« 2011-06 | Page d'accueil
| 2011-08 »
30.07.2011
Elle, son seul désir était de s'entendre réfléchir
"A part ça, elle était d'accord avec pas mal de gens de par ici (...) pour penser que la vie est trop courte pour la gaspiller à cultiver et à arborer son bon goût. Pour impressionner qui ? Pendant ce temps-là, elle pouvait lire."

Alors voilà : ou je parle de tout ce dont j'ai envie de parler, je cite et recite et rerecite et au final, les choupinets mini post-it l'attestent, je dépiaute la globalité du roman et de son intrigue (qui n'est pas l'important ici, mais tout de même) ou je me mords les deux mains et le reste, je prends sur moi dans un sursaut de volonté et je m'en tiens à l'esquisse, mais c'est dur, hou la, faut-il que je déteste moi-même qu'on me m(g)âche la découverte.
"L'amour des Maytree" d'Annie Dillard (Christian Bourgois 2008, 274 p., traduit de l'anglais (USA) par Pierre-Yves Pétillon) plus qu'un roman d'amour, est une épopée (ou presque).
On y suit Lou, qui rencontre Toby Maytree (il vient la chercher alors qu'elle lit Bleakhouse !), ils s'aiment, se marient, ont un enfant, et vivent. Et la vie n'est jamais toute droite.
On est à Cap Cod, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Les Maytree sont aussi passionants l'un que l'autre, ensemble ou pas. Grands lecteurs tous deux, lui cherche à apprendre, elle l'émotion. Il est bavard, elle est mutique. Ils ont Paul, elle découvre l'intensité incroyable de la maternité, l'océan est là, les ami(e)s aussi.
Toute leur vie, de manière très différente correspondant à leur caractère, ils s'interrogent. Sur le sens de la vie et sur l'amour. Lou est très étonnante, vraiment, elle m'a totalement bluffée. Maytree est plus en nuances, déclarant aussitôt bâtie chaque hypothèse apostasie (renonciation par reniement), tout en penchant vers la hiérophanie (manifestation du sacré) (ah ouais, il y va franco le Toby).
Et les années passent...
Un roman sans facilité d'aucune sorte (ni dans son propos, sa construction, sa langue ou ses concepts) à la beauté douloureuse et à la vérité étincelante : on en sort lavé, rincé, prêt à aller s'étendre au soleil pour prendre un peu de douceur (et, ce qui ne gâche rien, on en conclut ce que l'on veut, le lecteur n'a jamais de prêt-à-digérer) (car au final, nul ne sait rien et ne fait qu'avancer d'un millimètre tout au long de sa vie).
"Si tu étais un Aleut préhistorique, et que ta femme ou ton mari mourrait, ta famille t'étaierait les articulations, le temps du deuil. Leur coutume était de t'attacher des lanières autour des genoux, des chevilles, des coudes, des épaules, des hanches. Tu pouvais encore bouger, mais à peine, comme si tu étais emmailloté. Sinon, disaient les Aleuts, le chagrin te disloquerait, exactement comme un squelette se disloque; Tu tomberais en morceaux."
Merci Cathulu !
Son avis et le très beau billet de Christine Jeanney.
27.07.2011
Mais s'il te plaît, ne viens pas chialer...
"... je t'en prie, cultive jusqu'au bout la joie qui te fait entrer en littérature."
Quand François Begaudeau donne des conseils aux écrivants, il fait rire les lecteurs !
Les conseils de François Bégaudeau par enviedecrire
Vue sur l'excellent site Envie d'écrire, cette vidéo m'a fait glousser de bon matin, tant elle manie avec bonheur la sincérité totale, les arguments très justes (dans la vie il faut un bon dosage d'humilité et de prétention, une certaine estime de soi / il ne sert à rien de faire juger son travail à quelqu'un avec qui on est en conflit de tempérament, etc.), et deux niveaux de langage différents ("Tiens, j'vais m'péter 5 heures d'écriture... Mais c'est quoi ces pages... Est-ce que ce serait pas d'la merde ?... / Et s'ils avaient une réserve, c'est probablement que le livre est amendable, perfectible...".
Enfin, voilà, quoi : Si tu veux écrire, écris.
