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06.09.2010
La couleur des sentiments - Kathryn Stockett
La couleur des sentiments m'a fait passer par toutes les émotions, et j'ai pleuré des litres de larmes diverses. Dire que ce roman est émouvant revient à dire que l'eau ça mouille, il faudrait pouvoir décliner les catégories d'humidité qu'il provoque.
C'est un foutu bon roman. Je n'en reviens pas d'avoir lu ou entendu que "littérairement, ce n'est pas un chef-d'oeuvre", bullshit ! Littérairement, un roman qui suscite une telle frénésie de lecture et tant d'émotions, qui captive son lecteur sur des centaines de pages et fouille un sujet particulièrement épineux avec une grande justesse et beaucoup de pudeur, prouve à mes yeux sa totale validité.

C'est un premier roman, qui entrecroise trois voix : deux bonnes (domestiques) noires, au Mississipi, au tout début des années 60, et une jeune fille blanche de bonne famille. Ensemble, elle entreprennent d'écrire un livre parlant très simplement des relations bonnes noires / patronnes blanches.
Et on vit totalement le truc avec elles. C'est fou, dès les premiers mots on est dedans. Il y a une proximité évidente, un cheminement limpide, le lecteur fait partie du récit, c'est chaleureux en diable. Chaque personnage existe intensément, chaque chapitre renforce son univers et resserre ses liens avec les autres. C'est bourré d'humour. Il y a un suspens de folie.
(J'ai commencé ce roman samedi matin, j'étais invitée samedi soir, j'ai passé la soirée avec Aibileen, Minny et Skeeter, qui prenaient toute la place dans ma tête, totalement absente au monde, invitée déplorable, tellement pressée d'aller les retrouver...)
Ce qui est le plus frappant, une fois la lecture terminée, c'est le soin des nuances. On est loin du message didactique et simplet, on mesure sur une longue distance combien les relations sont paradoxales, mélangées, compliquées. On touche à l'intime au plus profond, on met des situations et des mots sur des noeuds inexprimables.
Il y a tout, dans ce roman, qui est de la famille du Prince des marées (et donc Caro, laisse tomber ;o)), mêmes couleurs, même pouvoir narratif, même sortilège qui fait qu'on a envie d'aller embrasser l'auteur comme du bon pain, merci, merci, d'avoir écrit cette merveille, vous avez tout compris à tout, c'est beau, c'est drôle, c'est triste, c'est une célébration de la vie et vous êtes un conteur d'exception.
Aibileen : "Je pose mon fer sans me presser et je sens cette mauvaise graine qui grossit dans ma gorge, celle qui s'est plantée après la mort de Treelore. J'ai chaud aux joues, et la langue qui me démange. Je sais pas quoi lui dire. Tout ce que je sais, c'est que je le dirai pas. Et je sais qu'elle dira pas ce qu'elle a envie de dire elle non plus, et c'est vraiment bizarre ce qui se passe ici parce que personne parle et on arrive quand même à avoir une conversation."
"Je me disais que je devrais un peu plus lire. Ça m'aiderait pour écrire."
Aibileen secoue la tête, reprend sa respiration avec un dernier "Hiiiiiiiiii !" et boit une gorgée de café.
****
Skeeter : "Il y avait ce qu'on éprouve à savoir que quelqu'un veille sur vous pendant que votre mère se désespère parce que vous êtes anormalement grande, les cheveux trop frisés, et mal fichue. Quelqu'un dont le regard dit simplement, sans qu'il soit besoin de paroles, moi je te trouve bien."
"Deux jours plus tard, je suis assise dans la cuisine de mes parents et j'attends que la nuit tombe. Je capitule et allume une nouvelle cigarette, bien que le ministre de la Santé soit venu hier soir à la télévision pointer un doigt accusateur sur tous les fumeurs et tenter de nous convaincre que le tabac allait nous tuer. Mais maman m'a dit un jour que les baisers avec la langue me rendraient aveugle et j'en viens à croire que ma mère et le ministre de la Santé sont partie prenante d'un vaste complot ourdi pour que personne n'ait jamais ni plaisir ni amusement."
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Elaine Stein : "Vous dites dans votre lettre que "vous prenez un plaisir immense à écrire". Quand vous ne serez pas occupée à polycopier des papiers ou à préparer le café de votre patron, regardez autour de vous, enquêtez, et écrivez. Ne perdez pas votre temps à des évidences. Écrivez sur ce qui vous dérange, en particulier si cela ne dérange que vous."
