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18.01.2010
Le Chagrin et la Grâce - Wally Lamb
Wally Lamb n'est pas un auteur prolifique : déjà dix ans qu'on attendait un roman, après les très bons "La Puissance des vaincus" et "Le Chant de Dolorès" (tous deux réédités cette année, d'ailleurs). Je le disais déjà à l'époque, je le pense toujours, il est l'auteur qui se rapproche le plus de Pat Conroy, sans en avoir l'humour.
Mais que c'est bon de se faire prendre dès les premières pages, de s'enfoncer pendant de longues heures dans un roman épais et copieux, de vibrer !

C'est Caelum Quik qui nous raconte. Il a quarante-sept ans quand on le rencontre. Prof de lettres, Il est marié avec Maureen, troisième mariage, ça battait de l'aile mais ils voulaient s'accrocher, alors ils ont consulté, ensemble. C'est ensemble qu'ils vont tout affronter, et c'est de sacrés pavés qu'ils vont se prendre en pleine figure : le massacre de Colombine et ses graves conséquences, un homicide involontaire, des morts par maladie, la découverte d'un secret familial...
Il n'est pas utile que je détaille plus l'histoire, à la limite elle ne compte pas d'ailleurs. Ce qui se passe c'est qu'on a une impression de proximité totale avec Caelum, on est tout debout à ses côtés et on assiste à des trucs pas possibles en empathie parfaite. C'est du lourd, comme il ne faudrait pas dire, du mélo, mais du bon, et là où Pat Conroy fait un flop avec son dernier roman en chargeant la mule sans rien lier, Wally Lamb fait tout passer.
Velvet, par exemple. Une ado au passé atroce qui est complètement azimutée et qui s'accroche comme une moule. On ne peut pas s'empêcher néanmoins de lui accorder une certaine tendresse dès le départ :
"Ce week-end là, à Denver, j'entrai dans une librairie. Je voulais fouiner pour le plaisir. Au lieu de ça, je ressortis avec une brassée de livres pour Velvet.
Elle les lut tous : Tolkien, Ursula K. Le Guin, H.G. Wells. Elle rechigna d'abord devant Dickens, mais après avoir dévoré tout le reste, elle s'attaqua à De grandes espérances. "Je croyais que ça serait nul, mais non, me dit-elle à mi-lecture. Ce mec a tout pigé.
- Pigé quoi ?
- Comment les adultes foutent la merde dans la tête des gosses."
Et en épilogue, quand elle a une réaction normale, banale, et qu'il lui fait remarquer que c'est bien la première fois, on a forcément les yeux qui s'embuent...
"Je n'avais pas de titre pour mon roman, pas la moindre idée de la raison pour laquelle je l'avais écrit ni de la façon dont j'allais le faire publier. Il dormait dans un carton sur mon bureau d'enfant. Une histoire de quatre cent cinquante-sept pages sans titre dont je ne savais que faire. Était-elle bonne ? Quelqu'un que sa femme avait quitté parce qu'il était "trop distant" et "pas très intéressant" pouvait-il écrire un texte qu'on ait envie de lire ? Je demandai à ma Magic 8 ball, une boule magique qui avait réponse à tout et qui prenait la poussière sur l'étagère de ma chambre. Je la secouai et la retournai. La réponse apparut en flottant : C'est plus que douteux."
Il y a beaucoup de choses dans cet extrait, qui parle d'un Cal beaucoup plus jeune. Lentement, dans une construction qui mêle habilement passé et présent, on apprend à cerner sa personnalité, et à comprendre cette distance qu'il installe en permanence entre lui et ceux qu'il aime. Et puis il y a cette fameuse question de l'homme derrière l'écrivain. Peut-on aimer un texte de quelqu'un qu'on n'aime pas ? La réponse est en chacun.
Un roman que j'ai chéri et malmené (ne mangez pas de crêpes à la confiture en lisant, c'est un conseil), et qui m'a emportée avec son souffle et ses exagérations (oui, même elles, je les ai aimées), dans cet endroit magique, celui des lecteurs rompus et reconnaissants.
Ed. Belfond, 2010, 530 p.