Merci m'sieur :)
07:02 Publié dans Rien à voir | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : "ok, écris!, c'est vachement plus intéressant que, d'aller faire ses courses chez carrefour", je ne m'inscris pas en faux, avec cette affirmation si poétique, d'ailleurs il a raison sur tout, le sieur françois, c'est juste très amusant, la façon dont il le dit, :))) |
25.07.2011
Top Ten Monday (Les personnages du Trône de Fer)
Telle que vous ne me voyez pas, bienheureux qui continuerez à dormir sans cauchemars, je suis en pause entre l'aspirateur et la serpillère. Car, oui, ma vie est à ce point passionnante que ces tâches m'absorbent toute, et occasionnent, puisque j'ai la chance de détenir ce qui est en train de se transformer en bronchite, une suée de bon aloi (je dirais 38,5°), or je porte mes lunettes; qui écrira un jour le drame dramatique des porteuses de lunettes vs la transpiration aura de quoi faire, tiens c'est une idée pour mardi prochain, le TTT des choses les plus glam. Ajoutons à ceci 11° dans l'air et un taux d'humidité avoisinant les 235 % (sans exagération aucune, cela va sans dire) et réjouissons-nous de ce mois de juillet en région parisienne, trop top, really, I mean.
Or donc, en ce temps-là (le "yonder" de ma chérie Siri) entre j'aspire et je vais laver un jour, si, si, je peux le faire (pour mon épitaphe j'ai songé à "Elle allait le faire"), il me fallait un dérivatif aux pensées tellement gaies qui se bousculaient pour passer en premier entre mes 39 neurones.
Le thème officiel chez The Broke and The Bookish m'inspirant somme toute pas du tout, mais désireuse de publier un billet tant Fashion nous fait honte à toutes avec son activité bloguesque frénétique, l'envie me vint de vous présenter les meilleurs personnages du Trône de fer, en me basant sur ce que j'ai vu (Game of Thrones, saison 1, 10 épisodes) et lu (Tomes 1 à 9 ancienne parution, Intégrales tome 1 & 2 nouvelle parution) (pas encore fini le 2 mais c'est un détaillounet).

(Ecoutez, on est bien mardi quelque part dans une dimension quelconque, ne me cherchez pas, ou je fais une lecture commune dans le cadre d'un challenge)
1. Le traducteur
Il parait qu'il se dit pis que pendre de la traduction de Jean Sola sur le net, que ce nom serait un pseudonyme, et que la VO est beaucoup moins médiévale que la VF. Je n'ai rien suivi de tout ça, je suis juste tombée complètement sous le charme de la langue en VF, quelqu'un qui emploie le verbe "bistrer", qui invente des néologismes de toute beauté et qui manie les différents niveaux de langage avec une telle dextérité ne peut que remporter mon adhésion pleine et entière.
2. Tyrion
Il est tellement brillant que j'ai dû relire plusieurs fois les passages où il manipule Littlefinger ou l'eunuque ou encore sa soeur, le suivre entre ce qu'il dit et ce que ça entraîne en stratégie n'est pas aussi simple qu'il y paraît. Il est drôle, il est caustique, politiquement incorrect et totalement éclopé, à tous les niveaux.
3. Asha
Le chapitre où elle retrouve Theon est à se tordre de rire, du début à la fin. Quelle femme ! Malice, langue acérée, intrépidité, je prie pour que les méandres GeorgeRRMartinesques l'épargnent, celle-ci (je ne me souviens plus de rien en ce qui concerne l'intrigue, c'est effarant. En même temps ma première lecture date de plus de six ans, j'ai des excuses.).
4. Eddard Stark
Ned est un Seigneur, un vrai, de ceux sur lesquels on peut compter, qui son amitié une fois donnée ne la reprend jamais, quelqu'un pour qui le mot honneur veut dire quelque chose. Il m'a fait pleurer, au moment où.

5. L'adaptation TV
A ce stade, et parce que Sean Bean, je m'ajoute aux concerts de louange qu'on trouve absolument partout concernant la série TV, que je trouve moi aussi meilleure que le roman, dont chaque épisode m'a transportée, vivement la suite, je n'ai pas plus à dire.
