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18.11.2009

Nicolas Nickleby - Charles Dickens

"Nicolas Nickleby"  a été écrit en 1838, Dickens avait 26 ans, venait de connaître le succès avec Pickwick, et menait de concert la publication en feuilleton de ce roman et d'Oliver Twist. On sent bien le bouillonnement de la jeunesse dans ce roman, on voit les épisodes où il lui a fallu meubler pour atteindre son quota de lignes, la construction bancale qui fait revenir sur nos pas, l'improvisation à partir d'une idée de départ.

Mais tout est pourtant réuni pour nous entraîner à la suite de notre héros dans ses aventures décousues, avec ses 117 personnages parlants dénombrés (sans compter les comparses muets).

Nicolas Nickleby est un jeune homme de bonne famille (j'entends par là qu'il a été bien élevé). Son père vient de mourir, après avoir, sur les conseils de sa sotte épouse (j'adore ceci en préface : "Mme Nickleby est un personnage admirable qui ne comprend rien à rien"), tenté la spéculation, et laisse toute la famille dans le dénuement le plus total. Nicolas, en charge de sa mère et de sa soeur, la belle Catherine, vient se placer sous la protection de son oncle, le sordide et très intéressé Ralph Nickleby. Qui s'empresse de le coller comme assistant dans une "école", un établissement comme il en existait à l'époque où les parents se débarrassaient de leurs enfants. Nicolas y verra des choses abominables et ne pourra décemment pas y rester. Première bravade envers son oncle.

Entre-temps, ce dernier avait décidé de profiter de la beauté de Catherine en la donnant en pâture à quelques-uns de ses clients (entendons-nous, pas au sens littéral, évidemment, nous sommes chez Dickens, mais en tant qu'appât, apparat, pour ses affaires). La jeune fille ne se laisse pas faire et quand Nicolas apprend tout ceci, il réagit avec fureur : la rupture est consommée avec Ralph et il lui faut se débrouiller seul (ce qu'il avait de toute façon toujours fait).

Ainsi, il intégrera une troupe ambulante d'acteurs avant d'entrer au service de deux admirables hommes. Catherine, elle aussi, devra travailler, et à ses côtés nous entrerons dans un atelier de couture.

Divers univers, donc, avec des intrigues à chacun liées, des personnages que l'on croise pour les retrouver plus tard, des évènements périphériques en nombre, qui scrutent tous la comédie humaine, le jeu des pantins qui s'agitent mûs par différentes motivations, de la plus pure (ce brave Smike, Newman Noggs ou les admirables frères Cheeryble, entre autres) à la plus sordide (et là les zozos sont fort nombreux), en passant par de mémorables scènes comiques.

Le tout donne un roman vivant, bruissant, joyeux ou terriblement grave, qui se lit avec avidité et une grande joie. Je pourrais citer des brouettes entières d'extraits, par jeu en voici un particulièrement simple, mais très efficace :

"[...] il proposa vivement ce toast : "Les dames ! Honneur aux dames !"

"Je les adore, dit M. Snevellicci en promenant son regard autour de la table. Je les adore toutes.

- Non, pas toutes, dit doucement M. Lillyvick.

- Si... toutes, répéta M. Snevellicci.

- Permettez, dit M. Lillyvick, cela semblerait comprendre les dames mariées, dit M. Lillyvick.

- Je les adore comme les autres, monsieur" dit M. Snevellicci."

A un moment, une virulente charge contre les auteurs de théâtre qui adaptent, souvent très mal à l'époque et surtout de façon précipitée, des romans en cours de parution, où c'est complètement Dickens qui s'exprime sous le couvert de son personnage.

Enfin, ceci, à méditer :) "Quand les gens sont sur le point de commettre ou de laisser commettre une injustice, il n'est pas rare de les voir exprimer de la pitié pour la victime; ils ont ainsi le sentiment d'être vertueux et honnêtes, et à cent coudées au-dessus de ceux qui n'expriment pas de pitié. C'est une façon de placer la foi au-dessus des oeuvres, et cela les met en paix avec leur conscience."

 

Ed. Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1966, environ 900 pages.

Introduction de Pierre Leyris et traduction de Jacques Douady

 

Lu également par Isil,

 

Trackbacks

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Commentaires

Ca fait un bon moment que j'ai envie de relire du Dickens... Ton billet me donne envie de rajouter très rapidement des livres de cet auteur dans ma pal !

