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29.09.2010

Rupture - Simon Lelic

 

lelic.jpg

 

Un drame vient d'avoir lieu en Angleterre : un professeur d'Histoire a abattu 4 personnes dans l'enceinte même d'un collège avant de retourner son arme contre lui. Lucia est chargée de l'enquête, elle recueille les témoignages. Elle a passé la trentaine, subit des collègues lourdingues qui la harcèlent, c'est l'été, il fait une chaleur fort peu anglaise. Aussi vite que son chef lui demande de boucler son rapport énonçant une dépression nerveuse/pétage de plomb du meurtrier, elle constate que ce n'est pas si simple : ce qui se dégage de son enquête est bien plus oppressant qu'un cas isolé...

Oppressant est le mot juste. Cette histoire est dure et sa lecture vraiment douloureuse. Un collège anglais où la sécurité est un mot vide, où on tolère des comportements totalement déviants. Des drames insoutenables. Une police corrompue pour le pire : avoir simplement la paix, céder aux pressions des supérieurs, sans s'interroger sur leurs motivations. L'avancée des témoignages creuse un malaise de plus en plus profond.

Lucia, pourtant, existe elle aussi de plus en plus intensément au fil des pages, apportant l'indispensable part d'humanité. Elle réagit admirablement, ne se défilant pas, ne s'effondrant pas. Elle est aussi coincée que le lecteur, n'a aucune solution magique ni des gros muscles qui feraient des têtes au carré à l'américaine, mais elle démontre tranquillement qu'il ne faut jamais, jamais ne rien faire.

Premier roman impressionnant, maîtrisé, costaud, remuant. Pour âmes averties.

 

Ed. du Masque, 2010, 305 p.

Traduit de l'anglais par Christophe Mercier

 

"- Pour commencer, je n'aurais jamais dû entrer dans la police.

- Alors on ne se serait jamais rencontrés. Ce qui veut dire que Nabokov et toi ne vous seriez jamais rencontrés. Ce qui veut dire que tu lirais toujours des polars. Des histoires de procédure policière. Des Agatha Christie.

- Je lis toujours des polars.

- Non, tu n'en lis plus.

- Si, j'en lis encore. Je lis Ian Rankin, Patricia Cornwell, Colin Dexter. J'ai même lu le Da Vinci Code.

- Lucia !

- Et en plus, j'ai bien aimé.

Phlipp prit Lucia par le coude et la guida vers le trottoir.

- Au moins, baisse la voix quand tu dis ça. Je connais des gens là-dedans."

 

28.09.2010

La belle Adèle - Marie Desplechin

La-belle-Adele.jpgAdèle et Frédéric sont amis depuis la maternelle; ils vivent dans deux immeubles qui se font face; ils sont tous deux isolés au collège, Adèle parce qu'elle est un furieux garçon manqué et Frédéric un lunaire intellectuel. Un jour, ils décident de faire semblant de sortir ensemble, histoire de s'intégrer un peu mieux, qu'on les laisse un peu tranquilles. Ils vont être pris en photo, et acquérir à la vitesse de la lumière une célébrité qu'ils ne cherchaient absolument pas...

Je ne bouderai pas mon plaisir : La belle Adèle m'a plu. Pas tant par son intrigue - qui est dans les rails d'une publication Jeunesse, pas plus, pas moins - que par la qualité de ses personnages.

Adèle : "J'ai sorti la pizza du congélateur et je l'ai mise dans le four. Je m'efforçais de ne pas faire de grands gestes inconsidérés, de ne pas chantonner ni parler toute seule. Mais en réalité j'étais totalement exaltée. Pas tellement parce que la voie de l'intégration s'ouvrait (peut-être) enfin à moi. Mais parce que j'allais l'emprunter par la ruse. D'accord, se comporter normalement pour avoir l'air normal n'est pas exactement ce qu'on peut appeler une ruse... Mais le faire sans y croire ? Pour en tirer un bénéfice immérité ? En trompant son monde ? Ça, c'était de la ruse, et de première qualité."

Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont souvent drôles, ils sont vifs et boudeurs, totalement obnubilés par leur nombril, eux, eux, eux et leurs mini-soucis, et c'est normal à leur âge. C'est sain de faire la gueule parce qu'il y a un invité dans le salon qui bloque l'accès à la télé. C'est la mort totale d'aller passer 4 semaines dans le Jura avec sa mère. C'est l'angoisse mortelle de vivre une arrestation en directe, surtout quand on ne comprend rien à la réalité des sans-papiers, on court, on s'agite, on est saturés d'une émotion surnaturelle. Oui, nos faux tourtereaux sont l'exacte expression de leur époque, et on ne s'ennuie pas un instant dans ces 155 pages !

Buffy moment (Tara's song "I'm under your spell"): 

"- C'est quand même bizarre, ai-je dit à Frédéric. je n'ai rien changé, et, par la seule magie de toi, je suis devenue visible.

- C'est juste qu'ils se demandent tous ce que je peux bien te trouver. Après tout, si tu as été capable de me séduire, c'est que tu dois bien avoir un petit quelque-chose. Ils aimeraient savoir ce que c'est. Et si possible se l'approprier. Ce charme caché fait de toi une fille irrésistible.

- Si je suis ta logique, on peut te considérer comme un type absolument craquant...

- Je sais que ça peut surprendre, surtout une fille aussi séduisante que toi, mais c'est un fait. Je suis une bombe. Et avec un peu de chance, j'embrasse bien."

 

Ed. Gallimard Jeunesse, 2010

 

Cathulu est moins enthousiaste.

27.09.2010

Angel - After the Fall

Moi, j'aime pas les comics. Je trouve qu'il demandent une forme d'intelligence que je ne possède pas, que les intrigues progressent d'une façon bizarre, que les images sont sombres, que le papier est cheap. Alors apparut Joss Whedon (et son incarnation française), et l'horizon s'éclaira, les trompettes sonnèrent et on entendit même des couinements égarés mais néanmoins joyeux.

After the Fall est la 6° saison d'Angel, mais en comic books. Chaque volume est beau, lourd, cartonné, pages glacées, couleurs pimpantes. En fin de volume, des bonus géniaux, des images superbes, le script originel (très utile pour bien appréhender les subtilités), les notes des scénaristes. Tout est détaillé, tout est clair, je comprends tout, alleluia (les épisodes précédents sont à chaque fois résumés à la perfection aussi, faut dire :)).

C'est signé Whedon - Lynch - Urku, IDW Publishing, 2008, VO.

angelafterthefall_volume1.jpg

 

Volume 1 : Nous sommes quelques mois plus tard, et chacun s'est forgé de nouvelles marques. Avec Joss Whedon, la mort n'est pas une issue et il y a mille manières d'en revenir...

3 choses marquantes : la nouvelle condition d'Angel, Spike (j'ai couiné comme une malade au chapitre 2, à cet exact moment : " I led them bravely. "Bravely" doesn't begin to cover it. I was... What's the word they used ? I was PERFECT." (oh yes you were, you are and will ever be, hiiiiiiiiiiiii !)), et la dernière image.

J'ai conscience que tout ceci est par trop sibyllin, mais comme je ne veux absolument rien révéler, seuls ceux qui ont déjà lu la série comprendront. Les autres peuvent lire ce billet, mais il en dit beaucoup.

 

J'ai lu "Spike - After The Fall" juste après, erreur, il s'intercale entre la fin de la série TV et le premierspike_atf_.jpg volume d'Angel-ATF, et nous raconte ce qui est arrivé à Illyria et Spike. Pas très grave en même temps, rien de fondamental ni de vraiment marquant, rien qui ne soit réellement utile pour la compréhension future. Par contre, un réel plaisir des yeux (Spike est beau même en dessin), mais je ne trouve pas Fred très ressemblante, au contraire d'Illyria.

