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28.01.2010

Starvation Lake - Bryan Gruley

Gus Carpenter a rêvé toute sa jeunesse de se tirer de Starvation Lake, petit bled glacial. Il est tristement célèbre pour avoir fait perdre gruley.jpgson équipe de hockey lors d'une finale régionale très importante. Du coup, il était ravi d'être journaliste à Détroit. Mais une sale affaire l'a fait rappliquer la mine basse à Starvation Lake, où il dirige maintenant le canard local. Une découverte dans un lac va faire exploser ce qu'il pensait de sa ville, à tous les niveaux...

"Exceptionnel", "phénoménal", s'emballent Harlan Coben et Michael Connelly en couverture : quand est-ce qu'on arrête en France de reproduire ces méthodes américaines totalement has been ?

La vérité, c'est que c'est un roman pas mal, oui. Il est prenant, il y a un vrai suspens et on se réjouit autant qu'on s'agace de tout comprendre avant notre héros, ou plus exactement, on sent la direction du vent (parce que les détails, évidemment, on tombe un peu des nues) alors que lui ne comprend rien à rien.

Au niveau du contexte, pourtant, ce n'était pas gagné d'avance, parce le hockey-sur-glace et le perdant qui bat sa coulpe à longueur de pages, bon, j'ai connu plus émoustillant. Mais c'est bien fait, bien raconté, ça ne laisse pas le lecteur sur le bord du chemin. En plus ça se lit très vite, alors que demande le peuple ? Un poil trop formaté pour qu'on s'emballe, mais un bon divertissement.

 

Ed. Le Cherche Midi, janvier 2010, 472 p.

Traduit de l'américain par Benjamin Legrand

 

Lu également par Alinéa, Amanda,

22.01.2010

Fugues - Lauren Groff

J'avais été séduite par Les monstres de Templeton, je le suis beaucoup moins par les neuf histoires étranges que développe dans ce groff.gifrecueil Lauren Groff.

On retrouve Templeton dans la première nouvelle, et on a l'impression de retrouver de vieux amis, à travers l'histoire de Lollie. 17 ans, grosse, elle vit avec sa petite soeur hyperactive et sa mère, est championne de natation. A travers toute la présentation de son univers on s'attend à quelque chose, à souffrir, à être surpris, je ne sais pas, quelque chose se met en place, et on a une vraie espérance, une attente. Qui est plutôt déçue, en fait, parce qu'il est assez difficile de comprendre pourquoi la découverte d'un bordel mettrait tellement une ville en émoi. Et puis parce qu'on laisse tomber Lollie, surtout.

C'est sans doute ce qu'a voulu Lauren Groff, désarçonner son lecteur, le mettre sur une piste et puis barrer à droite toute, le balader. Et insérer pas mal d'étrangetés, qui laissent une impression de gêne aux entournures, qui ne  coulent pas véritablement, selon mon ressenti. "Fugue", en l'espèce, qui donne son titre (mais au pluriel) au recueil, est l'archétype de tout ce que je n'aime pas dans une histoire, le côté fouillis, je mélange plein de trucs qui vont se rejoindre, vous allez voir, mais je ne vais au bout de rien, bon, j'ai lu distraitement.

Par contre j'ai beaucoup aimé "Le partage des eaux", la seule histoire à mon sens qui tienne ses promesses, qui possède sa propre grâce un peu floue et qui partage sa petite musique avec le lecteur. "Cette histoire n'a ni fin ni limite" : c'est bien dommage que toutes ne lui ressemblent pas.


Ed. Plon, janvier 2010, 264 p.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau

Titre original : Delicate Edible Birds

 

 

21.01.2010

Instructions pour sauver le monde - Rosa Montero

Vulnerant omnes, ultima necat

 

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"Toutes blessent. La dernière tue." C'est parce que Matias connaît la réponse à cette énigme qu'il fait la connaissance d'une vieille dame alcoolique dont l'amitié posera un baume sur son état d'extrême souffrance. Quelques personnages douloureux se relient les uns aux autres, il n'en faut pas plus pour faire une sacrément bonne histoire. Un chauffeur de taxi fraîchement veuf, une scientifique bourrée de culpabilité, un mauvais docteur qui fuit la réalité dans Second Life, et une pute sublime et magnifique qui a vécu l'horreur pure. Voilà nos personnages.