6. Arya
Petite maigrichonne au caractère bien trempé, arya est attachante en diable et bouleversante quand elle énonce simplement ce qui est pour elle l'évidence : se marier, perpétuer une lignée et s'occuper de ses éventuels enfants, ce n'est pas elle. Déjà pas évident à imposer à notre époque, alors à la sienne, la pauvrette...
7. Jon Snow
Peut-être le personnage le plus intéressant, en y réfléchissant, car il est traversé par un peu tous les autres, selon les moments. Avec lui on touche du doigt le poids d'un serment, la cohésion avec des frères que l'on s'est choisis, le déchirement entre ce que nous dicte notre coeur et la raison, la peur, la vraie et ce sentiment si partagé au monde, l'imposture, la non appartenance (sa bâtardise, s'il faut préciser, son manque de racines).
8. Bran
C'est de lui dont je me souvenais le mieux, tant ma première lecture était impregnée de Fitz et ses rêves en tant que loup m'emplissaient de réminiscences. Cette fois je suis plus en empathie avec des tourments plus immédiats, et j'admire son côté Stark, no matter what.
9. Jaime Lannister
Il est pourri jusqu'à l'os mais il a du panache, un certain courage et quelques répliques pas dégueu. (Et puis bon, Nikolaj Coster-Waldau n'est pas exactement repoussant non plus, tout blond qu'il soit.)

10.
C'est tout, en fait, tous les autres sont plus ou moins sur le même plan pour moi, tour à tour intéressants puis moins, dans la mesure où ils interfèrent avec mes chouchoux ou pas. Le gros dixième serait l'ensemble des romans, où je continue à me perdre avec délices.
13:11 Publié dans Tops divers | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : ttm, "le monde ne suffit pas aux poètes, aux philosophes, et à tous les amateurs de livres", joseph joubert, cité par siri hustvedt, dans "yonder" |
23.07.2011
Mes bonheurs sans raison foudroient même ma tristesse
C'est l'histoire de Constance, 35 ans, qui croit rencontrer un jour par hasard Fosca, très vieille dame, à une terrasse de Venise, où elles se découvrent des affinités. Jolie rencontre, belle complicité, temps passé ensemble. Fosca se raconte, Constance écoute. Puis Fosca meurt. Et Constance découvre des écrits, qui viennent affiner le portrait de la vieille dame...
"La douceur des hommes" de Simonetta Greggio (Stock, 2005 & Le Livre de Poche, 2007, 154 p.) est un joli roman, malgré ses défauts. La grande partie "on the road" sonne faux de bout en bout, les dialogues sont plats, les évidences s'enchaînent et se bousculent comme si elle étaient neuves, on reste grandement extérieur tant on sent les coutures. Puis enfin, ça prend corps. Les lettres et les bouts de journaux intimes de Fosca l'incarnent enfin sous nos yeux, ça y est, on comprend, on ressent. La pauvre Contance, en revanche, demeure en permanence un personnage dont on se demande ce qu'elle vient faire là-dedans, même si l'auteur tente de nous l'expliquer en toute fin : le lecteur en seul récipiendaire de la souffrance de Fosca aurait bien mieux fonctionné, à mon avis.
Roman qui se veut charnel (l'est à peine), Le douceur des hommes est en revanche un vrai roman d'amour, avec des petits passages féroces qui s'en dégagent en jouant des épaules, ce que j'ai peut-être préféré, d'ailleurs. Comme :
"J'ai arrêté de fumer le jour où je me suis retrouvée sous la douche avec une cigarette allumée entre les lèvres et une autre entre les doigts... C'était certainement le bon moment. Oh bien sûr, il y avait déjà eu quelques signes avant-coureur; par exemple, j'avais envie de fumer alors que j'étais déjà en train de le faire. Il faut toujours que j'arrive à l'extrême limite de quelque chose pour savoir si j'ai vraiment envie de m'arrêter."
"Quand tu arriveras, avec un peu de chance, à la dérive ultime - terrible épreuve que je te souhaite toutefois -, tu verras aussi comme beaucoup de choses que tu croyais essentielles ne sont que des gesticulations inutiles. Comme on se trompe soi-même, sciemment, tous les jours, au lieu d'avoir le courage de vivre."
