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25.11.2009
David Copperfield (Peter Medak - 2000)

Peter Medak est un réalisateur hongrois (né en 1937 à Budapest) dont la filmographie est pour le moins éclectique. Pour filmer "David Copperfield " (pour la télévision, adaptation de John Goldsmith), il s'est entouré de nombreux acteurs américains, mais le résultat est plus anglais que jamais : trois heures de pur régal.
Trois heures, c'est bien peu pour un roman de Dickens, et fatalement nombre de petits évènements sont écartés (et ils font à part entière partie du sel de ces romans), mais l'esprit du roman est complètement présent, même dans les quelques modifications apportées pour fluidifier l'action. Les images sont somptueuses et la cocasserie et la particularité des personnages principaux est traitée avec un immense respect.
J'ai ainsi vu Peggotty s'incarner avec rien moins que de la perfection, ou Sally Field jouer une Betsey Trotwood plus vraie que nature. Uriah Heep est terrifiant de sournoiserie dégoulinante et Mr Micawber est follement comique. En regardant ce dernier on comprend à quel Dickens s'était servi de son père pour habiter ce personnage.
C'est peut-être ce qui m'a le plus impressionnée dans cette adaptation, que nombre de choses de la vie de Dickens, abordées dans la biographie de Peter Ackroyd (ai-je déjà répété qu'elle était géniale ? ;o)) passent ici par l'image. On embrasse dans un regard, dans une péripétie ce qui se cache dessous, ce qui est de l'ordre de la souffrance et qui est si difficile à mettre en mots.
Un film que j'ai trouvé formidable, et qui peut être vu en famille !
Et puis Hugh Dancy, pour le plaisir des yeux ;o)


06:00 Publié dans DVD : Adaptations et séries | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens, dvd, 3 heures de régal absolu |
24.11.2009
Le Propre de l'homme - Robert Merle
Lorsqu'Edmund Dale, anthropologue, accepte d'accueillir et d'élever chez lui un bébé chimpanzé il se doute bien des difficultés qu'il va
immanquablement rencontrer. Mais outre le fait que refuser serait condamner ce bébé (sa mère, née en captivité, n'a eu aucune expérience de la maternité, et tue sauvagement ses enfants dès leur naissance), toute la famille Dale est unie et enthousiaste à l'idée d'apprendre le langage à un chimpanzé. D'autres expériences ont été menées, les résultats sont contradictoires et les Dale mettent tout en oeuvre pour communiquer avec Chloé.
Ce qui fonctionne très bien. Chloé fait partie intégrante de la famille, elle est intelligente et très attachante. Mais être un chimpanzé seul au milieu des humains n'est pas prudent, et c'est ce que ce roman va nous démontrer...
Écrit 22 ans après "Un animal doué de raison", "Le Propre de l'homme" s'en différencie en se restreignant dans les limites des faits connus, sans aucune science-fiction. Son intrigue est prenante et sa conclusion frappe comme une gifle, dans une concision et une vitesse totalement inattendues. J'ai regretté que le style soit aussi daté, les dialogues comme empesés et le tout pris dans une chape d'extrême politesse et de bienséance qui semblent réellement anachroniques (y a-t-il encore un enfant au monde qui ressente de la honte de perdre un bouton, par exemple ?).
Celle qui tire admirablement son épingle du jeu c'est Chloé, son personnage atteint une densité et une vérité qui la font sortir des pages pour nous poser question longtemps après notre lecture. Qu'aurait-il fallu faire ? Bien malin qui pourrait répondre...
Ed. de Fallois, 1989 & Le Livre de Poche 1991, 408 p.
06:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : monde animal, science, communication |
23.11.2009
Les Visages - Jesse Kellerman
Ethan Muller est galeriste, il s'occupe d'art contemporain. C'est un rejeton de grande famille, la dynastie des Muller, qui vit, selon ses propres dires, par cycles de cinq années. Il a pas mal cafouillé jusqu'à présent, mais semble avoir atteint une sorte de sérénité entre son travail et sa compagne, bien plus âgée que lui et figure importante du milieu de l'art. Il est en froid avec son père, aussi quand l'homme de main de ce dernier l'appelle pour jeter un oeil sur une oeuvre c'est peu dire qu'il ne déborde pas d'enthousiasme. Pourtant, il est subjugué par des cartons entiers de dessins qui ne ressemblent à rien de ce qu'il a pu déjà voir.
Très vite, il organise une exposition, sans l'artiste, dont on ignore tout, et c'est un succès. C'est alors qu'un ancien flic à la retraite le contacte, il a reconnu dans l'oeuvre géniale le portrait de plusieurs enfants, victimes d'un tueur en série jamais appréhendé. Ethan se lance mollement dans cette enquête, agité par divers sentiments contradictoires. Il ne mesure pas à quel point il va être impliqué...
Un bon roman rythmé par des interludes narrant la saga des Muller. Ethan et le milieu dans lequel il évolue sont peu attirants, il fait d'ailleurs tout, en tant que narrateur, pour agacer le lecteur, en insistant bien sur leurs côtés surfaits. En contrepartie, les interludes sont passionnants, la réflexion menée sur plusieurs sujets de fond est solide, et on se laisse entraîner bien volontiers dans ce jeu du qui est qui.
Au final, c'est une lecture à laquelle on s'intéresse de plus en plus au fil des pages, et dont l'épilogue ne déçoit pas. Pas le grand roman vanté en 4° de couv, mais une composition non formatée qui allie l'intimiste à un vrai sens du suspens.
Ed. Sonatine, 2009, 472 p. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Julie Sebony
Titre original : The Genius
Merci Amanda ! Lu également par Emeraude,
06:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : pavé, prenant, manque un petit truc pour être exceptionnel, mais bien bien ! quand même |
20.11.2009
Le bon larron - Hannah Tinti

Il était une fois un petit gars dans un orphelinat (de fait, parce qu'en réalité ce serait plutôt un monastère). A chaque fois que quelqu'un venait pour adopter, il savait que sa main en moins et ses douze ans (à la louche) seraient un problème : on veut du bébé tout petit ou de l'ado costaud, pour aider à la ferme, en ce 19° en Nouvelle-Angleterre. L'entre-deux pas bien beau et handicapé n'a guère ses chances. Pourtant, un jour, quelqu'un l'emmène. Certes, il s'agit du plus habile des baratineurs, voleurs, menteurs etc., mais Ren a eu quelques occasions de s'entraîner lui-même, et pris dans une spirale d'évènements qui s'enchaînent, il ne tergiverse pas, ou si peu. Jusqu'à ce que le hasard (mais le hasard existe-t-il ?...) place nos amis à North Umbrage...
J'ai souvent pesté contre les 4° de couv qui évoquent des auteurs chers à mon coeur quant aux filiations de tel ou tel roman, c'est ainsi que Jane Austen a plus souvent qu'à son tour été blasphémée par des écrits n'ayant vraiment rien à voir avec son merveilleux univers. Mais dans le cas de ce premier roman d'Hannah Tinti (auteur par ailleurs d'un recueil de nouvelles, "Bête à croquer"), j'assène deux bons gros bécots sur les joues de celui ou celle qui a eu l'idée fort juste de placer "Dickens" dans son dithyrambe.
Ce roman fourmille de personnages et de péripéties qui ne dépareraient pas dans un roman de cet auteur de génie, et on se laisse emporter avec jubilation dans le picaresque et les descriptions colorées. C'est assez rare pour le souligner, la magie opère dès les premières lignes, et on se retrouve avec les yeux qui piquent au moment précis où la surprenante et forte en voix Mme Sands s'exclame par deux fois "MAIS DANS QUEL ETAT VOUS AVEZ MIS MA MAISON". C'est le bonheur quand d'une remontrance outrée un auteur fait jaillir tout l'amour du monde, non ?
