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21.02.2010

The Invisible Woman, The Story of Nelly Ternan and Charles Dickens - Claire Tomalin

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Dans la vie de Dickens, il y a eu une rencontre qui en aura complètement bouleversé la suite : Nelly Ternan. Actrice et fille d'acteurs, il a 55 ans lorsqu'elle entre dans sa vie, elle en a 18, l'âge d'une de ses filles. Elle est petite, fine, blonde, les yeux bleus, de beaux poumons, selon l'expression de l'époque. Il est un monstre sacré, une vedette en pleine gloire. Pour toutes les années qui suivent, leurs vies sont liées dans le secret le plus absolu, orchestré et couvert par la suite par les plus proches du grand homme.

Dickens est profondément amoureux, d'ailleurs pour la première et unique fois de sa vie il va passer 2 ans et demi sans écrire. Pour Nelly, c'est moins clair. A partir du peu de documents et paroles de témoins rapportées, on se fait une idée plus ou moins obscure de ses motivations. Elle avait perdu son père, était très certainement flattée et touchée d'être ainsi distinguée par Dickens. Ils auraient pu s'établir sans plus de culpabilité mais avaient tous deux un fort sens des convenances et Nelly n'était pas une cocotte.

"Other men close to Dickens seem to have managed their double lives with less stress. Collins acquired a second mistress in 1867, established her in London round the corner from his first establisment, and began a family with her; when Caroline objected and made a defiant marriage to someone else, he took it calmly and equally calmly welcomed her back into residence later, continuing to maitain his second growing family; both women were given simultaneous seaside holidays in adjacent resorts. The artist George Cruikshank also kept two households and two families round the corner from one another near Mornongton Crescent, and fathered ten children on his second "wife", Edith Archibold. William Frith, the popular painter who did Dickens's portrait in 1859, had a similar arrangement : his two establishments were also only ten minutes's walk apart, in the Paddington area, and portraits of both women appear in his famous painting of Paddington, The Railway Station. His marriage produced twelve children and lasted thirty-five years; his mistress Mary Alford bore him another seven children, and when his wife died he married her. There was something cosy and domestic about these arrangements; the women involved were not femmes fatales or cocottes - concepts for which the English were obliged to turn to the French - but confortable, everyday creatures who were grateful enough to have steady men to support them and their children, and modest about their own position and claims. A man, even if he was not a husband, was after all still the best available source of income for a woman.

The difficulty for Dickens was not only that he felt more vulnerable to discovery and comment, as one whose fame was pre-eminent and tied to a virtuous image which he had ferociously defended at the time of the separation from Catherine; he had also uttered assertions about Nelly, both to his family and to the world, which made the position more difficult than it might otherwise have been. The further problem was that he had picked the wrong sort of woman to be his second "wife". She was neither a modest girl of the people nor a grateful widow. If she had given up her professional ambitions, she still had social ones, and she was backed by an intelligent, aspiring and watchfull family. "

D'ailleurs après la mort de Dickens, elle va rebondir de façon très inattendue, en se mariant et en ayant deux enfants (à 40 ans !), s'inventant un passé et se rajeunissant de 14 ans.

Leur histoire a duré 12 ans (ou 14 ? Je ne sais plus exactement), il est vraisemblable, d'après différentes sources dont un agenda de Dickens rédigé sous code et les propres déclarations d'un fils de Dickens, qu'ils ont eu au moins un enfant, qui n'a pas vécu.

Claire Tomalin rédige ici une biographie passionnante à plus d'un titre. Elle passe un long moment à tenter d'expliquer l'état d'esprit de l'époque victorienne, la façon dont étaient considérées les actrices, la place qu'avait la femme dans la société. Elle embrasse toute la famille de Nelly, dont les soeurs peu banales sont aussi très intéressantes, les gens que côtoyaient nos deux héros, ce qu'induisait la célébrité de Dickens au quotidien, son proche entourage (et notamment sa belle-soeur Georgina). Elle a mené une enquête très pointilleuse, produit toutes sortes de documents et de photos, donne son sentiment basé sur les preuves tangibles et extrapolé à travers la façon dont elle a reconstitué Nelly. Dans son dernier chapitre, "Myths and Morals", elle revient sur les différentes hypothèses des biographes de Dickens et insiste encore sur la fragilité des jugements hors époque.

J'ai adoré cette biographie et ne regrette pas un seul instant d'en avoir tenté la lecture en anglais (elle n'a pas été traduite en français. What a shame.). J'ai maintenant hâte de reprendre la brique de Peter Ackroyd, pour voir la façon dont il aborde cette fin de vie de Dickens, qui était vraiment et incontestablement un être tout à fait à part.

