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31.07.2010
Citoyens clandestins - DOA
" Voyons-voir, est-ce que je me souviens de mes cours NBC ? C'est loin tout ça... Le Vx, incolore et inodore sous sa forme liquide pure, est un produit chimique découvert dans les années cinquante, par accident, en Angleterre si je ne me trompe pas, dans le cadre de recherches sur les insecticides, qui révéla très vite son potentiel stratégique. C'est, à ce jour, le neurotoxique militaire le plus efficace qui soit.
Peu volatil, il appartient à la catégorie des agents dits persistants. Innervant, il perturbe la chimie des impulsions nerveuses, ce qui entraîne une mort certaine, rapide et dégueulasse. Hyper-salivation, démiction, défécation, convulsions et tout un tas d'autres réjouissances en -ion. On peut l'absorber par les voies respiratoires et surtout par simple contact avec la peau. Une toute petite gouttelette, même pas visible à l'oeil nu, et bye-bye. Rapide, mais pas assez pour ne pas en baver. Jamais cette expression n'a été si à propos d'ailleurs."

Une bonne petite menace chimique pèse sur la France, juste après les évènements du 11 septembre; tous les services secrets, militaires, policiers, toutes les défenses françaises sont sur les dents, mais essentiellement occupées à se tendre des pièges. Pris dans leurs feux, une wannabe journaliste, un infiltré et un solitaire surentraîné...
Un gros roman plein de sigles et d'action, qui réussit à tenir son lecteur de bout en bout. Les trois personnages principaux sont suffisamment intéressants pour qu'on tourne les pages, en survolant un peu le reste (pour ma part). Le ton est résolument noir, tout le monde a de sérieux côtés sombres. La construction est fort habile, avec un petit coup de théâtre après plusieurs centaines de pages, et la toile se resserre vers la fin en éclairant tout ce qu'on vient de lire, assez impressionnant.
" Bastien, je...
- Ta gueule." Rougeard se pencha en avant, saisit le poignet d'Amel et l'attira vers lui pour lui parler dans le nez. "T'es vraiment qu'une pauvre cruche, tu sais. Putain, tu suces bien mais là-haut", il leva les yeux au ciel, "ça tourne pas vite."
Le français parle mal, c'est un fait, mais les dialogues claquent bien et sont souvent très drôles (j'ai gloussé aux "casse-couille 1 et 2", par exemple).
A tenter, assurément.
Ed. Gallimard 2007 & Folio Policier, 2009, 723 p.
06:18 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : thriller, noir-noir, politique, âpre |
29.07.2010
L'Hystéricon - Christophe Bigot
Jason a une grand-mère qui a une demeure sur une presque-île, il invite quelques amis de fac à y
passer un week-end, ils se retrouvent coincés pour 10 jours en plein blocage social de la France. Ils ne se connaissent pas très bien, s'entendent encore moins, et instaurent un jeu : chaque soir, à tour de rôle, ils doivent raconter une histoire vraie et incroyable, suivie d'un débat collectif.
Dès le départ, l'auteur installe l'ambiance sur les bases de la démonstration, énonçant ses paramètres avec une distance ironique : les personnages sont volontairement caricaturaux, les évènements des archétypes : on repassera pour l'immersion.
"Et maintenant, alors que le brasier révolutionnaire s'allumait un peu partout, il vivait dans un palace à l'écart du monde, avec des dégénérés qui pratiquaient le fouillage de merde et l'enculage de mouches le plus futile, nappant le tout de références à Boccace et à Molière pour tenter de se justifier."
On peut voir les choses comme ça, à l'instar d'un personnage. Pourtant on se laisse faire jusqu'au bout, parce qu'au fond c'est tout ce qu'on demande, qu'on nous raconte des histoires, et dix récits explorant plusieurs genres (gothique, policier, conte de fées, confession intime...) enrobés du mouvement des relations ancillaires entres nos prisonniers d'un temps n'est pas pour nous déplaire.
"S'inspirant des recueils de nouvelles de la Renaissance, comme L'Heptaméron de Marguerite de Navarre, L'Hystéricon célèbre l'art du récit."
Certes. Encore eût-il prévalu que les personnages aient suffisamment de consistance pour s'incarner dans leur rôle, et que leurs histoires soient parfois moins maladroites, ou plus intéressantes...