Une sublime métaphore également : "Clothilde avait ce qu'on appelle, en langage de luthier, un coup de vent. Tu sais, les archets sont aussi difficiles à fabriquer qu'un instrument entier. Ils sont en pernambouc, un bois incassable d'Amérique du Sud, et les crins viennent de la queue des juments.
- Pourquoi, celle des étalons ne fait pas l'affaire ?
- Non, car les juments urinent sur leur queue, et pas les chevaux : avec l'urine, les poils deviennent à la fois très résistants et très souples.
Le coup de vent poursuit Marie, est un vice caché dans les fibres du bois. Il suffit que l'arbre ait été malade pour que cette souffrance le marque à jamais. Ça pourrait être le plus bel archet du monde, il finira toujours par produire une fausse note."
C'est aussi un roman gentiment féministe, par certains côtés :
"Fosca, dans ta dernière lettre il y a le résumé de ce que tu es : une femme. Une femme habituée à réfléchir sur ses pulsions avant de se les permettre. Tu affrontes tes envies au lieu de les ignorer."
"On aime des attardés, avec notre instinct maternel détourné et perverti, notre aptitude à l'attente."
Au-revoir, Fosca, ton histoire m'a émue.
Roman pioché au fond du carton donné par Fashion, merci la belle ! (Son avis offre des liens vers plusieurs autres). (Lecture déjà tentée en 2008, abandonnée, ce matin était le bon moment.)
09:04 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : "jamais, non, jamais., jamais quoi, mon inconstant, mon volage, mon parjure ?, jamais tu n'as eu, ou jamais tu n'auras ?, jamais plus, ou jamais avant ? |
18.07.2011
La vie n'est donnée qu'une fois et on la veut hardie, sensée, belle.*
* Anton Tchekhov
300 pages très aérées (euphémisme) où l'on trouve essentiellement des poncifs absolus : clairement dispensable. A moins, évidemment, que vous aimiez entendre des choses telles que :
"Il est sage de prendre vos distances avec ceux qui veulent vous rabaisser."
"Quand la vie vous oppresse, recherchez du réconfort dans la nature."
"L'amour et la réussite nous embellissent, la bonté aussi."
...
Des comme ça, il y en a des brouettes dans ce florilège de "pensées et de réflexions intimes" que Nikki Gemmel nous présente comme un "cadeau tendre et lumineux". Il y a aussi de jolies citations :
"Hardiesse, sois mon amie; audace, arme-moi..." William Shakespeare
"Détournez-vous de ceux qui vous découragent de vos ambitions. C'est l'habitude des mesquins. Ceux qui sont vraiment grands vous font comprendre que vous aussi pouvez le devenir." Mark Twain
...
Etait-il utile que je connaisse l'avis de l'auteur sur la fellation (elle trouve ça dégradant) ou le clitoris (8000 terminaisons nerveuses) ? Ai-je appris quoi que ce soit, ai-je souri, ai-je été motivée en une quelconque façon ? Bah, non, même si j'ai tourné les pages jusqu'au bout, en une petite heure.
"Plaisir" - Nikki Gemmel (Pleasure)
Au Diable Vauvert, 2011, 300 p.
Traduit de l'anglais par Gaëlle Rey
13.07.2011
Si le langage manque, personne n'est en mesure de penser à ce qu'il éprouve, de parler de ce qu'il éprouve, de communiquer avec les autres
Francesco Alberoni est un Chercheur italien spécialisé dans l'étude des émotions collectives et des sentiments humains (un psycho-sociologue, en somme, deux gros mots en un). "Le choc amoureux" (1979) est son best-seller, l'ouvrage traduit dans le monde entier et encore aujourd'hui réédité. Why que ça marche autant ? demanderait Fashion - qui sur l'amour a une théorie des plus fascinantes, invitons-la donc à la décliner sérieusement dans un billet dont elle a le secret - Parce que c'est à la fois scientifique et novateur, limpide et exhaustif, éclairant et déstabilisant, tiens.