C'est de la belle ouvrage, fignolée, où tout fonctionne et tout est huilé aux petits oignons pour nous réjouir très sincèrement : le roman d'aventures est bien portant et c'est une très bonne nouvelle.
Un indispensable.
Ed. Gallimard, 2009, 373 p. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Mona de Pracontal Titre original : The Good Thief
En exergue, ceci : "Si un homme peut écrire un meilleur livre, prêcher un meilleur sermon ou fabriquer une meilleure souricière que son voisin, il aura beau construire sa maison dans les bois, le monde viendra se presser à sa porte." Ralph Waldo Emerson
Dans le roman, des livres, des prêches (sans sermon), des souricières, et des cabanes. Et mon total assentiment au sens figuré de cet exergue :)
Par contre, je n'aime pas du tout la couv. Du tout. J'aurais bien vu les miniatures du frère de Mme Sands, par exemple. Ou une illustration grouillante de personnages à la Phiz.
09:13 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, charles dickens, herman melville, mark twain, ça va, les inspirateurs sont pas mal |
19.11.2009
"On air"

Kriss – La Sagesse d’une femme de radio
L’œil Neuf éditions, 2005

C’est quoi, la radio ? Comment ça se passe, concrètement, une émission ? Qui est aux commandes, qu’est-ce qu’on a envie de proposer aux auditeurs, qu’est-ce que ça apporte, qu’apprend-on en trente ans de métier ? A toutes ces questions, et à d’autres encore, Kriss répond ici fort joliment, sous le couvert de son expérience. J’ai beaucoup aimé parcourir ses lignes, parce qu’elle s’envisage sans forfanterie ni maniérisme, elle me semble très « vraie » et proche de mes propres sentiments.
L’envie sincère de mettre son interlocuteur en vedette, les façons d’y parvenir, tout ce avec quoi il faut composer, et les habitudes qu’il faut bousculer régulièrement pour ne pas s’encroûter et s’égarer. Chercher sans cesse à garder son enthousiasme, proposer et ne pas consommer sans mâcher, si tout n’est pas dit, le tour d’horizon est en tout cas assez large et très gracieux.
« Un jour, parce qu’un disque avait dérapé, on m’a ouvert le micro, pour « meubler le blanc ». Dans ces cas-là, quelque chose se mobilise chez l’animateur, une sorte de garde-à-vous verbal, les mots viennent tous seuls et on découvre une fois le micro coupé ce que l’on a raconté.
J’avais donné l’heure, à la seconde près, puis demandé aux auditeurs de m’envoyer une carte postale pour me dire ce qu’ils étaient en train de faire, à cet instant précis, et dans quel état d’esprit.
J’ai reçu quatre cent trente cartes.
« Je suis représentant, je suis au volant de ma voiture, et je m’apprête à passer la frontière suisse pour rejoindre ma femme que je n’ai pas vue depuis une semaine. Je l’aime. »
« Je suis dans un bistrot, je ne comprends rien à ce que tu demandes, mais ça m’amuse d’y jouer. »
« Je suis dans mon jardin, et je récolte des haricots verts car mon petit-fils vient dîner ce soir. »
« Je suis dans ma chambre, je range dans une malle les vêtements de mon mari qui a été enterré ce matin, j’ai trente ans et je pleure. »
« Je suis à Tokyo, je me brosse les cheveux, et j’apprends le français en t’écoutant. »
« J’ai huit ans, maman t’écoute, on est à la maison, il y a du soleil et elle a dit qu’on pourra sortir après avoir fait la carte postale. »
« Je suis dans mon tracteur, je fais la moisson, je me dépêche avant la pluie. »
« Je suis à Paris, et je vais acheter mon pain. Personne ne m’a adressé la parole depuis trois jours. »
« Je suis face au rocher du Diamant, en Martinique, et j’essaye de le peindre. »
Quatre cent trente instants, heureux ou malheureux, intensément vécus. Pourquoi ces gens m’avaient-ils entrouvert leur vie ?
