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04.11.2009
La belle rouge - Poppy Z. Brite

Nous avions quitté nos héros bien installés à la tête de leur restaurant dans "Alcool"; nous retrouvons Rickey et G-man alors qu'ils prennent connaissance d'une critique assassine. G-man, avec sa placidité coutumière, sait bien qu'il suffit de l'ignorer, mais Rickey est fumax, même s'il comprend que c'est Lenny qui est visé à travers leur restaurant. Aussi, quand tombe une proposition d'aller faire du consulting pour un restaurant à Dallas, ils y voient l'occasion de gagner un peu d'argent, pour racheter la part de Lenny plus rapidement. Et puis, comment refuser une proposition qui comporte : "En plus d'être défrayé par mes soins, vous serez payé 10 000 dollars. Et, croyez-moi, je suis très ouvert en terme de frais (j'éprouve un malin plaisir à voir mes hôtes repartir de chez moi avec la gueule de bois, la goutte, les couilles en bouillie et une nouvelle paire de bottes)." (En réalité, Rickey n'est pas du tout sensible à ces arguments, c'est moi qu'ils ont amusée).
Rickey en mission à Dallas, donc, chez les Texans, avec leurs bottes, leur puritanisme, leur goût pour la viande ! Pendant que G-man garde la boutique et que Lenny voit se profiler un procès sérieux contre lui...
Deuxième volume d'une trilogie culinaire, "La belle rouge" m'a apporté le même plaisir que le premier. Je trouve nos amis cuistots très attachants, souvent très drôles, hauts en couleurs, et formidablement pros. Il y a de très jolis passages sur la vie d'une brigade, sur la capacité d'un beau service à vider la tête, sur la vie que mènent les cuisiniers.
Par exemple, figurez-vous que l'inconscient auteur de la critique qui met le feu aux poudres se paye un jour l'audace de se pointer au restaurant. Ça donne :
"- Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit-il
- Je ne sais pas si je fais bien de t'en parler, mais Humphrey Wildblood est ici.
Soudain, la cuisine parut se mettre à tanguer et Rickey dut fermer les yeux. Lorsqu'il les rouvrit, il sentit le regard de G-man rivé sur lui depuis sa position de saucier, à l'affût de sa réaction.
- Comment tu sais qui c'est ? reprit Rickey.
- Avec certains autres maîtres d'hôtel, on a mis en place une sorte de trombinoscope façon téléphone arabe. On se refile des photos de critiques gastronomiques ou, à défaut de photos, on recoupe les signalements. Du coup, j'ai pu voir sa sale tronche la semaine dernière.
- Il est avec qui ?
- Il dîne en tête-à-tête avec lui-même.
- Quel enculé, lâcha Rickey.
Alors, certains passages particulièrement fielleux de l'article écrit par Wildblood lui revinrent à l'esprit : "Alcool illustre parfaitement l'adage selon lequel on ne devrait jamais, ô grand jamais, confier de responsabilités professionnelles à quiconque âgé de moins de trente-cinq ans..."; "Résultat des courses : une carte manquant complètement de cohérence..."; "sans aucun souci d'exactitude ni de palatabilité*".
- Quel gros enculé !"
Rickey est impulsif, mais qui ne connaît pas ces mots fielleux lus sur son compte qui restent gravés dans un coin de la tête ? :)
J'ai relevé au passage de tenter une goutte de cognac dans le Champagne, paraît que sa saveur édulcorée s'immisce avec bonheur dans les bulles acérées du pétillant. Et puis, toujours, des descriptions de plat qui donnent envie de se ruer au restaurant, par exemple : "Une aile de raie, croustillante et bien relevée, inondée d'un beurre noisette riche en arômes. Les saveurs frisaient l'excès d'intensité mais l'évitaient de justesse. L'immense plaisir qu'elles vous procuraient virait presque au malaise mais s'arrêtait juste à temps. Jusqu'ici, tous les plats s'étaient révélés de la même étoffe: des ingrédients succulents présentés avec délicatesse et subtilité, loin d'être empilés en tours ou coiffés d'énormes monceaux de patate douce ciselée en julienne ou contorsionnée dans des formes aussi artificielles qu'improbables. Le repas avait commencé par un consommé très clair dans lequel flottaient des moitiés de tomates cerises jaunes au corps-à-corps avec d'infimes petits cubes d'ail rôti. Ensuite, on leur avait servi une huître belon, dont la silhouette, le goût et la texture s'avérèrent divins, humectée d'une sauce au pamplemousse et au poivre noir concassé, puis des éclats translucides de coquilles Saint-Jacques crues déployés sur un nid de céleri en gelée, le tout nappé de généreuses portions de caviar sevruga. La raie était le premier plat chaud du menu; sa saveur citronnée, véritable écho aux plats plus légers qui l'avaient précédée, suscita chez Rickey une grande admiration."
J'ai hâte de retrouver mes deux amis dans de nouvelles aventures !
Ed. Au Diable Vauvert, 2009, 488 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Morgane Saysana
Titre original : Prime
Lu également par : Amanda (merci pour le prêt !), Emma, Daniel, le livraire,
* La palatabilité est la caractéristique de la texture des aliments agréables au palais. C'est un terme utilisé dans les sciences de la nutrition. C'est l'intensité du plaisir à manger.(Wiki)
06:00 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (31) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle-orleans, cuisine, manigances, moderne et drôle, très très très appétissant


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Commentaires
Écrit par : cathulu | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Mango | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Mango | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Aifelle | 04.11.2009
Répondre à ce commentaire@ Mango : et c'est un joli mot, non ? :)
@ Aifelle : Je t'y encourage, j'aime vraiment beaucoup cette trilogie !
Écrit par : Cuné | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : amanda | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireOui pour Chiff, donne-moi son adresse par mail stp :)
Écrit par : Cuné | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Patricia | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireSinon, je pense que cette trilogie devrait me plaire. Le seul P.Z. Brite que j'ai lu m'ayant laissé un souvenir si prégnant...
Écrit par : In Cold Blog | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : kathel | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Tamara | 04.11.2009
Répondre à ce commentaire... je me réjouis également de voir naître le tome 3; mais il semblerait qu'après, ce soit "rideau", parce que l'auteur a renoncé à raconter les aventures de G-Man et Rickey après la destruction de la Nouvelle-Orléans par Katrina.
Écrit par : Daniel Fattore | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Ofelia | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Ofelia | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 04.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cathulu | 05.11.2009
Répondre à ce commentaireEt BONNE FÊTE Cuné !!!!
Écrit par : erzébeth | 05.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 05.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 05.11.2009
Répondre à ce commentairePour l'annecdote, mon petit frère a du changer de collège / vie / copains à 14 ans, et en fait cela l'a complètement métamorphosé, en bien ..., comme quoi!
Écrit par : La Nymphette | 05.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 05.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : amanda | 05.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 05.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Ankya | 05.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : yueyin | 05.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 06.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : liliba | 08.11.2009
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