On les suit petit à petit, c'est souvent très sombre et certains passages sont carrément insoutenables, les images qu'ils font naître sont vraiment dures à encaisser. Pourtant ce qui ressort le plus c'est la lumière, c'est cette force inéluctable de la vie. Une narration au souffle personnel, un roman tout à fait important dans ce qu'ils ont de meilleurs : l'impact sur le lecteur.

Mention spéciale aux récits pédagogues du "Cerveau" qui m'ont littéralement enchantée, et surtout cette idée de la résonnance, du champ morphique de Sheldrake.

Un coup de foudre !

 

Ed. Métailié, 21 janvier 2009, 270 p.

Traduit de l'espagnol par Myriam Chirousse

Titre original : Instrucciones para salvador el mundo

 

Lu également par : Keisha, Cécile,

20.01.2010

Un arrière-goût de rouille - Philipp Meyer

"Voilà donc ce que ça veut dire, vieillir, ce n'est plus tant le plaisir que le soulagement qu'on cherche."

Autant le savoir, ce n'est pas ce roman qui vous procurera un quelconque soulagement : c'est du plombant qui ne rigole pas.

 

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Buell, Pennsylvanie, petit bled ravagé par la cessation de la sidérurgie. Il y a Isaac, authentique génie qui aimerait bien être physicien, pour participer à aider l'Homme à s'échapper avant que la terre ne soit plus habitable. En attendant il s'est sacrifié pour s'occuper de son père invalide. Sa mère s'est suicidée il y a quelques années, et Lee, sa soeur, a réussi à partir, grande université et bon mariage. Très intelligente aussi, Lee, mais moins qu'Isaac, et surtout plus adaptée, alors que lui, en pur esprit, n'a jamais su entrer en contact avec les autres, une forme d'autisme. Pas aidé non plus par son père, que son apparence chétive et son côté étrange indisposent. Alors un jour, il décide de s'en sortir, lui aussi. Pique les économies du vieux et entraîne Joe, le colosse de la ville, pour un petit bout de chemin. Joe l'a sauvé récemment alors qu'il avait décidé de se noyer, comme sa mère, et depuis une sorte de lien s'est noué entre ces deux opposés. Mais à peine partis, c'est l'os : Isaac tue un homme pour sauver Joe.

Tour à tour, Isaac, sa soeur, son père, Joe, la mère de Joe et le policier qui en est amoureux prennent la parole pour nous raconter une histoire terrible et méchante, où les frontières du bien et du mal s'effacent devant les injustices meurtrières, où tout est dur et poisseux mais tout parle d'amour, ou de son absence, pourtant.

Un roman fort et corsé, qui n'est pas facile à lire et vous entraîne là où vous ne voudriez surtout pas aller, d'une plume sèche et factuelle qui creuse encore plus l'abîme. Âmes sensibles, faites attention, le désespoir est contagieux. Mais le voyage en vaut la peine...


Ed. Denoël & D'ailleurs, janvier 2010, 536 p.

Traduit de l'américain par Sarah Gurcel

Titre original : American Rust

 

18.01.2010

Le Chagrin et la Grâce - Wally Lamb

Wally Lamb n'est pas un auteur prolifique : déjà dix ans qu'on attendait un roman, après les très bons "La Puissance des vaincus" et "Le Chant de Dolorès" (tous deux réédités cette année, d'ailleurs). Je le disais déjà à l'époque, je le pense toujours, il est l'auteur qui se rapproche le plus de Pat Conroy, sans en avoir l'humour.

Mais que c'est bon de se faire prendre dès les premières pages, de s'enfoncer pendant de longues heures dans un roman épais et copieux, de vibrer !

 

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C'est Caelum Quik qui nous raconte. Il a quarante-sept ans quand on le rencontre. Prof de lettres, Il est marié avec Maureen, troisième mariage, ça battait de l'aile mais ils voulaient s'accrocher, alors ils ont consulté, ensemble. C'est ensemble qu'ils vont tout affronter, et c'est de sacrés pavés qu'ils vont se prendre en pleine figure : le massacre de Colombine et ses graves conséquences, un homicide involontaire, des morts par maladie, la découverte d'un secret familial...

