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30.11.2010

Top Ten Tuesday (Personnages dont j’aimerais être la meilleure amie)

Comme Karine et Fashion, je me suis laissée tenter par ce petit exercice proposé depuis quelques temps par The Broke and the Bookish, établir une liste de dix selon les directives données.

 

top ten tuesday.jpg

 

Cette semaine, Top Ten Characters I'd Like to Be Best Friends with.


1. Bruno Sachs (La maladie de Sachs)

Parce qu’il saurait m’apaiser juste en étant là, qu’avec lui l’humanité n’est plus qu’un titre de journal, parce que souvent j’ai besoin qu’on me réapprenne à aimer les gens. 

 

2. Madame Garth (Middlemarch)

Parce qu’elle m’apprendrait enfin l’art d’être une bonne ménagère, avec patience et bienveillance.

 

3. Sam Weller (Les papiers posthumes du PickWick Club)

Parce qu’il est l’un des premiers à être sorti de la plume de Charles Dickens, parce que rien ne l’abat jamais, qu’il est loyal et fidèle, et tellement drôle qu’il a donné son nom à une délicieuse manie, le wellerisme.

 

4. Courtney Stone (Confessions of a Jane Austen Addict)

Parce que si elle a trouvé moyen de slider dans un univers parallèle, il faut qu’on en parle (et qu’éventuellement on s’apprenne à glisser directement dans une adaptation de Jane Austen, tant qu’à faire, scientifiquement parlant, évidemment, il y a matière à investiguer.)

 

5. Désirée (Le mec de la tombe d’à côté)

Fi des papillons dans le bidon, Désirée, elle, parle clairement de ses ovaires qui s’agitent comme des fous, et moi, les crushes hormonaux je comprends so well.

 

6. Skeeter (La couleur des sentiments)

Parce que tout en elle me touche et qu’on fumerait plein de cigarettes en discourant sur tout ce qui nous énerve, nous et rien que nous.

 

7. Leo (Quand souffle le vent du nord)

Parce que bon, sans déconner, elle est bien gentille Emmi et tout je dis pas, mais déjà à la base pour s’emmêler dans les adresses mail à ce point, hein. Envoie-moi à moi des tonnes de mails aussi chouettes, Leo, et ne t’inquiète pas, je suis mariée, c’est en tout bien tout meilleur ami. I swear.

 

8. Philomena (Nage libre)

Parce qu’elle est la seule gente dame dont je sois tombée foudroyée d’amour aux premiers mots.

 

9. Sibylla (Le dernier Samouraï)

Parce que j’aime les branques, my bad, surtout quand elles sont intelligentes et cultivées.

 

10.  Matt Scudder (série de Lawrence Block)

Parce que New-York n’existe que par lui, que je le connais intimement à travers ses aventures et que j’aime tout chez lui.

24.11.2010

Easter parade - Richard Yates

yates.jpgC’est l’histoire de deux soeurs, à New-York, au début du XX° siècle. Parents divorcés, mère instable, père insatisfait. Elles se construisent comme elles peuvent. Elles grandissent. L’une fonde une famille et s’y noie, l’autre se laisse ballotter d’homme en homme et ne se connaît pas. La vie passe, la mort frappe, la solitude n’a jamais cessé de rôder...

Ecrit en 1976, ce beau roman fait aussi mal aujourd’hui. Il dissèque cette façon qu’on a parfois de se protéger en érigeant des murs d’indifférence autour de soi, sauf qu’ils sont friables et que le temps nous l’apprend souvent cruellement.

Sarah et Emily sont très attachantes, par la grâce d’une écriture détachée et dépassionnée. Richard Yates possédait une plume incomparable, précise, profondément désenchantée, d’une lucidité effrayante et parfaitement admirable.

Il est ici question d’acuité intellectuelle et psychologique à son sommet, hors de tout pathos ou lyrisme. De ce qui fait une personnalité, de comment on ne peut échapper à soi-même, de combien la vie fait mal et les trêves sont brèves.

Beau et douloureux.

 

Ed. Robert Laffont, collection Pavillons, 2010, 258 p.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Aline Azoulay-Paevon

 

Merci Amanda ! (Par contre je ne suis pas d’accord en ce qui concerne la profondeur de l’analyse, Emily est sacrément décortiquée et existe autant à mes yeux qu’April pouvait le faire dans La fenêtre panoramique.)

22.11.2010

Les Rougon-Macquart 6/20

"C'était, tout de même, une étrange mécanique qu'une femme."