Écrit par : Marie | 18.11.2009

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117 personnages dans ce livre et on s'y retrouve! Je dois le lire dans le cadre d'un de mes challenges! J'ai hâte, mais le trouverai-je facilement en français?

Écrit par : Mango | 18.11.2009

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@ Marie : Je ne peux que t'y encourager ! :)

@ Mango : Il existe en Omnibus (avec Oliver Twist et je ne sais plus quoi) mais est-ce la version intégrale ? Je ne sais pas.
Oui, on s'y retrouve très bien parmi tous les personnages, n'aies crainte :)

Écrit par : Cuné | 18.11.2009

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900 pages!? Sacré pavé!
Je viens de m'acheter le film, je vais le regarder bientôt. :)

Écrit par : Maribel | 18.11.2009

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Je t'envie !! :)

Écrit par : Cuné | 18.11.2009

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Au lieu de ressortir une énième fois le Conte de Noël qui existait déjà en poche, les éditeurs feraient mieux de rééditer chacun des autres romans de Dickens en poche!

Écrit par : cathulu | 19.11.2009

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Puisse quelqu'un t'entendre !

Écrit par : Cuné | 19.11.2009

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Pour que Cathulu soit entendue, il faut que des réalisateurs adaptent les romans introuvables de Dickens...
(pas gagné)

Comment peut-on écrire "Oliver Twist" et "Nicolas Nickleby" à 26 ans ? Je suis fascinée par ce talent qui s'exprime si jeune, moi, dans deux ans, je ne serai même plus capable de te remplir 8 pages de dissertation, alors, 900 pages de roman...
Et tu donnes envie, comme toujours ! Omnibus n'est pas du genre à couper les textes, je ne crois pas, c'est une bonne nouvelle de savoir qu'on peut trouver ce Nicolas par ce biais-là !

(et tes derniers blog-it dickensiens étaient parfaits. Ah, celui du rhume !) (celui d'aujourd'hui est très beau...)

Écrit par : erzébeth | 19.11.2009

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(J'aime pas trop ça du tout non plus, les gens qui font des malaises dans les bibliothèques :o))

Et puis non seulement il menait deux romans de front si jeune, mais il était déjà père de famille et sortait beaucoup, mettait au point mentalement le prochain roman, écrivait des petits trucs à côté, lisait des tonnes de manuscrit, et marchait des dizaines de kilomètres la nuit. Hors-norme, tout à fait hors-norme.

Écrit par : Cuné | 19.11.2009

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Je l'ai lu avec Omnibus (ainsi que Oliver Twist) , tout à fait correct comme édition. Ce serait sympa, oui, qu'Omnibus fasse de même pour les autres titres...
A lire ce Nicholas Nickleby, avec ton billet je me replonge dans l'ambiance, ça redonne envie...
Je vois que tu as aussi été frappée par la montagne de travail que Dickens abattait, et toute sa vie d'ailleurs, il ne pouvait rester sans rien faire... De quoi remplir trois vies ordinaires!

Écrit par : keisha | 19.11.2009

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Jamais lu ce roman, je me suis bêtement contenté du film que je ne trouve pas extraordinaire, à lire ton billet je ferais mieux de me mettre au roman

Écrit par : Dominique | 19.11.2009

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@ Keisha : J'ai failli l'acheter en VO cet aprem (parce que je suis tombée dessus) mais je ne me sens pas encore capable de lire Dickens en VO, quand même.

@ Dominique : Je pense que Dickens est inadaptable, de toute façon (même si je meurs d'envie de voir toutes les adaptations), la magie de ses romans tient en grande partie dans ses mots, dans le rythme de ses phrases, on perd déjà beaucoup à lire des traductions, alors des adaptations... :)

Écrit par : Cuné | 19.11.2009

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J'ai lu en VO Tale of two cities et Great expectations, dans les années 90, mais, euh, je crois avoir raté un peu de ces deux romans... Je me suis dit : plus jamais Dickens en VO (mais bon je ne tiens jamais les promesses de ce genre, alors je peux craquer un jour!)
Pour te donner une idée, Austen à côté c'est très facile à lire!

Écrit par : keisha | 20.11.2009

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