(Le baiser de Klimt, han c'est beau)
En un traité (plus qu'un essai) de 185 pages (Ramsay & Pocket, traduit de l'italien par Jacqueline Raoul-Duval et Teresa Matteucci-Lombardi), Francesco Alberoni nous décortique le sentiment amoureux, et plus précisément sa naissance. Cet état d'amour naissant qui ouvre les portes du possible, comment le reconnaître, comment en être sûr, qu'implique-t-il comme changement profond, quelles sont les choses qui se jouent à ce moment-là, comment y accède-t-on, peut-on s'en protéger, y échapper, le provoquer ?... Les questions sont multiples, les réponses toujours claires et argumentées, et placées en parallèle avec ce dont elles participent, le mouvement collectif au sens large, car l'homme est un animal social y compris dans sa façon d'aimer.
L'auteur creuse son sujet, en explorant les différentes sortes d'amour (qui en réalité sont toujours l'expression d'un seul et même sentiment, simplement situé sur des plans dissemblables), en suivant l'amour naissant lorsqu'il s'institutionnalise (devient amour installé), ou s'interrompt (la pétrification), ou ses corollaires, la jalousie, la possession, le don. En recourant à la pluralité des civilisations et de leurs institutions culturelles, il nous montre le discours utilisé pour traiter le sujet, la place qui y est (ou non) (et souvent non) accordée.
J'ai été formidablement intéressée par l'ensemble des propos tenus dans ces courtes pages, découvertes chez L'Irrégulière, dont je ne partage pas les conclusions (voire aussi son deuxième billet sur le sujet); sans doute parce que c'est ma nature, je ressors de ces pages ébranlée, me posant mille questions qui n'y ont pas trouvé réponse, mais très sincèrement enrichie par des points de vue que j'ai souvent trouvés fort justes.
Par exemple, le fait que l'état d'amour naissant permet peut-être la seule et véritable ouverture d'esprit: "Quand l'autre, grâce à une remarque, un jugement, un récit, nous montre quelque chose que nous n'avions jamais vu dont nous n'imaginions même pas l'existence, c'est comme si la fenêtre par laquelle l'autre regarde et voit le monde s'ouvrait pour nous. Cette perspective est la sienne, de même que nous avons la nôtre. Mais ce n'est pas une opinion, un "point de vue", comme l'on dit dans le langage de la vie quotidienne; c'est réllement une fenêtre sur l'être."
Ce qu'il explique (longuement, difficile de l'esquisser ici en trois phrases succinctes) au sujet de la jalousie a également remis en question les théories fumeuses que j'avais cru jusqu'ici tenir la route. De façon péremptoire : non, quand on aime, et surtout quand l'amour débute, on ne peut en aucun cas éprouver de jalousie.
Hum.
11.07.2011
D'une certaine hauteur, on ne voyait plus que la présence des gens, et non les gens eux-mêmes.
Un restaurant huppé aux Pays-Bas, deux frères qui dînent ensemble, avec leurs épouses. Paul, le narrateur, renâcle à y aller, il récrimine sur tout ce qui bouge (avec beaucoup d'assertions idiotes sur la restauration, d'ailleurs), et le style est plat, plat, plat, me suis demandée si j'allais aller au bout.
Petit à petit, les contours s'affinent, la situation se précise, les apparences étaient - comme toujours - trompeuses.
On a donc deux frangins, certes, mais pas n'importe qui. L'un deux est en passe de devenir premier ministre, son épouse vient visiblement de pleurer dans la voiture en venant. Paul et Claire, eux, semblent parfaitement solidaires et sur la même longueur d'ondes. Mais laquelle ?
Il leur faut donc maintenir le jeu des apparences - on dîne sous les yeux d'électeurs -, tout en abordant à un moment ou à un autre un sujet douloureux : leurs fils respectifs ont commis un acte très grave, ils en ont eu connaissance et doivent décider d'une ligne de conduite...
Et alors là le style n'a plus rien de plat (bien qu'il ne soit pas non plus littéraire) : c'est typiquement le genre de roman qu'on termine en apnée, la main sur la bouche pour s'empêcher de crier (ou gémir, tellement c'est insidieux ce qu'on apprend), additionnant 2 + 2 et refusant d'en croire les déductions de notre cerveau.
Le thème central est bien la violence, mais pas tout à fait celle annoncée par la 4° de couv. Il s'agit en fait de la pire qui soit au monde, à mes yeux, et je ne peux absolument rien révéler de plus. Le traitement est politiquement incorrect, et Herman Koch parvient à nuancer sa charge (malgré tout féroce) en proposant quelques explications, à défaut de justifications.
