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31.10.2009
L'échappée belle - Anna Gavalda
"L'échappée belle" est une petite bluette qui fait du bien. Ecrit en 2001, juste après "Je l'aimais", ce titre est d'abord paru en cadeau pour les
adhérents France-Loisirs, puis maintenant réédité au Dilettante (sa maison d'édition "historique") après quelques retouches.
Il s'agit d'un moment entre frères et soeurs, adultes et installés dans une vie moyennement marrante, dans une période où ils ne vont pas très bien, ils s'échappent d'un mariage pour baguenauder comme des gamins insouciants.
Anna Gavalda fait partie de ces auteurs qu'il est de bon ton de snober, elle vend des livres, c'est suspect. Pourtant elle a quelque chose dans la plume qui me rejoint, me touche, qui fonctionne avec moi. Dans ces 165 pages elle charge un peu la mule (disons que tout ce qui peut arriver arrive et que la langue est très familière) mais pourtant des mots sautent hors des pages pour scintiller devant mes yeux :
"Sublimes toquards" ==> Mes personnages préférés au monde.
"Je ne dis pas que c'est un saint, je dis qu'il est mieux que ça"
Et pour faire danser votre week-end malgré les gouttes qui ont l'air de s'annoncer drues : "Miousic wâse maille feurst love" (for connaisseurs only, dit-elle) (Dommage qu'il n'y ait pas Spandau Ballet, tiens).
Ed. Le dilettante, 4 novembre 2009, 165 p., 10 euros.
Le "prière d'insérer" d'Anna Gavalda.
Lu également par Amy, Laure aime le texte mais n'aime pas trop qu'on fasse du neuf avec du vieux.
07:47 Publié dans Pas mal | Lien permanent | Commentaires (35) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : léger et court-vêtu, sympatoche, souriant, mimi, j'aime plutôt bien
29.10.2009
Le Havre un art de vivre - Pierre Dottelonde
Il existe un nombre incroyable de blogs consacrés à la ville du Havre (répertoriés ICI), avec de très belles photos. Je prends plaisir à les parcourir, pour tenter de défricher l'inconnue que représente encore, installée depuis seulement quelques jours, cette ville. Bien sûr il faudra, tranquillement, la parcourir de visu, mais les premiers temps sont riches d'occupations autres, et le net ou les livres sont une bonne entrée en matière.
"Le havre un art de vivre" de Pierre Dottelonde est à ce titre tout simplement parfait.

En préambule, ces deux qualificatifs que j'ai déjà entendus si souvent : "[..] l'entrée du Havre dans la prestigieuse famille des sites les plus remarquables au monde a sonné comme une belle revanche pour cette ville si souvent - et toujours par des gens qui n'y ont jamais mis les pieds - dépeinte comme "triste" ou "grise", à l'instar de la plus plupart des villes reconstruites après la Seconde Guerre mondiale." Alors que ceux qui prennent la peine de vérifier sur place ont le plaisir, presque la surprise, de découvrir une ville "libre, ouverte sur un grand large, accueillante à la création (et aux nouveaux venus, je confirme ;o))" (propos de Michèle Champenois, journaliste au Monde).
Tous les aspects de la ville sont évoqués en différents chapitres, avec de nombreuses et somptueuses photos, le tout est émaillé de citations d'écrivains, cinéastes, architectes consacrées au Havre. (On trouve aussi l'appel allongé lors de la parade du printemps du goéland argenté : "Au-kailli-kau-kau-kau-kau-kau-kau-au-au" ;o))
Tout le monde sait que la ville a été inscrite au patrimoine mondial, pour son architecture Perret, mais beaucoup l'imaginent comme Philippe Meyer : "Je croyais, sur la foi de la rumeur, qu'[Auguste Perret] avait bâti sans moyens des parallélépipèdes riches en béton et pauvres en imagination, alignés sans autre dessein que de répondre en toute hâte aux besoins de relogement. Je découvre des immeubles aux proportions harmonieuses et discrètes, à l'agencement séduisant, aux portes décorées de reliefs avenants, au béton adouci par une teinte rose dans la masse, à l'orthogonalité organisée en belles perspectives classiques que la tour de la mairie et les flèches de l'église Saint-Joseph tirent parfois vers le ciel."
