« Peut-être le meilleur recueil de nouvelles que j'aie jamais lu | Page d'accueil | Malo de Lange, fils de voleur - Marie-Aude Murail »
07.12.2009
Richard Lange - Dead Boys

Si cet extrait vous a plu, vous adorerez ce recueil de 12 nouvelles : il est complètement dans ce ton. Los Angeles, des petites gens, des petites vies, des fêlures, des qui flirtent désespérement avec la lisière, de la folie ou de la connerie, ça poisse, ça poisse mais c'est plein d'élégance.
"Comment les gens normaux font-ils pour vivre avec toutes les erreurs qu'ils ont commises ?"
"Perdu de vue", par exemple, raconte l'histoire de deux demi-frères qui ne se connaissaient pas. Spencer est installé avec Judy, ils s'entendent bien, apparemment. Ils sont d'accord, à priori, pour ne pas se laisser infecter par l'esprit de Noël. Karl vient de sortir de prison, de toute évidence c'est le gros loser qui a pas mal glandé. Pourtant son arrivée change la donne dans l'équilibre de Spencer, et les choses dérapent insidieusement... On sait bien que les apparences... C'est très fort de nous montrer comme ça, à travers des petites scènes qui semblent innocentes, la réalité derrière les façades, les dangers des jugements hâtifs.
"Le vieux à côté de moi porte une veste en polyester bleu dont les poignets lui tombent sur les doigts. Il sent la levure et la naphtaline. Pendant un moment, il contemple l'écran bouche bée en taquinant son râtelier de la langue. Puis il se lève et se tourne vers moi.
"Fous le camp, voyou, dt-il d'une voix rauque.
- Pardon ?
- La fête est finie.
- assieds-toi, le taré, s'écrie un des autres types.
- Ouais, connard" renchérit un autre.
Le menton du vieillard tremble; ses yeux brillent de larmes. Il retourne à sa place sur le canapé et s'assoit la tête entre les mains. J'échangerais les dix premiers venus que je connais contre un seul comme lui. Sa désolation a la beauté d'un miroir brisé."
Je voudrais pouvoir mettre le doigt sur ce qui fait que ça me touche autant, une pointe du Djian des débuts, du Carver pour cette façon de présenter la simplicité des existences laborieuses, sans construction, du pris sur le vif (je veux dire pas du "fabriqué" : pas d'introduction, scènes, chute); de la douleur, aussi, parce que c'est vrai que ces nouvelles font mal, mais délicieusement.
"C'était généralement un coup de fil de sa mère qui faisait péter un cable à Bobby. Elle était gentille avec lui, elle le soutenait complètement, mais dans sa voix il n'entendait que de la pitié et de la déception. Vu de chez moi, il s'était fait avoir dans les grandes largeurs : quel intérêt d'être cinglé si c'est pour ressentir encore de la honte ?"
Je trouve qu'il y a une économie de mots d'une générosité folle, des situations entières pleines de détails qui émergent de phrases pas crâneuses, une humilité non feinte au service d'une grande humanité. Une plume vivante.
Archi séduite.
Ed. Albin Michel collection Terres d'Amérique, 2009, 290 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Cécile Deniard
06:00 Publié dans Excellent | Lien permanent | Commentaires (24) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles, petites vies des petites gens, quotidien, petit bijou


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Commentaires
Écrit par : Aifelle | 07.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 07.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 07.12.2009
Répondre à ce commentaireet pour le sapin, tout pareil... en presque... j'ai pris un grand aquarium rond (vide, hein, de toute façon napoléon et jules-cesar ont trépassé par manque d'affection depuis belle lurette) et j'ai mis des boules dedans. Voilà. C'est rapide, écolo, et coloré. En plus, ça ne perd pas ses piquants, ça ne demande pas à manger ;)
Écrit par : amanda | 07.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Ys | 07.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : dasola | 07.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : l'or des chambres | 07.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Hambre | 07.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Choco | 07.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Géraldine | 08.12.2009
Répondre à ce commentaireÉtant très amateur de recueils de nouvelles, je le note pour un de mes prochains emprunts à la médiathèque.
A bientôt.
Yvon
Écrit par : Eireann Yvon | 10.12.2009
Répondre à ce commentaireje viens de commencer et pour l'instant les braqueurs de banque m'ont mis très mal à l'aise je n'accroche pas .
Braquer des banques pour s'en sortir me rend dubitative ; je sais que je ne dois pas avoir un jugement moral mais comme qui dirait ça me gène . je vais continuer on verra...
Écrit par : Luocine | 11.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 11.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Luocine | 12.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 13.12.2009
Répondre à ce commentaireJe ne sais pas si j'aime ou non les truands,j'aime les livres et la fiction mais surtout l'écriture. Et là je n'y arrive pas.
Pour la fiction , c'est tout le temps un monde glauque plus glauque, ça n'existe pas, les personnages ont des moments d'humanité qui s'estompent très vite dans le glauque justement, et l'écriture, je pense qu'elle souffre de la traduction.Ce que je peux dire c'est qu'elle ne m'a jamais "fait partir" pourtant je me suis accrochée, à cause de toi Cuné dont j'apprécie souvent les avis!
Pour moi, c'est raté, j'espère que d'autres vont le lire .
Écrit par : Luocine | 13.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 13.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Luocine | 13.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : luocine | 16.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 16.12.2009
Répondre à ce commentaireL'auteur est très très sympa, je l'ai rencontré à Etonnants voyageurs. Il ne se prend pas là tête :)
Mais je crois me rappeler qu'il a un bon accent américain! Dans ces cas là, je remercie ma world compagnie :)
Écrit par : Stéphanie | 06.01.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 07.01.2010
Répondre à ce commentaireSuite à ce billet, j'avais acheté ce livre en V.O. La lecture de la première nouvelle m'avait laissé un peu froid, et je l'ai laissé longtemps en suspens. Et puis il est remonté vers le haut de ma pile récemment, peut-être comme un corps en décomposition chargé de gaz viens flotter entre deux eaux. Et finalement, c'est tout à fait ça, une somme de vies foireuses, où la défaite est inscrite même pas en filigrane, mais comme une évidence, mise en pleine lumière par le style, brillant, de l'auteur. Des histoires de junkies, d'alcoolos, de chomeurs, de petits ouvriers, de paumés, de paranos, ou le plus souvent tout à la fois.
J'hésite entre ne surtout pas le recommander à quelqu'un d'un tant soit peu déprimé, ou au contraire leur dire que cette lecture ne pourrait que leur remonter le moral, tant c'est difficile d'imaginer des vies pire que celles qui sont décrites ici (et pourtant...)
En tous les cas, une belle découverte grâce à Cunéipage ! Merci !
Écrit par : sholby | 28.06.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 28.06.2010
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