Absolument glaçant et diablement efficace.
Le dîner - Herman Koch
Belfond, 2011, 330 p.
Traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin
22:13 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : le bureau des tags est fermé, qu'elle a dit fashion, j'obéis, moi |
08.07.2011
Je me lève le dernier parce que la vie me tente modérément
A quoi tiennent les choses, franchement, tout est tellement aléatoire... Entrer dans une nouvelle librairie, voir dans le grand mur des livres de poche un petit minuscule tout fin qui est juste mal rangé, qui dépasse un peu, de travers, le saisir, voir "Un livre d'une intelligence et d'une grâce inouïes" affirmé par Daniel Pennac sur la couverture, lui faire confiance, et PAN. Crucifiée.

"La dernière nuit" de Marie-Ange Guillaume (Le Passage, 2002 & Points, 2006, 94 p.) est un recueil de six nouvelles terriblement belles, profondément exactes, désespérement humaines.
Celle qui donne son titre au recueil parle d'un truc on ne peut plus banal, une liaison. Il est marié, elle n'est pas sûre de ce qu'elle fait, ça finit mal. Ça finit toujours mal. On y trouve ceci sur le bonheur : "Le bonheur se raconte mal. C'est ma main engourdie sur ton coeur qui bat encore, mon image minuscule reflétée dans tes yeux. C'est une île silencieuse où crient des milliers d'oiseaux, c'est une stupeur, un désert, un paquet de coton. Et ça ne dure pas."
Ma préférée c'est "Tête de mule". Louise, 92 ans. Bernard qui va aborder la cinquantaine. Le facteur. Qui monte les six étages une fois par semaine avec des provisions, envers qui elle est acrimonieuse. "Bernard était un brave type sans âge et sans famille qui ne se posait pas de questions. Il avait ses habitudes, elle en faisait partie. Moyennant quoi, il supportait sans broncher ses humeurs de vieille dame." Mais attention, quand elle parle de quelqu'un d'autre : "Pas très content, Bernard. Elle le rationnait en Suze, elle se foutait royalement de sa santé, elle disait jamais merci, elle râlait tout le temps, et voilà que l'autre, il était impeccable. Même le fait de venir de Pantin résonnait comme un exploit, une qualité supérieure. Elle poussait le bouchon, quand même." Leur histoire est belle, je vous laisse découvrir.
"Canicule" est douloureuse. Un papa, une petite fille, une mère malheureuse, la dépression rôde partout, ça gratte bien fort là où ça fait mal, attention.
Les trois autres sont plus courtes, plus légères, ça fait du bien aussi. Intelligence et grâce, Daniel Pennac ne ment jamais, de toute façon.
05:56 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : j'ai du mal à digérer la fin des choses, tout ce soleil qui s'éteint, "canicule"est une nouvelle terrible, ter-ri-ble !! |
07.07.2011
Je préfère me charger de votre peine pour la faire mienne que de la joie la plus radieuse d'une autre femme
Daniel Deronda de George Eliot (1876) en Folio Classique, édition proposée, annotée, préfacée, noticée et traduite par Alain Jumeau, en deux tomes de près de 600 pages chacun, gros morceau.

A l'instar de Nataka, j'ai mis plusieurs semaines à lire ce classique, en raison d'éléments divers et variés parmi lesquels sa difficulté de lecture : on n'est clairement pas dans le divertissement.
Daniel Deronda est un jeune homme grave et réfléchi, qui analyse tout en permanence mais à qui il manque la base : il ignore tout de ses origines. Elevé par un gentleman anglais, dont il se croit le fils illégitime, il ne sait rien de sa mère et hésite quant à la direction à donner à sa vie : quelle profession embrasser, quel rôle tenir dans la société, quelles amitiés entretenir, tout l'intéresse et il aime à se placer en conseiller, dans tout un tas de domaines. A ce stade de sa vie, il rencontre deux femmes, qui ne pourraient être plus différentes l'une de l'autre, et par gentillesse, devient pour chacune d'elles un appui.