Ed. Gallimard, 2010, 467 p.
06:00 Publié dans Livres : Je n'aime pas | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : exploration du genre narratif, des histoires, quoi |
28.07.2010
Une année en haut, Chroniques d’un refuge ordinaire – Cyril Azouvi
Refuge des Oulettes de Gaube, 2151 mètres d’altitude, Hautes-Pyrénées. Jean-Thomas est le gardien. C’est un métier. C’est aussi sa passion. De l’ouverture, en hiver, à l’automne suivant, tous les aspects d’un refuge sont évoqués dans ces chroniques très vivantes.
Les légendes vivantes de la montagne qui passent, tout en modestie ; les touristes indélicats qui partent contre avis du spécialiste (mauvais temps), sans payer et sans prévenir ; les rivalités amoureuses entre staff (l’été, il faut être plusieurs pour faire tourner le gite) ; l’approvisionnement, les poubelles, la faune, la flore, les randonneurs, les pro et les mal équipés, j’en passe, mille choses sont abordées.
C’est un recueil qui se lit tout seul, surtout quand on passe soi-même ses vacances en montagne. Au début, j’ai été un petit peu énervée par une certaine forme de mépris tranquille envers les touristes, qui effectivement (et j’en fais partie) abordent la montagne en totale candeur et sans aucune connaissance ; et puis finalement les gens sympas le restent quelles que soient les circonstances, et pareil pour les cons, tout le savoir du monde n’y change rien.
Ed. Glénat 2010, 187 p.
06:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : en fait, c'est un journaliste qui écrit, mettant l'accent là où il veut, le gardien, lui, est un pur de chez pur |
27.07.2010
Ceux qu’on aime – Steve Mosby
Mise en contexte : j’avais emporté largement (croyais-je) assez de livres pour tenir quinze jours, mais
j’ai lu plus que de raison et me suis trouvée les mains vides pour le dernier jour, chose insupportable s’il en est. Sans conviction, j’ai farfouillé à la maison de la presse des Ménuires et ai dégotté ce deuxième roman de Steve Mosby, initialement édité chez Sonatine, à mes yeux gage préalable de qualité. Dès les premières pages j’ai regretté que son premier roman, « Un sur deux », n’y soit pas disponible, car je l’aurais acheté aussi sec, tant j’ai apprécié la plume (achat effectué depuis, of course).
Il est question de jeunes filles que l’on découvre mortes de soif (quelle mort horrible), attachées sur leur lit sans que personne ne soit intervenu. Le tueur usurpait leur identité pour rassurer les proches par SMS ou mail.
Parallèlement à ces assassinats, nous suivons Dave, prestidigitateur qui mène la chasse aux charlatans, et Sam Currie, policier rongé par la mort de son fils.
Prenant de chez prenant, ce roman se révèle retors et implacable ; la plume est efficace, l’intrigue glaçante, l’ambiance parfaite. Encore, encore !
« Il existe un principe de base chaque fois que l’on veut étudier un tour de magie. Il faut partir de l’effet final – le truc que l’on n’arrive pas à expliquer – pour remonter en arrière, en se concentrant sur les choses que l’on connaît et en cherchant des indices dans les interstices. Il n’y a que comme ça qu’on peut découvrir le secret : graver tous les paramètres du tour dans le marbre, puis comprendre comment il a pu être effectué à l’intérieur de ce cadre. »
Ed. Sonatine, 2009 & Points, 2010
Traduit de l’anglais par Clément Baude
Titre original : Cry for Help
Un avis parmi d'autres : celui de Valérie.
06:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : thriller, efficace, prenant, tout bien |
26.07.2010
De l’autre côté de l’île – Allegra Goodman
Un futur apocalyptique, après un déluge. Une « mère nourricière » qui a repris les choses en main, et qui cherche à tout contrôler, tout diriger, y compris la nature, en plaçant les îles (il n’y a plus de continents) sous une cloche.
Honor a dix ans, et ses parents sont un poil rebelles. Elle éprouve un vif désir de se conformer absolument, et pendant un temps, va s’y efforcer…
Prenant et effrayant, ce roman de pure SF est finalement trop gentil pour son bien. Pas bien grave, en même temps, on s’y plonge avec plaisir ; le monde tel qu’il est décrit est bien fignolé, Mlle Bénédiction le qualifierait « d’excellent, car précis ». On sent malgré tout en permanence qu’il est destiné à la jeunesse.