 

Son excellence Eugène Rougon s'attache à ce fils/frère déjà présent en silhouette dans plusieurs tomes précédents, et nous raconte plus précisément les quelques années où, déjà parvenu au conseil d'état, il s'en sépare - sentant sa côte diminuer. Sa clique oeuvre en coulisse pour l'y ramener et c'est en ministre de l'intérieur ultra autoritaire qu'il reprendra le flambeau, profitant d'un attentat manqué (qu'il aurait pu faire capoter, mais l'occasion était trop belle d'en user et de se poser en figure paternelle implacable). Il règne alors en favori de l'empereur, récompensant sa bande, jouissant profondément de l'exercice du pouvoir, en usant et en abusant de toutes les manières possibles (un festival). Mais la route tourne, Eugène lasse, pas assez ceci, trop cela, et bientôt perd tout sur un coup de poker, sa démission est acceptée. Trois ans se seront à peine écoulés que notre Rougon flamboyant reniera tout ce qu'il défendait naguère avec un aplomb extraordinaire, et en sera à nouveau. Moralité ? Oui, exactement comme aujourd'hui.

Et puis il y a Clorinde. Une belle italienne au passé trouble et aux conquêtes innombrables, très séduisante à sa manière unique, bien loin de la beauté académique, et qui possède un art consommé du comportement qui rend fou.

Rougon n'est pas un homme à femmes, loin de là, mais Clorinde sait y faire. La scène de l'écurie est d'une force sensuelle extrême, Zola pour la première fois m'a fait ressentir les affres de son personnage. Clorinde et Rougon sont puissants chacun à leur manière, attachés l'un à l'autre par le même goût du pouvoir. Leur confrontation ne pouvait bien se terminer...

Un tome d'une très grande richesse, à la modernité confondante. Bluffée et séduite.

Les lectures de : Dominique, Cléanthe, ...

20.11.2010

Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet - Antoine Bello

Le bon roman que voilà, j'en ai l'oeil qui frise et l'envie démesurée de faire la maligne, en claironnant que l'épilogue est limpide et révélé en toutes lettres plusieurs fois, mais comme il ne s'agit sans doute que d'une interprétation parmi d'autres, je me contiens et invite ceux qui le souhaitent à lire ce que j'ai placé en blanc et en minuscule à la toute fin de ce billet, en le surlignant avec la souris.

 

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On a un gars, Achille, qui après un accident souffre d'amnésie antérograde, c'est-à-dire qu'il oublie à chaque fois qu'il dort tout ce qui s'est passé depuis l'accident. Il mène une enquête sur la disparition d'une femme. Très confiant dans les capacités de ses neurones, il tient un journal où il consigne les avancements du jour, qu'il redécouvre évidemment dans son intégralité chaque matin. Plus les jours avancent, plus il en a à lire, de plus il a conclu un marché avec le principal suspect et ils échangent quotidiennement leurs journaux. Achille et Brunet (le mari de la disparue) conversent longuement sur l'oeuvre d'Agatha Christie, le premier en admirateur devant l'éternel et le second en mordu du crime parfait. Brunet est-il coupable ?...

C'est un régal de plonger dans ce chaleureux hommage à Dame Agatha et au roman policier en général (on y disserte également d'Edwin Drood, entre autres). Le ton est malicieux, l'intrigue prenante, et le billet de Voyelles et Consonnes en dit tout ce que j'aurais aimé dire (roman acheté sur sa foi, d'ailleurs, et je ne le regrette pas).

Conseillé sans réserves.

 

Ed. Gallimard, 2010, 252 p.

 

Lu également par : Emeraude, Midola, Vincent Jolit, Françoise Chatelain, ...

 

Pour moi, Achille est évidemment le coupable, selon sa 5° proposition finale au procès, "- en voilà une excellente -" en détectande. Brunet est son psy.

18.11.2010

A Jaine Austen Mistery 1/ This pen for hire - Laura Levine

"If I sound cynical, it's because I am."

 

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Elle s'appelle Jaine Austen (mother is an Anglophile, and a bad speller), est écrivain public à Los Angeles, a un chat, Prozac, qui est un ventre à pattes, des problèmes de poids (They have a marvelous flan on the menu, but there was no way I was going to order it. No way at all. Not in a million trillion years, I told myself, would I let one more calorie down my gullet. P.S. It was yummy.), est divorcée, ultra méfiante envers les hommes, pleine de références littéraires, et très drôle.

Parce qu'elle refuse de croire à la culpabilité d'un de ses clients dans une affaire de meurtre, elle se lance dans une enquête improvisée autour de l'assassinat d'une prof d'aérobic. Très vite, elle constate que les suspects possibles sont nombreux, et la police pas vraiment encline à coopérer...