D'ailleurs, Auguste Perret lui-même déclarait : "Mon béton est plus beau que la pierre. Je le travaille, je le cisèle [...], j'en fais une matière qui dépasse en beauté les revêtements les plus précieux."
Oscar Niemeyer, à qui l'on doit le Volcan, déclare, lui : "Quand j'ai commencé le projet du Havre, j'ai pensé que l'architecture était liée à un ensemble, au climat, et je ne voulais pas une place où les gens regardent les éléments d'un seul point de vue [...] C'est ça mon travail au Havre [...] une chose non baroque mais avec beaucoup de liberté".
143 pages qui se terminent par les hauts lieux de la cuisine havraise, avec, par exemple, Jean-Luc Tartarin qui nous propose des coquilles saint-Jacques de la baie de Seine, saisies dans leur coquille à vif, accompagnées d'eau d'huîtres à la réglisse et d'une feuille de caramel au curry. Mmmmmm...




(Voyez les petits bonhommes qui grimpent sur le volcan ? Fiston s'y essaye tous les jours, chut)
Un grand merci à Solène !
Lu également par Yllen,
07:52 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (29) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le havre, et moi, une rencontre réussie
28.10.2009
Genesis - Bernard Beckett
Anaximandre s'est beaucoup entraînée avec Périclès, son tuteur, rencontré fortuitement. C'est le grand moment, l'examen d'entrée à l'Académie; il se déroule oralement, face à trois examinateurs impassibles, il va durer quatre heures, entrecoupées de longues pauses pendant lesquelles le jury délibère et oriente ses questions. Nous sommes dans le futur, et on interroge Anax sur la vie et l'oeuvre d'Adam Forde, 2058-2077. Il a été le déclencheur du Grand Dilemme, et Anax a étudié le sujet à fond. Sauf qu'elle ne sait pas tout...
Un roman parmi les meilleurs ! On oublie totalement qu'il s'agit d'un roman Jeunesse (d'ailleurs, il s'adresse à mon sens aux grands ados et aux adultes) et on dévore. Bien sûr c'est une vision très sombre de l'avenir, mais nos choix philosophiques sont très clairement exprimés, on ressent une grande empathie et on est rivé aux idées développées. Anaximandre se prend au jeu, c'est très intéressant, en dehors de l'histoire elle-même, de la voir perdre ses réserves et s'impliquer de plus en plus, tout en redoutant que cela ne la perde... Le style est limpide et la révélation finale fonctionne bien, même si elle n'est pas nouvelle : je recommande chaudement !
Ed. Gallimard Jeunesse, 2009, 186 p.
Traduit de l'anglais (néo-zélandais) par Laetitia Devaux
09:42 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, sf, intelligence artificielle, futur
27.10.2009
Dombey et fils - Charles Dickens
"Elle s'adonna à la mélancolie, le meilleur marché et le plus accessible des luxes, jusqu'au moment où le sommeil la prit."
"Dombey et fils" raconte l'histoire d'une famille, les Dombey. Le père est un riche homme d'affaires, que l'orgueil étouffe et contraint à la rigidité en tous moments de sa vie; la mère décède en donnant la vie au petit Paul; ce dernier est destiné à occuper le "& fils" qui se transmet de génération en génération, aussi la soeur aînée, Florence, est-elle totalement ignorée. Paul meurt dramatiquement, le père se remarie avec une intrigante qui a des états d'âme, et Florence est toujours quantité négligeable (pour son père, car sinon tout le monde l'adore). Puis le malheur s'abat encore, la nouvelle épouse s'enfuit (avec le bras droit ! Coup fatal !) et Mr Dombey se met à haïr Florence, qui s'enfuit alors elle aussi (pour trouver l'amour, ça va). Agé, ruiné et solitaire, il se rend alors compte de la perle qu'est sa fille et tout finit bien, dans un salut final.
