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27.02.2011

Les Rougon-Macquart 18/20

Pour le coup, la lecture préalable des tomes deux et six est nécessaire pour bien suivre "L'Argent", puisqu'on y retrouve Eugène et Aristide, le ministre et Saccard (ainsi que Maxime et quelques autres), et que leur passé donne du poids à leurs décisions actuelles.

Tome consacré à la spéculation, dont j'ai suivi l'intrigue avec relâchement, n'hésistant pas à sauter allègrement des passages entiers (hou que je suis vilaine). En revanche, j'ai énormément apprécié le personnage de madame Caroline !

"Voyez-vous, j'ai beaucoup trop lu pour une femme, je ne sais plus du tout où je vais, pas plus, d'ailleurs, que ce vaste monde ne le sait lui-même. Seulement, c'est malgré moi, il me semble que je vais, que nous allons tous à quelque chose de très bien et de parfaitement gai."

Instruite, cultivée, douce et bonne, témoin de tout dans ce tome. Elle succombe à Saccard, tout en devenant parfaitement lucide à son sujet. Elle y perd tout, sauf le principal : le goût de la vie. Caroline aime, elle est au fond tout amour, sans objet direct à ce sentiment, et Zola parvient à nous faire sentir ça, à le poser comme un fait brut et parfaitement sensé. Sigismond m'a plu également, rêveur marxiste qui défend avec chaleur un collectivisme totalement idéalisé.

Au contraire de l'accueil critique de l'époque, j'ai aimé le style de ce roman dans son évocation de cette multitude de personnages qui vont croire en Saccard, en cet argent qu'il peut leur faire gagner, tous différents, tous pour des motifs disparates. Peu sont réellement cupides, en réalité, à commencer évidemment par Aristide lui-même, qui n'aime l'argent que pour ce qu'il peut procurer (que ce soit en terme de position sociale, de jouissance arriviste ou de biens matériels). Zola le voulait crédible en homme de 50 ans séduisant, c'est réussi, il a le charme de la canaille, cet inaltérable aplomb qu'on ne peut s'empêcher d'admirer. J'ai trouvé qu'il y avait quelque chose de Dickens, dans toutes ces vies touchées par la folle ferveur d'un seul homme, toutes ces petites et grandes misères qui se fourvoient, et dans la dichotomie très tranchée entre les méchants (Busch & co) et les très bons (la princesse d'Orviedo), et pour ça, pour eux, tous ces personnages annexes pris dans cette immense toile d'araignée, j'ai aimé "L'Argent".

 

24.02.2011

Le piano de ma mère - Yann Queffélec

"Elle avait quatre-vingt-dix-huit ans, moi cinq. Je l'aimais, j'aurais pu l'épouser. Nous aurions été heureux."

 

tiens,mais en voilà un autre,de marin breton,Erzie...,

 

Premier volet d'une trilogie autobiographique, Le piano de ma mère nous entraîne dans la famille Queffélec, période des souvenirs, en s'attachant plus particulièrement à la figure maternelle.

Peut-on apprécier ce livre sans avoir jamais par ailleurs lu Yann Queffélec ? Oui, la preuve.

La langue est belle, malicieuse souvent, touchante, alambiquée parfois (et ce n'est pourtant pas faute de se l'entendre dire : "Maman me cite La Bruyère, l'un des plus grands prosateurs français, un as de la tournure légère, un contempteur de la phrase moulurée, péché mignon des auteurs français. Vous voulez dire qu'il pleut, dites : "Il pleut.""), la famille ainsi présentée est vivante sous nos yeux.

Il était une fois un papa normalien et Grand Écrivain qui faisait bouillir la marmite pour six personnes. "Ma mère, c'est autre chose. Je l'aime de tout mon coeur, je n'en suis aucunement fier. (...) Maman, c'est moi, je ne suis pas fier de moi." Un appartement parisien où l'on chante aux toilettes, et où la petite soeur (brillante) joue du piano sans arrêts. Les voisins, excédés, demandent par pétition qu'on les foute dehors, ces Queffelec qui ne veulent rien entendre.

