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16.02.2011

ZOLA - Henri Troyat

troyat.jpg"Zola ne se soucie guère de ces aboiements. Il sait que le public, tout en se pinçant les narines, le lit avec gourmandise. En outre, il a le sentiment d'avoir derrière lui une armée de nouveaux écrivains séduits par le naturalisme scientifique. Pas une seconde il ne se dit que ses livres, aux exagérations hallucinantes, s'opposent à la vérité scrupuleuse, méticuleuse dont il a fait un dogme, qu'il est grand non pas parce qu'il obéit aux lois de son école, mais parce qu'il les transgresse en préférant à une reproduction exacte de la réalité un cauchemar dantesque. Cette attitude procède, chez lui, d'une énorme naïveté et d'un entêtement maniaque. Peu importe que son oeuvre contredise sa théorie, il ne veut pas démordre de son enseignement professoral."

Ce simple paragraphe, et surtout les mots que je souligne, valent à eux seuls la peine de lire cette biographie, tant ils me semblent être le coeur même de ce qui fait la grandeur des romans de Zola. Je suis à ce sujet en parfaite phase avec Henri Troyat, et ça fait un bien fou de trouver quelqu'un qui exprime si justement ce que l'on pense soi-même.

Par ailleurs cette biographie se lit comme un roman, le style est très agréable et très fluide. Elle est un excellent parallèle à la lecture du cycle des Rougon-Macquart, dont elle éclaire plusieurs aspects, offrant quelques clefs quant aux transpositions de choses personnelles. Je regrette, pour ma part, une certaine tiédeur, un manque d'enthousiasme pour l'oeuvre de Zola, voire un aspect volontairement rébarbatif pour certaines choses - la façon dont est dépeinte Alexandrine, par exemple.

On comprend mieux aussi comment l'amitié avec Cézanne se délitait pratiquement dès le début de leur âge adulte (la dédicace que lui Zola fait à ses débuts journalistiques est rude, je trouve : "Je ne t'ai pas cité dans le journal, je te dédie l'ouvrage. Tu es mon meilleur ami, mais en tant que peintre, je réserve mon jugement.")

On voit à quel point c'était un bourreau de travail, comme il avait un besoin fondamental de solitude, on touche du doigt ses paradoxes, on admire l'époque de son régime frugal, lui qui était pourtant si gourmand, on est dégoûté par Goncourt (plus hypocrite tu meurs), et triste quand lors du banquet organisé pour fêter la fin des Rougon-Macquart pas un de ses "amis" ne se déplace. On le voit découragé, jalousé, moqué, hué... Mais aussi imbu de lui-même, jamais content, jamais rassasié, doutant toujours.

Et puis évidemment Jeanne, et l'affaire Dreyfus, l'exil en Angleterre, la mort soudaine et toujours pas élucidée.

"Les admirateurs de l'écrivain n'iront pas le chercher dans le temple de l'immortalité où reposent ses cendres, mais dans ses livres où il est à jamais vivant."

Voilà.

Ed. Flammarion, Grandes Biographies, 1992, 401 p.

Commentaires

Super ! J'adore Zola bien que je n'ai pas lu tous les Rougon mais une grosse partie quand même. Je vais me pencher sur cette bio en tout cas !

Écrit par : bene | 16.02.2011

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oh my god, la citation à Cézanne... heureusement qu'il dit que c'est son meilleur ami, hein...Je note bien entendu cette bio. J'aime beaucoup le style de Troyat.
C'est bizarre cette tiédeur vis à vis de l'oeuvre? peut-être était-il intéressé par Zola, mais pas par son oeuvre?

Écrit par : choupynette | 16.02.2011

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j'ignorais qu'henri troyat ait écrit une bio de zola - j'aime assez celle d'henri guillemin, mais c'était il y a longtemps ;)

Écrit par : niki | 18.02.2011

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en effet - très chouette qu'elle soit encore disponible, je ne m'y attendais pas

Écrit par : niki | 18.02.2011

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