"Dombey et fils" ne compte pas parmi les meilleurs romans de Dickens, il est souvent lourd de tension dramatique martelée ou exagérément primesautier, avec un comique de l'absurde clinquant. en ce qui concerne le père, c'est clair, on le méprise dès le départ, mais il est difficile de s'attacher à Florence qui a peu de consistance, et qui accepte tout avec une placidité de sainte peu séduisante. Dickens avait été très ébranlé en écrivant la mort du petit Paul (alors à Paris, en hiver, il avait ensuite passé toute la nuit à marcher dans les rues) mais elle arrive trop tôt pour que le lecteur (moderne j'entends, j'ignore comment cela pouvait être ressenti au 19°) en soit réellement touché.
Ce qui "sauve" tout, c'est, comme dans tous les romans de Dickens, la qualité des personnages secondaires, qui sont nombreux et géniaux. Il réussit à faire passer en un Bagstock tous les flatteurs hypocrites et intéressés, ou en un capitaine Cuttle toute la bravoure des gens simples et exentriques. Il sait comme personne magnifier les petits, les perdants, les simples. Et puis l'humour, toujours.
Dans le personnage du petit Paul, j'ai retrouvé beaucoup de l'enfant qu'avait été Dickens, tel que le décrit Peter Ackroyd dans sa merveilleuse biographie :
"La seule différence fut qu'il gardait sa personnalité pour lui seul. Il devenait tous les jours plus réservé et plus pensif; il ne manifestait, envers aucun membre vivant de la maisonnée du docteur, une curiosité analogue à celle qu'il avait ressentie au sujet de Mme Pipchin; il aimait à être seul. Dans les brefs moments où il n'était pas plongé dans ses livres, il n'aimait rien tant que d'errer, solitaire, par la maison, ou de rester assis sur les marches de l'escalier, à écouter la grande horloge du vestibule. Il était intime avec toutes les tapisseries, il voyait dans leurs dessins des choses que personne n'apercevait, découvrait des tigres et des lions en miniature qui escaladaient les murs de la chambre à coucher, et des visages qui louchaient et regardaient méchamment dans les carrés et les losanges de la carpette.
Cet enfant solitaire vivait entouré des arabesques de son imagination et personne ne le comprenait. Mme Blimber le trouvait "drôle" et parfois les domestiques se disaient entre eux que le petit Dombey "broyait du noir"; mais cela n'allait pas plus loin."
Sans doute est-ce la raison du coup ressenti par Dickens en donnant la mort à ce personnage...
Ed. Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade (volume II consacré à Dickens), 1956, environ 1000 pages. (écrit en 1846 par CD)
Traduction faite par Georges Connes sous la direction de Léon Lemonnier et complétée par Francis Ledoux
Introduction et notes de Pierre Leyris
Un grand merci à Fashion pour le prêt !
(Cathulu, un personnage adore les vaches et il y a même un chien ;o))
07:22 Publié dans Autour de Charles Dickens | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens
18.10.2009
Quand la mer monte - Yolande Moreau & Gilles Porte (2004)

Irène est une comédienne en tournée dans le Nord de la France, avec un spectacle dans lequel elle est seule en scène : "Sale affaire". Affublée d'un masque qui lui donne un air inquiétant/décalé, elle fait rire les salles en interprétant une femme de 45 ans qui vient de commettre un crime, à la recherche de l'amour. Chaque soir, elle désigne dans la salle un "poussin" qui la rejoint sur scène et qu'elle martyrise gentiment.
Un jour, en panne de voiture en plein milieu de la campagne, elle est dépannée par Dries, qui passait en mobylette. Pour le remercier, elle lui remet deux invitations à venir la voir sur scène. Dries s'y rend le soir-même, il est "choisi" comme poussin et passe une très bonne soirée. A tel point qu'il la continue avec Irène et deux de ses amis, dans un bar puis un autre.