"A propos des Nathan, il faut savoir que Michel Nathan, de mèche avec les fils Queffélec, se rend au parc Montsouris, après la fermeture des grilles et qu'il attrape avec une épuisette les chauves-souris qui volettent au-dessus du lac. Le 14 octobre 1965, ils ont lâché une bonne vingtaine de chauves-souris dans le hall, soi-disant par hasard, soi-disant leur sac s'est ouvert, et Mme Racinet en a fait une nausée syncopale dont les frais sont à sa charge et s'élèvent à 38 francs avec les intraveineuses."

Les plaintes des voisins sont vraiment drôles, même si je doute avoir eu au final leur indulgence devant la réelle nuisance sonore qu'ils subissaient.

Il y a Belle-île en mer, le merveilleux été 67, la pension pour le jeune Jean, les dernières pages et leur issue tragique, et il y a surtout ces pages sur la douleur d'un cancre qui m'ont mise les larmes aux yeux. Extrait :

"Moi, maman, je ne te fatigue pas à toujours mépriser des profs moins forts que mon père ? Tu me demandes quoi, maman, pour être moins fatiguée, moins cernée ? La lune ? La lune, j'irais la décrocher pour toi. Tu me demandes seulement d'avoir la moyenne en maths, en anglais, en français, de rapporter ici un bulletin scolaire qui ne mette pas une ambiance de cauchemar à table, avec papa disant : "Tu fais pleurer maman", et tu pleures, c'est vrai, papa se rengorge gravement, il se délecte de la honte où il m'a plongé, et je ne comprends pas quelle est ma faute, moi qui passe la vie dans les bouquins, les ratures, la musique, les poèmes, le beau, le tralala du beau total, wagnérien, combinant tous les arts, dont papa nous rebat les oreilles à tous les repas. Non, pas la lune que j'irais ou non décrocher d'ailleurs, mais d'être un bon élève et donc un bon fils, c'est tout ce que tu me demandes. Un bon élève apprend sa leçon, un bon élève est un bon élève uniquement parce qu'il est consciencieux, cherche à s'améliorer. Tu me demandes d'avoir bonne conscience et ça je ne l'ai jamais eue, tu me demandes d'être heureux dans ma peau et l'enfant ne peut être heureux s'il est un mauvais élève, un perpétuel souci pour ses parents. Que c'est fatigant, maman, cet enfant désobéissant, pagailleur, en vadrouille, à la fois content d'être en vie, joyeux, et terrifié de n'arriver à rien sur les bancs d'une école, insoumis, toujours prêt à broder pour prendre la clef des champs, toujours prêt à jurer, comme si les grands dieux n'existaient que pour donner aux filous une ultime chance d'être crus par une mère qui pardonne et sauve la parole donnée."

 

Ed. L'Archipel, 2010, 230 p.

 

Merci Caro !

 

Il y a mic-mac sur la parution de ce livre, "pas terminé" selon l'auteur. Bien sûr qu'on peut toujours améliorer, mais en l'état, j'ai été très touchée, personnellement.

22.02.2011

Stay to the Lights !

On en parle partout, de cette série des Fever de Karen Marie Moning, et ça peut avoir deux effets : faire fuir, oppressé par tout ce battage, ou donner très envie de voir par soi-même de quoi il retourne. J'ai vu : je veux la suiiiiiiiiiiiite !

 

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C'est l'histoire d'une petite Barbie de 22 ans, MacKayla Lane (Mac pour les intimes) qui coule des jours paisibles en Géorgie; elle n'est pas la blonde insignifiante qu'elle croyait; soudain, la voici confrontée à un monde rempli d'êtres malfaisants; dans ce premier tome, elle va va découvrir qui et ce qu'elle est...

