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29.04.2010
Tous à la campagne ! - Judith O'Reilly
"Je n'ai jamais autant manqué de bonne volonté. Quelqu'un devrait m'en offrir, emballée dans des étoiles."
Parce que c'est le rêve de son mari, et que financièrement ça leur permet de vivre dans beaucoup plus d'espace, elle accepte de quitter Londres pour le Northumberland. Citadine jusqu'aux bouts des ongles, elle tente vaille que vaille de s'adapter à la campagne, mais...
Choix de collection trompeur (Mille Comédies), ce livre est beaucoup plus émouvant et touchant que drôle. Judith O'Reilly a réellement vécu ce dont elle nous parle ici, publication d'ailleurs issue d'un blog; ça se sent complètement, autant pour la sincérité que dans la succession de "billets" très inégaux.
Parce que le sujet m'intéresse beaucoup, je me suis accrochée à cette lecture malgré un grosse première partie où je m'ennuyais plutôt. Bien m'en a pris, parce que soudain j'étais dedans, amusée, touchée, solidaire, le coeur en vrille. Le plume est versatile, tombe régulièrement à plat et enchaîne sans prévenir sur des petits bijoux de textes, ou brille parfois d'efficacité. Un peu selon le moral de notre blogueuse, et ce n'est pas moi qui lui jetterais une quelconque pierre.
Plus que le journal d'une expérience de vie différente, c'est le quotidien d'une maman qui est ici raconté. Pour celles et ceux qui aiment les blogs (préalable à mon sens indispensable) et les journaux intimes.
Ed. Belfond, 2010, 374 p.
Traduit de l'anglais par Isabelle Chapman
Titre original : Wife in the North
Merci Cathulu !
"Vendredi 14 septembre 2007
Sa Majesté des mouches 2
Ding-dong, les mouches sont mortes. Pas toutes, mais presque. Comme j'ai vécu, ou tout comme, dans l'Outback australien du XIX° siècle, je ne vais pas me prendre la tête pour quelques traînardes qui n'ont pas compris que la fête était finie. Ç'a été terrible. Je me préparais une tasse de thé, et quand j'y versais du lait, une mouche émergeait à la surface. Souvent elle nageait encore. Parfois elle avait même une bouée. J'ai acheté de l'huile de géranium et un diffuseur, et des bâtons d'encens au géranium. L'huile, c'était un peu beaucoup. Ça ne les tuait pas; elles battaient en retraite dans les coins de la pièce pour dire du mal de moi, ou bien se déplaçaient en rase-mottes. Elles tournicotaient autour de mes pieds. Je crois qu'elles reproduisaient l'exercice où vous êtes censé ramper sur les coudes en cas d'incendie, afin d'éviter de respirer la puanteur. J'ai bravé les orties jusqu'au bac à sable remplir un bol, que j'ai rapporté à la maison. J'y ai planté quatre bâtons d'encens et je les ai allumés. Celui-de-six-ans est entré à ce moment-là. Il avait l'air enchanté. Il m'a lancé :"Maman, tu fais un gâteau." Je lui ai répondu : "Non, on dirait un gâteau, mais je tue les mouches." Avec un soupir, il s'est éloigné. Sur le seuil, il a déclaré à Celui-de-quatre-ans : "C'est pas la peine de demander. C'est pas un gâteau.""
15:01 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : angleterre, quotidien, sympatoche |
28.04.2010
The Importance of Being Earnest - Oliver Parker (2002)
Colin Firth est un acteur formidable, Colin Firth est beau, Colin Firth est anglais, Colin Firth est drôle, Colin Firth chante faux, Colin Firth est un John-Jack-Ernest par-fait.

Jack Worthing a 35 ans, il vit à la campagne. Il s'est inventé un frère qui ferait les 400 coups, Ernest. C'est sous ce nom qu'il est connu à la ville, méthode pour ne pas entacher sa respectabilité. Il a un très bon copain, Algie, qui use du système inverse; lui s'est inventé un ami souffreteux qu'il "visite" pour ses escapades à la campagne. Il en vient à prétendre être Ernest pour faire la connaissance d'une certaine jeune fille.
Jack est amoureux de Gwendolen (la cousine d'Algie), Algie est amoureux de Cecily (la pupille de Jack). Les deux font leur demande, qui est acceptée. Les jeunes filles arguent d'un élément majeur, le fait qu'ils s'appellent Ernest, prénom qui les fait vibrer.