Le ton a d'indéniables similitudes avec celui de Janet Evanovich, pour le meilleur, tant c'est réussi. Jaine Austen s'impose immédiatement dans une vraie proximité, plus encore que Stéphanie Plum parce qu'elle nous ressemble, elle. Pas de famille haute en couleur aux environs, un vrai problème de taille de cuisse, pas vraiment mignonne, branchée livres et écriture, et morfale invétérée : comment ne pas l'aimer ?

Dans ce premier tome introductif, elle subit quelques rebuffades masculines qui sont susceptibles d'évoluer, suite au prochain épisode...

Et puis comme elle a finalement obtenu un chouïa de médiatisation (pas facile, à Los Angeles) avec cette première affaire, qui lui a beaucoup plu - jouer les détectives est décidément plus excitant qu'écrire une énième brochure pour un plombier - elle espère augmenter son portefeuille de clientèle :

 

In fact, I've already been working on an idea for an ad in the Yellow Pages. What do you think ?

Jaine Austen, Discreet Inquiries

Work Done with Pride, not Préjudice

I know. It needs work.

 

Kensington Books, 2002, 224 p.

 

L'ordre chronologique des aventures de Jane Austen, en VO uniquement, à ma connaissance un seul opus est traduit en français et ce n'est pas le premier, aucun intérêt.

16.11.2010

Même sans méchanceté, on peut être malfaisant

"Ma mère exagère les choses. Quand elle pleure, c'est une inondation. Quand elle rit, c'est unedesplechin.gif explosion. Quand elle parle de ses voisins, c'est la catastrophe. Par ailleurs, elle cuisine très épicé. Elle voit la vie en grand."

Pas facile d'être d'origine indienne dans un quartier pourri d'Amiens, d'être le seul ami de la voisine du dessous, Nejma, au gabarit impressionnant et que personne n'aime. Raja est en CM2, n'aime pas le catch, et sera le seul à croire son amie quand tous les autres l'accuseront à tort. Il nous raconte cet épisode, l'enchaînement de faits en cascade qui ont fait pleurer la directrice deux fois...

Un superbe petit roman dans la collection Neuf de l'Ecole des loisirs, qui nous glisse mine de rien quelques petites choses sur l'importance de l'urbanisme, le danger de ne pas creuser au-delà des apparences, et quelques réalités sociales, mais sans jamais donner quelque leçon que ce soit, avec beaucoup de simplicité et d'humanité.

Les personnages sont géniaux, le ton résolument gai, l'histoire bien tournée. On croque le tout  d'une bouchée et on en redemande, évidemment. De toute façon, quand c'est signé Marie Desplechin, c'est toujours bon. (9-12 ans)

 

Babyfaces - Marie Desplechin

Ed. L'école des loisirs, collection Neuf, 2010, 139 p.

 

Merci Cathulu !

D'autres avis : Culturopoing, Lael, Journal d'un libraire, ...

 

15.11.2010

Verdict - Justin Peacock

peacock.jpgLe thriller juridique (ou roman procédural) est un genre à part entière, dont j'ai par le passé raffolé. Justin Peacock signe ici un premier roman qui en reprend tous les codes, et se démarque par sa simplicité. Structuré en trois parties chronologiques (présentation des personnages et mise en contexte, préparation du procès, procès et conséquences), il s'attache au-delà du procès proprement dit à nous exposer la vie de deux avocats new-yorkais.

Joël Devereaux est le produit de bonnes études dans une bonne université, il entre dans un grand cabinet, puis rétrograde en commis d'office, contraint et forcé. Myra aborde sa carrière en sens inverse, ce poste est tout ce à quoi elle peut prétendre vu son cursus, et un tremplin pour elle qui voulait au départ être actrice.

Ils ne pourraient être plus différents et doivent collaborer sur un cas précis, qui leur permettra de montrer au lecteur les réalités sociales, morales, économiques et philosophiques de leur métier.

Exempte de tout effet de style, l'écriture très réaliste est presque de l'ordre du documentaire, et on repose difficilement ce roman une fois commencé (un bon suspens, deux héros tourmentés). En revanche, je n'ai pas vu trace de "l'écriture magnifique" vantée en 4° de couverture, avec des choses comme :

" L'enfoiré, il est même pas mort, hein ? s'emporta-t-il. Si je l'avais buté, le jour où il sortait de l'hosto, il racontait toute l'histoire à ses petits gars, et eux, ils entraient dans le magasin et c'étaient eux, pas vous, qui me disaient de sortir dans la rue, et ils me démontaient la tête."

