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13.04.2010

Waveland - Frederick Barthelme

"Il faut respecter ceux qui reconnaissent, même tardivement, leurs limites."

barthelme.jpg

Nous sommes sur la côte du golfe du Mississippi, un an près Katrina. Gail et Vaughn ont eu très peur, mais leur maison a résisté, pas leur mariage. Deux mois après l'ouragan, elle lui a demandé de partir. Vaughn a eu du mal, la vie lui paraissait vide de sens, pas tant en réaction à la rupture que par perte des habitudes, après quinze ans de mariage. Mais il a rencontré Greta et ils construisent tous deux patiemment une relation, dépassionnée mais profonde. Un jour, Gail leur demande de venir habiter quelques temps avec elle, elle vient d'être méchamment battue par le petit jeune avec qui elle couche, elle a peur. Vaughn, culpabilisé par la façon dont il a fait défaut à son père mourant, accepte, au nom de la responsabilité. Mais vivre ensemble, quand les trois sont émotionnellement instables, n'est pas de tout repos...

Cette introduction est parfaitement vraie, mais l'essentiel du roman n'est pas là. Tout tourne autour de la personnalité de Vaughn, souvent sentencieux, toujours paumé, cherchant à mettre le doigt sur ce qu'il ressent sans jamais tomber dessus. Gail est insupportable, reste incompréhensible au lecteur, Greta est trop insignifiante dans la structure du récit pour acquérir une épaisseur qui donnerait du sens à l'épilogue, le frère, le père, l'ami demeurent en vision périphérique, et les dialogues sont complètement déroutants : on jurerait de l'Hemingway qui serait totalement barré. En même temps, ça fait partie du charme réel de ce roman, une sorte d'anachronisme dans un univers très contemporain. Je me suis souvent demandée d'où ça tombait, des dialogues du genre :

"- Bonjour, chéri, dit-elle.

- Hm hm. Je comprends. Comment vas-tu ?

- Je crois que tu vas m'aimer."

??

Et pourtant, impossible de lâcher ces pages, parce qu'on croit en Vaughn. Il est attirant et fatigant, banal et attachant, gonflant et attendrissant. Le rythme est très lent, une grosse longueur vers le milieu, pas mal de répétitions, mais le tout érige un équilibre fragile qui tient debout. Une lecture en demi-teinte, sufisament intéressante pour que j'aille au bout, et que j'aie envie de lire autre chose de Frederick Barthelme, dont l'éditeur nous dit : "Dans la lignée de Raymond Carver, il est considéré comme l'un des précurseurs du minimalisme en littérature."

 

Ed. Christian Bourgois, 2010, 263 p.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Damour


"Essaie d'écouter. Quand les gens parlent. Tu comprends alors ce qu'ils disent, tu reviens sur leurs opinions, tu essayes de te figurer ce qui les met en rage, ce qui les inquiète, et tu ajoutes ou tu retranches tout ça du tableau qu'ils t'offrent, et ensuite, peut-être, quelqu'un d'autre t'offre une image différente, et tu la colles à la première, et tu as un nouvel avis de la personne qui t'a donné en premier son opinion, et cela change un peu le tableau, et en fin de compte tu as une assez bonne idée de la personne dont on parle."

 

Trackbacks

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Commentaires

hum... Vaughn est tellement banal justement... que je l'ai abandonné à son triste sort ;)

Écrit par : amanda | 13.04.2010

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Je peux comprendre ça :)

Écrit par : Cuné | 13.04.2010

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J'ai lâché Vaughn, moi aussi, pas vraiment parce qu'il m'ennuyait, mais parce que le même jour, j'avais acheté un autre livre qui m'a plus passionnée (le problème de commencer deux livres à la fois quand j'ai du mal à me décider). Mais je reviendrai vers lui !

Écrit par : virginie | 13.04.2010

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C'était quoi, l'autre livre ? :)

Écrit par : Cuné | 13.04.2010

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C'était In a perfect world de Laura Kasischke, qui m'a emportée dès les premières pages.

Écrit par : virginie | 13.04.2010

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Pas encore traduit, je crois ? J'attendrai :)

Écrit par : Cuné | 13.04.2010

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Je reste dubitative sur ce personnage et les pages que j'ai lu en librairie ne m'ont pas convaincue

Écrit par : Dominique | 13.04.2010

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je l'ai eu en mains mais la référence à Carver, apparemment très surestimé en France, me laisse dubitative, ainsi d'ailleurs que le dialogue!:)

Écrit par : cathulu | 13.04.2010

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Et encore, j'en ai choisi un très court, il y a plus long et plus étrange encore... :) Mais quelque chose m'a accrochée malgré tout ça, le charme de l'étrangeté, peut-être :)

(En plus, j'étais déjà bien chargée, étant passée aux rayons Mangas et BD pour Fiston, une razzia dans les livres de poche, je suis passée vraiment par acquit de conscience au rayon Litté étrangère, pour me tenir au courant de ce qui était sorti, tu vois, et puis pouf, ce roman m'a alpaguée, je n'ai pas résisté :)

Vendredi sort un nouveau Tristan Garcia aussi, dont la critique dans Télérama m'a fait penser à Robert Merle, une histoire de couple qui adopte un chimpanzé... Je vais avoir du mal à résister là aussi :)

Écrit par : Cuné | 13.04.2010

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C'est beau la conscience!:)))

Écrit par : cathulu | 13.04.2010

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Mais il y a peut-être un bug immense dans la traduction, ou autre ? Non parce que ton dialogue, là, on dirait presque du mauvais Duras tellement ça ne veut pas dire grand-chose (je précise au passage que Duras, je l'aime. Mais "Moderato Cantabile" contient parfois ce genre de phrases sorties de nulle part, et vas-y pour comprendre).
Dommage, l'idée de départ me plaisait bien.

Écrit par : erzébeth | 14.04.2010

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Je ne pense pas que la traduc soit en cause, c'est plus une incise mal maitrisée, un abus de coq-à-l'âne :) (Et je ne pense pas que ça te plairait, mais je peux - bien sûûûur - me tromper !)

Écrit par : Cuné | 14.04.2010

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