un grand moment de théâtre !
Écrit par : Yohan | 19.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : LVE | 19.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Géraldine | 19.10.2009
Répondre à ce commentaireBon courage pour la dernière ligne droite!
Écrit par : Anne | 19.10.2009
Répondre à ce commentaireEt dire que j'ai raté ce film sur ma région...
Écrit par : Choco | 20.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Françoise | 20.10.2009
Répondre à ce commentaire@ Choco : Cathulu y vit toujours, même ! :)
@ Anne : Merci, nous touchons au but, là.
@ Géraldine : Oui, vraiment à voir, et à un si petit prix...
@ LVE : Voilà.
@ Yohan : Oh la la, oui, plusieurs scène très très marquantes dans ce film, comme ce moment où Dries dit quelque chose comme "tu n'es pas ma femme ? Et alors ? Ce sont pas mes parents non plus"... Et quand elle le voit en Don Quichotte... Et les dunes, bien sûr, et tant d'autres choses encore :)
Écrit par : Cuné | 22.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Choco | 22.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : alain | 24.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cathulu | 25.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 25.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : erzébeth | 25.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 26.10.2009
Répondre à ce commentaireRien de tout ça : la réalisation de Yolande Moreau est légère, subtile, irrévérencieuse. Et même émouvante. Un film humaniste sans mélo, c'est donc possible. J'ai eu plaisir à lire votre billet, j'avais l'impression de le revoir.
Écrit par : Georges F. | 26.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Aproposdelivres | 01.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrire un commentaire