 

atf2.jpgLe volume 2 débute de manière fort drôle par un Groosablog, qui dit notamment ceci : "As for recapping ? Of course ! I shall recap in such a way that you believe this story has never been told UNTIL the recap. The recap shall replace actual events, and actual events shall now be known as "foreshadowing the recap"." Puis il nous donne à voir la première nuit juste après la fin de la série télévisée, pour moult personnages. Je ne suis pas très fan des interruptions dans l'action comme celle-ci, surtout placées en volume 2. De longues explications en notes finales sur le pourquoi du comment, mais n'empêche.

 

Le volume 3 nous replonge dans l'action, et quelle action ! Cette 6° saison est sans conteste la meilleure, résumée en un dialogue : 

"- Isn't it exciting ? Everyone' coming back.atf3.jpg

- It would appear so. Only problem is... Nobody's coming back right."

En bonus, le journal intime de tournage de Georges (hilarant) et les réponses aux internautes de Brian Lynch, passionnantes et fort drôles. On ne peut littéralement pas lâcher un volume de cette saison, et il y en a pour des heures de lecture, je me régale d'une force... Et les Spikettes. Tellement méritées...

(Tiens, j'avais perdu pour le nom du dragon. Je pensais à B...., mais j'étais la seule apparemment, tu parles d'un grand amour !)

Chaque volume se termine sur un sérieux teasing, suspens in-sou-te-na-ble.

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Volume 4 : Oh.Mon.Dieu, j'ai le coeur brisé dès la page 12. Pourquoi, mais pourquoi. Et si bêtement. Bon, ouf, tout s'explique avec les glissements du temps (pratique) (mais scénario sadique !). Spikounet a toujours la palme des dialogues d'enfer : "I'm mates with a telepathic fish, you practically dated a dragon, let's move on." Ce volume 4 apporte un vrai dénouement à une situation inextricable, j'ai été complètement suspendue à l'intrigue, d'une grande qualité. Un seul petit bonus, cette fois, la trame de base établie pour le premier gros morceau de la suite d'Angel en Comics, on peut voir les variations. La saison se termine ici, en réalité, peut-être même bien la série tout entière.

 

Volume 5. Un volume décevant à tous points de vue : intrigue improbable, aucun bonus, dessins peuatf5.jpg convaincants (et fort peu ressemblants) et dialogues plats. Et en plus, Spike n'est pas là, comment pourrais-je apprécier, je vous le demande. Le tout n'est pas signé par la même équipe que les 4 premiers, et ça se sent. Vraiment rien de positif à en dire, next !

 

 

 

ATF6.jpgHeureusement, le volume 6 n'a rien à voir : c'est un énorme délire. Une nouvelle histoire pour commencer, une amorce, qu'il faudra suivre dans le comics Angel : still human; puis un petit passage de Drusilla, co-écrit par Juliet Landau herself, et enfin deux pièces d'anthologie tournant autour d'un film adapté de la vraie histoire d'Angel vs Los Angeles in hell : hilarant. C'est un festival de bons mots, d'images à mourir de rire. Dans le rôle cinéma d'Angel j'ai reconnu Nicolas Cage, et Hugo de Lost en Gunn, mais je ne remets pas "la" Spike ? Lu deux fois d'affilée tellement je me suis amusée, Spike et Angel (les vrais) sont à mourir de rire, c'est un vrai bouquet final. Extraits :

 

(Angel) ... You follow my lead. He won't.

(Spike) You don't run ahead... He will.

... And you don't try and take on too much, you don't drawn attention to us, you don't let civilians get caught in the crossfire. He will, he will, he probably won't."

***

"Next question. Why do we need this specific flaming sword ?

Because that's what killed him last time. It's poetic.

I'll take easy over poetic every time. You want poétic ? I shoot him, he dies, I read a haiku, we cash a check."

***

"- I find the source, I cut it off at the knees, I sulk away into the shadows, I sit alone in a dark room, I think about Buffy, I sleep, I do the whole thing again tomorrow.

- Spike, what are you talking about ? What happened to your accent ?

- Spike ? You're confused, friend. I'm Angel."

 

 

Enorme merci à Fashion pour le prêt !