Les choses se corsent donc lorsque la vérité éclate, d'autant que Jack est un enfant trouvé, ce que ne saurait accepter Lady Bracknell, la mère de Gwendolen...
Adaptation absolument merveilleuse, où chaque personnage est brillant et parfaitement incarné; le superbe texte d'Oscar Wilde est mis en valeur, les images sont somptueuses et le jeu des acteurs fait couiner (grave) et glousser (beaucoup). Inutile d'en dire plus, c'est à voir et à revoir ! (Vo sous-titrée Vo)
Merci Fashion !
"Lady come down", pour la santé des yeux, trois fois par jour. (Je suis en bas, Colin).
06:00 Publié dans DVD : Adaptations et séries | Lien permanent | Commentaires (40) | Envoyer cette note | Tags : coliiiiiiiiiiiiin, et le tango dans easy virtue, coliiiiiiiiiin |
27.04.2010
En avant, route ! - Alix de Saint-André
"Toutes les montagnes sont russes"

Ils sont trois, ont la cinquantaine, ne sont pas sportifs pour deux sous, aiment bien boire et bien manger, et depuis quelques années (une dizaine ?) partent chaque année une dizaine de jour marcher sur un tronçon du chemin, vers Compostelle. Ils l'ont déjà atteint une fois. Et ils ont recommencé, par un autre chemin. Parmi eux, mon mari. Ils me racontent, tentent parfois mollement de me convaincre de me joindre à eux (JA-MAIS), mais la voilà ma propre marche vers Compostelle : mon chemin, je l'ai LU.
"En avant, route !" est un récit d'Alix de Saint-André, qui par trois fois a pris la route. Il n'y manque rien, ni la culture, ni la douleur, le matériel, les péripéties, la foi, l'entraide, la marche, la joie, l'humour, la vie. La vie ! Car c'est à vivre, bien sûr, ça ne "s'apprend" pas dans un livre, aussi réussi soit-il, tout au plus peut-on par son intermédiaire tenter d'appréhender brièvement ce que ça peut vouloir représenter, un tel cheminement.
Le plaisir, par contre, s'offre complètement par ce livre. Ces vaches, ces magnifiques chats mal doués, ces chiens errants dangereux (ça, c'est pour Cathulu), ces Pénine zi Ass (peu nombreux, au final), ces personnages étonnants ou super banals, ces rencontres où l'on est un prénom et une ville, un pèlerin parmi les pèlerins... Les raisons d'entreprendre une telle marche, ce qui continue d'arriver dans la vie qu'on met entre parenthèse et qui vient résonner... Ce qui en résulte, ce qui change... Ou pas...
J'ai été tout à fait séduite par la plume d'Alix de Saint-André. Elle mêle en des pages passionnantes le détail au gigantesque, la trivialité à la profondeur de la pensée. Elle n'esquive rien, questionne ouvertement sa foi (ou son absence), parle d'elle, de sa famille, des autres. Beaucoup des autres, auxquels elle porte un vrai intérêt. "Plus on marche, plus on se tait en soi-même." Elle donnerait presque envie, dis-donc.
"Deux nuits de suite, nous fûmes hébergés par un clergé hors d'âge. D'abord par des religieuses à la retraite, au Plan-Médoc, puis par un vieux curé méfiant qui ressemblait au rat musqué de Kipling. Chez les bonnes soeurs, nous fîmes chambre à part pour la première fois dans de vrais lits aux vrais draps, tandis que Pompon grignotait leurs acacias. Les vieilles bonnes soeurs réparèrent mon fond de pantalon troué avec un autocollant rustique, et nous nourrirent d'omelette aux pommes de terre sous le portrait du pape, au cours de leur dîner dans des odeurs de soupe et de cire. Elles étaient huit, et j'avais l'impression d'être chez Blanche-Neige. Enfin, à l'envers... L'une d'elles, Espagnole, fit remarquer que l'omelette n'était pas très bonne, et que ce n'était guère étonnant vu l'antiquité qui l'avait fait cuire et venait de s'éclipser... La supérieure, un peu plus jeune que les autres, lui répondit gentiment : "Il ne faut pas enlever aux vieux ce qu'ils font moins bien, ça les humilie davantage." Pas mal."
Mieux que ça, même.
Ed. Gallimard, 2010, 308 p.
06:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : chemin de compostelle, récit |
26.04.2010
Mansfield Park - ITV 2007
Voici donc la version ITV 2007 du roman de Jane Austen, "Mansfield Park". J'ai rarement vu une adaptation aussi ratée ! C'est une succession d'incohérences.

Évidemment, condenser un tel roman en 93 minutes tenait de la gageure, mais certains choix sont incompréhensibles, même avec la meilleure volonté du monde. Pourquoi donner les caractéristiques de la tante Norris (le chien, la somnolence, le côté abrutie...) à Lady Bertram ? Et, partant de ce choix, pourquoi alors malgré tout proposer une tante aussi inexistante pendant 1h30 ? Pourquoi faire l'impasse sur le bannissement de Fanny dans sa famille, si c'est pour le remplacer par de longues scènes montrant la pauvrette laissée seule à Mansfield ? Est-ce que l'intervention d'Henry Crawford en faveur de la carrière du frère de Fanny peut un seul instant remplacer la galanterie, le panache et la gentillesse de sa venue à Portsmouth ? Quel est le but de transformer la scène où Mary Crawford se fait renvoyer dans ses buts devant toute la famille soudée par un tête-à-tête portant, ô sacrilège, sur la petite frangine et non sur la mort de Tom qu'elle aspire de ses voeux ? C'est grave, car la clef du personnage d'Edmund est là, dans la vénalité qu'il entrevoit enfin, et non pas dans un jugement moral qui n'accepterait pas une trop grande clémence. N'im-por-te-quoi.
Le pompon étant sans nul doute la scène finale, où - et je n'invente rien -, on voit Fanny et Edmund le jour de leur mariage danser une valse enjouée, avec ce mot de Lady Bertram qui termine le film : "Oh look, they have learned a new dance !"...
Et puis c'est mal rythmé, pas joli, pas entraînant, décevant. Billie Piper reste Rose dans mon esprit, pas moyen de la voir en Fanny à un quelconque moment. C'est clairement dû à mon fort engouement pour Doctor Who, mais cette version de Fanny est fade, fade, fade à la base. On comprend d'ailleurs mal pourquoi Henry Crawford craque sur elle, tant à aucun moment il n'y a d'étincelle (cette scène du roman était si réussie !). Elle cendrillonne à outrance, laissant ponctuellement échapper le cher rire de Rose et on se prend à attendre un woosh-woosh. N'est pas une héroïne austénienne qui veut, même avec toute l'application du monde (et je ne parle pas des plans pas raccords, toute bouclée dans une pièce et hop, décoiffée-lisse en passant la porte !). La palme de la laideur revient pourtant à Edmund, petites mèches luisantes de gras, inconsistance totale, falot des pieds à la tête.
Ça m'a énervée, tiens.
Pas plus apprécié par Nataka.
(Vo et sous-titres en anglais exclusivement)
17:14 Publié dans DVD : Adaptations et séries | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : rarement autant pesté, c'est du n'importe quoi, mais alors vraiment! |
25.04.2010
Love Letters - A.R. Gurney
Il y aura décidément un avant et un après Leo dans ma vie; c'est en discutant de ce roman avec Amanda qu'elle m'a proposé de lire LE texte ultime sur la relation amoureuse épistolaire à ses yeux, Love Letters de A.R. Gurney.
J'ignore tout des droits en ce qui concerne le théâtre, et me résigne hélas à ne pas publier d'extraits, mais je n'avais pas ressenti un tel coup de coeur pour un texte depuis très longtemps.
Nous sommes dans les années 1930, Andrew et Melissa sont enfants et se côtoient. La toute première lettre qu'adresse Andy est à la mère de Melissa, pour accepter une invitation à un goûter d'anniversaire. Leur correspondance durera plus de quarante ans, avec des relâchements et des périodes frénétiques.
Car toute la différence est là, ils se connaissent physiquement dans la vie, ont grandi ensemble, sont à l'opposé l'un de l'autre, mais ne retrouvent pas - tout au moins au moment où cela pourrait changer le cours des choses - la personne qu'ils lisent dans la personne réelle.
Melissa est riche, malheureuse, négligée par sa famille. Elle est cinglante, brillante, provocante, scandaleuse. Andy est un bon garçon entouré par sa famille, qui s'occupe ensuite bien de celle qu'il crée. Le sens du devoir est sans doute ce qui le caractérise. Mais ils s'aiment, depuis le premier jour, en dépit de tout. Ils se le disent, se le prouvent, le vivent, mais jamais au bon moment. Comme si de toute éternité leurs chemins n'étaient pas destinés à se croiser. Ils s'abîment, chacun différemment. Et ils s'écrivent...