Ces cartes ont changé ma façon de faire de la radio.
Elles m’ont révélé la force de l’instant. »
110 p.
13:36 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (39) | Envoyer cette note | Tags : radio, métier |
18.11.2009
Nicolas Nickleby - Charles Dickens
"Nicolas Nickleby" a été écrit en 1838, Dickens avait 26 ans, venait de connaître le succès avec Pickwick, et menait de concert la publication en feuilleton de ce roman et d'Oliver Twist. On sent bien le bouillonnement de la jeunesse dans ce roman, on voit les épisodes où il lui a fallu meubler pour atteindre son quota de lignes, la construction bancale qui fait revenir sur nos pas, l'improvisation à partir d'une idée de départ.
Mais tout est pourtant réuni pour nous entraîner à la suite de notre héros dans ses aventures décousues, avec ses 117 personnages parlants dénombrés (sans compter les comparses muets).
Nicolas Nickleby est un jeune homme de bonne famille (j'entends par là qu'il a été bien élevé). Son père vient de mourir, après avoir, sur les conseils de sa sotte épouse (j'adore ceci en préface : "Mme Nickleby est un personnage admirable qui ne comprend rien à rien"), tenté la spéculation, et laisse toute la famille dans le dénuement le plus total. Nicolas, en charge de sa mère et de sa soeur, la belle Catherine, vient se placer sous la protection de son oncle, le sordide et très intéressé Ralph Nickleby. Qui s'empresse de le coller comme assistant dans une "école", un établissement comme il en existait à l'époque où les parents se débarrassaient de leurs enfants. Nicolas y verra des choses abominables et ne pourra décemment pas y rester. Première bravade envers son oncle.
Entre-temps, ce dernier avait décidé de profiter de la beauté de Catherine en la donnant en pâture à quelques-uns de ses clients (entendons-nous, pas au sens littéral, évidemment, nous sommes chez Dickens, mais en tant qu'appât, apparat, pour ses affaires). La jeune fille ne se laisse pas faire et quand Nicolas apprend tout ceci, il réagit avec fureur : la rupture est consommée avec Ralph et il lui faut se débrouiller seul (ce qu'il avait de toute façon toujours fait).
Ainsi, il intégrera une troupe ambulante d'acteurs avant d'entrer au service de deux admirables hommes. Catherine, elle aussi, devra travailler, et à ses côtés nous entrerons dans un atelier de couture.
Divers univers, donc, avec des intrigues à chacun liées, des personnages que l'on croise pour les retrouver plus tard, des évènements périphériques en nombre, qui scrutent tous la comédie humaine, le jeu des pantins qui s'agitent mûs par différentes motivations, de la plus pure (ce brave Smike, Newman Noggs ou les admirables frères Cheeryble, entre autres) à la plus sordide (et là les zozos sont fort nombreux), en passant par de mémorables scènes comiques.
Le tout donne un roman vivant, bruissant, joyeux ou terriblement grave, qui se lit avec avidité et une grande joie. Je pourrais citer des brouettes entières d'extraits, par jeu en voici un particulièrement simple, mais très efficace :
"[...] il proposa vivement ce toast : "Les dames ! Honneur aux dames !"
"Je les adore, dit M. Snevellicci en promenant son regard autour de la table. Je les adore toutes.
- Non, pas toutes, dit doucement M. Lillyvick.
- Si... toutes, répéta M. Snevellicci.
- Permettez, dit M. Lillyvick, cela semblerait comprendre les dames mariées, dit M. Lillyvick.
- Je les adore comme les autres, monsieur" dit M. Snevellicci."
