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01.12.2010

Les Rougon-Macquart 7/20

« On a beau n’être pas envieux, on rage toujours quand les autres chaussent vos souliers et vous écrasent. »

Un roman de folie que L’Assommoir. On y suit Gervaise Macquart, fille de cette formidable grosse femme bosseuse qui avait eu le malheur d’épouser un Macquart. Gervaise s’est faite engrosser à 14 ans, a quitté Plassans pour s’établir à Paris avec Lantier. Un deuxième enfant dans la foulée, et quand on fait réellement sa connaissance, c’est une femme encore jeune et très travailleuse, bien négligée par son homme. Il se carapate d’ailleurs bien vite, la laissant complètement démunie. Courageuse, elle prend son destin en main et pendant un moment tout va bien. Elle épouse Coupeau, ensemble ils ont Nana, elle ouvre sa propre boutique, elle a des employés, des amis. Hélas, elle qui ne souhaitait rien d’autre dans la vie qu’un petit coin à elle à tenir bien propre, un lit pour y mourir et la capacité de pouvoir élever correctement ses enfants, a les défauts de ses qualités.  Gervaise est gentille, au fond. Elle ne sait pas dire non, elle ne voit pas pourquoi résister à la tentation. Elle devient gourmande, paresseuse, elle reprend Lantier, elle passe tout à Coupeau, elle sombre vite, très vite, dans la déchéance totale. Et tout finit horriblement mal.

Un roman qui a été très violemment attaqué à sa parution (en feuilleton en plus), obligeant Zola à se défendre, à rédiger une préface, à expliquer ses intentions tout en disant très simplement que la postérité jugerait.

Un roman magnifique, en fait, ciselé entièrement dans une langue qui n’existe plus, et qui donne à ressentir dans ses tripes la promiscuité, l’envie, la terrible médisance, le manque de dignité, la roulure, la laideur de l’âme humaine quand on la laisse dans la fange, sans possibilité de s’élever (la petite Lalie m’a broyé le coeur).

La Pléiade prolonge l’enchantement en proposant l’accueil critique contemporain, par exemple :

Anatole France : « L’Assommoir n’est certes pas un livre aimable, mais c’est un livre puissant. La vie y est rendue d’une façon immédiate et directe... Les personnages, fort nombreux, y parlent le langage des faubourgs. Quand l’auteur, sans les faire parler, achève leur pensée ou décrit leur état d’esprit, il emploie lui-même leur langage. On l’en a blâmé. Je l’en loue. Vous ne pouvez traduire fidèlement les pensées et les sensations d’un être que dans sa langue."

Victor Hugo : « Le livre est mauvais. Il montre, comme à plaisir, les hideuses plaies de la misère et de l’abjection à laquelle le pauvre se trouve réduit.. Il est de ces tableaux qu’on ne doit pas montrer."

Stéphane Mallarmé : « Voilà une bien grande oeuvre; et digne d’une époque où la vérité devient la forme la plus populaire de la beauté ! Ceux qui vous accusent de n’avoir pas écrit pour le peuple se trompent dans un sens, autant que ceux qui regrettent un idéal ancien; vous en avez trouvé un qui est moderne, c’est tout."

Les billets de : Cléanthe, Yohan, Nicolas, Caro...

Trackbacks

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Commentaires

Je trouve bien courageuse de lire cette loooooooooooongue série!!!

Écrit par : Jules | 01.12.2010

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C’est un plaisir, franchement, Jules :)
Et puis j’y vais tranquillement, je cherche les Pléiades d’occasion, d’ailleurs plus que 2 romans dans le tome 2, il faut que je me mette en quête du tome 3 :)

Écrit par : Cuné | 01.12.2010

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Un de mes préférés (je crois que je me répète ?!), avec Nana et Au Bonheur des Dames... Dur mais marquant, même pour les poissons rouges ! :-)

Écrit par : Tamara | 01.12.2010

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Pas encore lu Nana ni Au bonheur des Dames, mais j‘ai hâte :)

Écrit par : Cuné | 01.12.2010

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Je confirme l'avis de Tamara, mais j'y ajoute Germinal et pas seulement parce que Zola est venu chez nous!:)

Écrit par : cathulu | 01.12.2010

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Déjà lu Germinal, mais pas dans le cadre donné par l’ordre des Rougon-Macquart, alors je le referai avec plaisir :)

Écrit par : Cuné | 01.12.2010

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Je n'en reviens pas. À chaque billet que tu écris, je commence à avoir peut-être presque le goût de lire Zola. C'était totalement impossible et imprévisible.