C'est un texte extraordinaire qui condense en 54 pages une infinité de nuances. L'auteur donne d'ailleurs des indications extrêmement précises sur la façon de le jouer, dans une sobriété totale. Deux acteurs, ne se connaissant pas ou peu, qui n'ont surtout pas appris le texte par coeur, et qui ne le jouent pas, qui le lisent, sans effets, sans cris, sans pleurs, sans se regarder (sauf pour la dernière lettre) et en étant attentifs à la lecture de l'autre, comme s'ils écoutaient une émission de radio au loin.
Ce sont deux personnes fatiguées et cabossées arrivées sur le versant final de la vie, qui relisent ces petits morceaux de lettres, sans date, sans formules de politesse, qui ont constitué leur conversation au fil des années, entre les coups de fil et les rencontres.
Et le lecteur - le spectateur sûrement aussi bien sûr - reçoit tout en plein coeur : la joie, l'amusement, l'attraction animale, l'amour dévorant et insatiable, la frustration, la douleur, la jalousie, la colère, la peine (terribles dernières lettres !). C'est magnifique. Andy dit à un moment des choses si belles sur le fait d'écrire une lettre, c'est à recopier en lettres d'or et à encadrer.
"Trust what I wrote" indique en final l'auteur aux futurs acteurs. Je confirme :)
Texte original disponible à la vente en VO, en carnet à spirale, Dramatists Play Services Inc. (Pulitzer Price for Drama). Pièce montée pour la première fois en 1989, à New York. Traduit en plus de 30 langues, jouée dans le monde entier, par des énormes pointures comme par des amateurs, et devenue un classique du théâtre contemporain américain.
S'il existe un DVD zone 2, ou si la pièce se monte en France, s'il vous plaît, dites-le moi !
Un énorme merci, Amanda.
17:33 Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : théâtre, superbe, magnifique, ultime, coup de coeur, vo |
22.04.2010
Confessions of a Jane Austen Addict - Laurie Viera Rigler
"Why is my stomach doing flip-flops ?"

Courtney Stone se réveille un matin dans un corps, un pays et une époque qui ne sont pas les siens. C'est un rêve, se dit-elle, de cette sorte dont on lui a parlé, les hyper réalistes, en état de semi-conscience. Elle va donc pouvoir interagir directement à l'intérieur de ce rêve et modifier les choses déplaisantes. Mais non. Rien à faire. Matin après matin, elle se rend à l'évidence : aussi impossible que cela puisse paraître, elle est bien dans cette réalité différente...
Le corps qu'elle "occupe" est celui d'une certaine Jane Mansfield, à l'époque de Jane Austen, son idole. Physiquement très différente, elle entrevoit par flash les souvenirs de la vraie Jane M., et a une connaissance instinctive des gestes auxquels ce corps était habitué : coudre, danser, aucun problème. L'ennui, c'est que les souvenirs de Courtney ne se sont pas effacés du tout, et qu'être une jeune américaine de Los Angeles dans l'Angleterre du début 19° occassionne quelques menus frottements...
Par exemple le maquillage ("I pinch my cheeks and bite my lips, a poor substitute for the arsenal of paints and powders I'm used to having atmy disposal."), et ce n'est pas un détail pour une donzelle dont la version du cauchemar classique d'être nue au milieu d'une foule est de n'être pas maquillée en présence de bombes sophistiquées !
Ce roman est un petit régal pour glousser tranquillement. Bien sûr, il y a quelques abus de frissons et tremblements divers et répétés (sans parler des divers mouvements de son estomac), et notre héroïne a de constantes "illuminations" que le lecteur a déjà vues venir des pages auparavant. Mais l'aventure est passionnante, l'humour omni-présent, et le suspens se niche dans des endroits inattendus : à un moment, par hasard, on rencontre Jane Austen, et notre coeur bat aussi fort que celui de l'héroïne ! On est suspendu aux mots, on attend terriblement de cette rencontre. Certainement pas autant que Courtney, qui a lu et relu d'innombrables fois les six romans de Jane Austen (jusqu'à prendre des jours de maladie pour le faire tranquillement) ("my entrée to Austen was via Colin Firth prancing around in tight pants for the BBC" ==> Hiiiiiii).