Il n'est pas utile que je détaille plus l'histoire, à la limite elle ne compte pas d'ailleurs. Ce qui se passe c'est qu'on a une impression de proximité totale avec Caelum, on est tout debout à ses côtés et on assiste à des trucs pas possibles en empathie parfaite. C'est du lourd, comme il ne faudrait pas dire, du mélo, mais du bon, et là où Pat Conroy fait un flop avec son dernier roman en chargeant la mule sans rien lier, Wally Lamb fait tout passer.

Velvet, par exemple. Une ado au passé atroce qui est complètement azimutée et qui s'accroche comme une moule. On ne peut pas s'empêcher néanmoins de lui accorder une certaine tendresse dès le départ :

"Ce week-end là, à Denver, j'entrai dans une librairie. Je voulais fouiner pour le plaisir. Au lieu de ça, je ressortis avec une brassée de livres pour Velvet.

Elle les lut tous : Tolkien, Ursula K. Le Guin, H.G. Wells. Elle rechigna d'abord devant Dickens, mais après avoir dévoré tout le reste, elle s'attaqua à De grandes espérances. "Je croyais que ça serait nul, mais non, me dit-elle à mi-lecture. Ce mec a tout pigé.

- Pigé quoi ?

- Comment les adultes foutent la merde dans la tête des gosses."

Et en épilogue, quand elle a une réaction normale, banale, et qu'il lui fait remarquer que c'est bien la première fois, on a forcément les yeux qui s'embuent...

"Je n'avais pas de titre pour mon roman, pas la moindre idée de la raison pour laquelle je l'avais écrit ni de la façon dont j'allais le faire publier. Il dormait dans un carton sur mon bureau d'enfant. Une histoire de quatre cent cinquante-sept pages sans titre dont je ne savais que faire. Était-elle bonne ? Quelqu'un que sa femme avait quitté parce qu'il était "trop distant" et "pas très intéressant" pouvait-il écrire un texte qu'on ait envie de lire ? Je demandai à ma Magic 8 ball, une boule magique qui avait réponse à tout et qui prenait la poussière sur l'étagère de ma chambre. Je la secouai et la retournai. La réponse apparut en flottant : C'est plus que douteux."

Il y a beaucoup de choses dans cet extrait, qui parle d'un Cal beaucoup plus jeune. Lentement, dans une construction qui mêle habilement passé et présent, on apprend à cerner sa personnalité, et à comprendre cette distance qu'il installe en permanence entre lui et ceux qu'il aime. Et puis il y a cette fameuse question de l'homme derrière l'écrivain. Peut-on aimer un texte de quelqu'un qu'on n'aime pas ? La réponse est en chacun.

Un roman que j'ai chéri et malmené (ne mangez pas de crêpes à la confiture en lisant, c'est un conseil), et qui m'a emportée avec son souffle et ses exagérations (oui, même elles, je les ai aimées), dans cet endroit magique, celui des lecteurs rompus et reconnaissants.

 

Ed. Belfond, 2010, 530 p.

Traduit de l'américain par Isabelle Caron

Titre original : The Hour I first beleived

17.01.2010

Les deux vies de Charlotte Merryweather - Alexandra Potter

Charlotte Merryweather a réussi dans la vie. A 32 ans, elle dirige sa propre boite de RP, fait une taille 38, est blonde, très attentive à potter.jpgson alimentation et suit les recommandations des livres de développement personnel qu'elle lit à tour de bras. Sur le point d'unir sa vie à Miles, voilà-t-y pas qu'elle se rencontre elle-même à 21 ans. Chouette, se dit-elle, je vais corriger toutes les erreurs que j'ai commises...

En temps "normal", on verrait s'agiter le panneau "paradoxes temporaux" qui viendrait tout compliquer. Mais nous sommes dans un roman de chick-lit, qui va bien se terminer et tout, alors on va doucement s'orienter vers le plan "c'est la jeune qui va changer la vieille" (oui, parce qu'à 32 ans, on est vieille, faut le savoir). D'ailleurs Charlotte se verra même super mamy, les temps ne font pas peur à Alexandra Potter, fi.

Nonobstant un léger agacement amusé devant une profusion tout à fait inhabituelle de : tenté-je, admets-je, m'exclamé-je, demandé-je, déclaré-je, lui rappelé-je, lui mens-je etc., j'ai passé un agréable moment avec ce roman. Un léger (très léger) fantastique de bon aloi, une héroïne qui atteint des sommets de bêtise mais qu'on aime bien quand même.