Ed. Thierry Magnier – 2009, 373 p.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
Titre original : The other side of the island
L'avis de SBM.
06:03 Publié dans Livres : Je n'aime pas | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, sf |
23.07.2010
Avec stupeur.
Cette année, j'en suis, de mon plein gré.

Sur une idée de Chiffonnette et Fashion, avec un logo réalisé par Ofélia, voici l'édition 2010 des Harlequinades.
J'ai lu "La nuit ensorcelée" (titre original : Dragon's lair) de Denise Lynn, collection Nocturne, 279 p. pour 4,90 euros, une traduction de Fabrice Canepa.
Le pitch est très compliqué : Alexia, qui maîtrise à la perfection l'ancien gallois du XII° siècle, avait épousé par coup de foudre un descendant de la famille Drake dont elle étudiait l'histoire avec passion, apprenant ainsi leurs pouvoirs extraordinaires (famille de mages). Leur mariage n'avait pas résisté à la perte de leur bébé, Brendan refusant de croire à l'accident dont elle avait été victime. Elle s'était enfuit, pour reprendre le cours normal de sa vie, écrivant au passage un livre sur les Drake.
Trois ans plus tard, la voici en possession d'un manuscrit du XII° siècle, qu'elle entreprend de traduire en se plaçant sous la protection de son ex-mari (en fait ils n'avaient pas divorcé).
Elle était manipulée depuis le début par Nathan, l'héritier du côté obscur de la famille, qui n'a de cesse de tenter de s'emparer de la traduction. Il est très puissant et terriblement dangereux, mais c'est l'amour qu'elle ressent encore pour Brendan qui occupe toutes ses pensées. Vont-ils parvenir à se réconcilier, ou l'attraction phénoménale qu'ils ressentent l'un pour l'autre est-elle sans issue ?...
Vous le saurez en lisant ce petit joyau des poncifs, où joyeusement les coeurs battent à tout rompre (7 fois) (oui, j'ai tout compté, trust me) et où les souffles sont coupés par tout un tas de choses (4 fois).
Si Brendan est en permanence : moqueur, railleur, ironique, mordant, malicieux et narquois, tout en se montrant peu amène et en ayant le désarroi réprobateur (il est fort), Alexia bat des records :
C'est une crieuse. Elle crie d'effroi, d'horreur, de douleur, d'angoisse, de peur, de terreur, de pure jouissance, et une fois, elle hurle même de joie.
Mais plus que tout, elle constate avec étonnement, elle sursaute, stupéfaite, sidérée, médusée, choquée, avec stupéfaction et surtout, avec stupeur (17 fois. DIX-SEPT FOIS.).
Quand elle est très très fâchée, elle fronce les sourcils. Brrrr.
Rassurez-vous, la morale est sauve. Après une nuit d'amour torride, où en guise de préliminaires on a une évocation de la langue de Brendan dans le sexe d'Alexia (si), occasionnant une phrase KKulte : "Il explore avec audace le soyeux calice de sa féminité" (juste avant elle hurle de joie quand sa langue la pénètre, je n'invente rien) - après ces galipettes, donc, et dès le lendemain, la frangine bloque en la voyant, et lui dit "des jumeaux". Car oui, chez les Drake, les grossesses sont immédiatement détectables, pratique.
Les futurs parents vont donc se rabibocher durablement, car on n'élève pas des jumeaux toute seule, vous savez, du moins, ce serait trop difficile alors qu'on a un papa sorcier sous la main. De quoi aplanir tous les ressentiments antérieurs, évidemment. Quant à Nathan, son sort est bouclé en une phrase, c'était bien la peine de le redouter celui-là, tiens.
Alexia a obtenu des pouvoirs magiques de folie en traduisant le manuscrit, a récupéré son mari et va pouvoir pouponner tranquille, avec ou sans stupeur.
Je ne vois rien d'autre à ajouter :)
20.07.2010
La bonne grosse montagne en sucre – Wallace Stegner

Elle : Elsa.
Lui : Bô.
Nous sommes au tout début du 20° siècle, et avec ces deux-là nous allons traverser les États-Unis sur quelques décennies.
