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04.05.2011

Je pris cela comme une femme. Je pleurai.

Sur la mélancolline,

Je file des jours enfligés.

 

Siri Hustvedt est ma nouvelle meilleure amie. "Un été sans les hommes" est une merveille, une pépite, un de ces romans chérissables, entre tous distingué, digne des élans les plus fougueux et les plus sincères. Ecoutez Mia nous raconter son été 2009, celui où elle va se reconstruire dans le Minnesota. Entendez-la quand elle crée pour nous un monde si palpable et si vivant, sa mère et ses copines à la maison de retraite, sa petite voisine perruquée et ses parents malheureux, ses adolescentes terrifiantes et pourtant attachantes en cours de poésie, son correspondant philosophique anonyme ("Certains d'entre nous sont destinés à vivre dans une case dont il n'est de libération que temporaire" : son dernier mail est magnifique), sa fille, et Boris, bien sûr, son mari.

"Toute l'histoire est dans ma tête, n'est-ce pas ? Je ne suis pas philosophiquement naïve au point de croire que l'on peut établir une quelconque réalité empirique de L'HISTOIRE. Nous n'arrivons même pas à nous mettre d'accord sur ce dont nous nous souvenons, bon sang. Nous étions dans un taxi quand Daisy, alors âgée de dix ans, nous a fait part de ses ambitions théâtrales. Non, nous étions dans le métro. Taxi. Métro. Taxi ! Le problème, c'était que toutes sortes de Boris se trouvaient DANS MA TETE. Il y tournait en rond absolument partout. Même si je ne le voyais plus jamais en chair et en os, Boris en tant que mécanisme de pensée restait inévitable. Combien de fois m'avait-il massé les pieds pendant que nous regardions un film ensemble, en pétrissant et caressant patiemment les plantes et les orteils et la cheville autrefois victime d'une mauvaise fracture et souffrant d'arthrose ? Combien de fois avait-il levé les yeux vers moi avec une expression d'enfant heureux après que je lui avais lavé les cheveux dans la baignoire ? Combien de fois m'avait-il embrassée et bercée après l'arrivée d'une lettre de refus ? Ça aussi, c'était Boris, vous voyez ? Ça aussi, c'était Boris."

Trente ans que Mia et Boris sont ensemble, trente ans que leur connivence est totale et fusionnelle. Ils sont très différents, lui le scientifique mondialement reconnu, elle la poétesse à la vie intérieure sans répit. A cinquante-cinq ans, Boris, cédant là à une réalité physique que Mia comprend parfaitement intellectuellement, s'octroie une "pause". Une collaboratrice, une jeune française. Comprendre ne veut pas dire être capable de l'accepter, et c'est à l'asile que cela envoie Mia. Folle, tarée, plombs pétés, hurlante, déchirée. Épisode psychotique. 

"Ma tête à moi était un entrepôt de polyphonies verbales, les flux de mots de contradicteurs innombrables qui, avec des arguments mordants, se disputaient, débattaient et s'enferraient les uns les autres, et puis recommençaient de plus belle. Quelquefois, ce bavardage intérieur m'épuisait. Lola n'était pas fade, toutefois. J'avais connu des gens qui m'ennuyaient à mourir parce qu'aucun colloque ni aucune délibération ne semblaient se tenir dans leur tête (les STUPIDES ET CONTENTS DE L'ETRE) et d'autres qui, quelle que fût leur capacité de cognition complexe, vivaient dans une bulle impénétrable, inaccessible au dialogue (les INTELLIGENTS MAIS MORTS)."

Elle se réfugie alors auprès de sa mère, petite jeunette de 55 ans au milieu d'une bande de copines qui frise le double. Et à tâtons, mais avec panache, classe, finesse, humour (tellement spirituelle, Mia !) et bienveillance (avec intelligence, surtout, mais en aucun cas la froide et détachée, la mauvaise, la cynique ou méprisante), sans une once de pathos ou de sensiblerie, et en ne se fermant jamais aux autres, Mia va s'adapter à la nouvelle situation.

