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18.12.2010
Les Rougon-Macquart 9/20
Anna Coupeau, fille de Gervaise Macquart et de Coupeau, biche de haute volée, héroïne du roman de la « bicherie » (non les filles, manque pas un « t »). Anna dite Nana, dix-sept ans, par là, blonde-rousse à la peau blanche, au corps rond et gras, stupide à un point difficilement imaginable, consommera les hommes jusqu’à leur moelle et finira tragiquement.
« Le sujet philosophique est celui-ci : Toute une société se ruant sur le cul. Une meute derrière une chienne, qui n’est pas en chaleur et qui se moque des chiens qui la suivent. Le poème des désirs du mâle, le grand levier qui remue le monde. Il n’y a que le cul et la religion. » disait Zola (très gaillardement, ma foi), en ébauche de son roman.
Tout est dit. Roman qui en cours de parution en feuilleton aura encore une fois subi un acharnement critique démesuré, réponses de Zola qui ne refusait jamais la polémique, tout ça, et pour finir le temps a jugé : oui, Nana est - une fois de plus - un grand roman.
Elle m’a ennuyée un peu, étonnée souvent, écoeurée encore plus. Jusqu’à la mort de Vandeuvres, je lui trouvais encore des côtés attendrissants. Mais le passage que je m’apprête à citer entièrement a signé l’arrêt de mon empathie : quand on est à ce point ignoble, ça va quoi, sans moi. A noter qu’il arrive juste après la scène grandiose de l’hippodrome, et qu’elle est bien évidemment la cause de tout.
***
Ce fut seulement le mardi que Nana se remit des émotions de sa victoire. Elle causait le matin avec Mme Lerat, venue pour lui donner les nouvelles de Louiset, que le grand air avait rendu malade. Toute une histoire qui occupait Paris, la passionnait. Vandeuvres exclu des champs de course, exécuté le soir-même au Cercle impérial, s’était le lendemain fait flamber dans son écurie, avec ses chevaux.
« Il me l’avait bien dit, répétait la jeune femme. Un vrai fou, cet homme-là !... C’est moi qui ai eu une venette, lorsqu’on m’a raconté ça, hier soir ! Tu comprends, il aurait très bien pu m’assassiner, une nuit... Et puis, est-ce qu’il ne devait pas me prévenir pour son cheval ? J’aurais fait ma fortune, au moins !... Il a dit à Labordette que si je savais l’affaire, je renseignerais tout de suite mon coiffeur et un tas d’hommes. Comme c’est poli !... Ah ! non, vrai, je ne peux pas le regretter beaucoup. »
Après réflexion, elle était devenue furieuse. Justement, Labordette entra; il avait réglé ses paris, il lui apportait une quarantaine de mille francs. Cela ne fit qu’augmenter sa mauvaise humeur, car elle aurait dû gagner un million. Labordette, qui faisait l’innocent dans toute cette aventure, abandonnait carrément Vandeuvres. Ces anciennes familles étaient vidées, elles finissaient d’une façon bête.
« Eh ! non, dit Nana, ce n’est pas bête de s’allumer comme ça, dans une écurie. Moi je trouve qu’il a fini crânement... Oh ! tu sais, je ne défends pas son histoire avec Maréchal. C’est imbécile. Quand je pense que Blanche a eu le toupet de vouloir me mettre ça sur le dos ! J’ai répondu : « Est-ce que je lui ai dit de voler ! » N’est-ce-pas ? On peut demander de l’argent à un homme, sans le pousser au crime... S’il m’avait dit : « Je n’ai plus rien », je lui aurais dit : « C’est bon, quittons-nous. » Et ça ne serait pas allé plus loin.
- Sans doute, dit la tante gravement. Lorsque les hommes s’obstinent, tant pis pour eux !