Je ne vais pas plus avant dans le pitch, les avis ci-dessous vous en diront plus si vous en avez envie. Pour ma part j'ai vraiment super accroché, l'univers proposé est extrêmement cohérent et inquiétant, c'est plein d'humour en même temps, et on pense forcément à Buffy ! Il y a la juste dose de naïveté (Mac est une grande fan du rose !) aussitôt contrecarrée par un excellent esprit d'analyse.

A l'issue de ce premier tome, on reste dans du classique de chez classique, tant au niveau des créatures que de l'intrigue, mais les personnages sont impeccablement croqués, et la différence se fait dans certaines scènes aussi hilarantes que chaudes : qu'on m'apporte un V'lane immédiatement.

 

 

Karen Marie Moning, Darkfever, A MacKayla Lane Novel, 2006, 342 p.

(Existe en traduction chez J'ai Lu sous le titre Fièvre Noire)

 

Merci Fashion !

Lu également par : IsabelleIluze, L'Or des chambres, Sandy, Clarabel, Acsylé, Shopgirl, Pimpi, Lily, Karine, Bladelor, Chrestomanci, Hydromielle, Mlle Pointillés, Fondant au chocolat, Lael, Radicale, ...

20.02.2011

Les Rougon-Macquart 17/20

Après les déceptions précédentes, "La bête humaine" fait figure de nouveau chef-d'oeuvre. C'est d'autant plus remarquable que techniquement, ce n'est pas très bon : les personnages sont dotés chacun d'une caractéristique sans cesse répétée et toujours en des termes identiques (Séverine et ses yeux de pervenche, Flore et son casque de cheveux blonds, par exemple), la progression psychologique est floue et parfois invraisemblable (si Jacques était vraiment un psychopathe par hérédité, il ne pourrait en aucun cas avoir si longtemps une relation normale et sexuellement épanouissante avant de passer à l'acte), les milieux ferroviaires et judiciaires sont juste esquissés, comme en cadre seulement, laissant les intrigues amoureuses et criminelles prendre les premiers plans.

Et pourtant ! Tout fonctionne. On dévore l'histoire de Jacques Lantier, celui qui se débattait dans des irrépressibles envies de tuer les femmes qui seraient siennes. On fait la navette entre Paris et Le Havre, on participe à la vie de la gare, on flatte le flan de la brave Lison, on voudrait pouvoir sauver Flore avant son geste dramatique et Séverine si confiante et naïve (oh son "Moi ?" final, quel écho...). C'est romanesque en diable, les descriptions au compte-goutte nous plongent au coeur même de l'action, du temps et du lieu avec une grande délicatesse (même si elles n'ont évidemment pas la profusion du Ventre de Paris) et les dernières pages sont carrément soulevantes de beauté.

A ce stade, Zola fatiguait, il avouait en avoir assez des RM. Il s'était cependant fixé 20 tomes, il allait les respecter, quitte à, comme ici, grouper ce qui aurait dû initialement faire l'objet de 2 romans séparés.

Il me reste seulement 3 romans à lire pour boucler le cycle de Rougon-Macquart, et je ne crois pas me lancer jamais dans un billet bilan, mais je voudrais m'associer à ce que déclare Henri Mitterand en étude de la Pléiade : "... Mais il semble bien que non seulement les liens apparents de la famille et de l'hérédité, mais aussi les contraintes de l'identité, ne soient dans les Rougon-Macquart qu'une commodité tout extérieure, et ne constituent nullement, malgré ce que Zola lui-même avait pu prétendre, une des clés de l'oeuvre. Ils ne pèsent pas lourd dans le travail réel de la création romanesque..."

Pour moi, ce n'est pas le fait d'être un Rougon ou une Macquart qui apporte réellement quelque chose à ce cycle fabuleux, et en ce sens les lire dans l'ordre n'a pas une vraie valeur ajoutée, sauf à considérer la joie que l'on peut éprouver à suivre un auteur. En revanche, la diversité et l'excellence des milieux proposés en cadre, l'incroyable minutie des descriptions et le pouvoir absolu d'évocation d'Emile Zola sont parmi les plus grands au monde, sans parler de son imagination - aussi sombre soit-elle parfois.