Dries n'a pas eu de chance dans la vie, orphelin il a été élevé par des parents adoptifs à partir de 9 ans et demi seulement. Il parle mal français, avec un accent flamand très prononcé, il vit provisoirement dans le hangar où sont rangés les géants (il est porteur de géant pour le carnaval) et bosse sur les marchés en pointillés. C'est un gars du nord gentil et un peu fier-à-bras. Il craque immédiatement sur Irène. Selon mon interprétation, il n'a pas le recul suffisant pour différencier ce qui se passe et se dit sur la scène, lorsqu'il est "poussin", et la comédienne derrière, dans la vie. Et puis on sent qu'il est attiré par la vie d'Irène ("tu fais l'imbécile et on te paye pour ça"), par sa douceur, sa gentillesse, sa culture.
Irène est mariée, avec Michel, elle a un fils, Simon, elle passe beaucoup de temps seule sur la route et dans de tristes chambres d'hôtel, elle leur parle au téléphone, ce sont des conversations pratiques, il faut choisir le carrelage, en son absence ils mangent trop de spaghettis, elle rentrera dimanche. On sent une grande lassitude, un genre de grisaille qui poisse son quotidien. Au départ, elle n'est pas du tout attirée par Dries, de qui tout la sépare. Mais il revient, s'impose dans sa vie doucement, comme une évidence, et quand elle doit quitter Béthune, ça flotte dans l'air, elle hésite ("entre une gaufre au sucre et une histoire d'amour").
Et Dries vient la voir à Grande-Synthe l'invite au carnaval du lendemain. Irène ment au téléphone à Michel, elle dit oui à Dries. Et c'est parti...
"Quand la mer monte" est une histoire d'amour, mais c'est surtout un très bon film. C'est la plus juste expression du Nord-Pas-de-Calais que j'aie jamais vue au cinéma, par de petits détails, des routes qui défilent, un ciel bleu-gris au dessus de la mer, des chaussées luisantes dans la nuit. Une grande subtilité, une façon de montrer l'âme des ch'tis en demi-teinte, le carnaval et cette envie de danser qui nous contamine, les scènes cocasses du troquet au petit matin ("du rouge ! Bordeaux, Côte du Rhône, Beaujolais ? .... Du rouge !"), les lumières des usines en nocturne. Pas d'une gaieté folle, mais juste.
Yolande Moreau irradie dans ce film, tour à tour volontairement grotesque sur scène et immensément touchante dans sa vulnérabilité douce. Wim Willaert est parfait, en paumé rouleur des mécaniques, avec ses grands yeux qui dévorent Irène. Tous les deux nous offrent une interprétation magistrale, dans la simplicité, nous font croire à leur histoire.
Mais les histoires d'amour finissent mal, en général, c'est trop connu.
(DVD à moins de 3 euros)
19:39 Publié dans DVD | Lien permanent | Commentaires (24) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : une certaine vision du nord
17.10.2009
Les enfants rats - Françoise Jay
Nous sommes en 2025 et la pauvreté dépasse un seuil jamais atteint en France. Trente-cinq millions de chômeurs, vingt millions de gens dans une extrême précarité. Paris est divisé en deux zones, la "riche", à la surface, où quelques élus continuent à mener une vie plus ou moins normale, et celle des égouts, où pullulent les enfants-rats, regroupés en bande qui subsistent en usant de violence et de terreur.
Irielle a connu une vie de famille, avant. Avant que ses parents ne soient tués sous ses yeux par une troupe d'enfants-rats, et qu'elle ne s'installe dans une carcasse d'A380, devenue responsable d'un petit garçon qu'elle a trouvé bébé dans une poubelle. Nolane, lui, dix-sept ans environ comme Irielle, est sous la coupe de son frère, chef d'une horde particulièrement féroce. Quant à Smog, il tente dans son métier de médecin de faire preuve d'humanité, tout en organisant la révolution en sourdine. Rencontre...
C'est un roman intelligent qui se lit tout seul. Les descriptions de ce futur particulièrement sombre sont saisissantes de réalisme, les conséquences de nos choix clairement expliquées, il y a un grand souffle social qui est parfaitement appuyé par des personnages auxquels on croit, et dont le destin nous touche. A dévorer à partir de 12/13 ans, et sans limite d'âge !