A un moment, une virulente charge contre les auteurs de théâtre qui adaptent, souvent très mal à l'époque et surtout de façon précipitée, des romans en cours de parution, où c'est complètement Dickens qui s'exprime sous le couvert de son personnage.
Enfin, ceci, à méditer :) "Quand les gens sont sur le point de commettre ou de laisser commettre une injustice, il n'est pas rare de les voir exprimer de la pitié pour la victime; ils ont ainsi le sentiment d'être vertueux et honnêtes, et à cent coudées au-dessus de ceux qui n'expriment pas de pitié. C'est une façon de placer la foi au-dessus des oeuvres, et cela les met en paix avec leur conscience."
Ed. Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1966, environ 900 pages.
Introduction de Pierre Leyris et traduction de Jacques Douady
Lu également par Isil,
08:26 Publié dans Livres : Classiques | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens, abominable squeers, admirables frères cheeryble, grande variété de personnages |
14.11.2009
Dentiste mystérieux à Manhattan et autres nouvelles - Woody Allen
"Je suis grandement soulagé d'apprendre qu'on est enfin en mesure d'expliquer l'univers. J'allais finir par croire que c'était moi qui déraillais."

Neuf courtes nouvelles de Woody Allen réunies dans un fin format Librio (2 €), franchement, je ne vois aucune raison de s'en priver. On lit ça en souriant d'un bout à l'autre, c'est décalé, absurde, élégant.
"Notre père qui êtes sur la toile" décline un fait divers de 2005, du Guardian, évoquant la vente de prières sur e-bay.
"Théorie des cordes et désaccord" raconte une banale scène de la vie de bureau sous l'angle de la physique (ce qui change évidemment tout).
"A Vienne que pourra" est l'extravagante comédie musicale "Fun de siècle" où Klimt, Schiele, Zweig, Malher, Rilke, Freud& co déjantent à qui mieux mieux. ("Résultat, il vainc la peur de la mort qui l'a paralysé toute sa vie durant. - Et comment ? - En mourant.")
Dans "Ainsi mangeait Zarathoustra", on a retrouvé une oeuvre inédite : "Mes secrets minceur", par Frédéric Nietzsche.
Pour rester dans le même univers, "Mortelles papilles, ma jolie" nous entraîne dans un monde où les truffes, le foie gras et le caviar ont détrôné les bijoux.
"Dentiste mystérieux à Manhattan" nous démontre que les dentistes ont un pouvoir mortel.
"Attention, chute de nabab" narre une tragédie euridipienne : la folie des grandeurs à Hollywood :
"UMLAUT : Dites, les gars, y en-a-t-il un parmi vous qui aurait lu l'Epopée de Gilgamesh ?
(Ils opinent tous deux avec enthousiasme.)
NUTMEAT : La bible babylonienne ? Bien sûr, plusieurs fois, pourquoi ?
UMLAUT : Je ne dirai que deux mots : comédie musicale."
Dans "Stylo à gages" un auteur persuadé de son grand talent se mesure à l'appât du gain.
Enfin, "Prise de bec au procès Disney" amène Mickey à la barre des témoins.
Après ça, on n'a qu'une envie, se procurer un recueil bien plus consistant : je suis fan de la plume et l'esprit de Woody Allen.
Ed. Flammarion, 2007 & Librio 200971 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard
Lu également par Wictoria (9 nouvelles très courtes mais délicieuses, on se pourlèche, on salive, on se gave),
(A propos de Nicolas Richard, dont la traduction du "Temps où nous chantions" m'avait enchantée, un billet d'humeur au vitriol sur le Buzz Littéraire. Ouch, c'est violent !)
07:37 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles, humour, absurde |
12.11.2009
6 heures plus tard - Donald Harstad
J'aime ce qu'écrit Donald Harstad (déjà évoqué ICI ou LA), et ce nouvel opus des aventures du Shérif Carl Houseman ne m'a aucunement déçue.
