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02.03.2010

Le quai de Ouistreham - Florence Aubenas

D'abord pas du tout intéressée par ce livre, c'est en voyant Florence Aubenas à "La grande librairie*" que j'ai eu envie de le lire. Elle y disait des choses justes, elle témoignait d'une réelle envie de faire bouger les choses, d'exposer un état des lieux pour permettre d'avancer. Elle était positive, calme, mesurée, passionnée, intéressante. Je n'ai pas retrouvé ça dans son livre.

 

aubenas.jpg

Pour témoigner de ce qu'est la crise pour les français, ce qu'elle induit en terme de travail de nos jours, au quotidien, de février à juillet 2009, elle s'est installée à Caen, et sous sa véritable identité a cherché du travail. Elle a juste effacé sur son CV son métier de journaliste, porté ses lunettes et s'est teinte en blonde, pour échapper aux clichés liés à la pauvreté (une amie lui avait dit "il te suffit de prendre 20 kg"...). L'expérience est destinée à s'arrêter lorsqu'elle aura trouvé un véritable CDI.

Premier paragraphe, première phrase, premières inexactitudes : "A Cabourg, la maison de M. et Mme Museau se trouve dans un des quartiers neufs situés à l'écart des plages et de la grande digue, loin des rues animées et des hôtels de luxe, à l'abri de toute agitation et de tout pittoresque. Ici, dans ce faubourg neutre et confortable, se plaisent ceux qui vivent à Cabourg toute l'année." Je pinaille, mais pour l'avoir pratiquée trois longues années, j'affirme que Cabourg n'a qu'une rue animée et un hôtel de luxe, et que les cabourgeais à l'année vivent aussi beaucoup dans ce secteur.

Enfin là n'est pas du tout le propos de ce livre, que j'ai trouvé au final fortement orienté : c'est une Normandie sinistrée et laide, des gens diminués qui sont présentés. Je ne conteste absolument pas la réalité de la situation sociale décrite, c'est un témoignage parfaitement respectable; Florence Aubenas explique de plus très bien les grandes difficultés qu'elle a rencontrées quant à la réalisation des tâches qui lui étaient confiées, contrairement aux idées reçues faire le ménage est un métier très difficile; elle distille également quelques pâles lueurs de solidarité; je regrette par contre profondément les accents misérabilistes. Quelques exemples :

"Parfois, un rai de lumière troue la pluie et fait miroiter une traînée épaisse et noire, à l'horizon. On dirait du goudron. C'est la mer. Dans les villages, les boulangeries sont fléchées en anglais. Un aubergiste, qui propose également des uniformes militaires d'époque en location, me conseille de suivre la colonne de jeeps restaurées, remplies d'Américains octogénaires, qui partent en pélerinage vers la plage. "Vous allez jusqu'à l'hypermarché et, là, vous tournez juste après le char d'assaut couvert de bouquets de fleurs en plastique. Vous longez une sorte de reconstitution de camp militaire, vous passez la station-service. C'est cinq cent mètres plus loin.""

***

"Pour son départ, elle a décidé d'organiser un pot d'adieu. Autant le dire, la pratique n'est pas courante sur le quai. "Il faut déjà un certain niveau pour pouvoir se le permettre, c'est la classe, commente une collègue. Moi, j'en ai jamais vu, mais ma cousine qui travaille à la mairie m'a raconté.""

***

Tout le passage sur Madame Astrid, conseillère d'insertion au Pôle Emploi, avec laquelle elle parle littérature, et qui se termine par l'auteur préféré, que Madame Astrid trouve si... sensible, le tout amené à la truelle : Patrick Poivre d'Arvor.

***

"Deux jeunes hommes se saluent, dans une gaieté contagieuse.

"Salut Tony, je t'avais pas reconnu. T'as changé de coiffure ?"

L'autre crache un dentier dans sa main : "Non, c'est parce que j'avais mis mes dents pour sortir."

***

Au final, il ne m'a pas été possible d'accorder au fond du propos une attention objective, tant j'ai été irritée par la forme.

 

Ed. de l'Olivier, 2010, 270 p.

 

Crewkoos ne partage pas du tout ma vision, et voit au contraire dans ce livre un journalisme d'immersion poignant.

 

* Dans la même émission, il y avait Philippe Claudel (pour "Le paquet" dont Amanda a parlé hier) qui vit en Lorraine, région pas spécialement glamour non plus. Après lecture de ce livre je me suis dit que la différence était peut-être là : vivant au milieu de la difficulté, il la transcende en écrivant, il voit l"humanité derrière, tandis qu'une journaliste parisienne en traque les caractéristiques ?

 

 

Trackbacks

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Commentaires

Je sens que ça va m'énerver aussi...La liste des régions sinistrées va donc s'allonger...

Ecrit par : cathulu | 02.03.2010

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Tu aurais dû me voir en lisant, je bouillonnais ;o)

Ecrit par : Cuné | 02.03.2010

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Alexandra de retour, enfin une bonne nouvelle !!!:)))

Ecrit par : cathulu | 02.03.2010

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Je suis en pleine lecture et je ne suis pas si étonnée. La description du Pôle Emploi, notamment, est d'une réalité frappante.