Et puis elle est franchement rigolote, notre Courtney-qui-devient-de-plus-en-plus-Jane au fil des pages. Elle chavire à sa première vraie demande en mariage, elle qui "dans la vraie vie" avait eu droit à des drunken mumblings of "Okay, you win - let's get married". Elle est sidérée par la puanteur des gens, et manque de mourir étouffée de rire lorsqu'elle assiste à sa première messe : tout le monde pète tranquillement : "No wonder Mary Crawford was so horrified that Edmund Bertram was going to become a clergyman. I am appreciating Mansfield Park more every moment. "
Il y a une vraie réflexion sous-jacente sur la place des femmes à cette époque, sur leur possibilités d'avenir très limitées. Courtney finit par réellement comprendre le carcan mais aussi l'importance des règles sociales. Moments de gravité complètement éludés par l'épilogue rose bonbon, qui passe comme une fleur, tant on est imprégné de tout le reste.
Laurie Viera Rigler, dont c'est le premier roman, est membre de la Jane Austen Society of North America de longue date. Elle sait à merveille communiquer son amour de notre Dame adorée.
"I cannot imagine a world in which one can read Jane Austen only once."
Ed. Bloomsburry, 2010 (pour l'édition paperback), 288 p. VO.
Merci Fashion !
Karine n'a pas aimé (en fait, selon ma lecture, il y a un seul truc qui ne trouve pas sa réponse, ou du moins je ne l'ai pas vue, c'est que la Jane M. d'avant Courtney parle de certaines choses dans l'avenir à James, et pourquoi, comment en a-t-elle connaissance, mystère...) (de plus, c'est drôle parce que la façon dont s'exprime Courtney m'a souvent fait penser à toi !! :))
21:16 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, voyage dans le temps, vivre en angleterre 200 ans plus tôt, quand on est une américaine de la, (los angeles, hein), lecture en vo |
20.04.2010
Tes seins tombent - Susie Morgenstern
"Il faut quand même de temps en temps... grandmerder."

Elle est géniale, Susie Morgenstern. Elle emmène sa petite-fille adolescente en vacances chez des amis, en Corse, et nous raconte. Leurs rapports ("Non, pas ça !" avec un index rageur la désignant, disait Yona, toute petite, voyait débouler sa grand-mère qui s'obstinait à ne lui parler qu'en anglais) sont de l'ordre du tacite, Yona n'est pas facile; elle passe son temps à "communiquer" avec la terre entière par SMS mais ne dit mot à qui l'entoure, déteste la tomate et a peur des guêpes. Mais elle est aussi curieuse, franche, polie, et sa grand-mère l'aime de tout son coeur. C'est aussi l'occasion de pénétrer un peu l'intimité d'une grande dame de la littérature Jeunesse, et de se régaler d'un bout à l'autre de ces 84 pages à la typographie spécialement étudiée pour faciliter une lecture à voix haute : je ne me suis pas privée.
Liste de questions dans la tête de Susie Morgenstern :
"Est-ce que tu penses que les jeunes devraient être protégés du malheur ? Qu'est-ce que tu vas retenir de ta jeunesse ? Est-ce qu'il vaut mieux avoir des rêves et des projets irréalisables que pas de rêves du tout ? Qu'est-ce que tu veux qu'on dise de toi à ton enterrement ? Qu'est-ce que tu aimerais faire dans dix ans ? Quelle est ta plus grande déception, ton échec majeur ? Est-ce que tu préfères une vie passionnée et brillante, mais torturée, ou une vie sans imagination mais simple ? Qu'est-ce que tu ferais si tu n'avais pas d'inhibitions, si tu pouvais t'éclater ? Qu'est-ce que tu aimes le plus dans la vie ? Le moins ? Quel genre de choses sont trop personnelles pour discuter avec d'autres ? Qu'est-ce que tu juges le plus important dans une relation d'amitié ? Est-ce qu'il y a des choses trop graves pour en plaisanter ? Si tu pouvais changer quelque chose dans la façon dont tu as été élevée, ce serait quoi ? Si ta famille ou tes amis pouvaient te dire exactement ce qu'ils pensent de toi, est-ce que tu aimerais l'entendre ? Et le sexe, est-ce qu'il fait consciemment partie de ta vie ? A quoi aspires-tu le plus dans la vie : les accomplissements, la sécurité, l'amour, le pouvoir, la passion, le savoir ou autre chose ? De quoi rêves-tu ? Dans ta vie, de quoi es-tu la plus reconnaissante ? Est-ce que tu détestes quelqu'un ? Pourquoi ? Si tu pouvais te réveiller demain en ayant acquis un talent ou une qualité, ce serait quoi ?"