C'est vrai, elle met 4 jours à voir venir des sabots taille 58, mais Charlotte a des références tellement sympathiques  que je l'ai déclarée copine.

Par exemple "Et puis quoi encore ? Le TARDIS du docteur Who ?" "J'ai regardé tous les épisodes de X Files (je craquais complètement pour David Duchovny)" "On se croirait dans le magasin d'antiquités de Dickens". Comment résister ? :)

Pour finir, elle nous donne, parmi d'autres perles, un conseil que je vous livre :

"10) Pas la peine d'essayer de s'éclaircir les cheveux avec du jus de citron.

A. Ca ne marche pas. B. Ca attire les guêpes."

Nous voilà prévenues.

 

Ed. Calmann-Levy, janvier 2010, 398 p.

Traduit de l'anglais par Elsa Maggion

Titre original : Who's That Girl ?

 

12.01.2010

Père des mensonges - Brian Evenson

evenson.jpgC'est une histoire de personnalités multiples, donc de psychiatrie, dans le milieu ecclésiastique, et ça se dévore !

Le doyen Fochs, sur demande de son épouse, parce qu'il parle dans son sommeil avec des voix qui ne sont pas la sienne, consulte un psychiatre. Très vite, l'église fait pression sur ce dernier pour accéder à ses dossiers, ce qu'il refuse. Or, un meurtre dont Fochs lui avait parlé comme étant un rêve trouve résonnance dans l'actualité. Le psy cherche à en savoir plus...

Les multiples narrateurs et les échanges de courrier sont glaçants, on avance de plus en plus dans l'horreur. Mais au delà des faits rapportés, qui tous interrogent sur de graves questions (le pouvoir de l'église, le silence imposé, ce qu'elle décide sciemment de "couvrir", la faiblesse d'un homme seul (le psy), l'impuissance des parents, etc.) (et au delà également d'un certain manichéisme, les portraits sont très tranchés), il y a une formidable efficacité dans l'écriture qui nous rive littéralement aux pages. Par suggestion, on fait seul le tri des différentes personnalités, on espère un dénouement apaisant mais on en est pour nos frais.

Tordu et impossible à lâcher.


Ed. Le Cherche Midi, collection Lot 49, janvier 2010, 240 p.

Traduit de l'américain par Héloïse Esquie

Titre original : Father of Lies


Dévoré également par : Amanda,

10.01.2010

Sukkwan Island - David Vann

vann.jpgVoici un père qui a décidé de passer une année entière sur une petite île sauvage du Sud de l'Alaska avec son fils de 13 ans. Ils ont fort à faire en prévision de l'hiver, même si la cabane où ils vont vivre est déjà construite. Dès le départ, les choses ne s'engagent pas très bien : Roy connaît mal son père, un gars instable qui a déjà divorcé plusieurs fois et ne s'est jamais vraiment intéressé à ses enfants. Il pleure toutes les nuits et ne semble pas vraiment savoir bien se débrouiller dans cette nouvelle vie, qu'il a pourtant choisie. Cahin-Caha les jours passent et les deux trouvent une façon de cohabiter. Jusqu'à la page 113, où on se prend un véritable choc. Impossible, totalement impossible d'avoir prévu ce qui arrive, rien ne l'annonce et ça claque très fort. On se demande alors quel chemin va prendre la suite...

Un roman impossible à lâcher, pour de vrai, sans qu'aucune notion de suspens ne s'en mêle. C'est difficile à expliquer, on a l'impression de comprendre intimement le père et le fils, tout en restant en même temps totalement étranger. C'est triste, c'est désespérant et on ne pardonne rien, mais on peut concevoir une certaine irresponsabilité.

Un roman profondément original et dérangeant.

 

Ed. Gallmeister, collection Nature Writing, 7 janvier 2010, 192 p.

Traduit de l'américain par Laura Derakinski

 

Lu également par : Moisson Noire, Cathulu, Ys, Mango, Brize, Un coin de blog, La Sardine, Stephie, Pimprenelle, ...