- Mais quant à la petite fête de fin, oh ! très chic ! reprit Nana. Il paraît que ç’a été terrible, à vous donner la chair de poule. Il avait écarté tout le monde, il s’était enfermé là-dedans, avec du pétrole... Et ça brûlait, fallait voir ! Pensez-donc, une grande machine presque toute en bois, pleine de paille et de foin !... Les flammes montaient comme des tours... Le plus beau, c’étaient les chevaux qui ne voulaient pas rôtir. On les entendait qui ruaient, qui se jetaient dans les portes, qui poussaient de vrais cris de personne... Oui, des gens en ont gardé la petite mort sur la peau... »
Labordette laissa échapper un léger souffle d’incrédulité. Lui, il ne croyait pas à la mort de Vandeuvres. Quelqu’un jurait l’avoir vu se sauver par une fenêtre. Il avait allumé son écurie, dans un détraquement de cervelle. Seulement, dès que ça s’était mis à chauffer trop fort, ça devait l’avoir dégrisé. Un homme si bête avec les femmes, si vidé, ne pouvait pas mourir avec cette crânerie.
Nana l’écoutait, désillusionnée. Et elle ne trouva que cette phrase :
« Oh ! le malheureux ! c’était si beau ! »
***
Nana est totalement une Macquart, à tous les points de vue. On la voit se cogner aux différentes vitres de la cage où son hérédité et son manque total d’éducation conduisent, on la voit ne jamais rien vraiment apprécier, ni même appréhender, au fond. Elle a une rouerie atavique servie par une animalité magnétique, mais elle est très laide moralement. Le portrait du milieu où elle règne dans cet opus n’a rien à lui envier, et je suis plutôt contente d’en avoir terminé !
Pour les Flaubertiennes, le 15 février 1880, Gustave écrivait :
« J’ai passé hier toute la journée jusqu’à 11 heures et demi du soir à lire Nana, je n’en ai pas dormi cette nuit et « j’en demeure stupide ». S’il fallait noter tout ce qui s’y trouve de rare et de fort, je ferais un commentaire à toutes les pages ! Les caractères sont merveilleux de vérité. Les mots nature foisonnent; à la fin, la mort de Nana est Michelangelesque ! Un livre énorme, mon bon »
Et le même jour, dans une lettre à Charpentier : « Quel bouquin ! C’est raide ! et le bon Zola est un homme de génie; qu’on se le dise !!! » Je crois que c’est clair, Gustave aimait les points d’exclamation...
Publié dans Livres : Classiques | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : emile zola
Trackbacks
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Commentaires
Écrit par : cathulu | 18.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 18.12.2010
Répondre à ce commentaireÉtymol. et Hist. 1. 1949 «concubine, femme d'un souteneur» (ds Esn.); 2. 1952 «toute femme» (ibid.). Dimin. du prénom Anne, Anna, popularisé par l'héroïne du roman d'Émile Zola: Nana (1880), et appuyé aussi par le rad. onomatopéique nann- (v. néné, nénette).
Écrit par : Cuné | 18.12.2010
Répondre à ce commentaireJe poursuis comme toi ma lecture des Rougon et Nana est au programme, je ne l'ai jamais lu contrairement à d'autres des romans que j'avais lu à l'adolescence
Celui là je dirais bien que je suis "vierge" mais ça ferait peut être un peu trop pour un samedi matin
Normal que Flaubert soit enthousiaste c'était un monde qu'il a largement fréquenté !!!!! y a pas de raison que les points d'exclamation lui soient réservés
Jusque ici toutes mes lectures m'ont plu alors en avant pour Nana
Écrit par : Dominique | 18.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 18.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cathulu | 18.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 18.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : yueyin | 18.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cathulu | 18.12.2010
Répondre à ce commentaire(mais quel auteur que cet Émile) (il est formidable) (il te reste un ou plusieurs Rougon-Macquart, pour les fêtes ?)
Écrit par : erzébeth | 18.12.2010
Répondre à ce commentaire@ Cathulu : Ah c’est pour quand la téléportation, hein, ça urge :))
@ Erzie : Oui, oui, ouiiiiiii, oui, et oui. (J’ai trouvé la Pléiade n° 3 d’occas aussi)
Écrit par : Cuné | 18.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Stephie | 18.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : clara | 18.12.2010
Répondre à ce commentaireJe reviendrai :)
Écrit par : Saleanndre | 18.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : choupynette | 21.12.2010
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