« Hunger games - Suzanne Collins | Page d'accueil | Dans les limbes - Jack O'Connell »

09.11.2009

Vie du lettré - William Marx

C'est Dominique qui m'avait donné très envie de lire cet ouvrage. "Érudit mais pas inaccessible" nous disait-elle, et elle avait raison. C'est marx.jpgtruffé de références qu'il est impossible d'appréhender sans avoir fait d'études littéraires, mais fort heureusement le ton (souvent mordant) et les nombreuses anecdotes ne laissent pas le lecteur lambda sur le côté, même si je suis passée très au large de plusieurs concepts philosophiques.

Et puis que de phrases à relever, pfiou, j'ai passé mon temps à ça :)

Je suis une lettrée dans la seule acception de cette définition, en préambule : "Qu'est-ce qu'un lettré ? Quelqu'un dont l'existence physique et intellectuelle s'ordonne autour des textes et des livres; vivant parmi eux, vivant d'eux, employant sa propre vie à les faire vivre et en particulier, à les lire." Mais ça se gâte dès la page suivante, lors de l'explication de la différence entre culture et divertissement (et je cherche donc qu'à me divertir). Ça se corse encore au chapitre VI, consacré à l'examen, puisque : "On n'est pas lettré tout seul. Certes, nul n'est empêché de jouir en solitaire de la littérature, mais cette jouissance-là n'a rien de lettré : c'est celle de l'autodidacte, lequel s'oppose au lettré au moins sur ce point." Magnifique conclusion à ce chapitre de l'examen : "Aussi la forme du concours est-elle d'essence plus philosophique que le simple examen, car, tandis que ce dernier, en sanctionnant un niveau absolu, risque de donner une assurance trompeuse, on ne réussit jamais un concours que faute de meilleurs candidats. De là procède la force paradoxale du lettré : il avoue non pas sa nullité, mais son insuffisance."

"Une bibliothèque est une machine à sortir du monde et à faire éclater les cadres trop étroits de la temporalité quotidienne."

"La vie du lettré est excentrique par principe ou, plus précisément, excentrée, c'est-à-dire ordonnée à un autre centre : les textes, qui lui imposent leur loi."

Excellent VIII° chapitre intitulé "L'économie" : "La vie du lettré est nécessairement une vie lettrée, différente de la vie ordinaire : il y a tant de livres à lire et à commenter, tant de livres à écrire aussi, qu'une existence peut en être facilement occupée - et débordée. A elle seule, une bibliothèque vaut bien une famille, tracas compris. Bon an, mal an, l'enfant grandit tout seul; il ne sait que croître: c'est sa nature. Mais la nature du livre est de mourir à chaque page pour renaître, si le veut le lecteur ou l'auteur, à la page ou la phrase suivante. Lire exige temps, effort, application : c'est transcrire en son esprit ce qu'un autre a écrit sur du papier, fournir sa propre vie à la parole d'autrui, regonfler de son propre souffle des mots expirés. Contrairement à un lieu trop commun, on ne dévore pas les livres : ils vous dévorent, vous vampirisent, se nourrissent de votre être et de votre énergie, vous coupent du monde, vous transportent dans le leur, mangent votre espace et votre temps, débordent de vos étagères, raccourcissent vos nuits et vos journées, rétrécissent votre maison et votre appartement, vous ruinent tout en vous enrichissant, vous font leurs quand vous croyez les faire vôtres."

A lire dans le calme.

 

Ed. de Minuit, collection Paradoxe, 2009, 181 p.

 

Frédéric Ferney en parle très bien,

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://www.cuneipage.com/trackback/2457696

Commentaires

J'aime beaucoup la dernière citation. "A elle seule, une bibliothèque vaut bien une famille, tracas compris." Ca sent l'achat et la lecture rapide, tout ça...

Merci encore pour ton blog it express, ça m'a fait très plaisir.

Écrit par : Yvain | 09.11.2009

Répondre à ce commentaire

Contente que ce livre t'ai plu, moi aussi quelques concepts philosophiques ont du m'échapper !! et puis le plaisir à la lecture des commentaires de découvrir le blog de Yvain
un bon début de semaine Merci Cuné

Écrit par : Dominique | 09.11.2009

Répondre à ce commentaire

J'aime beaucoup les passages cités mais je ne suis pas sûre d'avoir la tête à lire tout l'ouvrage en ce moment. Peut-être pour plus tard, quand mon agenda sera moins chargé (à la retraite?)

Écrit par : zarline | 09.11.2009

Répondre à ce commentaire

"fournir sa propre vie à la parole d'autrui" c'est vachement beau !
Tu dois avoir raison pour le calme (le lire la nuit ? :-) )

Écrit par : cjeanney | 09.11.2009

Répondre à ce commentaire

Je trouve ça très, très intéressant.
Même si ces propos élitistes me chiffonnent facilement - moi aussi, je ne lis que pour me divertir. Mais je doute que ça soit si mal que ça.
En tout cas, ça a l'air terriblement bien écrit !

Écrit par : erzébeth | 09.11.2009

Répondre à ce commentaire

Ca a l'air plutôt intéressant, mais je manque de calme en ce moment! En tout cas les extraits de texte donnent envie!

Écrit par : chiffonnette | 09.11.2009

Répondre à ce commentaire

Grâce à toi, j'ai découvert l'émouvante lettre d'Yvain ! Merci !

Écrit par : Elleby | 10.11.2009

Répondre à ce commentaire

"lettré" a une petite connotation élitiste qui me chiffonne un peu:)

Écrit par : cathulu | 10.11.2009

Répondre à ce commentaire

Ah mais une grosse même, mais à défaut de l'être (et qu'on nous en préserve, c'est un sacerdoce), nous sommes quand même de vraies bonnes grosses lectrices (mmm que c'est connoté aussi, surtout toi, la brindille ;o)), et on peut opiner du chef plus souvent qu'à notre tour dans ce livre quand même :)

Écrit par : Cuné | 10.11.2009

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire