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10.03.2010

Romance nerveuse - Camille Laurens

"Qu'ont-ils échangé, la reine et le fou ? Un soupçon de légèreté contre un peu de lest, un grain de fantaisie contre un peu de plomb dans la cervelle, une ancre, un port contre un voyage en ballon, un sceptre contre un hochet, tous deux en toc."

 

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Camille Laurens. L'autofiction. Le très médiatique clash avec Marie Darrieussescq. Virée de chez P.O.L. L'auteure qu'adore(ait) Laure. J'avais tenté mollement quelques livres, j'étais loin de tout ça, je ne ressentais tout simplement rien. Et puis ce billet de Thom. L'envie, l'achat, la lecture. Et le scotch, tout simplement.

"Romance nerveuse" est un roman qui se lit dans une sorte d'urgence, il m'a amusée, attristée, prise  à témoin, révulsée, perdue, mais au final m'a convaincue, tout du long.

Nous sommes juste après le clash, bien plus que de revenir sur celui-ci Camille Laurens écrit la violence de la rupture avec son éditeur, écrit comme elle ne comprend pas ses réactions, depuis le moment où il a lu le texte incriminé sans lui en toucher un seul mot, en passant par sa "libération de toute obligation", par cet instant où il finit par lui envoyer une seule parution de son ancienne maison, sans mot d'accompagnement : le roman s'appelle "Meurs"; jusqu'à ce rendez-vous, où il lui dit avoir fini par "la comprendre".

Elle est dans un état de sidération quand elle rencontre Luc. Paparazzi, plus jeune qu'elle, et surtout, cinglé comme un lapin. Infect, réellement insupportable. Pourtant, entre ces deux-là une vraie relation s'installe, qu'elle sait raconter en donnant tour à tour les éclairages qui permettent de comprendre comment ça peut tenir, un truc pareil. Il y a Camille, l'être d'émotion, et Ruel, l'intelligence pure.

Il y a dans ce roman une délicatesse, une profondeur, un jeu avec la langue, des fulgurances, une beauté et une sincérité qui touchent, je ne peux pas dire mieux. J'ai été touchée.

"[...] elle se demandait avec curiosité comment on souffre quand on n'a rien lu, si c'est moins fort, moins profond quand on ne met sur le trou béant ni ses mots ni les mots des autres, apparemment ce n'était pas si différent."

"La seule chose qui intéresse vraiment Ruel, c'est la Vérité. Je mets exprès une majuscule, pour parodier son intransigeante exigence - en réalité, Ruel ne croit en rien, sa réflexion mouline un doute permanent. Tout au plus pense-t-elle qu'en certains rares points de la ligne temporelle se jouent des parties capitales, qu'il convient de ne pas perdre car ce sont elles qui permettent d'avancer, d'éviter le ressassement, la jouissance mortifère de la répétition : elle croit au moment d'intelligence qui, jailli d'un être isolé, fusée de détresse, va se voir de très loin et changer la nuit; elle ne croit pas à la Vérité, elle croit à l'heure de vérité."

 

Ed. Gallimard, 2010, 219 p.

Trackbacks

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Commentaires

Je l 'ai vue et entendue à la télévision et franchement cette histoire d'amour improbable même après ton billet enthousiaste ne m'emballe pas plus que ça. L'autofiction ne m'inspire guère...J'allais faire un beau lapsus "l'autosatisfaction" :)

Ecrit par : cathulu | 10.03.2010

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L'autofiction, je trouve ça nombriliste... Ce ressassement des petits malheurs, ce gratouillis des plaies suintantes, cet auto-apitoiement à vocation littéraire, ce recyclage permanent de tout et surtout de rien, quand tant de gens ont du mal à vivre, tout simplement, ça a quelque chose d'indécent... Le principe même me donne de l'urticaire. Et même si ton billet peut donner envie de lire de livre, je continuerai à faire de la résistance... ;-)

Ecrit par : Gwenaëlle | 10.03.2010

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Sans être autant allergique que Gwenaëlle aux autofictions, ce livre ne me tente pas vraiment. Je passe.

Ecrit par : zarline | 10.03.2010

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Comme Zarline, un livre qui ne me tente pas.

Ecrit par : clara | 10.03.2010

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Je comprends bien ces réticences, pour souvent les partager. Ce roman n'en a été qu'une plus jolie surprise, pour moi :)

Ecrit par : Cuné | 10.03.2010

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eh oui, comme je suis la Laure citée, je me permets d'intervenir... J'ai adoré beaucoup des romans de Camille Laurens, et paradoxalement celui-ci ne me tente pas du tout.
Mais j'ai toujours considéré l'auto-fiction comme un faux débat, (est-ce qu'on parle d'autofiction dans les autres pays ? c'est pas franco français ce truc-là ?) pour moi il y a juste des bons et des mauvais romans, et peu importe la case dans laquelle on veut les faire rentrer.

Ecrit par : Laure | 10.03.2010

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J'ignorais qu'elle en avait sorti un nouveau.
Pour ma part, j'avais lu Ni toi ni moi qui m'avait littéralement enchantée au point de vue de la forme (quelle plume !)
Seulement, j'avais été assez réticente à acquérir l'un de ses autres livres tant ceux-là semblaient ressembler à ceux que j'avais lus.
Romance nerveuse est un peu plus éloigné de ses précédents, semblerait-il... Je serais bien tentée de me laisser tenter ;)

Ecrit par : Reka | 10.03.2010

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Et...
Gwenaëlle, je ne suis pas d'accord.
Qu'importe qu'il s'agisse de "ressassement des petits malheurs", de "gratouillis des plaies suintantes", d'"auto-apitoiement", de "recyclage permanent de tout et surtout de rien", pourvu qu'on ait la plume pour le faire.
Ca n'a rien d'indécent que de s'exposer.
Ca n'a rien de nombriliste que de parler de soi.
Certains auteurs, en parlant d'eux, permettent à certains lecteurs de se sentir compris. Et c'est d'autant plus vertigineux, troublant, fascinant quand la plume d'un auteur a de la force, du caractère, ce quelque chose qui produit l'étincelle...
Moi, je ne lis pas toujours pour me détendre. Je me fous des petites histoires qui me projettent dans des univers oniriques, loin du monde dans lequel je vis. Je lis pour vivre l'autre, et c'est d'autant mieux si cet autre, c'est moi.