Si vous avez envie de répondre à tout ça, be my guest :)
Ed. Actes Sud Junior, collection d'une seule voix, 2010, 84 p.
Merci Cathulu !
06:02 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, relations grand-mère-petite-fille, la vie qui passe |
18.04.2010
L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet - Reif Larsen
"Qu'arrive-t-il au respect des enfants ? S'évapore-t-il, ou suit-il la première loi de la thermodynamique et ne peut-il donc être ni créé ni détruit, seulement transféré ?"

Tecumseh Sansonnet Spivet a 12 ans et vit dans le Montana, entre un père rancher, une mère entomologiste dont la spécialité est de faire brûler les grille-pains, et une grande soeur qui hait l'originalité de sa famille (tous cinglés, pense-t-elle). C'est un enfant prodige, qui cartographie tout (jusqu'aux bruits d'un train de marchandises perçu comme un sandwich sonore, par exemple), tout le temps :"Quelque chose, dans le fait de mesurer la distance entre l'ici et l'ailleurs, dissipait le mystère de ce qui se trouvait entre les deux".
La disparition du petit frère, Layton, entraîne TS à partir accepter un prestigieux prix scientifique à Washington. Il entreprend seul un voyage à travers les Etats-Unis...
D'abord, l'objet est merveilleux. Grand et beau livre, papier épais et coloré, illustrations et annotations à toutes les pages, c'est un plaisir tactile et visuel. Ensuite, TS fait très vite la conquête du lecteur. Il ne se départ jamais d'une franche candeur qui le rend très attachant. A ses côtés, on comprend bien mieux que lui les sentiments divers qui l'agitent, la culpabilité, la solitude, l'impression de ne pas avoir sa place, le besoin désespéré de parler. Il y a beaucoup d'humour un peu partout, et une impression un peu floue, la façon dont il interprète les évènements est souvent fantaisiste, comme s'il filtrait ce qui arrive et en restituait uniquement ce qu'il en comprend.
A moins que les évènements soient eux-mêmes du domaine de l'étrange, je ne sais pas, je ne me prononce pas sur ce point. Je me suis complètement laissée porter par les chapitres, un par un, retardant l'échéance de l'épilogue que je redoutais de voir arriver. Je trouve que ce qui est très fort dans ce roman, c'est de conserver en permanence l'angle de l'enfant en TS, dont le cerveau bouillonne continuellement (et il le démontre dans tous les à-côtés) mais qui veut au fond ce que veulent tous les enfants : savoir que sa famille l'aime et qu'il y a sa place.
Aucune longueur, aucun passage en-dessous, on sautille d'un sujet à l'autre avec bonheur en poursuivant sans relâche le même fil conducteur. On irait bien plus loin encore en compagnie d'un héros tel que celui-là. Il y a une part de magie dans tout ça, une espièglerie tacite nimbée de merveilleux.
En fait, au départ on tâtonne un peu, on se demande comment on va lire tout ça avec ces flèches appelant à lire ailleurs en permanence, mais très vite, la voix de TS se fait entendre, et tout coule tout seul, le lecteur n'a aucun effort à faire, le roman dans le roman s'insère avec évidence, les annexes prennent place au moment précis où elles sont susceptibles d'aider, c'est juste limpide.
Excellent.
NiL éditions, 2010, 375 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Hannah Pascal
Titre original : The selected Works of T.S. Spivet
Adoré également par : (très beaux billets) Yvain et Chiffonnette
17:31 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, récit de voyage, sens de la vie, précocité, vision enfantine malgré tout, charme puissant, sourire à toutes les pages |
17.04.2010
Divine Justice - Christopher Buckley
"Sauf dans le cas d'ogives nucléaires déjà lancées, il n'existe aucune situation à laquelle on ne puisse pas s'opposer de front par l'inaction."
Le président des États-Unis s'appelle Donald Vanderdamp. Il a été élu sur un programme dont le thème était : "Changer la façon dont on fait des affaires à Washington." Tous les candidats le déclarent, lui, une fois en fonction, le fait. "Non" est ce qu'il inscrit le plus sur les projets de loi de financement. Autant dire que sa popularité est au plus bas. Ce qui ne le chagrine pas, c'est un pur, il n'a aucune intention de se représenter, il voulait assainir une situation, il le fait, sans état d'âmes.