Bô aurait été un pionnier d’exception, nanti de vraies qualités obscurcies par de monstrueux défauts ; toujours à la recherche du filon qui le rendrait enfin riche, mais démuni devant l’argent, amoureux pour la vie d’Elsa, mais mari exécrable.
Elsa, elle, se serait volontiers accommodée de vivre selon leurs moyens, pourvu qu’ils s’installent enfin quelque part et qu’elle ait un foyer à offrir à leurs enfants.
Mais ils s’aiment, elle le suit, ils avancent ensemble. Bô fait de très mauvais choix. Elsa sauve ce qu’elle peut, les enfants subissent. Les déménagements incessants, la vie en marge, la prohibition, l’épidémie meurtrière de grippe… La vie ne ménage personne.
Un excellent roman s’il en est, qui donne une envie urgente de chanter les louanges de Wallace Stegner jusqu’à ce qu’il obtienne enfin la renommée qu’il mérite tant. Les personnages sont pleins et entiers, on est traversés par des moments de lucidité glaciale qui viennent retentir dans notre vie à nous. Elsa et Bô sont jeunes et avides de vivre, ils « font le truc » pendant quelques années, puis cèdent la place à leurs enfants, tout en étant encore là, juste ils ne comptent plus autant, ils ne sont plus ceux qui font bouger les choses.
C‘est un roman touffu qui fait la part belle aux relations familiales, ou plutôt même qui prend une famille dès avant sa création, en amont, et qui nous permet de la suivre à travers toutes les étapes de sa vie, dans ses bons et ses pires moments. Tout sonne très juste, on se régale, on a bien du mal à lâcher nos héros de papier.
800 pages qui paraissent bien trop courtes, et qui se lisent dans une sorte d’urgence, pris dans les aventures narratives ; elles méritent sans aucun doute une relecture plus lente, pour se laisser pénétrer par la haute tenue des portraits psychologiques.
Ed. Phébus, 2002 (Wallace Stegner 1938) 804 p.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Eric Chédaille
Titre original : The Big Rock Candy Mountain
06:00 Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : wallace stegner, lisez-le, c'est un auteur génial, et pas assez lu |
19.07.2010
La folle équipée de Sashenka Goldberg – Anya Ulinich
« Sasha Goldberg s’aperçoit que malgré ses vœux les plus sincères, une part d’elle-même s’accroche à la vie, et continue d’apprendre, comme ces crétins cancéreux qui s’obstinent à faire leurs devoirs et à rire à la vue d'un clown en dépit des tubes qui leur sortent du nez. »

Elle est comme ça, Sasha, un peu tranchante, elle a une propension à dire tout cru ce qui lui passe par la tête, surtout quand elle s’exprime en anglais, langue qu’elle mettra du temps à maitriser…
Née et élevée à Asbestos 2, ce qui signifie « amiante » en russe, Sasha a toujours été en décalage. Russe mais métisse (et très très foncée), artiste mais sans réel don, grosse et sans véritable grâce. Intelligente, sans doute, encore que sa placidité puisse en faire douter. Mais en manque d’amour, ça, pour sûr.
Ses dix premières années se déroulent dans une normalité toute relative, celle de la Russie des années post-soviétiques, entre une mère ne jurant que par l’intelligentsia et un père très mou. Son père émigre brutalement aux Etats-Unis, seul, et sa mère réagit en niant qu’il ait jamais existé. Perdue, Sasha tombe enceinte à 15 ans, avant d’émigrer aux Etats-Unis elle aussi, seule, par tous les moyens…
Un joli roman racontant ce que j’aime finalement le plus lire, un parcours personnel. Le ton est assez neutre, avec un humour discret, l’héroïne plutôt étrange (on le serait à moins avec ce qu’elle vit et a vécu), mais on est immédiatement ferré et on prend grand plaisir à passer les années avec Mademoiselle Goldberg. J’ai adoré l’épilogue malgré (ou grâce à ?) son côté fleur bleue.
Scindé en quatre parties bien distinctes correspondant à quatre périodes et lieux différents, ce gros roman tient idéalement compagnie pendant les longs trajets, foi de plongeuse es pages.
Ed. Belfond, 2008 & 10-18 2010, 473 p.
Traduit de l'américain par Norbert Naigeon
Titre original : Petropolis
06:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : parcours personnel, premier roman |