Écrit par : Karine:) | 01.12.2010

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Hiiiiiiiiiiiiiiiii, ça me fait trop plaisir, Karine :))

Écrit par : Cuné | 01.12.2010

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oui, une merveille qui, comme tu le dis, prend aux tripes, un chef-d'oeuvre absolu!

Écrit par : c.l!ne | 01.12.2010

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Cuné, chaque billet supplémentaire qui paraît sur ton blog m'emplit de joie. J'ai hâte de te lire sur ceux qui ont été mes préférés. Je ne te dis rien pour ne pas t'influencer. Et puis j'espère qu'on aura l'occasion de discuter sur ce que t'aura amené cette lecture dans l'ordre :-)

Écrit par : Stephie | 02.12.2010

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@ Céline : On est d’accord :)

@ Stéphie : Je l’espère aussi :)

Écrit par : Cuné | 02.12.2010

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J'ai "échappé" à celui-ci pendant mes années d'étude, et quand je lis un tel billet, ça devient un sérieux regret :)
(mais rien n'est jamais trop tard, alors ça va :) )

Écrit par : erzébeth | 02.12.2010

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Je pense que je l’avais déjà lu (ou des extraits tout au moins) aussi, mais ma lecture après avoir vécu moi-même quelques petites décennies et dans le cadre des Rougon-Macquart (je me répète, mais c’est si bon) change absolument tout :)
Never too late !

Écrit par : Cuné | 02.12.2010

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Oh, un de mes preferes ! Une histoire terrible.

Écrit par : L'Ogresse | 02.12.2010

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Il est terrible cet Assomoir. C'est également l'un de mes préférés de Zola mais pour moi, définitivement un des plus déprimants aussi. On espère tellement à chaque fois que Gervaise va s'en sortir... Vraiment un livre puissant!

Écrit par : zarline | 02.12.2010

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Ah, quel merveilleux roman ! et Zola a l'art de décrire Paris et ses transformations comme personne. La visite au musée est un vrai moment de bonheur, tout comme celui du repas.

Écrit par : Yohan | 04.12.2010

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@ Yohan : Oui, on y est complètement avec eux, c’est fou !

@ Zarline : Et la petite voisine... Rarement lu pire dans l’horreur totale.

@ L’Ogresse : Tu connais la définition de Zola par mon fils ? ça commence mal, ça se poursuit encore pire, et ça se termine dans l’horreur :))

Écrit par : Cuné | 04.12.2010

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Mon Rougon-Macquart préféré à ce jour ! Un vrai coup de foudre ! D'ailleurs, c'est après avoir lu ce roman que j'ai décidé de me mettre aux Rougon, me semble-t-il. (Un cadeau de ma copine Pauline d'ailleurs !)

Écrit par : Caro[line] | 12.12.2010

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Elle est bien cette Pauline, d’ailleurs elle s’appelle Pauline, prénom qui aurait été celui de ma fille si j’en avais eu une, ça veut tout dire :))

Écrit par : Cuné | 13.12.2010

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Oui, ça veut tout dire. ;-)

Écrit par : Caroline | 13.12.2010

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En Pléiade quand même... Ça doit être quelque chose !

Écrit par : Sully | 21.12.2010

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Je viens de chez FondantOchocolat qui nous dirigeait vers ton billet sur les RM. Je suis en train de finir ce fabuleux roman qu'est l'Assommoir ; c'est un livre puissant, aucun doute ; d'une telle réalité et vitalité, qu'on y vit le temps de le lire...

Écrit par : -Perrine- | 21.09.2011

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C'est tout à fait ça, oui :)

Écrit par : Cuné | 21.09.2011

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