08.01.2010

Mon couronnement - Véronique Bizot

"Mais je n'ai pas besoin qu'on m'aime, j'ai seulement besoin de croiser des gens aimables"

 

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Autrefois scientifique sans renom, Gilbert Kaplan est aujourd'hui un vieillard. Il voit son salon envahi par une foule de gens venus le féliciter pour une observation qu'il a jadis rédigé et qui trouve aujourd'hui son application. Une cérémonie de couronnement est même planifiée. D'abord peu intéressé, c'est la quotidienneté de sa vie étriquée qu'il déroule pour le lecteur, ponctuée de souvenirs, au petit bonheur la chance. Il trompe sa solitude avec Maud Ambrunaz, qui tient (mal) l'appartement, c'est sa femme de ménage. Pour éviter la visite de sa soeur Alice, ils partent quelques jours au Touquet avant le couronnement...

Comment ne pas se laisser séduire par ce charmant vieux monsieur, qui n'a absolument pas en tête de faire notre conquête. Il n'a pas grand chose de construit en tête, à vrai dire, se laissant couler dans la monotonie des jours et gentiment diriger par Madame Ambrunaz, évoquant avec regret, amusement ou simple constatation le monde qui semble s'être écarté de lui "arrivé à un certain âge, tout semble manquer de netteté". Il revoit son frère le grand écrivain, pense à celle de ses soeurs qu'il aimait tendrement et dont il est sans nouvelles depuis 40 ans, se laisse offrir un costume par son fils avant de le laisser simplement dans la rue.

Et puis, contraint, il accepte donc de passer quelques jours au Touquet, avec son exemplaire de Typhon, qui accompagne de tous temps ses insomnies hôtelières. Et là, quelque chose se débloque. Mais Véronique Bizot tenait décidément à nous taquiner le coeur...

Un roman écrit au cordeau qui enchante par la légèreté de sa plume. Ravissant. Et ce qui y est dit sur le charme et la désespérance des bords de mer hors saison y est fort juste, et très ironique.

C'est le premier roman de Véronique Bizot mais elle a déjà publié deux recueils de nouvelles, Les Sangliers et Les Jardiniers.

 

Ed. Actes Sud, janvier 2010, 108 p.

 

06.01.2010

Tous mes voeux - Anne Weber

"Le 26 janvier 1972, un DC-9 de la compagnie yougoslave JAT qui assurait la liaison Copenhague-Zagreb explosa en plein vol. L'hôtesse de l'air yougoslave Vesna Vulovic, âgée de vingt-deux ans, fut projetée hors de la carlingue, tomba de 10 160 mètres sans parachute et s'écrasa près du petit village tchèque de Srbska Kamenice. Elle survécut. Les chances pour que Léa se sorte saine et sauve de son histoire avec Vladimir étaient à peu près les mêmes."

 

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Léa n'existe pas, c'est le personnage d'un roman que la narratrice a écrit et jeté, parce qu'il racontait son histoire en la travestissant trop tout en étant trop vrai. Pourtant Léa n'entend pas se laisser écarter si facilement, et dans cet autre roman qui parle du premier et de la vérité de ce qui s'est passé, elle intervient.

C'est une histoire d'amour, qui commence doucement, ronronne joliment et explose en plein vol. Page 86, terminé le petit ton guilleret, c'est l'inattendu qui déboule et vient bouleverser la donne...

Le tout est savamment dosé : on s'installe dans un jeu de miroir créatif ludique, on change de registre et on termine en totale empathie.

J'ai beaucoup aimé le perpétuel décalage, des petits moments comme celui où l'amoureux n'ouvre pas les volets, ce qu'elle ne comprend pas. Elle dit alors "Je supposais qu'il avait tant ouvert et refermé de volets dans sa vie qu'aujourd'hui, il en avait tout simplement assez.", ce qui exprime plutôt pas mal sa personnalité. Beaucoup aimé globalement l'ambiance et le burlesque, les allusions à différents romans.

Notre narratrice sous Léa, la princesse et l'amie allemande écrivain (trois personnages) s'est faite eue, comme on ne dit pas (Fiston dit même "se faire couiller" mais ouh que c'est pas joli), mais elle saura s'en sortir, en un épilogue contemplatif et qui s'ouvre à la vie : c'est beau de donner naissance, surtout à soi-même.

Ed. Actes Sud, 6 janvier 2010, 143 p.

 

Aimé aussi par Cathulu,

 

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