La 4° a raison de parler de roman solaire et plaisamment subversif, je ne ferais que paraphraser mollement si j'essayais de développer. C'est un roman profond (et féministe, même si le mot peut effrayer), qui vient nous chercher avec beaucoup de délicatesse, qui nous parle de nous, vraiment, en de nombreux et variés endroits, qui nous parle à nous, même, directement, de temps à autre, et qui fait un bien fou. Christine Le Boeuf cisèle comme toujours sa traduction, c'est plein de musicalité, c'est soyeux et chamarré. 

C'est un coup de coeur, un vrai.

 

Un été sans les hommes - Siri Hustvedt

Actes sud, 2011, 216 p.

Traduit de l'américain par Christine Le Boeuf

The Summer without Men (2011)

 

"Un livre est une collaboration entre celui ou celle qui lit et ce qui est lu et, dans le meilleur des cas, cette rencontre est une histoire d'amour comme une autre."

"ce fut rapide.,la vie,je veux dire.,ron padgett,"haïku".,

 Le magnifique billet de Fashion.

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"Une comédie, c'est quand on arrête l'histoire exactement au bon moment."

"...afin de discuter de la romancière Jane Austen, auteur de Persuasion, observatrice ironique et disséqueuse précise des sentiments humains, styliste céleste, et auteur qui régla leur compte aux moines pervers mais conserva sa propre conception de la ...

Trackback par : Happy Few | 06.05.2011

Commentaires

Un billet magnifique qui donne follement envie ! J'adore aussi la couv'!:)
ps: "féministe" ne doit ni faire peur ni faire rire!:)

Écrit par : cathulu | 04.05.2011

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Merci :) (Tu prêches une convaincue !). Je crois l'avoir envoyé à Fashion, elle te fera suivre (hein sweetie ? Thks.)

Écrit par : Cuné | 04.05.2011

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Ce n'est pas la première fois que j'en entends parler comme d'une merveille, je note. Et le mot féminisme non seulement ne me fait pas peur, mais je le revendique ...

Écrit par : Aifelle | 04.05.2011

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Je confirme, il est chez moi. :-)
"Un livre est une collaboration entre celui ou celle qui lit et ce qui est lu et, dans le meilleur des cas, cette rencontre est une histoire d'amour comme une autre."
Je plussoie.

Écrit par : fashion | 04.05.2011

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Je vais attendre qu'il soit à la biblio car je n'ai pas trop raffolé de "Elégie pour un Américain" de cette auteure !

Écrit par : Joelle | 04.05.2011

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Moi je dis : comment veux-tu qu'on s'en sorte avec des recommandations pareilles ? Heureusement que tu n'as pas un blog de pâtisseries hein...

Écrit par : Stephie | 04.05.2011

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C'est dangereux de venir chez toi, je confirme ! J'ai essayé il ya longtemps de lire le premier roman de cette auteure, j'ai lâchement abandonné. A tort semble-t-il, si elle est devenue ta meilleure amie, cela doit être à raison...

Écrit par : Hélène | 04.05.2011

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Je n'ai encore jamais osé lire Siri Hustvedt, pourtant je l'ai entendue en conférence il y a deux ans, et l'ai trouvée passionnante... Contradiction que je devrais pouvoir résoudre avec ce dernier roman, qui te rend si enthousiaste ! J'adore la couverture en plus...

Écrit par : kathel | 04.05.2011

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Fichtre ! c'est moi qui pleure là ( parce que je ne l'ai pas !)

Écrit par : clara | 04.05.2011

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J'ai depuis longtemps un livre d'elle dans ma biblio (Les yeux bandés) mais ne l'ai jamais attaqué à cause je crois, de mon blocage à l'encontre de son Paul Auster de mari... Ton billet me donne furieusement envie de changer d'avis ! (Et si tu veux que je te t'envoie le poche en ma possession, you tell me).