Cependant, par un concours de circonstances (dans lesquelles intervient une juge de téléréalité, Pepper Cartwright), il va être amené à briguer un deuxième mandat, par principe, en réaction à la loi que viennent de faire passer ses adversaires l'interdisant (avec pour programme : "Du pareil au même"). Il n'a aucune envie de rempiler, pas plus que Pepper n'avait envie de devenir juge à la Cour suprême. Mais fait-on toujours ce qu'on veut ?...
Drôle, Christopher Buckley l'est encore et toujours ! On se délecte des différentes passes d'armes, des notes de bas de page, d'une intrigue facile à suivre agrémentée de dialogues toujours incisifs. Franchement féroce avec la politique américaine, l'auteur a ce don de toujours nous embarquer derrière ses personnages, et fait feu de tout bois.
Un exemple parmi cent autres : à un moment, dans le texte, il est question "d'une peine forte et dure" avec la note de bas de page suivante : "1. Malgré son intitulé français, il s'agit d'une peine du droit anglais consistant à être écrasé sous des poids. On s'en sert aujourd'hui pour qualifier l'attente précédant l'arrivée de la compagnie du câble (N.d.A.).
Un autre nous lasserait en chemin, Christopher Buckley maintient le tout en un constant équilibre et on regrette de voir arriver la fin.
Ed. Baker Street, 2010, 344 p.
Traduit de l'américain par Yves Sarda
Titre original : Supreme Courtship
Merci Amanda !
06:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : satire, jeux politiques, citations, ça dézingue à tout va, et comme toujours, c'est drôle! |
15.04.2010
Une journée dans la peau d'une attachée de presse
Aujourd'hui, page blanche à Solène Perronno, attachée de presse au Cherche-Midi éditeur, mais avant tout grande et vraie lectrice, qui nous fait vivre les Quais du polar de l'intérieur : merci Solène !
Les récréations provinciales d’une attachée de presse

Ah ! La joie des salons du livre… Je fais ça depuis presque 8 ans maintenant et je dois dire que je suis toujours excitée comme une puce et un peu angoissée avant d’arriver et ce, malgré l’expérience.
Ce samedi 10 avril, j’ai donc pris le train, bravant les grèves de la SNCF, pour me rendre au Festival Quais du polar à Lyon. C’était une première pour moi. Et oui, il y a encore des salons que je n’ai pas faits, et pour cause, il y en a chaque week-end dans chaque ville ou village de France et de Navarre…
Après deux heures et la lecture acharnée d’un Sonatine que je conseille aux amateurs de polars noirs ("Origine" de Diana Abu-Jaber), me voilà arrivée à bon port. Bien sûr, je n’ai pas pris l’adresse du salon et Lyon est une grande ville. Mais je suis débrouillarde… Je me rends donc place Bellecour et entre dans le premier Decitre venu (la grande librairie lyonnaise). Je ne suis pas loin du lieu des agapes. Il fait beau, je m’y rends à pied.
Je dois retrouver à 11 h mon auteur, Sophie Loubière, animatrice sur France Inter et France Info, invitée pour son roman "Dans l’œil noir du corbeau", paru au cherche midi l’année dernière et que certaines ont peut-être lu. Elle doit participer à un débat sur l’Amérique avec quatre auteurs américains. Pour un auteur, c’est toujours bien de participer à un débat lors d’un salon car cela permet de présenter son livre au public plutôt que de juste attendre le chaland derrière sa table, ce qui je vous prie de le croire n’est pas si simple. A Lyon, l’organisation est bien faite, il y a au moins un débat pour chaque auteur.
11 heures, le débat va commencer mais, car il y a toujours un mais, pas de Sophie en vue. Je commence à m’inquiéter (l’attachée de presse s’inquiète toujours et a une imagination très fertile : Sophie a manqué son train, Sophie est bloquée par les grèves, Sophie est malade, Sophie a eu un accident, Sophie a été enlevée par des extraterrestres…). Les minutes passent, Bruno Corty, l’animateur du débat, commence. Les quatre auteurs américains se présentent. J’aime les salons pour ces moments là, quand je ne suis plus qu’une lectrice avide qui découvre de nouveaux auteurs qu’elle va, elle en est sûre, adorer.
