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30.12.2009

L'ivresse des falaises - Philippe Huet

huet.jpg"Le président Lebourgeois habitait un petit pavillon perché sur les hauteurs. Rien de bien folichon, sauf que de l'intérieur, par la grâce de deux ouvertures vitrées, c'était un plongeon sur la mer. Carole adorait. Elle n'était là que depuis six mois, venait de Troyes, et elle repensa au cortège de condoléances qui avait accompagné son départ : "Ma pauvre petite, Le Havre ! Tu vas voir ! Du béton, encore du béton, toujours du béton !" Son père en avait remis une grosse louche : il y avait traîné ses guêtres dans sa jeunesse, et avait détesté. A l'entendre, c'était "cafard-ville" avec un zeste de Staline et une pincée d'Ubu pour l'architecture. Et ça alors ? Le soleil rougeoyait, jetait des gerbes de feu dans la baie de Seine, et de gros navires glissaient lentement sur un miroir d'eaux scintillantes. "Ca, des navires ? se marraient également les plus anciens au commissariat, si tu avais connu les paquebots..." Carole s'en foutait, elle les trouvait beaux ces bateaux."

Dans mes bras, Carole. J'ai apprécié ces nouvelles qui déclinent souvent une enquête policière, elles ont un ton tout simple mais efficace, elles prennent le lecteur dans leur ambiance immédiatement. Les protagonistes sont des gens lambda, les femmes toujours des petites brunettes, et le climat passe du crachin déprimant à la chaleur écrasante d'un jour d'été. On fait même un petit tour à Trouville lorsque la plage n'était pas mixte, et qu'il fallait une cabine roulante pour prendre un bain de mer.

Un recueil de treize nouvelles 100 % normandes.

 

Ed. Payot & Rivages, 2009, 345 p.

 

Lu également par Jean-Marc Laherrère, Paul Maugendre, Jeanjean,

26.12.2009

Un week-end entre amis - Madeleine Wickham

wickham.jpgMadeleine Wickham et Sophie Kinsella sont la même personne, j'ignore quelle est la véritable identité et quel est le pseudonyme. De toute façon, j'aime la plume. Elle signe des petits romans légers et divertissants, qui sont toujours bien troussés, bien construits et qui se lisent avec plaisir.

Dans ce Week-end entre amis, on assiste à un tournoi de tennis organisé par Patrick et Caroline, qui se sont installés dans la campagne chic anglaise lorsque leurs revenus se sont améliorés. Ils convient des amis de leur ancien quartier, et on assiste à la comédie humaine : comment arnaquer ses amis, peut-on parler d'amitié quand l'argent intervient, qu'est-ce que le snobisme ou la vulgarité, coucher est-il tromper, etc.

Ce n'est pas drôle à proprement parler, mais le ton est résolument moqueur et les personnages tous intéressants, plus nuancés qu'on pourrait le craindre.

Très sympathique !

 

Ed. Belfond 1998 & Pocket 2009, 257 p.

 

Lu également par (et les avis sont partagés) :  Angela, La Sardine, Maribel, Deliregirl, ...

21.12.2009

Paul dans sa vie - Rémi Mauger

 

paul dans sa vie.jpg

En Normandie, il existe une petite pointe battue par les vents, très peu peuplée et dont l'agriculture obéit encore aux manières ancestrales : La Hague. Pour toutes ces raisons, c'est là dans les années 1960 qu'une usine de retraitement nucléaire a été implantée. Elle a changé l'économie du coin, Rémi Mauger a consacré un premier documentaire à son père, qui a délaissé sa ferme pour travailler à mi-temps à l'usine. C'est alors qu'on lui a suggéré de s'intéresser au pendant de ce point de vue, à la Famille Bedel, et notamment à Paul, qui a refusé de changer quoi que ce soit à sa vie.

Pendant un an, en 2003, la caméra de Rémi Mauger est venue passer quelques jours avec Paul, le chef de famille, les 70 ans largement entamés. Sa ferme, ses champs, ses vaches, ses soeurs, ses fères, les moissons, les machines hors d'âge, la religion, l'ouverture aux autres, les homards, la démarche voûtée et usée et la malice, tant de malice quand on fait traire le petit jeune qui s'y prend comme un manche ou qu'on post-synchronise un dialogue qui s'est perdu dans le vent en jouant comme un pro.

Paul crève l'écran. Il nous chope directement aux tripes et on ne respire plus pendant toute la durée de ce magnifique film.