 

24.09.2010

l'Hypnotiseur - Lars Kepler

kepler.jpgLars Kepler est le pseudonyme du couple d'écrivains Alexander et Alexandra Abndoril, ils signent ici ensemble la première enquête de l'inspecteur Joona Linna.

"Sans une véritable volonté de faire carrière, Joona Linna a gravi les échelons. Il apprécie les tâches difficiles et ne renonce jamais. Depuis neuf ans, il est inspecteur principal à la Rikskrim de Kungsholmen. Son insigne est orné d'une couronne royale ainsi que de deux rangées de feuilles de chêne, mais il lui manque la barrette de divisionnaire. Le pouvoir, quelque forme qu'il prenne, ne l'intéresse tout simplement pas et il refuse de rejoindre la Riksmordkommissionen."

Il sait par ailleurs se battre (physiquement), est gentil, et a une certaine tendance à dire deux choses : "Je vous l'avais dit" et "j'avais raison, ou pas ?".

Il est ici aux prises d'une enquête qui se complique au fil des pages. Un psychiatre est réveillé en pleine nuit pour porter secours à un môme dont la famille a été sauvagement assassinée. Il est le seul survivant, dans un état catastrophique. D'abord réticent, Erik (le psy) accepte de l'hypnotiser afin de recueillir n'importe quel indice quant au meurtrier, car une grande soeur manque à l'appel. Cette hypnose va voir de lourdes conséquences, et la vie d'Erik devenir un enfer...

Le tout fonctionne bien et on tourne les pages de plus en plus fébrilement. A titre personnel, j'ai trouvé le long passage sur le passé du psy pénible, et quelque peu incongru après toute la première partie volontairement dirigée dans une autre direction. La suite mêle par contre les deux voies habilement, en ce qui concerne l'avidité à connaître la suite. la résolution de l'affaire n'est pas fluide, dans le sens où plusieurs éléments nous sont révélés à postériori, tout ça manque un poil de liant.

Mais impossible de lâcher ce gros pavé une fois commencé !

 

Ed. Actes Sud, collection Actes Noirs, 2010, 510 p.

Traduit du suédois par Hege Roel-Rousson et Pascale Rosier

Titre original : Hypnotisören

 

Lu également par Emeraude,

23.09.2010

Désirer - Richard Flanagan

"L'histoire de Mathinna et celle de Dickens, avec le lien étrange mais indéniable qu'elles ont entre elles, m'ont suggéré une méditation sur le désir - le prix de son déni, sa centralité, sa force et son pouvoir dans les affaires humaines. C'est cela, et non l'histoire, qui constitue le véritable sujet de Désirer."flanagan.jpg

Dans ce roman sont alternées deux périodes - 1854 à Londres et quelques années plus tôt, en Tasmanie - et deux histoires, la rencontre entre Charles Dickens et Ellen Ternan et le destin effroyable de Mathinna, une petite arborigène. Le lien ténu entre les deux s'effectue par les Franklin, le célèbre sir John disparu lors de l'expédition éponyme (disparition qui se produit entre les deux périodes) et son épouse Lady Jane.

Mais comme l'indique l'auteur lui-même en postface, il a moins accordé d'attention à sa narration qu'au message qu'il souhaitait faire passer, et qui pour le coup m'a semblé martelé. On ne peut que reconnaître une grande maîtrise des sujets, et j'ai apprécié très sincèrement de voir Dickens en personnage, en une extrapolation reprenant les éléments que j'ai pu lire çà et là. Mais l'aspect romanesque en lui-même m'a déçue, et je crains que quelqu'un qui découvrirait tout ça sous la seule plume de Richard Flanagan ne s'en fasse une idée plutôt terne.

Je n'ai pas accroché à l'histoire de Mathinna, plus précisément la plume de cet auteur ne correspond pas à mon goût pour le lyrisme et l'émotion. Il s'agit ici en permanence d'aller gratter le sens sous les évènements, pour le montrer noir sur blanc au lecteur.