 

18.02.2011

La femme de Robbie - Russell Hill

Jack Stone n'arrive plus à écrire. Soixante ans, deux mariages ratés sur le dos, il laisse le soleilun américain dans le dorset,ce que l'amoûûr peut faire faire, californien pour venir chercher l'inspiration anglaise. Pour un américain, le Dorset est forcément la solution. Dans cette campagne rustique, il espère trouver de quoi écrire un scénario que les studios de Los Angeles lui achèteraient enfin. Il n'en a pas conscience, mais il est tout à fait mûr pour donner de sa personne...

Jack Stone est immédiatement intéressant. Tout ce qu'il fait, tout ce qu'il voit, tout ce qu'il couche aussitôt sur le papier nous plaît. Marcher aux endroits mêmes où ont été tournés des passages de "Persuasion", se murger au pub avec des descendeurs de bière de folie, être accueilli très chaleureusement par une famille d'éleveur, considérer de plus en plus qu'une bonne tasse de thé est LE remède à toute situation...

Oui mais. Il y a la femme de Robbie. Leur attirance. Leur "faute". Jusque là, tout va bien, on y croit. Ce qui arrive ensuite est de plus en plus tiré par les cheveux, et repose sur des impressions fragiles qu'on a du mal à avaliser. On ne lâche pas malgré tout, et on aime bien l'épilogue, mais la progression de l'histoire ne correspond pas à ce que le début promettait. La surprise est certes toujours une bonne chose, encore faut-il pouvoir y adhérer.

 

Ed. Rivages, collection Noir, 2011, 303 p.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Elie Robert-Nicoud

Titre original : Robbie's Wife (2007)

 

17.02.2011

Aux bords du lac Baïkal - Christian Garcin

"Oui, mais quand même, avais-je rétorqué, car j'ai de la répartie"

 

jeunesse,humour,fantaisie,que du bon

 

Une journée aux autres pareilles, en Sibérie du Sud. Un lac, des animaux, un homme. Rien, quoi. Rien ? C'est bien mal connaître Christian Garcin, ou plutôt Chen Wanglin, personnage de son roman "La piste mongole", qui assume la paternité de ces récits animaliers.

Un homme, donc, mais pas n'importe lequel. C'est Geirg Dordjé, quasi muet et très peu sourd. Lui seul peut communiquer avec absolument tous et n'importe quoi (ou tout et n'importe qui), mais ce jour-là, ce qu'il veut, c'est aller faire la sieste sur une petite île. Où une marmotte sera la proie d'un aigle, dans l'indifférence générale.

Une seule action, 12 points de vue : régal.

Ce livre est absolument parfait pour l'histoire du soir, de 4 à 88 ans. Lu à haute voix, c'est un enchantement de noms croquignolets (Lelio Lodoli, Pandolphe Popovitch, Malmousque Gourbi, Anoushka Petzoula, etc.), de caractères excentriques et de comportements aussi ridicules qu'adorables. A chacune des saynètes un petit mantra sur Geirg Dordjé devient vite l'incontournable moment attendu, et si en tant qu'adulte j'ai traversé le tout avec un sourire de plus en plus large (car il va sans dire qu'on peut aisément transposer), j'imagine sans peine les éclats de rire des petits minots qui se verraient conter tout ça par une voix complice qui accepterait d'en faire des tonnes. D'histoire en histoire le trait est repris, creusé, enjolivé, et à la manière d'un roman choral les personnages apparaissent et réapparaissent, formant vite une communauté de plus en plus sympathique.

C'est plein de fantaisie, joyeux, ça sent le soleil et la bonne humeur, on ne le lâche pas !

 

Ed. Ecole des loisirs, 2011, collection Médium, 134 p.

