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08.12.2010
Les Rougon-Macquart 8/20
Une page d’amour s’attache à Hélène Mouret (côté Macquart donc), et nous raconte comment une jeune femme bien sous tous rapports, de tempérament calme et placide, entièrement dévouée à sa fille Jeanne de santé très fragile, va lentement subir le joug d’une passion furieuse pour son médecin de voisin. En cinq parties, chaque étape de cet amour est décortiquée en de minutieux détails psychologiques, rythmée par la ville de Paris qui est un personnage à part entière.
A leur fenêtre, Hélène et Jeanne voient passer les saisons sur les toits de Paris, les passants déambuler, la ville les émerveille par sa beauté et son animation ou les horrifie par ce qu’elles devinent de ses monstruosités sans que jamais elles ne s’autorisent à la découvrir réellement, spectatrices tout à tour séduites ou indifférentes.
L’écriture est beaucoup plus apaisée que dans le tome précédent et se déverse dans une impression ouatée de grande douceur. Le propos, pourtant, est fidèle à la façon habituelle de Zola : c’est le drame. Jeanne est insupportable, geignante, capricieuse, jalouse et possessive, Hélène est faible et sans substance, son Henri est mou et hypocrite, Rosalie (la bonne) est responsable au fond de la mort de Jeanne (je t’en ficherais de roucouler dans la cuisine en laissant une petite de 12 ans malade de 15 h à 19 h seule dans sa chambre sous prétexte qu’elle ne fait pas de bruit ?!), son amoureux crétin comme pas deux, Juliette écervelée et aveugle, j’en passe, tout aboutit au malheur et on s’y dirige en faisant feu de tout bois.
On y croit, pourtant, on se prend à compatir très sincèrement à l’inextricabilité des sentiments, on comprend « la faute », on souffre avec tous ces personnages, on entend tout au fond de notre propre coeur frémir ces moments où tout peut basculer...
En étude de l’édition Pléiade, parmi d’autres éléments plus passionnants les uns que les autres, la lettre que Flaubert écrivit à Zola à propos de ce roman, et qui contient, je trouve, tous ces sentiments mêlés qu’un génie pouvait ressentir à propos d’un autre :
« Mon Bon,
« Lundi soir j’avais fini le volume.
« Il ne dépare pas la collection, soyez sans crainte, je ne comprends pas vos doutes sur sa valeur.
« Mais je n’en conseillerais pas la lecture à ma fille, si j’étais mère !!! Malgré mon grand âge, le roman m’a troublé et excité. On a envie d’Hélène de façon démesurée et on comprend très bien votre docteur.
« La double scène du rendez-vous est SUBLIME. Je maintiens le mot. Le caractère de la petite fille est très vrai, très neuf. Son enterrement merveilleux. Le récit m’a entraîné, j’ai lu tout d’une seule haleine.
« Maintenant voici mes réserves : trop de descriptions de Paris, et Zéphyrin n’est pas bien amusant. Comme personnages secondaires, le meilleur, selon moi, c’est Malignon. Sa tête, quand Juliette blague son appartement, est quelque chose de délicieux et d’inattendu.
« Le mois de Marie, le bal d’enfants, l’attente de Jeanne sont des morceaux qui vous restent dans la tête.
« Quoi encore ? Je ne sais plus. Je vais relire.
« Je serais bien étonné si vous n’aviez pas un grand succès de femme.
« Plusieurs fois en vous lisant je me suis arrêté pour vous envier et faire un triste retour sur mon roman à moi - mon pédantesque roman ! qui n’amusera pas comme le vôtre.
« Vous êtes un mâle. Mais ce n’est pas d’hier que je le sais.
« A dimanche et tout à vous. »
Egalement lu par : Dominique Poursin, Suzan, Yohan, Lau, ...
Publié dans Livres : Classiques | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : emile zola
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Amabilités
Sur une idée de Chiffonnette, la seule, l'unique.
Aujourd'hui, chers happy few, je me sens d'humeur vacharde (non, je ne suis pas que courtoisie et colliers de fleurs, nul n'est parfait) et la lettre de Flaubert à Zola mise en ligne par mon amie Cu...
Trackback par : Happy Few | 09.12.2010
Commentaires
Écrit par : amanda | 08.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 08.12.2010
Répondre à ce commentaireJe trouve qu' "Une page d'amour " est à la fois triste et doux.
Écrit par : erzébeth | 08.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : zarline | 08.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Stephie | 08.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : choupynette | 08.12.2010
Répondre à ce commentaire@ Fashion : Oui, cette lettre est extrêmement riche...
@ Erzebeth : Triste et doux, oui !
@ Zarline : Il est à part, je trouve, c’est du pur sentiment en permanence, il m’a emportée.
@ Stephie : Quel personnage ? Hélène ? Elle m’a attendrie, plutôt. Jeanne m’a agacée, mais comme le dit Erzebeth, quand on considère son hérédité et son destin, pauvrette...
@ Choupynette : Il fait du bien après L’assommoir, en plus.
Écrit par : Cuné | 08.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : c.l!ne | 08.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 09.12.2010
Répondre à ce commentaireJ'aime bien la façon dont tu montre à quel point les personnages sont négatifs dans cette histoire. C'est vrai que Rosalie est la principale responsable!
Personnellement je n'ai pas été très touchée par la passion amoureuse entre la jeune femme et son docteur, davantage par l'amour mortifère de Jeanne pour sa mère.
Écrit par : dominique | 09.12.2010
Répondre à ce commentaire(ps : sinon, aucun souvenir de ce roman-là.)
Écrit par : Tamara | 09.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Ankya | 09.12.2010
Répondre à ce commentaire@ Tamara : Tu vois, boire, où ça mène ?....
@ Ankya : Je ne m’y mets qu’à 43 ans, tu as le temps, tu vois :))
Écrit par : Cuné | 09.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Sully | 21.12.2010
Répondre à ce commentaireEt puis je vois que tu lis les Rougon-Macquart, quel plaisir de lire tes billets, je suis une admiratrice de Zola également, et je suis ravie de découvrir chacun de tes billets sur cette famille.
Écrit par : Katia | 23.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 23.01.2011
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