On comprend (forcément, on comprend, à le lire ainsi décliné encore et encore) l'inextricabilité de la période victorienne pour des gens faits de chair et de désirs, pour le plus grand des écrivains qui plus est, le jamais égalé et merveilleux Charles Dickens. Mais on ne parvient pas à le ressentir, et pour moi c'est un échec.

J'ai tellement peu accroché au style de Richard Flanagan que je ne crois pas le relire un jour !

 

Ed. Belfond, 2010, 305 p.

Traduit de l'anglais (Australie) par Pierre Furlan

Titre original : Wanting

 

Un grand merci à Amanda !

Ys a été plus touchée, avec réserves.

22.09.2010

Mockingjay (The Hunger Games III) - Suzanne Collins

"Under better conditions, on a day with fewer horrors and more rest, someone would surely know what to say."

mockingjay.jpg

Mais en l'état, là, je ne serais pas celle-là. Incapable d'attendre la traduction française, j'ai profité de l'exemplaire en VO de Fashion (merci !), et je peux affirmer qu'il est tout à fait accessible à un niveau moyen d'anglais. Je lis lentement en anglais, 20 mn par chapitre, mais les derniers m'ont fait atteindre une vitesse de lecture jamais égalée, tant ils sont impossibles à lâcher.

Ce troisième et dernier opus est à mon sens le meilleur, dans la mesure où il reprend les éléments des deux premiers en leur apportant une densité et une vision d'ensemble, mais il s'éloigne radicalement de l'univers Jeunesse et laisse définitivement la noirceur l'habiter tout entier.

A un moment Katniss va voir Haymitch pour qu'il l'éclaire sur un point très important, mais il est soûl, et lui demande quels petits problèmes avec les garçons elle a encore; elle part, constatant à quel point il ne peut l'aider, combien elle est à des années lumière de ces considérations adolescentes.

Mockingjay, c'est ça. Il n'y a plus de Team Peeta ou Team Gale, plus de beaux gestes, d'émotion facile, de happy end que l'on attendrait le coeur battant et le rose aux joues; on est dans la cour des grands, c'est la guerre, c'est la remise en question des fondements de toute société, ce sont de vraies valeurs et de vraies interrogations qui sont en jeu.

Ce qui n'empêche pas un suspens de folie, des alliances qui se nouent, une confiance qu'on ne peut pas - ou plus - accorder, des petites vexations idiotes. Le personnage de Prim est bien développé, pas qu'elle soit super présente non plus, mais ses interventions sont fortes, notamment la dernière (je n'en revenais pas). Elle m'a évoqué Dawn, dans Buffy. 

Le seul petit point faible, c'est l'accumulation. Il se passe une multitude de choses, parfois résumées en un écoulement du temps qui ne sonne pas hyper juste. Mais c'est un détail, tant l'univers créé est fort. J'ai carrément pensé à Orson Scott Card, par moments.

J'ai trouvé l'épilogue magnifique. Il a un impact sur le lecteur, physiquement on se sent épuisé, triste, mais apaisé en même temps.

Une trilogie hautement recommandable, pas avant un bon 12-13 ans, à mon sens.

 

Scholastic Children's Books, 2010, 455 p.

21.09.2010

Des commentaires et de la gonzesserie

- T'as vu, elle, elle ne répond même pas à ses commentaires, comment elle se la joue.

- Là, elle a carrément fermé ses commentaires, genre elle assène sa vérité, period.

- Elle répond à qui lui chante, bonjour le délit de sale pseudo.

- Elle répond quand ça lui chante, bonjour les humeurs.

- Chez elle, ton comm lui plaît pas, à peine validé il a été supprimé.

- Elle doit passer sa vie derrière son écran, à guetter.

- Répondre si longtemps après, franchement...

- Elle prend tout mal, quelle agressivité.

- Elle évite le débat, un peu facile les phrases toutes faites, chacun son truc, gnia gnia gnia.

- Oh la plaie, on est partis dans la dissert, là; moi je ne lis pas une réponse aussi longue, ça me fatigue.