 

"Dwayne Dodo est un gros escargot qui pense être le plus beau de tous les escargots, donc de tous les animaux. car Dwayne Dodo pense très sincèrement que, d'un strict point de vue esthétique, les jambes des animaux humains sont une aberration, les ailes des oiseaux également, tout comme les écailles des uns, la fourrure des autres, les pattes, les plumes, les doigts, les griffes, les sabots, les museaux, les visages, les oreilles, les becs, et aussi l'absence de coquille, qui n'est pas loin d'être un véritable scandale esthétique. Et surtout, surtout, ces yeux collés sur la figure, c'est d'une laideur.

On peut donc résumer les choses ainsi : Dwayne Dodo, le plus beau de tous les escargots, était par voie de conséquence le plus bel animal du monde."

 

16.02.2011

ZOLA - Henri Troyat

troyat.jpg"Zola ne se soucie guère de ces aboiements. Il sait que le public, tout en se pinçant les narines, le lit avec gourmandise. En outre, il a le sentiment d'avoir derrière lui une armée de nouveaux écrivains séduits par le naturalisme scientifique. Pas une seconde il ne se dit que ses livres, aux exagérations hallucinantes, s'opposent à la vérité scrupuleuse, méticuleuse dont il a fait un dogme, qu'il est grand non pas parce qu'il obéit aux lois de son école, mais parce qu'il les transgresse en préférant à une reproduction exacte de la réalité un cauchemar dantesque. Cette attitude procède, chez lui, d'une énorme naïveté et d'un entêtement maniaque. Peu importe que son oeuvre contredise sa théorie, il ne veut pas démordre de son enseignement professoral."

Ce simple paragraphe, et surtout les mots que je souligne, valent à eux seuls la peine de lire cette biographie, tant ils me semblent être le coeur même de ce qui fait la grandeur des romans de Zola. Je suis à ce sujet en parfaite phase avec Henri Troyat, et ça fait un bien fou de trouver quelqu'un qui exprime si justement ce que l'on pense soi-même.

Par ailleurs cette biographie se lit comme un roman, le style est très agréable et très fluide. Elle est un excellent parallèle à la lecture du cycle des Rougon-Macquart, dont elle éclaire plusieurs aspects, offrant quelques clefs quant aux transpositions de choses personnelles. Je regrette, pour ma part, une certaine tiédeur, un manque d'enthousiasme pour l'oeuvre de Zola, voire un aspect volontairement rébarbatif pour certaines choses - la façon dont est dépeinte Alexandrine, par exemple.

On comprend mieux aussi comment l'amitié avec Cézanne se délitait pratiquement dès le début de leur âge adulte (la dédicace que lui Zola fait à ses débuts journalistiques est rude, je trouve : "Je ne t'ai pas cité dans le journal, je te dédie l'ouvrage. Tu es mon meilleur ami, mais en tant que peintre, je réserve mon jugement.")

On voit à quel point c'était un bourreau de travail, comme il avait un besoin fondamental de solitude, on touche du doigt ses paradoxes, on admire l'époque de son régime frugal, lui qui était pourtant si gourmand, on est dégoûté par Goncourt (plus hypocrite tu meurs), et triste quand lors du banquet organisé pour fêter la fin des Rougon-Macquart pas un de ses "amis" ne se déplace. On le voit découragé, jalousé, moqué, hué... Mais aussi imbu de lui-même, jamais content, jamais rassasié, doutant toujours.

Et puis évidemment Jeanne, et l'affaire Dreyfus, l'exil en Angleterre, la mort soudaine et toujours pas élucidée.

"Les admirateurs de l'écrivain n'iront pas le chercher dans le temple de l'immortalité où reposent ses cendres, mais dans ses livres où il est à jamais vivant."

Voilà.

Ed. Flammarion, Grandes Biographies, 1992, 401 p.

15.02.2011

Top Ten Tuesday (Histoires d'amour préférées)

Thème officiel, dis-donc, how disciplinée I am. Voici, en accord avec The Broke and The Bookish, mes dix histoires d'amour préférées dans les livres (qui ne sont ni les plus célèbres, ni les plus belles, juste mes préférées) :

 

top ten tuesday.jpg

 

1. Anne Elliot et le capitaine Wentworth. Parce que leur amour est contrarié, parce qu'ils patientent de longues années, et que la scène de la lettre me fait toujours autant battre le coeur, délicieuse torture. 