Traduit de l'américain par Isabelle Caron
Titre original : The Hour I first beleived
05:36 Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note | Tags : puissant, mais de la puissance de l'émotion, celle qui transporte, bouleverse et horrifie, parfois, un sacré bon roman |


Trackbacks
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Commentaires
Écrit par : cathulu | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireAttention la réédition est en broché, les 2 premiers existent en poche mais ça date, voir aussi en bibliothèque.
Écrit par : Cuné | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Aifelle | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : amanda | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Solenn | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : kathel | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireIl me le faut :)
Écrit par : lily | 18.01.2010
Répondre à ce commentairebonne journée
Écrit par : mazel | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Choco | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireGrand soleil ici depuis hier après des jours de gris et de blanc. Ça fait du bien !
Écrit par : Melanie B | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireKathel, c'est la pleine saison pour les crêpes, profite aussi ;o)
Écrit par : Cuné | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireLec crèpes à la confiture je n'ai jamais essayé mais mon Winston Churchill a pris un coup de thé brûlant, vous me direz normal pour un anglais !!
Écrit par : Dominique | 18.01.2010
Répondre à ce commentairec'est chose faite ...
;-D
Écrit par : Odilette | 18.01.2010
Répondre à ce commentairePour l'interview : MERCI.
Il parle terriblement bien français, ce qui le rend encore plus charmant. Je crois que je vais épouser Hugh Grant.
Il faut juste qu'il soit d'accord, mais c'est un détail.
Écrit par : erzébeth | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Brize | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Brize | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Manu | 18.01.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : anjelica | 26.01.2010
Répondre à ce commentaireDés que j'ai vu :Un auteur qui se rapproche de Pat Conroy je me suis précipiter sur Amazone pour commander ceux en poche.
J'ai connu ton blog en cherchant des avis sur Charleston sud.Je t'ai trouvé bien sévère même si c'est vrai qu'il est inférieur au Prince des marées et à Beach Music.
Moi c'est pas le récurence du thème qui m'a dérangé,aprés tout dans Le grand Santini aussi il y a un père violent ,une mère faible,une fratrie,des amis...
Non c'est qu'à l'exception de Léo les autres personnages sont moins approfondis,moins attachants.Mais j'ai apprécié quand même de retrouver Conroy.
Bonne soirée.
Écrit par : alabama | 29.01.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Christophe Pierre | 07.02.2010
Répondre à ce commentaireCela faisait quelque temps que j'en avais l'idée mais c'est il y a une semaine que j'ai enfin franchi le pas d'acheter ce livre. Une semaine après et ce roman terminé.
J'en retiens un roman avec trop de longueurs bien qu'il mérite néanmoins d'être lu. J'ai trouvé que la "chute" mettait du temps à venir. Néanmoins on retrouve toujours cette pâte de Wally Lamb, à la fois sensible et profond.
Mon avis reste quand même biaisé par le fait que j'ai été à jamais marqué par La Puissance des Vaincus qui figure pour moi comme l'un des plus grands romans qui m'aient été offerts à la lecture. Pour ce dernier, malgré mon appréhension à son ouverte, une intensité rarement perçue que je conseillerai à quiconque ne connaît pas Wally Lamb.
Écrit par : anaxin | 28.02.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 28.02.2010
Répondre à ce commentaireJe suis à ma première visite sur votre site et j'apprécie énormément.
J'y reviendrai ...
Depuis ma lecture de "La puissance des vaincus", j'attends avec impatience ce nouveau roman de Wally Lamb.
Il vient juste d'arriver ici, au Québec.
Merci pour cette présentation !!!
Au plaisir de vous lire.
Écrit par : Richard | 05.03.2010
Répondre à ce commentaireje réponds un peu tardivement mais à propos de ces longueurs, je dirai qu'elles peuvent avoir un effet négatif sur le roman. Du moins je l'ai ressenti comme tel, sans doute car c'était le 2e opus de Wally Lamb que je parcourai.
Je suis néanmoins de votre avis quant au charme de la plume, alliant sensibilité et force littéraire.
Écrit par : anaxin | 05.04.2010
Répondre à ce commentairejuste un petit mot pour vous dire que j'aime bcp vos analyses . vous m'avez donné envie de lire des tas d'autres livres ....merci
Écrit par : viole fabienne | 18.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 18.12.2010
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