Ecrit par : Reka | 10.03.2010

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C'est joli ce que tu dis, Reka. Camille Laurens touche deux mots sur le sujet, dans ce roman, elle évoque l'universel qui passe par le particulier, pas en ces termes, mais je n'ai plus le roman pour vérifier.

Ecrit par : Cuné | 11.03.2010

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@ Laure : D'accord sur le seul classement qui vaille, les bons et les mauvais romans - encore qu'on soit rarement en phase sur ce "tri" :). L'autofiction c'est peut-être franco-français, je ne sais pas, je ne connais pas vraiment au fond.

Ecrit par : Cuné | 11.03.2010

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Moi non plus, je ne suis pas inspiré par ce titre. ..

Ecrit par : Choco | 11.03.2010

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Je n'ai jamais lu Camille Laurens (mais j'ai dans ma PAL "dans ces bras-là" donc je la lirai). J'ai un à priori négatif vis à vis d'elle, en raison de cette ridicule histoire de plagiat. Bien que je n'aie vu dans "Tom est mort" qu'un exercice de style, je ne comprends pas pour autant son accusation.

Ecrit par : sylire | 11.03.2010

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Je n'ai lu aucun des deux livres en question et je ne le ferai pas :)

Ecrit par : Cuné | 11.03.2010

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J'ai du mal aussi avec les autofictions et à cause des polémiques entourant cette auteure, j'ai peu envie de la découvrir.

Ecrit par : Valérie | 11.03.2010

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au fait, moi aussi , que j'aime Emma Thompson! Mais j'hésite à regarder Last chance for love. Tu conseilles ?

Ecrit par : Valérie | 11.03.2010

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Oh oui, je conseille : c'est une petite comédie romantique sans prétention, avec deux acteurs exceptionnels qui nous embarquent complètement dans leur histoire; deux êtres seuls et âgés qui vont se trouver. Et puis Londres !... :)

Ecrit par : Cuné | 11.03.2010

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c'est drôle les débats sur l'autofiction, ça ne m'a jamais dérangé moi. Je pars du principe que chaque écrivain met une part de lui dans ses romans, qu'il y a toujours une part d'autofiction dans un roman. Que ce soit dans le fait de raconter sa vie (avec un style intéressant, c'est ça aussi le charme de l'autofiction, ce qui la diffère de l'autobiographie pure et dure) ou dans le fait d'inventer quelque chose. Un second rôle peut représenter l'auteur dans un livre par exemple. Je m'exprime un peu en raccourci.

Bref j'aime assez Camille Laurens, j'ai lu 4 ou 5 de ses livres, et mes préférés ce sont sans doute Philippe et dans ses bras là. Mais pour le Clash avec POL, je n'ai pas trop compris. Philippe est un témoignage poignant, et perdre un enfant et sans nul doute quelquechose d'horrible, mais d'autres ont le droit d'en parler... Pour faire un mauvais jeu de mot, elle n'a pas le monopole de la tristesse...

J'attendrai de trouver celui ci d'occasion chez Boulinier je crois, parce que même si j'aime bien l'autofiction, ça me lasse à force de ne lire que la vie d'un écrivain que j'aime. J'adorerai voir ce que les "autofictifs" peuvent faire avec un scénario plus original... j'ai les blogs pour assouvir mes pulsions de voyeurisme en fait maintenant ;D

Ecrit par : camille | 11.03.2010

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J'ai moi aussi trouvé à chaque lecture d'elle une belle plume qui savait me remuer… J'ai fait la sourde oreille aux histoires (disons que comme j'ai été sensible à l'intelligence de darrieussecq, j'ai fait mis camille laurens un peu à distance). Et du coup, ton billet ravive cet amour ancien et fort… Je vais me laisser faire…

Ecrit par : ficelle | 11.03.2010

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Depuis que Emmanuel Carrère s'est mis à écrire des chefs-d'oeuvre d'autofiction (Un roman russe, D'autres vies que la mienne), j'ai beaucoup de réticence à lire de l'autofiction pratiquée par des auteurs moins doués. Mais bon... je vais quand même essayer, bien que Camille Laurens ne soit pas apparue à son avantage dans sa polémique avec Marie Darrieussecq...

Ecrit par : kristine | 13.03.2010

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bon, tu as quand même été très forte, je l'ai commandé ! ( à 5 euros et qqs sur pmnster, ..) ;-)

Ecrit par : laure | 14.03.2010

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Lisez d'abord le texte de Camille Laurens qui a déclenché toute la polémique. (automne 2007). Elle s'exprimait dans cette petite revue et n'avait sûrement pas dans l'idée que ça allait faire un tel tintouin. Ensuite les media ont tout déformé. Mais son article est incandescent. Et il fallait bien qu'elle le dise.

ttp://www.leoscheer.com/la-revue-litteraire/2009/12/15/22-camille-laurens-marie-darrieussecq-ou-le-syndrome-du-coucou

Ecrit par : Laura | 25.03.2010

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On peut aussi ne pas s'intéresser du tout à cette polémique.

Ecrit par : Cuné | 25.03.2010

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