Ecrit par : Veronique | 02.03.2010

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Comme toi j'étais assez curieuse après son passage sur le plateau de La Grande Librairie, mais ton billet souligne mes craintes quant à ce livre.

Ecrit par : Mirontaine | 02.03.2010

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Autant se relre "Tête de Turc" de Günter Wallraff...

Ecrit par : M agali | 02.03.2010

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On ne parle que de ce livre et j'avoue que le côté "misérabiliste" me fait peur et risque juste de m'énerver ... Je passe donc mon tour sans aucun regret, tes propos ayant confirmé mon impression :-)

Ecrit par : Argantel | 02.03.2010

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ah ben tiens ça m'interesse, vais aller voir le podcast sur le site (pour claudel)

Ecrit par : amanda | 02.03.2010

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Moi qui était intéressée par cette lecture je sens que mon intérêt faiblit après avoir parcouru ton billet...

Ecrit par : La Plume et la Page | 02.03.2010

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C'est intéressant de lire ton avis assez différent de ce que j'avais vu jusqu'ici ; je le lirai donc - parce que le sujet m'intéresse beaucoup et que j'aime beaucoup F. Aubenas, mais en étant plus attentive à toutes ces choses !

Ecrit par : Mathilde | 02.03.2010

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Je n'ai pas encore lu ce livre, mais j'ai quand même très envie de l'ouvrir.
Je comprends parfaitement que deux personnes puissent avoir d'une même ville deux visions totalement différentes, mais totalement vraies. Sans savoir ce que tu fais, j'imagine que dans une situation de précarité, de désespoir, on est sur une ville, sans doute sympathique, un regard plus sombre que le tien.
Ce que tu dis à la fin sur la différence entre journalisme/écriture est très vraie : l'écrivain est là pour transcender la réalité ; la journaliste pour en témoigner. Un écrivain pourra montrer la beauté de la misère ; un journaliste, parisien ou pas parisien, montrera la misère, brute. Chacun est dans son rôle.

Ecrit par : Céline | 02.03.2010

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Je sais pas si je le lirai. J'ai grandi dans une petit ville de Normandie où effectivement, c'est parfois un peu la misère, mais je crois qu'on peut retrouver ça partout en France. Et il y a aussi des gens qui réussissent à s'en sortir, des gens qui vivent de peu et sont très heureux, etc.

Ecrit par : saxaoul | 02.03.2010

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Ce livre, qui a sans doute des défauts et des qualités, a au moins le mérite de remettre au cœur du débat une réelle préoccupation sociale. Et il faut saluer le courage de la journaliste qui a tenté de faire son travail au plus près... tandis que ses confrères préfèrent fréquenter les salons ministériels...

Ecrit par : Gwenaëlle | 02.03.2010

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Tu rejoins mon coup de gueule d'hier: j'en ai assez de lire certaines phrases sur la province. Les clichés m'agacent, même s'ils ont parfois une part de vérité. De plus, on ne touche pas à ma Normandie chérie, sinon, je sors les griffes!

Ecrit par : Valérie | 02.03.2010

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Commentaire selon moi beaucoup trop sévère. S'agissant d'une enquête journalistique, le style a quand même une importance secondaire. L'expérience de vie menée par Florence Aubenas est un modèle de journalisme d'investigation pour mettre en lumière les nouvelles réalités sociales. Moi je dis bravo !

Ecrit par : Lorend | 02.03.2010

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Trop sévère, peut-être, oui, mais c'est vraiment ce que je pense. Ce n'est pas une question de style à proprement parler, c'est l'orientation donnée à ce qu'elle choisit de raconter qui m'a heurtée.
Après, chacun son truc, je ne me pose pas en avis universel :)

Ecrit par : Cuné | 02.03.2010

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Je l'ai presque fini et j'aime bien la façon de Florence Aubenas de regarder les gens.. Très humaine, complexe..

Ecrit par : alain | 02.03.2010

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Tout à fait, le type de livre qui me fait sortir de mes gongs !

Les clichés sur la province, son son temps ( en tant que bretonne, j'en connais un rayon) sur ses habitants nommés souvent à tort nomme "petites gens" m'insupportent.

Clara

Ecrit par : clara | 02.03.2010

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j'évite ce type de truc : "la misère est moins pénible au soleil" et tous les autres clichés et/ou écrit par qqun qui veut faire parler de lui...

Ecrit par : Lystig | 02.03.2010

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Bonjour Cuné, j'ai lu des extraits des "meilleures feuilles" sur le Nouvel Obs d'il y a quelques semaines: cela m'a suffit. Ton billet me me donne pas envie d'en découvrir plus. Bonne après-midi.

Ecrit par : dasola | 03.03.2010

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Ah mince, moi qui étais toute bien disposée envers ce livre. Heureuse de lire un avis négatif qui ne s'excuse pas de l'être, merci Cuné, tu me remontes le moral !!