- Ouarf ouarf, elle répond à tout le monde, les uns à la suite des autres; pour ce qu'elle a à dire, tu parles d'un intérêt.

- Elle a sauté mon commentaire, je suis sûre qu'elle ne m'aime pas.

- Oh les fautes, retourne au CM2 !

- Ca, c'était hyper sec, je ne viens plus ici, moi.

- Un jour c'est j'ai pas envie de répondre, un autre c'est je fais 10 lignes à chaque comm, où est la logique ?

- Mais arrête de raconter ta vie, OSF !

- Si c'est pour répondre ça, franchement, elle ferait bien de s'abstenir.

- Elle a plus de commentaires que moi, alors que son blog est tout moisi.

- Elle n'a même pas de commentaires, pour dire !

 

L'école de la peur - Gitty Daneshvari

daneshvari.jpgBien cachée derrière une forêt magique et sur un pic rocheux existe aux États-Unis une école de la peur. On évoque son nom entre nos murs, télévision allumée, robinets ouverts et sous les aboiements du chien. Elle s'occupe de toutes les phobies qui gâchent la vie aux enfants, et il faut suivre un protocole très précis pour y accéder.

Cet été-là, ils sont quatre, autour de 12 ans, à vivre l'aventure. Madeleine vit dans un nuage d'insectiside, Lou ne supporte pas les espaces fermés, Théo craint pour la vie des ses proches et Garrison tremble devant un lac.

Ils arrivent contraints et forcés par leur famille, ne croient pas un instant que cette "école" puisse calmer leurs angoisses. Il faut dire que les premiers jours ne vont pas les rassurer, la directrice est complètement barrée et voit la vie comme un immense concours de beauté...

Un roman à lire dès 9 ans qui fait la part belle à la fantaisie. Pour le réalisme, on repassera, mais pour dédramatiser les peurs il est fortiche, le tout sur un rythme échevelé très agréable. Les chapitres sont rythmés par le nom de tout un tas de phobies, qu'on croirait inventés tant ils sont étonnants, mais pas du tout. J'en ai appris des tonnes, comme le formidable "hippopotomonstrosesquippedaliophobie".

 

Ed. Plon Jeunesse, 2010, 315 p.

Traduit de l'anglais par Myriam Borel

 

20.09.2010

Plan social - François Marchand

marchand.jpg"Les époques les plus meurtrières sont annoncées, un peu à l'avance, par une progression irrésistible des bons sentiments."

La famille Delcourt fabrique des ancres marines depuis des générations. Aujourd'hui, l'entreprise va mal, Émile ne possède plus que 40 % des parts, et n'a pas les moyens de payer un plan social. Il lui faut dégraisser 25 % de sa masse salariale à l'arrache...

"Plan social" est un roman férocement drôle. Tout et tout le monde en prend pour son grade, et François Marchand marie en virtuose les vérités les plus fondamentales avec un comique des plus absurdes.

J'ai beaucoup aimé ce qu'il dit des gens du Nord :

"Le Nord, à dire vrai, n'a à offrir en toutes saison que de froides journées de pluie s'abattant sur de tristes maisons en brique rouge qu'un dieu malveillant a placées au milieu d'un champ de betteraves. Et ne parlons pas des châteaux d'eau. Certes, il est bien entendu que le Nord est aussi plein de gens formidables et chaleureux, bien plus qu'ailleurs. Comme la plupart des idées reçues, celle-ci est parfaitement exacte : le nordiste est vraiment quelqu'un de bien, capable de vous rendre des services importants, sans à aucun moment y faire allusion devant vous, même plusieurs années plus tard. Si l'on n'avait pas la preuve irrécusable du service rendu, on pourrait croire qu'on a rêvé, tant celui dont vous êtes redevable demeure mutique sur la faveur ainsi gratifiée dans la plus grande discrétion. En cette époque d'autoglorification généralisée et de bonnes actions institutionnalisées, l'homme du Nord reste fidèle à l'adage évangélique : "Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, en sorte que ton aumône demeure secrète" (Mathieu, VI, 3-4), et, plus simplement, demeure tel qu'il a toujours été : bienveillant et pudique." 