"De ma part, de tels sentiments, ce n'était pas bien."

Imputable à la traduction, peut-être. Ou pas, on est en permanence dans une grande sobriété lexicale et stylistique.

 

Ed. Sonatine, 2010, 369 p. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Johan-Frédérik Hel Guedj

A Cure for Night

 

L'avis de Jeanne Desaubry

14.11.2010

Les Rougon-Macquart 5/20

La faute de l'abbé Mouret - Emile Zola

"Voilà ce que c'est que de vivre au milieu des bouquins. On fait de belles expériences, mais on se conduit en malhonnête homme..."

Ainsi parle - à tort - le docteur Pascal, l'oncle de Serge et Désirée. Après la mort de leurs parents, tous deux se retrouvent dans un village minuscule, où Serge officie en tant qu'abbé. Désirée s'épanouit en s'offrant toute à la terre, Serge cherche à s'oublier dans l'adoration du seigneur. Il s'abîme dans ses transes au point d'en tomber malade, gravement. L'oncle Pascal a alors l'idée de le mettre au contact d'Albine, une très jeune fille qui vit en sauvage au Paradou, une demeure qui a une histoire dans le coin. Il espère de cette convalescence une guérison physique, et un échange de bons procédés, Albine et sa fraîcheur éloignant Serge de ses passions mystiques, et ce dernier étant supposé lui apprendre doucement à s'ouvrir aux autres êtres humains. Ce n'est pas ce qui arrivera...

Un tome éminemment végétal (à la limite de l'indigestion, pour ma part) où Le Paradou décline le Jardin sous toutes ses formes. Un tome qui déchiquète l'amour et qui ne nous épargne rien des tiraillements insensés d'un homme de Dieu. Un tome qui célèbre les odeurs, la nature, les élans fougueux, l'innocence, la pureté, la beauté de l'amour sincère (sans parvenir, à mon sens, à nous y faire croire tout à fait), duquel se dégage aussi une implacable brutalité. Un tome qui peut également se montrer fantasque, où la réalité et la normalité s'effacent au profit de longues scènes irréelles (toute la deuxième partie), ou de courts moments frappants (la façon qu'a Frère Archangias d'exprimer sa joie m'a horrifiée). Un tome, enfin, à l'épilogue cruel, qui ne figurera sûrement pas parmi mes préférés (à date, Le ventre de Paris).

 

Toujours grand merci à AmandaCaro et Fashion.

 

En parlent également : Lilly, Suzan, Cléanthe, Dominique, ...

12.11.2010

Le droit de la soif - Frank Huyler

"J'ai passé de nombreuses années en quête de quelque chose que je ne pouvais même pas nommer, pour des raisons que je ne comprenais pas.

 

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J'avais aimé Au suivant et j'attendais la traduction de Right of Thirst avec impatience, je n'ai pas été déçue. 

Charles est un cardiologue américain, âgé maintenant. Sa femme vient de mourir, il se rend compte que travailler n'a momentanément plus de sens pour lui, il s'est éloigné de son seul enfant, Eric, devenu un adulte qui cherche à percer dans le métier d'acteur. Par désoeuvrement, il assiste à une conférence, un soir. Un orateur convaincant y parle de missions humanitaires, dans un pays ravagé par un tremblement de terre. Charles part. Sur place, les choses ne se déroulent pas comme prévu, même s'il ne savait pas vraiment ce qu'il en attendait ni les raisons profondes de sa présence...

Le droit de la soif, c'est l'obligation ancestrale d'offrir à boire aux voyageurs, pour les peuples du désert. On prend beaucoup le thé, dans ces belles pages au rythme lent et apaisant. On y creuse ce qui fait un homme, avec des accents de Richard Russo ou Stewart O'Nan. Il y a une lente progression, de l'intrigue et de la compréhension du personnage par lui-même. Il y a beaucoup d'intensité, des scènes fortes (l'amputation est d'une précision que l'on ressent physiquement), une grande douceur aussi, une captation totale du lecteur, et ce, dès les premières pages.

C'est d'introspection qu'il s'agit, au beau milieu d'un dépaysement total, avec des périls et des enjeux politiques aux contours flous. On assiste à beaucoup de choses révoltantes, les réalités d'un pays en guerre ne sont pas édulcorées. C'est pourtant la lettre qu'écrit Charles à son fils qui m'a le plus secouée (très belle), même si j'ai ressenti très fortement cette atmosphère explosive où on sent que tout pourrait déraper en une fraction de seconde, où le danger a une odeur et où on retient son souffle...