Ed. Plon Jeunesse, Octobre 2009, 217 p.
07:16 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, sf, futur sombre, se débrouiller seul
16.10.2009
Eternels tome 1. Evermore - Alyson Noël
Comment vous dire ? En trois citations :
"Mais il faut que je te dise que j'ai bien ri quand j'ai compris que tu croyais que j'étais un suceur de sang, un vampire, quoi !"
"C'était du grand n'importe quoi, tu comprends ?"
"[...] fêté par une petite soirée à la maison, avec du cidre pour moi (je ne touche plus une goutte d'alcool)"
Elle a dix-sept ans et demi, elle croit être responsable de l'accident qui a causé la mort de toute sa famille, elle lit dans les pensées des gens et communique avec sa petite soeur morte. Déboule Damen, il est troooooooop beau (il faut la croire sur parole, parce que côté relief il est du genre plat), et en sa présence, le monde n'existe plus. Mais qui est-il ? Qui est-elle ? Souffrira-t-elle ainsi toute sa vie ? Etc.
J'étais curieuse de lire ce qui est annoncé comme la nouvelle coqueluche aux Etats-Unis, après le phénomène Twilight. Ma curiosité est assouvie, les personnages m'ont laissée de bois tout du long et les explications finales m'ont fait pouffer, peut-être pas autant que la qualité des dialogues, remarquez. Mais ça reste agréable à lire, oui, bien sûr !
Ed. Michel Lafon, 2009, 342 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurence Boischot et Sylvie Cohen
Titre original : The Immortals - Evermore
Lu également par : Clarabel, Karine,
07:24 Publié dans Pas mon truc | Lien permanent | Commentaires (34) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, adolescentes, fatras ésotérique, chaste jusqu'au bout des orteils
14.10.2009
Le livre des choses perdues - John Connolly
"Le livre des choses perdues" est un roman d'apprentissage, dans lequel le narrateur, David, 12 ans, pénètre dans une réalité parallèle et y est amené à affronter ses plus grandes peurs.
Malheureux dans sa vie de petit londonien au début de la seconde guerre mondiale, il passe par un trou dans son jardin dans le monde de l'Homme biscornu, qu'il avait déjà aperçu ça et là dans de mystérieuses pertes de connaissance. Il rencontrera des êtres étonnants, parfois amicaux, souvent carrément hostiles, avec lesquels il devra composer pour tenter de retourner dans son monde...
Ce roman est tout à fait prenant, aimable et sympathique; on vit au rythme du héros, la plume sait nous faire frissonner ou sourire, nous émouvoir et proposer en arrière-plan une explication plus rationnelle pour les esprits cartésiens. Je ne sais pas exactement pourquoi je ne suis pas plus emballée que ça, il me semble que je l'aurais adoré si je l'avais lu à l'adolescence, et que, peut-être, éventuellement, le cas échéant, je suis un poil trop âgée sur ce coup-là. Ou pisse-vinaigre, au choix.
Je pensais que le fait qu'il sorte en version Jeunesse et Adultes simultanément ne changeait rien au texte, mais finalement je me pose la question. Je l'ai lu en Jeunesse.
Ed. de l'Archipel, octobre 2009, 346 p.
Traduit de l'anglais (Irlande) par Pierre Brévignon
Titre original : The Book of Lost Things
Les jeunettes emballées : Karine, Enna, Emeraude, Fashion, Cathulu.
11:35 Publié dans Pas mal | Lien permanent | Commentaires (26) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, fantasy, monde parallèle, contes de fées, grandir
13.10.2009
Les vies privées de Pippa Lee - Rebecca Miller

Pippa Lee a cinquante ans, c'est une épouse modèle. Elle aime profondément Herb, son mari, de trente ans son aîné, et est terrifiée à l'idée de le voir verser dans le grand âge. Récemment, ils se sont installés dans une sorte de Pappyland, une cité américaine pour les personnes âgées, où la vie est facilitée et l'environnement quelque peu factice. Tout semble aller bien, pourtant Pippa s'aperçoit qu'elle connaît de graves crises de somnambulisme pendant lesquelles elle transgresse sa petite vie bien propre. C'est l'occasion de revenir sur son passé (inattendu et sulfureux) et en quelque sorte une préparation de ce qui l'attend en troisième partie...
