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01.02.2010
Les saisons - Maurice Pons
"Il fallut, cette année-là, qu'un évènement d'une exceptionnelle importance..."

Qu'est-ce qu'un roman culte ? Peut-être, au-delà de marquer son temps ou des générations de lecteurs, est-ce un titre dont on entend parler de manière récurrente, sur de longues plages de temps, par des gens très différents. En tous les cas c'est ce qui m'est arrivé avec "Les saisons" de Maurice Pons, et un jour je me suis décidée à ouvrir ses pages par moi-même.
Je l'ai lu une première fois, abasourdie par ce que je découvrais. Je l'ai relu dans la foulée, en tentant de mettre à plat ce qui en fait la force et la puissance, de faire rentrer l'émotion et l'absurdité et la crasse et la pourriture et l'abandon graduel de la vie et de l'espoir et le sang et les images atroces dans de petites cases bien propres, avec de belles étiquettes aux grands mots correctement calligraphiés : "philosophie" "écrivain" "adversité" bla bla...
Mais ça ne marche pas, en ce qui me concerne, ma lecture est sauvage et farouche et c'est ainsi qu'elle est belle, c'est comme ça que ça claque et percute et pénètre.
"Les saisons" raconte l'histoire d'un homme, Siméon, qui arrive un jour dans un village dans une vallée et tente de s'y installer pour écrire. Il est venu avec un beau papier, un beau crayon, et une belle souffrance à partager. Il a de belles idées, aussi, il veut partager les mots et la culture, il ne s'offusque de rien, il accepte le village comme il est. Et ce village est extrêmement particulier. D'abord il y pleut pendant des mois sans discontinuer, puis la pluie s'arrête net pour céder la place au froid. Quarante mois d'hiver. Ca c'est de la saison. On n'y mange que des lentilles. On ne se chauffe qu'avec des animaux. Le rebouteux est un grand partisan de l'amputation. Et la pourriture saisit toutes les occasions de proliférer, au propre comme au figuré. Siméon va tenter de se faire accepter, puis de s'enfuir...
C'est un roman dont il est très difficile de parler. Il ne s'adresse aucunement à ceux qui ont envie de jolies histoires réconfortantes. Il est étrange et excellent, chaque phrase est travaillée comme un bijou. Il fait peur, déconcerte et révulse, et qu'est-ce que c'est bon...
Ed. Julliard (1965), Bourgois (1975 & 2003), 10/18 (1984) 214 p.
06:00 Publié dans Excellent | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : roman culte, gore, absurde, affreux, effrayant, poli et lissé comme un galet, fort bon, mais pas pour tout le monde


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Commentaires
Ecrit par : cathulu | 01.02.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : fashion | 01.02.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Aifelle | 01.02.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : chiffonnette | 01.02.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Joelle | 01.02.2010
Répondre à ce commentaireCeci étant dit, je vais noter le titre dans un coin et le rajouter à ma très longue LAL!
Ecrit par : La Plume et la Page | 01.02.2010
Répondre à ce commentaireCe n'est pas un livre dont on sort indemne. C'est un aérolithe, quelque chose d'unique. Le lire, c'est comme de vivre un tremblement de terre. Impossible de raconter la secousse sismique à celui qui ne l'a pas vécue. Et peut-être que de sa vie, on n'en revivra plus d'autre (ce que je souhaite à la population d'Haïti).
Les autres romans de Pons sont beaux, bien écrits, intéressants. J'ai aussi aimé "Rosa" et "Mademoiselle B.", mais aucun rapport avec "Les Saisons", ils ne font pas trembler la terre (et conviendront mieux aux lecteurs effrayés par trop de noir grinçant). Et, oui, à part pour le club très fermé de ceux qui ont lu et s'en sont laissés toucher, Pons est resté à peu près inconnu!
Merci du billet, Cuné, car je découvre du coup en creusant un peu sur Pons (que j'avais moi aussi oublié depuis des années) que je n'ai pas lu sa dernière parution, le recueil de nouvelles "Délicieuses frayeurs" et je file me l'acheter!
Ecrit par : M agali | 01.02.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Cuné | 01.02.2010
Répondre à ce commentaireUn facétieux petit s s'est envolé, dans le deuxième paragraphe... Seras-tu le retrouver ?
Ecrit par : Bookomaton | 01.02.2010
Répondre à ce commentaire@ Bookomaton : Merci, vu ;o)
Ecrit par : Cuné | 01.02.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : keisha | 01.02.2010
Répondre à ce commentaire(et je t'envie pour ton week-end parisien, tss, si je n'avais pas perdu un bras déjà en achetant trois places pour voir I. Huppert sur scène, je me serais volontiers offert le petit Edouard, que j'aime d'amour...)
Ecrit par : erzébeth | 01.02.2010
Répondre à ce commentaireça n'a pas fonctionné pour moi, mais ...comme c'est manifestement un texte de qualité je l'ai mis de côté et je l'ouvrirais à nouveau un jour qui sera peut être le bon
Ecrit par : Dominique | 01.02.2010
Répondre à ce commentaire@ Dominique : C'est très spécial, on adore ou on déteste :)
@ Erzébeth : Dans ce qui m'a le plus fait rire, il y a les conversations de boulot au café : petits sketchs, un collègue dit "Nan mais tu vois, c'est hyper important pour les gars que tu sois avec eux, ils t'admirent, tu peux pas savoir, et de te voir là, à leurs côtés, ça les galvanise, c'est une super idée que tu as eu" et Edouard Baer répond, superbe mégalo : "C'est fou ce que ta conversation est intéressante" ;o))
Et ma réplique préférée, à un ado-cheveux longs-pull malmené : "Mais où est ton centre de gravité ?" Ah la la, il était excellent samedi soir, y a pas !! :)
Ecrit par : Cuné | 01.02.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : BelleSahi | 02.02.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Laëtitia | 02.02.2010
Répondre à ce commentairehttp://www.lessaisons.fr/
Ecrit par : Sylde | 02.02.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Cuné | 02.02.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Marie | 04.02.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Theoma | 04.02.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Cuné | 05.02.2010
Répondre à ce commentaireEh bien me voilà toute frustrée. Motivée par vos commentaires, je m'en vais chez le libraire. Mais le temps d'arriver, j'ai oublié le nom de l'auteur... et jamais le libraire n'a retrouvé "Les Saisons" dans son ordinateur ! (Trop de Saisons dans sa base, parait-il, impossible d'identifier le bon malgré les indices et mon air de cocker battu).
A suivre, donc... Merci à tous de partager ainsi vos découvertes.
Ecrit par : Zoulika | 05.02.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Cuné | 06.02.2010
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