Initialement prévu pour la télévision, France 3, et diffusé pendant la nuit, ce film depuis le départ est un ovni. Doublant les 52 minutes habituelles, il finira par sortir au cinéma et connaît maintenant une jolie carrière en DVD.

Pour tous, vraiment pour tous. Un gars tout simple mais loin d'être simplet. Ce film nous montre une vie dure, un sacerdoce, une existence entièrement consacrée aux autres. On ressent une extrême pénibilité et on a du mal à comprendre parfois le refus total de la modernité; en même temps, Paul a une épaisseur, on voit bien les satisfactions qu'il retire de sa vie, on sent une sérénité, liée aux éléments, à la sensation d'être en phase avec son environnement. Ça a du sens. C'est une vraie ouverture sur quelque chose de rare.

 

paul.jpg

 

Le site consacré à ce film et à ses suites, qui propose plusieurs extraits, et le Kriss crumble avec Rémi Mauger à écouter.

20.12.2009

Typhon - Joseph Conrad

Dans un bon roman dont je parlerai en janvier, je suis tombée sur un personnage qui avait pour habitude de toujours relire Typhonconrad.jpg (134 p.) lorsqu'il passait la nuit dans un hôtel. C'est typiquement le genre de détail qui me reste gravé, et il m'a fallu à mon tour lire ce Typhon toutes affaires cessantes : quel choc.

D'abord parce que le roman est excellent, nous plongeant corps et âme sur le vapeur Nan-Shan aux côtés du capitaine MacWhirr, de son second Jukes et du chef mécanicien Rout alors qu'ils affrontent un typhon en mer de Chine.

Ensuite parce que justement, ça faisait longtemps que l'excellence indubitable d'un roman ne s'était pas imposée à moi comme ça, dès les premiers et jusqu'aux derniers mots, une construction, un humour subtil, un suspens, des personnages qui crèvent les pages, des éléments déchaînés et faramineux, une ampleur en toute chose, servis par une concision remarquable.

Mais également parce que la postafe de l'édition Autrement (1998) est signée Sylvère Monod, que j'associe fortement à Dickens, et dont la plume est tellement pédagogue et complète qu'il m'est ensuite impossible d'ajouter quoi que ce soit. Quand Sylvère Monod décide de parler de quelqu'un ou de quelque chose, on a envie de le recopier mot pour mot et en totalité, tant il donne à percevoir tous les aspects importants et surtout - surtout -  tant il donne envie de lire ce dont il parle.

Je retrouve en fait ces coïncidences livresques que j'aime tant, ouvrir un livre sur le conseil d'un autre et tomber sur une plume que j'apprécie pour ce qu'elle a écrit d'encore un autre auteur... Tout est lié.

Je conseille donc fortement de lire ce court roman de Conrad, pour le laisser ensuite cheminer tranquillement en soi. Je ne sais pas  encore ce que je pense de MacWhirr, il m'a impressionnée par sa solidité tranquille et l'évident bon sens de la plus stupide de ses réflexions : si les livres conseillent d'éviter par tous moyens une tempête, il ne faut pas les suivre, car comment en appréhender la réalité si on l'évite ?

A méditer de préférence bien à l'abri.

Traduction de Odette Lamolle (Sylvère Monod dit : "Un fait important concernant la fortune française de ce récit en est le choix qu'en fit André Gide lorsqu'il voulut devenir traducteur de l'anglais. Choix singulier de la part d'un écrivain qui connaissait imparfaitement l'anglais et très mal la mer; il donna néanmoins naissance à une oeuvre de haute qualité littéraire, qui a longtemps - peut-être trop longtemps - détourné les traducteurs de s'attaquer au même livre.")

 

Lu également par : Calepin, Gangoueus, Lilly, Pitou...

19.12.2009

La chambre close - Maj Sjöwall & Per Wahlöö

Ce n'est pas le premier opus de la série mais ce n'est pas grave, c'est un vrai plaisir de découvrir ce duo d'auteurs suédois qui ont été les précurseurs du polar nordique tellement à la mode actuellement. En préface, Michael Connolly nous assure qu'on ne va pas le lâcher et il dit vrai.