Un roman qui fait partie de ceux qui reculent la nuit, qu'on ne lâche pas, sans aucune pensée pour le réveil (du coup, on est tout étonné qu'il soit déjà cette heure là ?!). Pippa est surprenante, on ne sait pas du tout où on va la plupart du temps. J'ai trouvé la plume très neutre et pourtant, ou peut-être justement, des passages semblent sauter hors des pages pour nous cingler avec force. Il y a des morceaux de pure vérité étincelante, une dramaturgie des relations mère-fille, un joug de la culpabilité qui prend plusieurs formes et dont on accueille la libération avec un soulagement partagé.
Pippa le dit à Herb au début de leur relation, elle est connectée physiquement à ce qu'il ressent, dans ses membres et dans ses doigts. C'est un peu ce qui se communique au lecteur; tout comme à un moment elle s'étonne de se lier à une voisine plus âgée qui ne correspond pas à son cercle d'amis habituel (milieu de l'édition) : je ne crois pas que je serais attirée par Pippa Lee dans la *vraie vie*, mais j'ai en quelque sorte communié avec elle dans ce roman (et pas au sens religieux, hein).
A lire !
Edition du Seuil, octobre 2009, 291 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Cécile Déniard
Titre original : The Private Lives of Pippa Lee
Lu également par : Cathulu (étagère des indispensables, rien que ça :)) (grand merci pour le prêt)
Sortie en salle de l'adaptation le 11 novembre
08:10 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : parcours personnel, femme, relations familiales
11.10.2009
La Petite Dorrit - Charles Dickens
La Petite Dorrit s'appelle en réalité Aimée. Elle est née en prison, et son père y passera tellement d'années qu'il héritera du titre de "Père ou Doyen de la Maréchaussée". Y être née lui procure à elle aussi une certaine célébrité, mais pas autant que son caractère et sa façon d'être. La Petite Dorrit est une crème, une petite personne formidable qui se dévoue toute au bien-être de sa famille, et qui aime tendrement son père, à qui elle épargne dans la mesure du possible toute contrariété. Elle est aimée très sincèrement par le petit John, fils du gardien de la prison, mais ne partage pas son inclinaison. Elle, c'est d'Arthur dont elle s'éprend durablement; Arthur qui refuse lui-même de s'avouer un sérieux penchant pour Chérie, la fille de ses amis les Meagles; qui elle-même est folle de Mr Gowan, au grand dam de ses parents (et d'Arthur). Manque encore Flora, bluette de jeunesse d'Arthur, qui aimerait beaucoup retisser ces fils quelque peu distendus...
Beaucoup d'amours contrariés donc, dans ce gros roman (970 pages), mais évidemment pas que ça.
Une charge féroce et drôle contre l'administration anglaise et son goût pour l'immobilisme (le Ministère des Circonlocutions en long, en large et en moult détails !) et une mise en situation extrêmement précise d'une escroquerie de haut-vol maintiennent une tension tour à tour amusante et pesante, au milieu de plusieurs intrigues menées de front sans faiblir, de personnages cocasses et plein de vie, de différents pays évoqués.
Onzième roman écrit en pleine gloire, à 43 ans, La Petite Dorrit m'a emportée dans ses pages avec une intensité qui augmentait sans cesse. J'ai été profondémment émue par le personnage du petit John, dans sa cocasse manie de dresser mentalement de dramatiques épitaphes, et par sa déclaration à son "rival", qui ne prend alors qu'à peine conscience de ses propres sentiments :
"- Seigneur, dit John en prenant à témoin les pointes de fer qui couronnaient le mur, il demande quoi !
Clennam regarda les pointes, puis John; puis les pointes, puis John.
- Il demande quoi ! Et, qui plus est, s'écria John en le contemplant comme à travers une douloureuse brume, il a l'air de bonne foi ! Vous ne voyez donc pas cette fenêtre, monsieur ?
