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17.01.2011

Journal impoli (Un siècle au galop 2011-1928) - Christian Millau

"Les rares fois où je me suis pris à penser, j'ai constaté, heureusement, que je ne pensais à rien."

 

millau.gif

 

Je viens de passer le week-end avec un homme irrévérencieux et brillant, qui aime (entre autres) Dickens et Pierre Desproges, qui a le bon goût d'avoir la même épouse depuis plus de cinquante ans, qui est un vrai gourmand, m'a fait beaucoup rire, et m'a donné plein d'envies de lecture : j'ai connu pire sort.

J'aime les journaux, surtout quand ils n'ont d'intime que le prétexte, et qu'ils distillent mauvaise foi, provocation, citations, anecdotes, réflexion et morceaux choisis.

2010 sous la lorgnette de Christian Millau est une douceur sarcastique, une méchante année vacharde, une invitation à se plonger dans Marcel Aymé et Stéphanie des Horts ou à trouver que, oui, il a tellement raison, les écureuils sont décidément trop bavards le lundi.

La plume est réjouissante, vive, mordante, les années ne se sentent pas (82 ans), les 704 pages m'ont semblé tellement courtes que je ne peux que souhaiter la même chose pour 2011 !

Un petit extrait représentatif :

"18 janvier : Qu'est-ce qu'on peut bien foutre à l'Unesco ? Je m'étais déjà posé la question, dans les années 1950, en allant rendre visite, avenue Kléber, à mon cher Jean d'Ormesson qui, adjoint de Roger Caillois, assurait la publication de l'excellente revue Diogène et occupait le poste de secrétaire général adjoint du Conseil international de la philosophie et des sciences humaines. J'avais saisi que tous les deux avaient un bureau bien chauffé et qu'ils voyageaient dans le monde entier.

Jusqu'à aujourd'hui, je n'avais toujours pas très bien compris à quoi servait ce machin, sinon à permettre à son personnel de ne pas payer d'impôts. Maintenant, je le sais, grâce à la presse londonienne qui publie la résolution 72 de l'Assemblée générale associant l'Unesco, pour l'année 2010, à 63 célébrations d'anniversaire. La plupart présentent en effet un caractère d'urgence. Par exemple, le 550° anniversaire de la naissance du sculpteur allemand Tilman Riemenschneider, dont je découvre par la même occasion la défunte existence, les 700 ans de la mort de Qutb-ud-Din Shîrazî, très regretté scientifique iranien, ou le centenaire du poète tadjik Mirzo Turzun-Zoda.

Je m'étonne, en revanche, que l'Unesco n'ait pas cru bon de s'associer à la commémoration du 100° anniversaire de la création du croque-monsieur.

Je suis un fanatique du croque-monsieur, tel que le prépare si bien mon épouse - à la poêle et au beurre - et si mal les cafetiers parisiens que c'en est une honte. A ce titre, je tiens à attirer l'attention des milieux littéraires sur cet évènement considérable, pourtant passé sous silence par la majorité des médias.

C'est en effet en 1910 que le premier croque-monsieur de l'histoire de France a été servi, au Café de la Paix, boulevard des Capucines. L'expression est née d'un malentendu. "Croque" désignait des toasts trempés dans de l'oeuf battu, et, comme les garçons de l'établissement terminaient chaque phrase par "monsieur", le croque est devenu tout naturellement croque-monsieur. Il a même trouvé une place d'honneur dans A l'ombre des jeunes filles en fleurs, où le narrateur raconte qu'allant rendre visite, avec sa grand-mère, à Mme de Villeparisis, qui résidait à l'hôtel, celle-ci commanda pour eux des croque-monsieur. Sans doute Marcel aurait-il apprécié plus encore des croque-messieurs. Hélas, cela ne pouvait se faire, l'expression étant résolument invariable, exactement comme "prie-dieu".

Yves Camdeborde, dans son célèbre Comptoir, à l'Odéon, a "revisité" le croque-monsieur en utilisant le saumon fumé en lieu et place du brave jambon. D'autres en font au chocolat, d'autres encore au foie gras, à la banane ou à l'ananas. Tout cela va très mal se terminer. Il y a des signes qui ne trompent pas : la fin du monde est proche."