Ecrit par : antigone | 03.03.2010

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C'est un livre que j'avais envie de découvrir, suite à La Grande Librairie (moi-aussi...), ton billet va un peu freiner mon envie, je le lirai sans doute plus tard...

Ecrit par : Aproposdelivres | 03.03.2010

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@ Antigone : J'ai lu en effet ton manifeste sur ton blog aujourd'hui, ne te laisse pas atteindre (facile à dire je sais), bien sûr qu'on peut ne pas aimer un livre et le dire. C'est cyclique - et hélas récurrent, plein d'exemples me viennent en tête, sur ce blog ou chez Laure - , on est attaquées par des éditeurs, des auteurs, des proches des auteurs, des journalistes, d'autres internautes, mais jamais pour les bonnes raisons; il s'agit toujours de pognon, d'égo, de petites vexations. Fort heureusement un lecteur, lorsqu'il ouvre un livre n'a pas à prendre tout ceci en considération. On ne lit pas "pour" quelqu'un ou quelque chose, mais bien pour soi avant tout.
Allez, demain est un autre jour :)

Ecrit par : Cuné | 03.03.2010

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Le misérabilisme c'est pas ma tasse de thé... tes extraits me suffisent ! :-)

Ecrit par : yueyin | 03.03.2010

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Re-merci ! ;o)

Ecrit par : antigone | 03.03.2010

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je viens de le terminer. Déçue aussi, long et répétitif. D'accord pour parler de ces salariés aux horaires coupés cumulant les mi temps pour à peine le smic mais là le propos est un peu ennuyeux. Comme toi je l'ai acheté suite à un passage tv. Je le regrette.

Ecrit par : lucie | 04.03.2010

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Intéressant ton point de vue sur le bouquin d’Aubenas. Peut-être ce qui t’a gênée est-ce le fait que ce livre est écrit par une personne finalement extérieure à ce milieu et qui donc en conserve une vision bourgeoise (je me trompe peut-être, je n’ai pas lu le livre, j’essaie juste d’interpréter ce que tu dis d’un livre dont on a beaucoup entendu parler). Mais d’un autre côté, le témoignage est courageux et a le mérite d’exister, non ? Peut-être aurait-il été préférable qu’il soit plus purement journalistique et moins peuplé de digressions « littéraires » telles celle que tu cites (parfois un rai de lumière…).

Ecrit par : Cécile de Quoide9 | 04.03.2010

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Je ne qualifie pas sa vision de "bourgeoise", non, et je reconnais bien volontiers la respectabilité du témoignage, me semble.
Le "rai de lumière" qui se poursuit en "la mer = goudron" "fleurs en plastiques" etc. est abusif, oui :)

Ecrit par : Cuné | 04.03.2010

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Merci

Ecrit par : Jani | 04.03.2010

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Il ne me tentait pas et justement à cause de ce dont tu parles: le trait misérabiliste, les clichés qui arrivent même si l'auteur a (certainement) tenté de les éviter. Les docus-reportages et cie me laissent pantoises, et puis, si ce livre raconte l'autre côté, c'est bien qu'il y en a un d'autre côté, et que ce n'est pas sa réalité. Alors comment vraiment le dire?!

Ecrit par : Aurore | 04.03.2010

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J'avais quand même envie de le lire mais je reste sceptique sur l'inscription au pôle emploi. car en général on te demande plein de choses pour t'inscrire (j'y suis passée). comment a-t-elle fait pour se procurer tous ses papiers ??? très prosaïque comme interrogation mais dès le départ je suis dubitative même si je reconnais que c'est une journaliste qui me plait par certains cotés.

Ecrit par : Thaïs | 04.03.2010

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Je ne comprends pas ta question, Thaïs, ses papiers elle les avait, puisque ce sont les vrais, et sinon elle a déclaré ne pas avoir travaillé pendant les 20 dernières années, avoir été "entretenue" par son concubin, garagiste. Donc elle ne prétendait à aucune indemnité, se plaçait comme ex-femme au foyer qui veut travailler la cinquantaine approchant.

Ecrit par : Cuné | 05.03.2010

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Je n'ai pas du tout perçu Florence Aubenas comme une journaliste parisienne venant plaquer un discours sur une réalité. Pendant son séjour, je pense qu'elle n'a pas pu observer les charmes de cabourg..

Ecrit par : alain | 06.03.2010

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Si tu résumes mon billet à ce paragraphe sur Cabourg, c'est peu :)
Je n'ai jamais dit non plus qu'elle plaquait un discours sur une réalité.

Ecrit par : Cuné | 06.03.2010

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Ton avis est très intéressant ! J'ai eu envie de le lire aussi, pendant peut être deux minutes mais comme tous les jours je fais des choix. Mais de lire deux avis différents est vraiment très intéressant ! (je sais je me répète)

Ecrit par : Emeraude | 07.03.2010

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C'est vrai, qu'il y a un côté misérabiliste dans ce livre qui est assez déplaisant. J'ai tout de même bcp apprécié la façon dont elle évoquait les gens. Et pour moi c'est un sujet intéressant !!!
Quant au style d'écriture là j'ai vraiment eu du mal.

Ecrit par : Isa | 07.04.2010

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