« G229 - Jean-philippe Blondel | Page d'accueil | Est-ce que tu n'es pas fatiguée d'avoir toujours les mêmes épaules ? »
24.01.2011
Les Rougon-Macquart 13/20
"Je cherchais un titre exprimant la poussée d'hommes nouveaux, l'effort que les travailleurs font, même inconsciemment, pour se dégager des ténèbres si durement laborieuses où ils s'agitent encore. Et c'est un jour, par hasard, que le mot : Germinal, m'est venu aux lèvres. Je n'en voulais pas d'abord, le trouvant trop mystique, trop symbolique; mais il représentait ce que je cherchais, un avril révolutionnaire, une envolée de la société caduque dans le printemps. Et, peu à peu, je m'y suis habitué, si bien que je n'ai jamais pu en trouver un autre. S'il reste obscur pour certains lecteurs, il est devenu pour moi un coup de soleil qui éclaire toute l'oeuvre." (Lettre à Van Santen Kolff, le 6 octobre 1889)
Germinal, donc. Je suis du Pas-de-Calais, petite fille de mineur, j'ai passé mon enfance dans un coron, j'ai donc forcément déjà lu Germinal (3 ou 4 fois). Mais jamais encore dans le cadre des Rougon-Macquart lus dans l'ordre et de manière assidue, et la perspective en est forcément transformée.
Je n'avais jamais encore vraiment compris Etienne Lantier (et surtout pas dans l'interprétation de Renaud); je le tenais donc en médiocre estime, et lui attribuait une grosse part de responsabilité dans les drames affreux cumulés sur la famille Maheu. C'est très différent de le situer en fils de Gervaise et frère de Nana, sous le joug de l'hérédité cumulée des Macquart et de son père, le triste Lantier. J'ai beaucoup plus été sensible à l'inéluctabilité de son évolution, au fait qu'il tente de manière assez désespérée de combler son manque total d'instruction par des lectures qu'il digère hélas très mal, j'ai ressenti son besoin vital de reconnaissance, sa soif de respectabilité, la façon dont le pouvoir (quel qu'il soit) le grise.
Mais quel morceau quand même à avaler ! Huysmans disait "un lamento des Ténèbres", je le rejoins volontiers. On étouffe, on n'en peut plus des drames qui s'abattent les uns après les autres, l'imagination de Zola prend ici un tour particulièrement noir et on subit la misère et l'ignorance, on meurt de faim (littéralement), on crève à tour de bras dans une inondation, sous les tirs des soldats, dans une explosion de grisou, dans l'effondrement d'une construction ou des mains d'un malheureux saisi de folie (et la scène du pénis arraché ! Enorme gloups). Je trouve l'épilogue affreusement désespérant lui aussi.
Bien sûr il y a aussi tout le reste, le Nord, la mine, le socialisme, mais ça relève de l'étude scolaire qui n'a aucun droit de cité sur ce blog.
En étude de l'édition Pléiade, j'ai aimé ce petit passage de Zola à Henry Céard (1885) : "Le second point, c'est mon tempérament lyrique, mon agrandissement de la réalité. Vous savez ça depuis longtemps, vous. Vous n'êtes pas stupéfait, comme les autres, de trouver en moi un poète. J'aurais aimé seulement vous voir démonter le mécanisme de mon oeil. J'agrandis, cela est certain; mais je n'agrandis pas comme Balzac, pas plus que Balzac n'agrandit comme Hugo. Tout est là, l'oeuvre est dans les conditions de l'opération. Nous mentons tous plus ou moins, mais quelle est la mécanique et la mentalité de notre mensonge ? Or - c'est ici que je m'abuse peut-être - je crois encore que je mens pour mon compte dans le sens de la vérité. J'ai l'hypertrophie du détail vrai, le saut dans les étoiles sur le tremplin de l'observation exacte. La vérité monte d'un coup d'aile jusqu'au symbole. Il y aurait là beaucoup à dire, et je voudrais vous voir étudier le cas."
Pour finir, et ça serre la gorge : "Le 5 octobre 1902, une délégation des mineurs de Denain accompagnera le convoi conduisant le corps de Zola au cimetière Montmartre. Et leur cortège, le long des rues, ne scandera que ce seul cri de deuil et d'hommage : "Germinal ! Germinal !"...
...
Publié dans Livres : Classiques | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : emile zola
Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://www.cuneipage.com/trackback/3076203
Commentaires
Écrit par : Caro[line] | 24.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : kathel | 24.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 24.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Karine:) | 24.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Mathilde | 24.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 24.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : zarline | 24.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Suzanne | 24.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : yueyin | 24.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Stephie | 24.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : c.l!ne | 24.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : c.l!ne | 24.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : maijo | 25.01.2011
Répondre à ce commentaireJ'ai hâte de le relire parce que je ne l'ai pas ouvert depuis!
Écrit par : Tiphanie | 25.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.