(Persuasion, Jane Austen)

 

2. L'amour unilatéral de John Chivery pour Aimée. Parce qu'il l'aime tellement qu'il s'inclinera, voulant son bonheur avant le sien, et parce que personne n'a jamais dressé d'épitaphes imaginaires aussi drôles.

Little Dorrit, Charles Dickens)

 

3. L'histoire épistolaire entre Leo Leike et Emmi Rothner. Parce que rien n'est plus troublant que ces mails d'une intimité totale entre deux inconnus. Vous ai-je dit que la suite paraît en mars ou avril ? Hiiiiiiii.

Quand souffle le vent du Nord, Daniel Glattauer

 

4. Elaine et Matt Scudder. Parce que leur relation se construit lentement, est solide, belle et pourtant fragile, comme pour tous les êtres que la vie a profondément malmenés.

Série des Matt Scudder, Lawrence Block

 

5. Marthe et Félix. Parce qu'on peut aussi tomber très amoureux quand on a plusieurs fois 20 ans.

La femme coquelicot, Noëlle Chatelet

 

6. Marianne Engel et le narrateur. Parce que c'est une histoire démente pleine de mystères, de passion et over prenante.

The Gargoyle - Andrew Davidson

 

7. Andrew et Melissa. Parce que leurs lettres contiennent le monde entier, qu'on ne peut pas se lasser d'un texte pareil.

Love Letters, A.R. Gurney

 

8. Bennie et Désirée. Parce que tout les oppose, parce qu'ils sont ancrés dans le contemporain, parce qu'on voudrait tellement que ça marche...

Le mec de la tombe d'à côté, Katarina Mazetti

 

9. Nora et Max. Parce qu'ils se battent avant tout contre eux-mêmes, et que l'amour peut prendre bien des formes avant d'être reconnu.

White Palace, Glenn Savan

 

10. Françoise et Iani. Parce que c'est vraiment beau un amour de toute une vie, et qu'on prend une grande claque quand l'un disparaît.

Regarde, nos chemins se sont fermés, Françoise Xenakis

 

Elles ont toptenisé aussi : Irrégulière, Thé lecture et macarons, Cécile

 

14.02.2011

Les Rougon-Macquart 16/20

Ce que j'ai aimé dans "Le rêve" ? Sa brièveté. 

Sidonie avait une fille, figurez-vous. Quinze mois après la mort de son mari, on ne sait trop comment, voici que déboule Angélique, descendante Macquart. Aussitôt abandonnée, et après quelques déboires, recueillie par un très brave ménage, des brodeurs. Bien élevée, le tempérament passionné nourri aux histoires de saintes, d'anges et de martyrs, Angélique voit la vie comme elle n'est pas.

"Le bonheur, c'est très simple. Nous sommes heureux, nous autres. Et pourquoi ? parce que nous nous aimons. Voilà ! ce n'est pas plus difficile... Aussi, vous verrez, quand viendra celui que j'attends. Nous nous reconnaîtrons tout de suite. Je ne l'ai jamais vu, mais je sais comment il doit être. Il entrera, il dira : Je viens te prendre. Alors, je dirai : Je t'attendais, prends-moi. Il me prendra, et ce sera fait, pour toujours. Nous irons dans un palais dormir sur un lit d'or, incrusté de diamants. Oh! c'est très simple.

- Tu es folle, tais-toi !" interrompit sévèrement Hubertine (j'adore ce prénom).

Et, la voyant excitée, près de monter encore dans le rêve :

"Tais-toi ! tu me fais trembler... Malheureuse, quand nous te marierons à quelque pauvre diable, tu te briseras les os, en retombant sur terre. Le bonheur, pour nous misérables, n'est que dans l'humilité et l'obéissance."