C'est à Londres que nous retrouvons notre ami de 56 ans, envoyé "politiquement" donner la main à la police anglaise dans la disparition d'une copine de sa fille. Elles sont trois colocataires momentanément en Angleterre dans le cadre de leurs études. Emma est la plus délurée des trois, dans sa trentaine d'années elle ne se refuse pas les petits plaisirs. Jusqu'au jour où elle s'offre au mauvais cheval, un prof crétin pétri de grandes idées au service de son égo qui se révèle être une parfaite couverture à des terroristes. Ce sont des amateurs extrêmement peu doués (et par là même, très dangereux), mais à leur tête il y a de vrais méchants ("Mieux vaudrait un échec sanglant qu'un renoncement de la dernière heure". Brrr.)
En alternance, ces mondes différents (USA vs England, MI-5 vs FBI, shérif pétri d'expérience vs organisation terroriste en apprentissage) font progresser l'intrigue en nous y intéressant de plus en plus...
Ce que j'aime chez Donald Harstad est en réalité également ce qui me terrifie le plus : il décrit des évènements et des processus qui me paraissent tellement vraisemblables, d'une façon tellement posée et dénuée de tout artifice, que je sursaute aux dénouements inattendus (enfin, moi, je ne m'attendais pas à ça) et que je me pique au jeu au fil des pages, regrettant fortement que cela se termine.
Vivement le prochain :)
Ed. du Cherche Midi, collection "Ailleurs", novembre 2009, 348 pages.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Gilles Morris-Dumoulin
Titre original : November Rain
Merci Solène !
Lu également par : Yspaddaden (un flic original par son côté attachant et débonnaire), Cathulu (Une réussite !), Amanda (on apprécie toujours autant le style direct)
05:43 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : policier, terrorisme, angleterre vs etats-unis, pragmatique et effrayant |
10.11.2009
Dans les limbes - Jack O'Connell

Sweeney est pharmacien. Il fut un temps où sa vie était tout ce qu'il y a de plus banale, il avait son boulot, ça roulait, sa femme et son fils, le petit Danny, 6 ans. Mais Danny est dans le coma depuis un an, l'épouse s'est suicidée, et Sweeney est au bout du rouleau. Il est sujet à des crises de rage et craint de passer les limites. On lui a beaucoup vanté la clinique du docteur Peck, qui a déjà réussi à sortir deux patients du coma. Il tente le tout pour le tout, nouveau boulot, nouvelle ville, nouvelle clinique pour Danny.
Mais Quinsigamond est une ville à la Derry ou au comté de Yoknapatawpha. Sweeney y rencontre une bande de motards quelque peu spéciaux, des neurologues investis d'une mission, et tente de comprendre la BD auquel son fils était accro : Limbo.
Insidieusement, alors que l'intrigue de Limbo est intercalée à celle de Sweeney, la frontière entre les deux mondes devient floue pour le lecteur; des correspondances s'établissent; des peurs montent à la surface; des combinaisons frénétiques se frayent un passage dans notre imagination qui trouve dans ce roman le terrain idéal pour s'épanouir et se ramifier.
C'est un roman brillant qui claque bien, qui est très fortiche dans le sens où le lecteur n'est jamais pris par la main, on le laisse vraiment faire sa sauce tout seul, on lui démontre la portée que peut avoir une histoire et un bon conteur, à condition qu'il y ait un lecteur consentant en face.
C'est un monde presque féérique, de ce merveilleux qui touche au glauque, un peu dans l'esprit de la série "La caravane de l'étrange", ou des films de Tim Burton, vous voyez. A la lisière du beau et du bizarre, sur un mince fil très ténu. Pas un thriller, pour moi, même s'il y a bien un vrai suspens, des choses qui ne sont pas ce qu'elles semblent être, et une explication finale. Plutôt un roman qu'on ne peut pas classer, un genre d'uppercut qui a le pouvoir de générer une fan-attitude, de séparer le monde entre ceux qui l'ont lu et les autres, ceux qui l'ont aimé et ceux qui ont tort ;o)
Ne pas passer à côté !
