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07.07.2011
Je préfère me charger de votre peine pour la faire mienne que de la joie la plus radieuse d'une autre femme
Daniel Deronda de George Eliot (1876) en Folio Classique, édition proposée, annotée, préfacée, noticée et traduite par Alain Jumeau, en deux tomes de près de 600 pages chacun, gros morceau.

A l'instar de Nataka, j'ai mis plusieurs semaines à lire ce classique, en raison d'éléments divers et variés parmi lesquels sa difficulté de lecture : on n'est clairement pas dans le divertissement.
Daniel Deronda est un jeune homme grave et réfléchi, qui analyse tout en permanence mais à qui il manque la base : il ignore tout de ses origines. Elevé par un gentleman anglais, dont il se croit le fils illégitime, il ne sait rien de sa mère et hésite quant à la direction à donner à sa vie : quelle profession embrasser, quel rôle tenir dans la société, quelles amitiés entretenir, tout l'intéresse et il aime à se placer en conseiller, dans tout un tas de domaines. A ce stade de sa vie, il rencontre deux femmes, qui ne pourraient être plus différentes l'une de l'autre, et par gentillesse, devient pour chacune d'elles un appui.
Deux hommes joueront un rôle dans la suite des évènements : le frère de l'une et le mari de l'autre. Deronda finira par faire un choix, déchirant alors mon coeur qui avait élu la blonde depuis longtemps, et c'est infiniment triste que j'ai tourné la dernière page...
Une fois que j'ai grossièrement esquissé un angle quant au contenu de ce roman, je n'ai rien dit, tant il est riche et foisonnant. Ce qui se passe avec George Eliot c'est qu'elle avait, pour son époque (mais ce serait exactement la même chose aujourd'hui), et considérant qu'elle était une autodidacte totale, une culture et une ouverture sur le monde absolument prodigieuses. Les deux choses offrant au lecteur une succession de moments intenses, ceux où sa propre vie est éclairée par des mots précis posés sur un comportement (la marque des classiques, qui révèlent l'intemporel), et ceux où il se sent largué (et a recours aux notes explicatives) (mais trop de références non identifiées tuent un peu le plaisir).
Les deux gros morceaux sous la trame romanesque tiennent aussi de la prescience, et c'est impressionnant; un quart de siècle avant Freud, George Eliot nous parle de l'inconscient, met en situation un transfert analytique, et retrace pour nous l'histoire du judaïsme (en présentant à travers différents personnages plusieurs facettes), et finit par placer son héros dans la volonté de créer un "foyer national" sioniste (20 ans avant la publication, en 1896, de l'ouvrage de Theodor Herzl, "L'état juif", faisant date dans le sionisme en tant que phénomène historique.)
Mais, hormis un long passage en début de tome 2 (déjà identifié par Nataka) que j'ai trouvé nébuleux et pénible, ce qui est très fort c'est que les ressorts romanesques fonctionnent tellement bien qu'ils prennent aisément le dessus, et qu'on se suspend à l'action et aux personnages. Contrairement à Nataka (dont le billet est très très bon), je n'ai aucune envie de ressembler un jour à Daniel Deronda, qui n'a jamais recueilli mes faveurs. Je lui en veux même terriblement, considérant comme faiblesse et une certaine forme de malhonnêteté son comportement envers ma chouchoute. Enfin, Daniel Deronda reste un roman très cérébral, qui brasse les notions par dizaines et qui souvent vous demandera de vous interrompre pour réfléchir à ce qui vient d'être évoqué.
J'ai préféré Middlemarch, mais je recommande vivement à chacun de lire George Eliot, en tous les cas.
Keisha l'a lu aussi.
Trackbacks
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Commentaires
Écrit par : Lystig | 07.07.2011
Répondre à ce commentaireMaintenant, oui, relire Middlemarch... Mais je vais souffrir car je connais d'avances les mauvais choix de l'héroine...
Écrit par : keisha | 07.07.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cathulu | 07.07.2011
Répondre à ce commentaireBon, moi je n'ai pas été déçue par la fin, vu que j'avais lu la préface avant (encore heureux, sinon j'aurais été larguée) et tout bien réfléchi, même si ça semble un peu facile, je pense que c'est ce qu'il y a de mieux pour tout le monde.
Je t'envoie le dvd du coup ?
Écrit par : Nataka | 07.07.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 07.07.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Tamara | 07.07.2011
Répondre à ce commentaireJe le trouve malhonnête (le terme est trop fort) parce qu'il sait, en les faisant, que ses gestes, certes dictés en majeure partie par une compassion pure (mais pas seulement), peuvent - et vont - être interprétés différemment. Mais je l'ai pris dans le nez assez vite, de toute façon :)
@ Fash : Un cocktail ? :))
Écrit par : Cuné | 07.07.2011
Répondre à ce commentaireSinon, je suis d'accord avec toi, il sait très bien qu'il a tort de la laisser s'attacher comme ça, mais c'est un appel à l'aide, aussi, il ne peut pas ne rien faire. Et le prendre dans le nez, carrément ?
Écrit par : Nataka | 07.07.2011
Répondre à ce commentairePrendre dans le nez est excessif aussi, pendant un long moment je n'avais pas d'avis, il était trop incolore pour ça, mais quand j'ai compris (avant lui, au temps pour le gars qui intellectualise tout, hein) que son inclinaison allait vers l'autre, je n'ai pas pu m'empêcher de pencher, moi, vers ma chouchoute, au caractère bien plus sympathique selon mes critères.
S'il avait été un héros shakespearien, il se serait effacé, purement et simplement, et aurait envoyé de l'aide incarnée par Hans, par exemple.
Écrit par : Cuné | 07.07.2011
Répondre à ce commentaireTa chouchoute a une évolution de caractère très intéressante, je pense quant à moi qu'après avoir cru qu'elle pouvait dominer le monde, et après avoir été soumise à une sorte d'esclavage, la dernière chose à faire était de s'enfermer dans une relation de dépendance comme ce qui se serait passé si Daniel était resté avec elle.
Daniel est fade, c'est clairement un contemplatif, ça ne me déplait pas.
Le dvd est sous enveloppe, il part demain.
Écrit par : Nataka | 07.07.2011
Répondre à ce commentaireJe suis entièrement d'accord avec ça, la dernière chose à faire aurait été de concrétiser avec Deronda, mais il n'aurait pas dû quand même jouer ce role de soutien proche, c'était l'encourager dans son transfert analytique (car c'est ce dont il était question en réalité, elle se foutait de Daniel Deronda en tant que personne, ce sont ses points de vue sur la vie qui représentaient sa seule bouée de sauvetage au moment où plus rien n'avait de sens pour elle.)
Écrit par : Cuné | 07.07.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Nataka | 07.07.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 07.07.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Nataka | 07.07.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 07.07.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Maribel | 09.07.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 10.07.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Joelle | 03.08.2011
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