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20.02.2011

Les Rougon-Macquart 17/20

Après les déceptions précédentes, "La bête humaine" fait figure de nouveau chef-d'oeuvre. C'est d'autant plus remarquable que techniquement, ce n'est pas très bon : les personnages sont dotés chacun d'une caractéristique sans cesse répétée et toujours en des termes identiques (Séverine et ses yeux de pervenche, Flore et son casque de cheveux blonds, par exemple), la progression psychologique est floue et parfois invraisemblable (si Jacques était vraiment un psychopathe par hérédité, il ne pourrait en aucun cas avoir si longtemps une relation normale et sexuellement épanouissante avant de passer à l'acte), les milieux ferroviaires et judiciaires sont juste esquissés, comme en cadre seulement, laissant les intrigues amoureuses et criminelles prendre les premiers plans.

Et pourtant ! Tout fonctionne. On dévore l'histoire de Jacques Lantier, celui qui se débattait dans des irrépressibles envies de tuer les femmes qui seraient siennes. On fait la navette entre Paris et Le Havre, on participe à la vie de la gare, on flatte le flan de la brave Lison, on voudrait pouvoir sauver Flore avant son geste dramatique et Séverine si confiante et naïve (oh son "Moi ?" final, quel écho...). C'est romanesque en diable, les descriptions au compte-goutte nous plongent au coeur même de l'action, du temps et du lieu avec une grande délicatesse (même si elles n'ont évidemment pas la profusion du Ventre de Paris) et les dernières pages sont carrément soulevantes de beauté.

A ce stade, Zola fatiguait, il avouait en avoir assez des RM. Il s'était cependant fixé 20 tomes, il allait les respecter, quitte à, comme ici, grouper ce qui aurait dû initialement faire l'objet de 2 romans séparés.

Il me reste seulement 3 romans à lire pour boucler le cycle de Rougon-Macquart, et je ne crois pas me lancer jamais dans un billet bilan, mais je voudrais m'associer à ce que déclare Henri Mitterand en étude de la Pléiade : "... Mais il semble bien que non seulement les liens apparents de la famille et de l'hérédité, mais aussi les contraintes de l'identité, ne soient dans les Rougon-Macquart qu'une commodité tout extérieure, et ne constituent nullement, malgré ce que Zola lui-même avait pu prétendre, une des clés de l'oeuvre. Ils ne pèsent pas lourd dans le travail réel de la création romanesque..."

Pour moi, ce n'est pas le fait d'être un Rougon ou une Macquart qui apporte réellement quelque chose à ce cycle fabuleux, et en ce sens les lire dans l'ordre n'a pas une vraie valeur ajoutée, sauf à considérer la joie que l'on peut éprouver à suivre un auteur. En revanche, la diversité et l'excellence des milieux proposés en cadre, l'incroyable minutie des descriptions et le pouvoir absolu d'évocation d'Emile Zola sont parmi les plus grands au monde, sans parler de son imagination - aussi sombre soit-elle parfois.

 

Commentaires

Pleine d'énergie tu es !:)

Écrit par : cathulu | 20.02.2011

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Comme j'aime tes analyses autour des Rougon-Macquart, ta lecture fouillée de Zola... Plus que 3 romans? Bouh.....

Écrit par : Bauchette | 20.02.2011

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un petit pas "à propos" mais qui va vous réjouir
DOME sort le 2 mars, de votre chouchou KING et en
plus en 2 tomes, en attendant je piaffe......

Écrit par : marguerite | 21.02.2011

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C'est pas humain d'avoir un enthousiasme aussi communicatif, il est définitivement établi que tu ne laisses pas le choix au lecteur profane. :)

Écrit par : erzie | 21.02.2011

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Je vais savourer tes trois derniers billets, je me régale vraiment de ta lecture des Rougon !

Écrit par : Caro[line] | 21.02.2011

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Et c'est aussi ce roman qui marque une erreur de Zola si j'ai bon souvenir. Puisque Jacques a été rajouté. Nulle trace de lui dans l'Assomoir au milieu des enfants de Gervaise.

Écrit par : Stephie | 21.02.2011

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@ Cathulu : Loin de là :)
@ Bauchette : Merci !
@ Marguerite : Quelle excellente nouvelle ! Je l'ignorais ! Je saute partout :)
@ Erzie : Emile le vaut bien :)
@ Caro : Merci !
@ Stéphie : Ton souvenir est bon, au départ ce devait être Etienne, tout le plan et l'ébauche sont avec lui, puis il s'est rendu compte que ça coinçait, que celui qui avait fédéré les mineurs ne pouvait pas avoir évolué en psychopathe comme ça, alors il a sorti de nulle part un nouveau frangin, sans rien expliquer (il en avait un peu sa claque de son cycle à ce moment-là). Ca en met un coup à à la cohérence des RM mais ça donne un excellent roman.

Écrit par : Cuné | 21.02.2011

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je partage ton enthousiasme pour ce roman que j'ai énormément aimé, en ce moment j'avance peu chez Zola et du coup chaque fois que je lis tes billets cela me redonne un petit coup de pouce

Écrit par : Dominique | 21.02.2011

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C'est aussi un de mes romans préférés de Zola. Il a une puissance en lui, une vitalité qui sont rares chez Zola, et très rares en littérature.
La scène du suicide de Flore ... J'en ai encore les larmes aux yeux.

Écrit par : Céline | 21.02.2011

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@ Dominique : Je suis presque triste d'arriver au bout, en fait.
@ Céline : Oui, exactement, une vitalité.

Écrit par : Cuné | 21.02.2011

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c'est un plaisir de lire tes billets... et ça donne envie de s'y mettre!

Écrit par : choupynette | 22.02.2011

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Merci Choupynette !

Écrit par : Cuné | 22.02.2011

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Je retiens que l'on peut les reprendre dans le désordre sans grand dommage. Je me souviens d'une émission avec Claude Villers à la grande époque de France-Inter (marche ou rêve peut-être) ou il avait refait à pied le trajet Paris Le Havre sur les traces de la bête humaine en suivant au plus près la voie ferrée. C'était passionnant.

Écrit par : Aifelle | 27.02.2011

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C'est mon avis, mais je sais que Stéphie pense le contraire :)
J'ai acheté le film avec Gabin aussi, histoire de prolonger la magie de ce très beau roman.

Écrit par : Cuné | 27.02.2011

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