Chesterton a eu cette phrase affreuse : "He died drunken with glory" : Après tout, si quelqu'un a un jour mérité la gloire, c'est bien Charlie.

 

Ed. Penguin Books, 1991 283 p.

Trackbacks

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Commentaires

Ton billet me donne très envie de lire cette bio : dans quelques années, quand j'aurai sorti la tête de la PAL. :-)))
Dis donc, tu lis en anglais maintenant, chouette!!!!

Écrit par : fashion | 21.02.2010

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Je me suis lancée, de toute façon je n'avais pas le choix si je voulais lire cette biographie, et ça passe tout seul ! :)

Écrit par : Cuné | 22.02.2010

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Voilà une éternité que je n'avais pas rencontré le mot "cocotte" avec ce sens!:)

Écrit par : cathulu | 22.02.2010

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C'est sûr que c'est très daté :)

Écrit par : Cuné | 22.02.2010

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J'avais adoré la bio de Jane austen par Claire Tomalin, ce livre me tente donc beaucoup !

Écrit par : Chinchilla | 22.02.2010

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Oui, Claire Tomalin a écrit une bio de Jane Austen, mais j'ignorais qu'elle avait écrit celle ci. Elle n'a pas l'air d'accord avec Ackroyd pour qui entre Dickens et Nelly il ne s'est rien passé (enfin, on se comprend) alors que le traducteur de la bio de Dickens penchait pour une liaison. Bref, c'est l'occasion de revoir ce cher Dickens sur ton blog!
Et tu vois, quand il n'y a pas moyen de faire autrement, on lit en anglais sans problème!Voir ton tag : tu vas pouvoir te lancer dans plein de lectures!!!

Écrit par : keisha | 22.02.2010

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Ton fils est formidable ;o))

Sinon, j'ai beaucoup aimé la bio de "Jane Austen" par Claire Tomalin, mais je n'apprécie pas encore assez Dickens pour me plonger dans ce qui entoure sa vie.

Écrit par : Lilly | 22.02.2010

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J'ai largement préféré ce livre de Claire Tomalin que sa bio de Jane Austen !

Keisha, tu verras que les documents qu'elle produit ne laissent aucun doute sur la charnalité de leur liaison (par exemple un courrier de Forster aux avocats concernant le testament et Nelly; alors que dans la bio qu'il a écrite, il n'y a pas un mot à son sujet. Et puis surtout ces deux grossesses présumées, pour lesquelles les détails assemblés sont troublants). Comme elle dit, il n'existe aucune preuve tangible et certifiée, mais un faisceau de petites choses qui rendent l'histoire de relation platonique caduque, pour le moins.

Un peu comme pour Jane Austen, les proches survivants ont sciemment décidé de laisser dans l'ombre tout ce qui pouvait altérer l'image du grand homme, selon leurs critères. Ils n'ont pas pu effacer ce que lui-même avait écrit sur sa femme au moment de leur séparation, cependant.

Lilly, mon fils tient clairement de son père, qui est une catastrophe ambulante à ce niveau-là. Plains-moi :)

Écrit par : Cuné | 22.02.2010

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J'ai très, très envie de la lire!!! Je l'avais "spottée" mais je me demandais si ce n'était pas du sensationnalisme... si ce n'est pas le cas, je vais me jeter dessus!!

Écrit par : Karine:) | 23.02.2010

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Claire Tomalin est réputée pour écrire de très bonnes biographies d'écrivains. Elle a d'ailleurs été récompensée pour son travail plusieurs fois me semble-t-il. Je n'ai jamais rien lu d'elle, bien que cela fasse un moment que je lui tourne autour. Je suis sûre en tout cas qu'elle sera meilleure que Peter Ackroyd, le forçat de la biographie, plutôt insipide et maladroit à mon goût (j'avais lu une très mauvaise bio de Dickens écrite par lui). Bien ton commentaire m'encourage à entrer dans Claire Tomalin !

Écrit par : Domreader | 24.02.2010

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Ah bon tu n'aimes pas la bio d'Ackroyd ? Je l'adore, moi :) Je la déguste par petits morceaux.

Écrit par : Cuné | 24.02.2010

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Claire Tomalin a l'air d'être une bonne biographe! J'ai prévu la lecture de son travail sur Austen incessamment sous peu! J'espère ne pas être déçue!

Écrit par : chiffonnette | 01.03.2010

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Le fait que cette biographie décrive l'époque victorienne m'a convaincue (et ton billet aussi bien sûr ! mdr !).

Écrit par : Joelle | 01.03.2010

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