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Le héros s'appelle Martin Beck, c'est un enquêteur d'une cinquantaine d'années qui reprend le boulot après avoir été salement blessé dans une affaire précédente, et par sa faute, apparemment. Il se sent mal, comme emprisonnée dans sa propre chambre close mentale. L'affaire qu'on lui confie est destinée à une reprise en douceur, de quoi gamberger assis tranquillement à son bureau, le classique cas d'un mort dans une pièce fermée de l'intérieur. En parallèle, ses collègues sont très focalisés sur les hold-up.

Nous sommes dans les années 1970 à Stockholm, et c'est une société totalement inopérante qui nous est décrite. Les policiers sont bêtes à bouffer du foin, occasionnant quelques scènes véritablement burlesques, les habitants n'ont d'autre choix que d'émiger ou de se suicider. Pour ceux qui ne peuvent faire ni l'un ni l'autre, la vie est dure, sombre, injuste.

L'opposition entre l'humour et la noirceur renforce encore l'effet addictif aux pages, et Martin Beck se sort avec brio de tout ceci. Ni un superman ni un bas du front, c'est quelqu'un qui se débat dans une époque, et il est très doux, en sa compagnie, de faire connaissance avec Rhéa.

J'ai hâte de me procurer d'autres enquêtes !

 

 

Ed. 10-18 1987 & Payot & Rivages 2009, 413 p.

Traduit du suédois par Philippe Bouquet

Titre original : Det Slutna rummet

18.12.2009

Ab' Fab !

Magazine ELLE du 18 décembre, page 114, notre Fashion élue coup de coeur littérature de la rédaction, parce qu'elle le vaut bien !

Ab'Fab !.jpg

17.12.2009

L'âme soeur - Anne Lenner

"Tu as une idée par cheveu"

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Ce roman est un petit missile : tout guilleret, il a une musique très particulière et explose à la fin.

Mademoiselle Angèle Dufresnes a dix ans et est bien solitaire. Elle vit en Afrique, expatriée avec ses parents, maman infirmière et papa écrivain, un boy qui s'occupe d'elle depuis sa naissance et règne en maître sur la cuisine, De Gaulle. Elle suit des cours par correspondance et espionne ses petits voisins, qui la traitent en extra-terrestre. Elle est spéciale, il faut bien le reconnaître.

"Du coup, je m'efforçais de ne penser à rien du tout en sa présence, ce qui s'avérait bien sûr impossible. Je me concentrais alors sur un mot, que je répétais comme un malade atteint du syndrome de Gilles de la Tourette. Si mon père choisissait ce moment-là pour me poser une question, le mot fusait soudain hors de moi, comme si l'avoir répété avait préparé son éjection au préalable. Je me rappelle qu'à un moment c'était blanc.

- Quand te décideras-tu à grandir, Angèle ? demandait mon père.

- BLANC ! Criais-je à tous les coups.

Ou encore :

- J'aimerais que tu m'expliques pourquoi tu dis à tout le monde que De Gaulle est ton véritable père et que tu es née albinos.

Blanc, blanc et encore blanc, telle était toujours la réponse.

- Cette enfant fait du fétichisme oral, disait alors mon père de cet air consterné qui était une autre marque de fabrique, avec ses mains songeuses."

Un jour, ilfautqu'onparle lui disent ses parents. Ce qui n'est jamais bon signe. Alors débute une histoire qui...

Qu'il faut lire par vous-même. Ce serait dommage d'en dire trop, c'est déjà très court, chaque chose en amenant une autre il faut dévorer le tout tout seul, et comprendre à quelques pages de la fin seulement ce qu'il en était réellement...

Vraiment très chouette et pouvant être lu par tous, grands et petits. Plein de malice et de gravité, joli, quoi. J'ai été d'autant plus séduite que j'avais reposé très vite le premier roman d'Anne Lenner, Cahin-Caha dont le style m'avait hérissée immédiatement.

Comme quoi...

 

Ed. Le Dilettante, 2009, 159 p.

 

Découvert grâce à Cathulu (Humour, tendresse sont au rendez-vous dans ces 159 pages  jubilatoires et pleines d'invention qui se dévorent d'une seule traite !)

Lu également par : Pages à Pages (Anne Lenner a une écriture inventive), Canel (la fin, tout à fait surprenante et touchante [...] donne même envie de le relire !), Brize (une écriture tout en finesse, mouchetée d'humour), ...

16.12.2009

Principe de précaution - Matthieu Jung

Pascal est le narrateur de cette histoire étonnante. 39 ans, propre sur lui avec cette raideur issue des éducations pas réussies, celles jung.jpgqu'on dit "bonnes" mais qui ont surtout inculqué des tonnes d'interdits et un terrible manque de confiance en soi, un repli terrifié. Mais Pascal travaille bien, parle bien, s'évertue à présenter toujours la bonne attitude et réfrène terriblement les bouffées de rage qui l'envahissent par moments.