Car ses parents adoptifs (en fait juste tuteurs, la loi de l'époque nous étant racontée en détails) sont terriblement malheureux, sous leur dehors de ménage parfait. Ils s'aiment, certes, mais leur union a été maudite et est restée stérile. Ce qui ulcère Hubertine (oui, j'adore) et ne chagrine Hubert (ça le fait moins) que dans la mesure où sa femme en souffre, car lui est une âme facilement rêveuse qui pourrait bien s'accommoder de son sort.

Alors le prince charmant va se montrer, Angélique et lui vont roucouler d'extase, le père du jeune homme refusera tout net cette union (car il a connu la femme alors qu'il s'était donné à Dieu, depuis il ne sait plus quoi faire pour se châtier, ayant commencé par renier son fils pendant 20 ans, la belle idée), Angélique en tombera très malade, sur son lit de mort le père consentira en lui donnant l'extrême onction, et le jour du mariage elle expirera juste après le premier baiser.

Henri Mitterand nous confie en étude de La Pléiade : "Il faut bien avouer que ce roman, cousu de pièces empruntées à des auteurs aussi divers que Jacques de Voragine, Viollet-le-Duc, Pierre Larousse, et la Direction de l'Assistance Publique, n'ajoute rien à la gloire littéraire d'Emile Zola. On dirait que l'écrivain l'a composé sans s'attacher vraiment au sujet : oeuvre de routine, écrite dans un style de routine."

Pour ma part, je me suis beaucoup ennuyée. Heureusement que "La bête humaine" arrive...

 

 

13.02.2011

Hors-Service - Solja Krapu

Eva-Lena a 39 ans, est prof de suédois et d'anglais en collège, et triste comme un régime alimentaire :krapu.jpg elle a un grand sens du devoir, n'arrête pas de la ramener tout le temps et à tout propos, elle, elle sait ce qu'il faut faire en toutes circonstances et comment il faut le faire. D'ailleurs sa vie est parfaite, un mari, 3 enfants, une salle de classe attitrée, une belle maison bien entretenue, elle est mince, en bonne santé, pas laide. Elle n'est pas du tout prétentieuse ou grande gueule, juste pas marrante, politiquement correcte des pieds à la tête. Elle ne s'en rend pas du tout compte, d'ailleurs, c'est bien le propre des gens de son espèce. Elle ne s'est jamais interrogée sur la notion de bonheur, ou comme ça en passant, pour se dire que c'était une belle connerie et qu'elle avait bien d'autres choses en tête.

Et, ce vendredi soir, (elle me dirait qu'on ne commence jamais une phrase par "et", tiens) alors qu'elle a commencé à préparer le repas, elle se dit qu'elle a le temps d'aller faire ses photocopies au collège, ça l'avancera pour lundi. Elle part en vélo, fait une course sur le chemin, et le laisse devant le magasin (pas son supermarché habituel) parce qu'il s'est mis à neiger et qu'elle ira plus vite à pied.

La porte du local photocopies se ferme, et ne s'ouvre pas de l'intérieur. Coincée, un vendredi soir, dans le collège désert, sans que personne ne sache où elle est...

Le temps d'un week-end, elle va mettre à plat sa vie, et nous livrer un fort joli portrait d'une suédoise d'un âge moyen. Elle évoque sa seule et unique amie, la fantaisie qu'elle apporte dans sa vie, le calme plat de son mariage, l'enseignement, les élèves...

Des choses qui font gentiment écho dans notre propre quotidien, un ton plutôt désenchanté mais qui se termine sur une note d'espoir. 

Juste de bout en bout et fort plaisant à lire.

 

Ed. Gaïa, 2011, 271 p.

Traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss

Titre original : Mogen för Skrubben (2005)

 

Lu également par : Véronique, Azi-lis, Anna, Agathe, Nathalie, ...

 

"Il voulait rencontrer des gens heureux. Qui apportaient quelque chose de nouveau à sa vie, qui donnaient plus qu'ils ne prenaient. Qui ne posaient pas d'exigences démesurées. Qui ne se plaignaient pas de mille choses. Qui riaient quand quelqu'un disait quelque chose de drôle."

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