- Naturellement que je la vois !
- Vous voyez cette chambre ?
- Naturellement que je la vois.
- Et ce mur en face, et cette cour en bas ? Tout cela en a été témoin, du matin au soir et du soir au matin, d'une semaine à l'autre, d'un mois à l'autre. Combien de fois n'ai-je pas vu Miss Dorrit ici alors qu'elle ne me voyait pas !
- Témoin de quoi ? dit Clennam.
- De l'amour de Miss Dorrit.
- Pour qui ?
- Pour vous ! dit John en lui mettant la main sur la poitrine.
Puis il recula jusqu'au fauteuil, où il s'assit, tout pâle, les mains sur les accoudoirs, en secouant la tête à l'adresse de Clennam.
S'il avait donné à Clennam un violent coup de poing au lieu de le toucher délicatement, il ne l'aurait pas ébranlé davantage. Le prisonnier demeurait confondu. Ses yeux étaient fixés sur John, ses lèvres s'entrouvraient et semblaient s'efforcer de dire : "Moi ?" mais sans parvenir à émettre un son. Il avait les bras ballants et ressemblait de la tête aux pieds à un homme qu'on vient d'éveiller en sursaut et qui n'arrive pas à saisir la nouvelle qu'on vient de lui annoncer.
- Moi ! dit-il enfin tout haut.
- Oui ! Vous ! gémit le petit John.
Il fit de son mieux pour sourire en répondant :
- C'est pure imagination. Vous faites erreur !
- Moi ! Faire erreur ! monsieur, répliqua John, moi, me tromper sur ce point-là ! Non, monsieur Clennam, ne me dites pas ça. Pour toute autre chose, bien sûr ! je n'ai pas la prétention d'être grand observateur et je sais bien tout ce qui me manque pour ça. Mais moi, me tromper sur une chose qui m'a plus tourmenté le coeur qu'une pluie de flèches tirées par des sauvages ! Moi, me tromper sur une chose qui a failli me mettre dans la tombe (comme je l'aurais parfois souhaité, si la tombe n'avait pas été incompatible avec le commerce du tabac et les sentiments de mes parents !) Moi, me tromper sur une chose qui en ce moment encore m'oblige à prendre mon mouchoir comme une grande fille, bien que je ne voie pas pourquoi "grande fille" serait un terme de reproche, car tout esprit masculin bien constitué les aime toutes, grandes et petites. Allons donc ! Ne me dites pas ça ! Ne me dites pas ça !"
Plus tard dans la nuit, il s'endormira malgré tout d'un paisible sommeil, ce cher John, après avoir composé cette épitaphe :
" Passant !
Respecte la tombe de
JOHN CHIVERY Fils
mort à un âge avancé
qu'il est inutile de préciser.
Ayant rencontré son rival plongé dans le malheur
son premier mouvement fut d'en découdre
mais en souvenir de la bien-aimée
il surmonta sa rancoeur
et se montra
MAGNANIME
"
...
(Mention spéciale également au personnage de Flora, en lequel Dickens égratigne son propre amour de jeunesse, mais avec quel humour ! C'est souvent proprement hilarant, et cette sossotte est pourtant rendue bien attachante, quand elle veut bien laisser parler son coeur...)
"La Petite Dorrit" est un roman parfait; en l'espèce, et également pour découvrir Dickens, nonobstant le très léger problème de ne plus le trouver en librairie (en français) (et même en Pléiade). Je ne saurais trop recommander le farfouillage en bouquinerie et en bibliothèque (et de ne surtout pas en lire une version expurgée, qui elles, pullulent) !
Un ENORME merci à Laure, ma chère Géotrouvetout jamais prise en défaut :)
(Bibliothèque de la Pléiade, 1970, traduction de Jeanne Métifeu-Béjeau)
Pas tout à fait un coup de coeur pour Isil, mais du Dickens reste toujours au dessus du lot :)
17:44 Publié dans Autour de Charles Dickens | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens, féroce, drôle, prenant, émouvant, du dickens, quoi!