Callie : "Si les blanches lisent mon histoire, je veux qu'elles sachent ça. Dire merci quand on le pense pour de bon, quand on se rappelle que quelqu'un a vraiment fait quelque chose pour vous - elle secoue le tête, baisse les yeux sur la table au plateau rayé et écorché -, ça fait tellement de bien."
****
Ed. Jacqueline Chambon, 2010, 517 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Girard
Titre original : The Help
06:00 Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (49) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, tu es gentille, tu es intelligente, tu es importante, je veux une aibileen dans ma vie |


Trackbacks
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La couleur des sentiments
"Nous connaissons tous ces lois, nous vivons ici, mais nous n'en parlons jamais."
La lutte pour l'égalité des droits est en marche mais le Mississippi des années 60 n'est pas tendre pour les Noirs...Situation paradoxale : tous ces Blancs qui supporten...
Trackback par : cathulu | 16.09.2010
La couleur des sentiments
Jackson, Mississipi, 1962. Elles sont trois femmes, deux noires et une blanche : Aibileen, celle qui a des talents pour la prière et l'écriture, qui sert de bonne et élève les enfants de Miss Elizabeth, la femme qui n'aime pas sa fille ; Minn...
Trackback par : Happy Few | 27.09.2010
Commentaires
Écrit par : cathulu | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Stephie | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireJ'adore ton introduction sur l'eau qui mouille :)
(et on m'a enfin prêté "Le prince des marées", j'attends juste d'être un peu plus dispo et je me lance dedans)
Écrit par : erzébeth | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : chiffonnette | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : kathel | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Theoma | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Joelle | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Hélène | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Caro | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Constance | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : papillon | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Anna | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Odilette | 06.09.2010
Répondre à ce commentaire(même pas eu le temps de le lire, pfff :)
Écrit par : emmyne | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireDonc je le note.
merci
Écrit par : lenamae | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : juliette | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : nathouc | 06.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : maijo | 07.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Marie | 07.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : yueyin | 07.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 08.09.2010
Répondre à ce commentaireEt je vais regarder du côté du "Prince des marées" tiens...
Écrit par : Pickwick | 09.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 09.09.2010
Répondre à ce commentaireExcellent roman !
Écrit par : bill | 11.09.2010
Répondre à ce commentaireExcellent roman !
Écrit par : bill | 11.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 11.09.2010
Répondre à ce commentaireAu fait j'entame 'Le Prince des marees' dans peu de temps !
Écrit par : L'Ogresse | 11.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : emeraude | 12.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Anna | 12.09.2010
Répondre à ce commentaireL'Ogresse, tu as lu l'avis du Monde ?
http://www.lemonde.fr/livres/article/2010/09/02/visite-guidee-dans-l-amerique-segregationniste_1405740_3260.html
Je ne suis absolument pas d'accord, évidemment. Dans ces cas-là, je suis très fière et très heureuse d'être aussi bon public. Au moins j'ai connu des heures d'intense jubilation.
Écrit par : Cuné | 15.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : L'Ogresse | 15.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : L'Ogresse | 25.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 25.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 25.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : L'Ogresse | 25.09.2010
Répondre à ce commentaireLecture commune avec Choupy, en novembre :)
Écrit par : anjelica | 06.10.2010
Répondre à ce commentaireNB: l'article du monde n'est plus accessible qu'aux abonnés, mais la petite introduction proposée suffit: qu'il nous laisse avec nos charentaises, son brouhaha trouble notre lecture ;-)!
Écrit par : Nymphette | 02.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 02.11.2010
Répondre à ce commentaireMerci pour cette très belle chronique à me faire palir d'envie!!...Babayaga
Écrit par : LibrairieBabayaga | 12.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 13.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Bookomaton | 06.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 06.12.2010
Répondre à ce commentairejel'aurais à Noel j'ai hâte
que des excellentes critiques !
Écrit par : laurence | 18.12.2010
Répondre à ce commentaireAu sujet des "chefs d'œuvre littéraires", il y a des livres bien écrits et terriblement ennuyeux, et d'autres un peu moins bien écrits mais envoutants. Je préfère ceux-là !
Mon amie "Céleste" a bien aimé ce livre aussi, voilà donc deux avis positifs et bien motivés
Écrit par : noann | 27.12.2010
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