11h20, Sophie arrive. Me voilà rassurée. Rien de grave ne se passe jamais de toute façon, quelle stressée je fais. Après le débat, j’ai le fin mot de l’histoire, le point d’accueil auteurs était mal indiqué et ma pauvre auteur a erré dans la gare, d’où son retard. Là, je me sens idiote, j’aurais du lui proposer de l’attendre à sa descente du train, ce que je sais pourtant depuis le temps !
Voici venue l’heure du repas, il est quand même 12h30. Les repas en salon pour les auteurs et leurs accompagnants, moi dans le cas présent, c’est un grand moment, et encore comme je ne suis restée qu’une journée, je n’ai pas assisté au repas de gala du samedi soir. C’est un petit peu comme à la cantine : on vous donne un ticket et vous vous rendez dans un restaurant prévu à l’avance où tout le monde se retrouve et où l’on vous sert à tous le même menu, très bon au demeurant, n’allons pas nous plaindre. On a quand même l’impression de retomber en enfance : des petits groupes se forment, certains gardent jalousement des places pour leurs amis encore retenus au salon, c’est un peu la cohue.
J’ai de la chance, Sophie a déjà prévu de déjeuner avec Oliver Gallmeister dont j’adore la production et un des auteurs américains qui ont participé au débat, Craig Johnson, qui publie chez Gallmeister, et sa femme. Etant un peu comme son ombre, je suis conviée à mon tour. J’avoue que ce déjeuner, même quasiment tout en anglais, fut un pur bonheur et j’ai même été invitée à rendre visite à Craig et sa femme dans leur ranch du Wyoming. Je me dis, dans ces moments-là, que j’ai vraiment la chance de faire ce métier. Le repas terminé, je m’empresse d’ailleurs de me faire dédicacer le premier roman de mon nouvel ami cow-boy (il porte un stetson tout à fait caractéristique), "Little Bird", dans lequel je suis plongée depuis lundi.
J’accompagne Sophie jusqu’à son stand où elle s’installe. Elle n’est pas très bien placée mais la marge de manœuvre avec le libraire est faible, nous n’arriverons à rien. Ce n’est pas grave, quelques fans l’attendent déjà. Elle commence ses dédicaces, je m’éclipse.
J’ai plusieurs autres personnes à voir : des auteurs amis comme Bob Garcia que je ne manque jamais de saluer, des nouveaux auteurs dont je ne peux m’empêcher d’acheter le livre (j’ai craqué pour Gille Legardinier et son "Exil des anges"), des amies du milieu, attachées de presse, éditrices, commerciales… le petit monde de l’édition, mais aussi Delphine et Montse du site Plume Libre que je vais rencontrer en vrai pour la première fois. Rencontre très sympathique et très chaleureuse. Je croise également un autre de mes contacts internet, Nicolas Trenti de Polars pourpres. Tout le monde est là, Quais du polar est un des salons les plus importants (et encore je ne savais pas que plusieurs blogueuses que je connais par mail étaient aussi présentes…).
Les minutes puis les heures s’égrènent, je vais retrouver Sophie, car mon rôle est quand même celui d’accompagnatrice et de représentante de ma maison d’édition. Parfois cela vire dame de compagnie mais pas ici, Sophie Loubière est une personne tout à fait adulte et autonome.

Il est bientôt 16 heures, il est prévu qu’elle fasse une lecture. Un peu plus tôt, je m’étais enquis du déroulé auprès des organisateurs, nous arrivons devant la salle, confiantes. Il y a malheureusement toujours des aléas… L’émission de France Culture a pris du retard et personne ne nous a prévenues. Nous retournons au stand du libraire et nous revenons 30 minutes plus tard. L’émission n’est toujours pas finie. Je bouillonne, m’énerve un peu pour la forme, et à 16h45, Sophie s’installe enfin. Elle lira pendant une demi-heure finalement. Tout se goupille bien puisqu’elle a une extinction de voix et n’aurait pu faire plus.
17h15, il est enfin temps pour moi de tirer ma révérence, mon train est à 18h. Un dernier au revoir, une dernière photo et je cours vers le métro. Une fois dans le train, je me replonge dans mon polar, fatiguée mais heureuse.
Merci beaucoup à Cuné de m’avoir laissé un espace sur ce blog pour m’essayer à l’exercice. Peut-être aurais-je envie de continuer ?...
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