Editions du Rocher, collection Littérature, 704 p.

 

Trackbacks

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Commentaires

C'est bien celui des guides ?

Écrit par : cathulu | 17.01.2011

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Oui :) Il a revendu ceci dit il y a plus de 15 ans.

Écrit par : Cuné | 17.01.2011

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Il a l'air sympa, le monsieur. Et il a raison : l'UNESCO, comme pas mal d'antennes de l'ONU d'ailleurs, n'est qu'une grosse pompe à fric qui ne sert strictement à rien.

Écrit par : Nataka | 17.01.2011

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Quelle belle rencontre ça a dû être! Le Gault et Millau: ils avaient une revue que je ne manquais jamais de lire - ma bible pendant quelque temps! On les voyait partout! Ils étaient brillants, avec un ton nouveau et leurs articles surprenaient toujours. Je tiens vraiment à lire ce Journal. J'espère le trouver en librairie dès aujourd'hui!

Écrit par : mango | 17.01.2011

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Rencontre dans son livre, hein, uniquement :)) Il est en librairie, je confirme !

Écrit par : Cuné | 17.01.2011

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j'adore les extraits... j'A-DO-Re... il me faut ce livre pour enchanter mes soirées désenchantées, j'adore les gens qui savent placer croque-monsieur et fin du monde dans un même paragraphe en restant spirituel !!! :-))))

Écrit par : yueyin | 17.01.2011

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Tu vas te régaler Yue Yin, impossible de s'ennuyer dans ce journal :))

Écrit par : Cuné | 17.01.2011

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Apprendre que le Christian Millau du "Gault et Millau" a une passion pour les croque-monsieur, c'est, comment dire... aussi savoureux que d'apprendre que Lord Sandwich aimait la bonne chère.

Écrit par : Serval | 17.01.2011

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Il est très très très provocateur... Et j'adore ça :))

Écrit par : Cuné | 17.01.2011

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ça a vraiment l'air très drôle en effet ! Je note, tu donnes très envie !

Écrit par : Irrégulière | 17.01.2011

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Tiens, je travaille à deux pas du Café de la Paix ! Mais ce n'est pas là que je vais déjeuner, vu que je n'ai pas de CB professionnelle ! En fait, il y a pas mal de touristes aisés et de business(wo)men. Pas sûr qu'ils commandent des croque-monsieur.
Bref, sinon, je ne connais pas ce Monsieur et je ne lis jamais ce type de journaux, mais celui-ci me tente fortement (sans parler du fait qu'il me donne faim).

Écrit par : Tamara | 17.01.2011

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@ Irrégulière : Ce n'est pas que drôle, hein, il y a beaucoup plus, mais - bizarrement - c'est ce que j'ai préféré :)
@ Tamara : Oh la la, oui, il donne trrrrrès faim plusieurs fois :/

Écrit par : Cuné | 17.01.2011

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Je suis comme toi j'adore les journaux et encore plus quand ils sont comme ici un peu polémiques, je sors de celui de Crépu qui m'a beaucoup plu mais je sens que je vais me laisser tenter

Écrit par : Dominique | 17.01.2011

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Et moi regarder du côté de monsieur Crépu :)

Écrit par : Cuné | 17.01.2011

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oh là là !!!!!!!!!!!
faut plus que je vienne ici non je plaisante mais encore un livre qu'il faut que je lise
merci merci

Écrit par : laurence | 17.01.2011

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Over tentant.
Over tentée.
(Mais 700 pages, quand même...)

Écrit par : fashion | 17.01.2011

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@ Laurence : Merci à toi !
@ Fashion : Je te l'over prêterai en février, les 700 pages ne se sentent pas :)

Écrit par : Cuné | 18.01.2011

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Tu es over fabuleuse.

Écrit par : fashion | 18.01.2011

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Ce monsieur écrit la nourriture, j'ai presque l'impression de la goûter.

Je crois que je vais me faire plaisir avec ce livre.

Sinon puisque c'est ma première apparition ici, bonjour à tous !

hi, qui aime les livres, mais aussi les nourritures terrestres (et les geekeries)

Écrit par : hi | 24.01.2011

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Bonjour hi :)

Écrit par : Cuné | 24.01.2011

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