Ed. Rivages/Thriller, 2009, 355 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Gérard de Chergé
Titre original : The Resurrectionnist
Lu également par : Jean-Marc (Jack O’Connell est un très grand),
18:17 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : etrange, fantastique, plume de grand conteur, univers touchant au merveilleux |
09.11.2009
Vie du lettré - William Marx
C'est Dominique qui m'avait donné très envie de lire cet ouvrage. "Érudit mais pas inaccessible" nous disait-elle, et elle avait raison. C'est
truffé de références qu'il est impossible d'appréhender sans avoir fait d'études littéraires, mais fort heureusement le ton (souvent mordant) et les nombreuses anecdotes ne laissent pas le lecteur lambda sur le côté, même si je suis passée très au large de plusieurs concepts philosophiques.
Et puis que de phrases à relever, pfiou, j'ai passé mon temps à ça :)
Je suis une lettrée dans la seule acception de cette définition, en préambule : "Qu'est-ce qu'un lettré ? Quelqu'un dont l'existence physique et intellectuelle s'ordonne autour des textes et des livres; vivant parmi eux, vivant d'eux, employant sa propre vie à les faire vivre et en particulier, à les lire." Mais ça se gâte dès la page suivante, lors de l'explication de la différence entre culture et divertissement (et je cherche donc qu'à me divertir). Ça se corse encore au chapitre VI, consacré à l'examen, puisque : "On n'est pas lettré tout seul. Certes, nul n'est empêché de jouir en solitaire de la littérature, mais cette jouissance-là n'a rien de lettré : c'est celle de l'autodidacte, lequel s'oppose au lettré au moins sur ce point." Magnifique conclusion à ce chapitre de l'examen : "Aussi la forme du concours est-elle d'essence plus philosophique que le simple examen, car, tandis que ce dernier, en sanctionnant un niveau absolu, risque de donner une assurance trompeuse, on ne réussit jamais un concours que faute de meilleurs candidats. De là procède la force paradoxale du lettré : il avoue non pas sa nullité, mais son insuffisance."
"Une bibliothèque est une machine à sortir du monde et à faire éclater les cadres trop étroits de la temporalité quotidienne."
"La vie du lettré est excentrique par principe ou, plus précisément, excentrée, c'est-à-dire ordonnée à un autre centre : les textes, qui lui imposent leur loi."
Excellent VIII° chapitre intitulé "L'économie" : "La vie du lettré est nécessairement une vie lettrée, différente de la vie ordinaire : il y a tant de livres à lire et à commenter, tant de livres à écrire aussi, qu'une existence peut en être facilement occupée - et débordée. A elle seule, une bibliothèque vaut bien une famille, tracas compris. Bon an, mal an, l'enfant grandit tout seul; il ne sait que croître: c'est sa nature. Mais la nature du livre est de mourir à chaque page pour renaître, si le veut le lecteur ou l'auteur, à la page ou la phrase suivante. Lire exige temps, effort, application : c'est transcrire en son esprit ce qu'un autre a écrit sur du papier, fournir sa propre vie à la parole d'autrui, regonfler de son propre souffle des mots expirés. Contrairement à un lieu trop commun, on ne dévore pas les livres : ils vous dévorent, vous vampirisent, se nourrissent de votre être et de votre énergie, vous coupent du monde, vous transportent dans le leur, mangent votre espace et votre temps, débordent de vos étagères, raccourcissent vos nuits et vos journées, rétrécissent votre maison et votre appartement, vous ruinent tout en vous enrichissant, vous font leurs quand vous croyez les faire vôtres."
A lire dans le calme.
Ed. de Minuit, collection Paradoxe, 2009, 181 p.
Frédéric Ferney en parle très bien,