Écrit par : Laëtiita | 04.05.2011

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Je suis une inconditionnelle absolue de Siri Hustvedt depuis "Tout ce que j'aimais".

Écrit par : papillon | 04.05.2011

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Repéré dans Lire aussi, une merveille alors? Je l'ajoute à ma liste.

Écrit par : c.l!ne | 04.05.2011

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@ Laëtitia : Je n'aime pas non plus Paul Auster, mais gardons-nous de juger une femme à son mari :)) (Mr Laëtitia, this is a joke, hein, you are perfect, of course). Merci pour la proposition mais j'ai déjà commencé à acheter "tout" Siri, my new best friend ever :))

@ Toutes : Oui, merci, allez-y, tout ça :))

Écrit par : Cuné | 04.05.2011

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J'ai beaucoup aimé tout ce que j'ai lu de Siri jusqu'ici et celui-ci me semble exceptionnel. Je note!

Écrit par : Lucie | 04.05.2011

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Oh que c'est tentant !!!

Écrit par : Caro[line] | 04.05.2011

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Je n'aime pas trop la couverture, un peu nunuche à mon goût! Par contre, j'avais adoré l'écriture de Siri (oui, je l'appelle par son prénom!) dans "Tout ce que j'aimais", alors, je note, dans un coin de ma mémoire!

Écrit par : Nymphette | 04.05.2011

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Je ne connaissais pas cette romancière, du coup je suis allée googleiser : en plus, elle a une tête sympa comme tout ! :D

Écrit par : Leiloona | 04.05.2011

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intéressant mais le seul roman que j'ai lu d'elle m'a tellement ennuyée que je suis quelque peu circonspecte à son égard...

Écrit par : choco | 05.05.2011

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J'adore la couverture, que je ne trouve pas du tout nunuche, du tout. Sinon, il est très vrai que son écriture est particulière, elle a fait mouche avec moi :)

Écrit par : Cuné | 05.05.2011

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Houu, je note ! Un tel entousiasme et une couverture qui me parle ! Il n'en faut pas plus !

Écrit par : sandy | 05.05.2011

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votre meilleure amie était le 03.05.2011 sur france inter à l'émission
l humeur vagabonde (à podcaster)
Votre commentaire et son interview me donnent vraiment
envie de découvrir ce livre.

Écrit par : marguerite | 05.05.2011

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Je brûle aussi d'impatience de faire de Siri ma meilleure amie. J'aime déjà Paul Auster et les traductions de Christine Leboeuf... Le reste devrait suivre.

Écrit par : Fransoaz | 07.05.2011

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J'en étais sûre qu'il fallait que je l'achète ! Lundi : librairie !

Écrit par : ficelle | 07.05.2011

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Féministe ne me fait ni peur, ni sourire mais me donne une folle envie de lire ce roman.

Écrit par : Valérie | 10.05.2011

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Ok, ça y est, je suis définitivement convaincue. Il faut que je le lise. Ab-so-lu-ment.

PS: J'ai mesuré la quantité de spaghetti - devant public - avec tu sais quoi hier. Ca valait son pesant de cacahuètes!

PS2: Ben j'imagine que tu sais quoi. Sinon, je te le dis par mail!

Écrit par : Karine:) | 14.05.2011

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Je sais quoi, je répète, je sais quoi :))

Écrit par : Cuné | 15.05.2011

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Je note ta petite merveille, comme toujours :)

Écrit par : L'Ogresse | 28.05.2011

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Comme je note les tiennes :)

Écrit par : Cuné | 30.05.2011

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une amie vient de me le conseiller
Avec ta critique je sais où je vais courir demain à ma pause déjeuner
Merci

Écrit par : laurence | 25.07.2011

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Laurence, c'est un magnifique roman, ton amie a eu mille fois raison :)

Écrit par : Cuné | 26.07.2011

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