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26.11.2009
Les pages roses - Teodoro Gilabert
Les pages roses des dictionnaires Larousse sont des annexes réservées aux citations, proverbes etc.; elles rythment ce court roman qui a la forme d'un témoignage. Enfant, notre narrateur cède à leurs charmes. Nonchalant, suiveur dans l'âme, il étudie donc le latin et le grec, porté par des classes de filles dans le quartier latin (lycée Fénelon, qui plus est). Deux options après des études de lettres classiques, libraire ou prof. Libraire, en dehors de l'idée romantique du boutiquier sur les quais de la Seine, ce n'est pas pour lui.
"Il y a, par exemple, une phrase régulièrement prononcée à la caisse des librairies, et qui a toujours eu le don de m'exaspérer, lorsque je fais la queue pour payer mes bouquins :
"Est-ce que vous faites une réduction pour les enseignants ?"
Là, je crois que je pourrais même devenir violent.
Au moins sur le plan verbal.
Et pourquoi pas une réduction pour les personnes âgées, les agents de police, les plombiers chauffagistes ?
Une double pour ceux qui portent des lunettes ?
Et bien entendu, la totale gratuité pour les myopes au strabisme divergent ?"
Ce sera donc prof. CAPES obtenu, malgré un 01/20 à l'oral, pour cause de jeté de veste. Et là, première affectation incroyable, le lycée Henri-IV (il sera en fait l'alibi, le stagiaire). Une année de souffrances (suivi et validé par l'ensemble de ses collègues, impossible de révéler aux parents un enseignant stagiaire et seulement certifié dans cet établissement. On fera comme s'il était agrégé et titulaire). Suivent trois années très dures à Aulnay-sous-bois, où il fera grand usage de la méthode Coué, tout en constatant la validité des travaux du docteur A. Rosenthal (Harvard) quant aux prophéties autoréalisantes (connues sous le nom d'effet Pygmalion).
"Robert A. Rosenthal a découvert les principes de l'effet Pygmalion à partir d'expériences effectuées sur des rats dont on testait les performances dans un labyrinthe.
En fait, Rosenthal voulait tester les expérimentateurs.
Les rats constituaient un alibi.
Il prit soixante rats ordinaires et constitua deux groupes de façon aléatoire.
Il répartit les rats entre les douze expérimentateurs, formant deux groupes.
il affirma au premier que leurs rats étaient brillants au test du labyrinthe.
Au second, qu'ils ne l'étaient pas.
On devine ici que les prophéties des expérimentateurs se sont effectivement réalisées et que le groupe des rats présentés comme "brillants" a bien été meilleur que celui des rats "normaux".
La question est de savoir pourquoi.
Rosenthal démontre que les expérimentateurs qui croyaient que leurs rats étaient plus intelligents leur ont manifesté de la sympathie, de la chaleur, de l'amitié... et plus d'attention.
Ceux qui croyaient que leurs rats étaient normaux ne les ont pas entourés d'autant d'affection, et ont été moins attentifs à leurs progrès.
Les ont moins aidés.
Rosenthal résume ainsi son concept, dans son livre Pygmalion à l'école, publié en 1968 :
"La prédiction faite par un individu A sur un individu B finit par se réaliser, que ce soit seulement l'esprit de A, ou - par un processus subtil et parfois inattendu - par une modification du comportement réel de B sous la pression des attentes de A."
Enfin c'est la mutation pour Nantes, avec un épilogue qui "desinit in piscem" (finit en queue de poisson), avec une mort étrange, tenant de la performance artistique (pas la sienne, quoi qu'il l'envisage ainsi également...)
Un parcours personnel fictionnel (Teodoro Gilabert est né en 1963 à Valence (Espagne). Il vit à Pornic (Loire-Atlantique). Enseigne l’histoire et la géographie au lycée de Pornic. Expose régulièrement ses oeuvres plastiques (peinture, photographie, installations…) qui restitue bien l'ambiance de ces années Nouvelle Vague (nombreuses références à ce cinéma) et qui manie un humour certain.
Pas mal.
Ed. Buchet Chastel, 2008, 202 p.
Lu également par Leiloona,
06:00 Publié dans Pas mal | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, parcours personnel, nouvelle vague, latin et grec, devenir professeur, humour


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Commentaires
Écrit par : cathulu | 26.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : In Cold Blog | 26.11.2009
Répondre à ce commentaireSon deuxième livre va bientôt être publié. :)
Écrit par : Leiloona | 26.11.2009
Répondre à ce commentairePour ton blog it, je sèche sur les mêmes...
Quant à Tolstoi, figure toi que je pense lire Guerre et paix l'année prochaine. Ah les gros classiques...
Écrit par : keisha | 26.11.2009
Répondre à ce commentaire@ Incoldblog : Aucune idée :)
@ Leiloona : Ah oui ? Celui-ci m'a bien plu, je lirai le suivant :)
@ Keisha : Sont vraiment durs, ces trois-là...
Tolstoï : Suis dans Anna Karénine, donc, et je me régale !
Écrit par : Cuné | 26.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Theoma | 27.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cathulu | 27.11.2009
Répondre à ce commentaireEt je suis d'accord avec Cathulu - je te souhaite une douce lecture égoïste. Depuis que j'ai lu ce roman, personnellement, j'ai envie de porter des bagues à chaque doigt (un des détails que j'ai retenus sur Anna - je ne sais pas où tu en es de ta lecture ni si tu y as fait attention, mais je la trouvais peu décrite... alors le moindre détail me fascinait).
Écrit par : erzébeth | 27.11.2009
Répondre à ce commentaireA la première lecture de ton blog-it, j'ai cru que tu étais fâchée avec Anna K, et que j'avais vraiment pas de bol ;-)
Écrit par : Laure | 27.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : béné | 27.11.2009
Répondre à ce commentaire@ Cathulu : Tu me fais rire :) Mais oui, j'ai envie de garder cette lecture pour moi toute seule ;o)
@ Erzébeth : C'est vrai qu'elle est peu décrite. J'en suis à la cinquième partie, et très étonnamment c'est Lévine qui me fascine, ses démêlés avec les paysans m'ont fait fortement penser, toutes proportions gardées, aux soucis qu'avait l'homme dans son précédent hôtel... :) C'est aussi à ça qu'on reconnaît un classique, des tas de choses résonnent dans notre vie contemporaine !
@ Laure : Tout au contraire ! C'est un roman que je découvre, que je savoure, qui imprime sa marque sur moi. Tout ça est immensément bon et je te remercie infiniment de ce magnifique cadeau :)
Écrit par : Cuné | 27.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 27.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : esmeraldae | 10.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 10.12.2009
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