J'ai été très émue par l'épilogue, enfin, très pudique, très ouvert, qui a sonné très juste à mes yeux toujours prêts à s'embuer.

J'ai été heureuse de faire la connaissance de Charles, qui est un beau personnage d'homme en quête d'une forme de rédemption, non exempt de maladresses.

 

Ed. Actes Sud, 2010, 543 p.

Traduction de Christine Leboeuf

 

08.11.2010

My reading life - Pat Conroy

"I could build a castle from the words I steal from books I cherish"

 

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Pat Conroy a été profondément marqué - plus que ça, en fait; traumatisé, construit, façonné, extrait de l'huile bouillante et des feux de l'enfer, manufacturé pour le meilleur et pour le pire - par son enfance, qu'il ne cesse de raconter (de se raconter à lui-même) dans tous ses livres. C'est encore et toujours le cas ici, récit qu'il enrichit d'énormément d'anecdotes, et, prétexte initial, des livres et des auteurs qui ont compté pour lui. Un professeur aussi, un libraire, un agent éditorial, il y a plusieurs portraits dans ces souvenirs, à commencer par celui de sa mère.

"Always gilding the lily. Always exaggerating." "I was overdramatic, showy with adjectives, safe with form, weak on verbs, overreliant on adverbs, confused banter with wit and dialogue..." : Pat Conroy n'a jamais versé dans l'autocomplaisance, on ne peut lui ôter une certaine lucidité.

Je ne sais pas si ce livre sera un jour traduit en français, tant ses références sont quand même très américaines. J'ai été souvent agacée par de nombreuses répétitions (aucun risque de passer à côté de quelque chose, tout est dit au bas mot trois fois), et par cette façon de toujours énoncer tel auteur ou tel roman ou telle personne comme ayant changé sa vie à jamais, knock-his-socks-off ou mis à genoux; plus rien n'a jamais été pareil, alors et depuis, bla bla. Franchement pénible. Très américaine aussi cette façon de compiler différents textes écrits pour différentes revues à différents moments, de coller "my reading life" en haut et de ne rien lier, même pas chronologiquement.

Mais en même temps c'est Patounet, quoi. Mon Patounet, de surcroît.

Quand il parle de Thomas Wolfe (et plus précisément de Look Homeward, Angel, que je veux évidemment lire) et qu'il dit :

"I know a thousand writers who are far better craftsmen than Thomas Wolfe. But few can bring a page to such astonishing life as Wolfe. Critics who do not like Wolfe often despise him, and his very name can induce nausea among the best of them. That is all right. They are just critics, and he is Thomas Wolfe." 

"What the critics loathed most, I loved with all the clumsiness I thougt to the task of being a boy. "He's not writing, idiots," I wanted to scream at them all. "Thomas Wolfe's not writing. Don't you see ? Don't you understand ? He's praying, you dumb sons of bitches. He's praying."

Quand, au sujet de James Dickey il dit : "I do not care one goddamed thing about how James Dickey conducted his personal life. I care everything about what this man wrote on blank sheets of paper when he sat alone probing the extremities of his imagination."

Quand il donne sa vision du mal que peut faire la gloire et la célébrité (et surtout du fait d'en tomber amoureux), comment il a été appelé à devenir écrivain ("The idea of a novel should stir your blood, and you should rise to it like a lion lifting up at the smell of impala. It should be instinctual, incurable, unranswerable, and a calling, not a choice.", quand il raconte son séjour à Paris (that perverse and ornery creature, the Parisian), sa rencontre avec Michael Jackson, Steven Spielberg, quand il en fait trop, de façon trop accentuée, et qu'il en remet une couche, encore et encore, je l'aime.

De toute mon âme de lectrice qui n'oubliera jamais le choc qu'a été Le Prince des marées à 14 ans, j'aime cet auteur infiniment, j'aime son humour, sa grandiloquence, sa blessure intime jamais refermée, le grand lecteur insatiable qu'il est. Je ne suis pas sûre que sans cette affection préalable, ce livre plaise, par contre.

"- You claim to be writing your first novel. Norm said it in a voice that let me know he didn't believe me.

- I have, I said, having written the first pages to the book that would become The Great Santini.

- Does it tell me everything I need to know about leading a good life ? He asked. And I mean everything.

- No.

- Then throw it away. It's not worth writing.

- I'm twenty-six years old, Norman. I don't know everything in the world yet.

- That is good, he said, softening. At least you know that much. Keep writing. If you're lucky you'll have one or two important things to say before you die.

- Here is one of them, I said. Fuck you, Norman."

 

Pat Conroy, My Reading Life, Nan A. Talese / Doubleday, 2010, 333 p.

 

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