Au travail, surtout, il doit subir un drôle de type qui ne cesse de le choquer en racontant très salement sa vie sexuelle, ou tous les faits divers où un enfant subitement assassine sa famille. Pascal est mortifié devant sa propre ambivalence, il exècre ce collègue mais ne peut s'empêcher d'éprouver une certaine fascination.

Pascal par ailleurs s'entend bien avec sa femme, il lui est très reconnaissant de l'accepter, s'étonne de l'affection de leur fille pré-ado, et ne comprend plus du tout leur fils, jeune lycéen.

Jour après jour, ces constantes ne cessent de prendre tour à tour le devant, occasionnant des soucis ou des petites victoires, avant un final prévisible mais non moins percutant...

Un bon roman qui joue beaucoup avec les différents niveaux de langage pour démontrer son propos. Lionel est cru et très bas, Luc est pédant et très cultivé, Pascal oscille entre les deux. Le tout est très actuel, observé et disséqué avec justesse, ça fait froid dans le dos et en même temps c'est drôle. C'est féroce, politisé,  ça fustige notre connerie ou nos à-priori débiles, avec de petites touches de vécu, prenant et vraiment très réussi, au final.

 

Ed. Stock, 2009, 409 p.

15.12.2009

Mon QI est inférieur à ma pointure...

... Et pourtant, je persiste.

A lire pour pouffer, l'avis de quelques auteurs anglais sur les livres de 2009 à éviter, avec cette perle signée Tony Parsons :

"I have read and loved a lot of Stephen King books, but Duma Key stunk to high Heaven. It reads like a very rough first draft and is an insult to the intelligence of anyone who has an IQ higher than their shoe size."

(Mon avis taille 39)

13.12.2009

Le magasin d'antiquités - Charles Dickens

Je vous assure, désirer lire Dickens de nos jours est chose ardue. Le magasin d'antiquités n'est actuellement plus édité du tout, aussi je remercie encore Fashion qui m'a prêté son volume de la Pléiade déniché d'occasion.

Quatrième roman écrit par Dickens, ce magasin ne m'a pas séduite outre mesure. On y suit la petite Nell, quatorze ans, qui est un modèle de bonté, vertu, et beauté. Elle est chargée de son grand-père, un triste personnage saisi du vice du jeu, qui nous est présenté comme un gros égoïste qui passe son temps à chouiner ou à perdre la boule, il n'y a guère que Nell pour l'apprécier. Et encore, parfois même à elle il met les jetons, mais c'est une fille courageuse qui ne baisse jamais les bras.

Ils sont poursuivis par la haine du pire individu qui se puisse concevoir, un être abominable et difforme, un nain, Quilp. Il maltraite et manipule tout le monde autour de lui, et s'acharnera sur Kit, qui vénère la petite Nell.

On suit en parallèle les aventures de Nell et son grand-père sur les routes, et celles du petit monde resté à Londres. Comme toujours chez Dickens, des méchants ridicules qui font force grimaces, des inconnus qui sont liés à nos héros, des enfants qui meurent, des pointes d'humour. Mais dans ce roman beaucoup d'insistance, j'ai trouvé, une certaine lourdeur, une magie qui n'a pas opéré pour moi.

Toute l'Angleterre a pleuré en janvier 1841 avec Dickens la mort de Nell, pas moi, pour une fois. Elle était trop pure et éthérée, tout était trop marqué pour que j'entre réellement dans l'univers de ce magasin d'antiquités. Même Kit, brave figure du fidèle s'il en est, ne m'a pas touchée.

Le seul personnage qui a trouvé grâce à mes yeux fort exigeants pendant cette lecture, c'est Richard Swiveller, le Dick de notre histoire (il y a toujours un Dick chez Dickens !). Mauvais sujet au départ, plus par mauvais choix de ses compagnons qu'autre chose, c'est un bon bougre au fond, une amusette, il a un certain panache qui ne laisse pas indifférent. Son histoire avec "marquise" est une des bonnes surprises, un peu de finesse au milieu de toutes ces marionnettes dont le sort se joue.

Un roman de 600 petites pages, 1962 pour l'édition dans la Pléiade, traduction par Marcelle Sibon.

 

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