En réalité, en dehors de l'intrigue dézingante à tout-va, j'ai aimé la grande majorité de ce que j'ai ici lu.

"La seule arme qu'il restait aux être incarnés (...) c'était le rire. Le vrai rire, méchant, contre soi-même et contre les autres." Amen.

 

Ed. Le Cherche-Midi, 2010, 120 p.

 

L'avis d'Amanda

17.09.2010

Turpitudes - Olivier Bocquet

Fontainebleau, 2003.bocquet.jpg

D'un côté la famille Martin : monsieur le maire, son épouse, leur fille de 16 ans.

De l'autre, la famille Chardone : le prof de maths, son épouse, leurs deux enfants.

Au milieu, Elias, un black au fort accent de banlieue.

Il y a des pourris dans cette histoire, des filous, des coucheries, des bastons, de l'argent perdu, du chantage, des menaces de mort, des paumés, des mous. Tous sont liés, et souvent bien plus qu'ils ne le croient. Alternativement, ils nous racontent leur mois de décembre 2003, un cauchemar !...

Ca faisait longtemps qu'un auteur français ne m'avait pas autant amusée : cette histoire est énorme, mais si rythmée et si gaie dans l'horreur qu'on ne peut vraiment pas la lâcher.

Dès la page 32, Rachel nous explique de belle manière du haut de ses 16 ans la relativité, pour justifier que ses droites parallèles se croisent : "Vous connaissez la phrase d'Einstein : tout est relatif. Ça veut dire quoi, cette phrase ? Ça veut dire que les résultats d'un calcul dépendent de l'endroit, dans l'espace ou dans le temps, où on se trouve. Un homme qui marche dans un TGV n'avance que de cinq kilomètres à l'heure si on se place de son point de vue, mais pourtant, vu de l'extérieur, il avance à trois cent kilomètres-heure ! C'est ça, la relativité ! C'est entièrement basé sur la position de l'observateur au moment de son observation ! Donc, si moi j'observe que les bords de la route se rejoignent, j'ai relativement raison." Limpide !

François m'a beaucoup plu aussi. "Ses anciens amis l'avaient tous plus ou moins lâché quand il avait fait faillite et, contrairement au lieu commun ceux qui restaient n'étaient pas les plus fidèles : c'était les plus cons. Les plus chiants. Les ex-anars embourgeoisés qui se bardaient de culture Télérama et se réveillaient tous les matins avec le 7-9 de France Inter avec la profonde conviction d'être des libres penseurs, sans réaliser qu'ils n'avaient pas une seule opinion qui leur appartînt, pas une seule réflexion qui leur fût propre, et qu'ils n'avaient rien fait de neuf depuis la fin de leurs études."

Eva est également touchante, tout se tient vraiment bien tout en flirtant en permanence avec le comique, la palme à Rachel, tout de même, ah Rachel, ses néologismes... Un sacré numéro :

"Au fait : je ne suis plus vierge ! Mais l'ai-je jamais été ?

J'en avais marre de cet hymen qui me compliquait la vie, alors j'ai décidé de le virer. J'ai passé un long moment hier soir devant le bac à légumes du frigo, à hésiter entre courgette et carotte pour procéder à l'opération. Mais les courgettes étaient un peu trop grosses et les carottes étaient pleines de terre et de bosses, pas très engageantes. En fin de compte, j'ai opté pour le manche de ma brosse à cheveux, dont l'oblonguité arrondie m'a toujours plu. J'ai d'ailleurs acheté ma brosse pour son manche : je trouvais qu'elle tombait bien dans la main, qu'elle était agréable à tenir. Maintenant je comprends pourquoi ! Les designers sont vraiment des petits malins : ça fait un an que je me coiffe avec une bite et je ne m'en étais jamais rendue compte !"

334 pages parues directement chez Pocket, 2010, que je recommande chaudement.

Olivier Bocquet est le lauréat du concours 2009 Thrillermania 

Lu également par Pickwick.

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