Deux hommes joueront un rôle dans la suite des évènements : le frère de l'une et le mari de l'autre. Deronda finira par faire un choix, déchirant alors mon coeur qui avait élu la blonde depuis longtemps, et c'est infiniment triste que j'ai tourné la dernière page...
Une fois que j'ai grossièrement esquissé un angle quant au contenu de ce roman, je n'ai rien dit, tant il est riche et foisonnant. Ce qui se passe avec George Eliot c'est qu'elle avait, pour son époque (mais ce serait exactement la même chose aujourd'hui), et considérant qu'elle était une autodidacte totale, une culture et une ouverture sur le monde absolument prodigieuses. Les deux choses offrant au lecteur une succession de moments intenses, ceux où sa propre vie est éclairée par des mots précis posés sur un comportement (la marque des classiques, qui révèlent l'intemporel), et ceux où il se sent largué (et a recours aux notes explicatives) (mais trop de références non identifiées tuent un peu le plaisir).
Les deux gros morceaux sous la trame romanesque tiennent aussi de la prescience, et c'est impressionnant; un quart de siècle avant Freud, George Eliot nous parle de l'inconscient, met en situation un transfert analytique, et retrace pour nous l'histoire du judaïsme (en présentant à travers différents personnages plusieurs facettes), et finit par placer son héros dans la volonté de créer un "foyer national" sioniste (20 ans avant la publication, en 1896, de l'ouvrage de Theodor Herzl, "L'état juif", faisant date dans le sionisme en tant que phénomène historique.)
Mais, hormis un long passage en début de tome 2 (déjà identifié par Nataka) que j'ai trouvé nébuleux et pénible, ce qui est très fort c'est que les ressorts romanesques fonctionnent tellement bien qu'ils prennent aisément le dessus, et qu'on se suspend à l'action et aux personnages. Contrairement à Nataka (dont le billet est très très bon), je n'ai aucune envie de ressembler un jour à Daniel Deronda, qui n'a jamais recueilli mes faveurs. Je lui en veux même terriblement, considérant comme faiblesse et une certaine forme de malhonnêteté son comportement envers ma chouchoute. Enfin, Daniel Deronda reste un roman très cérébral, qui brasse les notions par dizaines et qui souvent vous demandera de vous interrompre pour réfléchir à ce qui vient d'être évoqué.
J'ai préféré Middlemarch, mais je recommande vivement à chacun de lire George Eliot, en tous les cas.
Keisha l'a lu aussi.
04:21 Publié dans Livres : Classiques | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : que la perdition prenne mon âme si je ne t'aime pas, shakespeare, othello, on n'a guère fait mieux que ce bon will, faut avouer |
06.07.2011
Ceci est un livre sur les occasions perdues ou saisies
Madrid, le quartier de Lavapiés : "c'est un quartier multiculturel mais pas interculturel", ne cessent de répéter les différents personnages, pensant tous en citer un autre, quand ils ne sont qu'enfermés dans leur petite bulle à la lucarne minuscule.
Ils y habitent tous, ou y travaillent, ils sont tous différents, ne se connaissent pas, ou à travers un champ de ramifications telles qu'il est impossible de s'y retrouver : chacune de la multitude de voix que l'on entend dans ce roman nous offre sa vision du quartier, de lui-même, de la vie, et c'est prenant en diable.
"Cosmofobia" est un gros roman bruissant de vie, que l'on déroule comme si on l'aspirait, absolument ravi d'être emporté dans le courant, les comprenant tous, toujours un peu surpris et déstabilisé de leur candeur, de la façon franche d'aborder des sujets aussi bien graves que légers.
Peu à peu la profondeur gagne du terrain, et c'est plus qu'agréable de surfer sur les genres, quand ils sont aussi bien mélangés : si l'amour demeure malgré tout le thème central (y a-t-il autre chose dans nos vies, au fond ?), le racisme, la pauvreté, l'honnêteté, la solitude, les relations aux autres, l'anorexie, l'Art, sont quelques-uns des thèmes abordés (il y en a d'autres, dont une très chouette manière d'injecter un peu d'ésotérisme, une touche de peur) et le tout s'imbrique avec une belle vitalité.
Je recommande vivement !
Cosmofobia - Lucia Etxebarria
Editions Héloïse d'Ormesson, 2007, 367 p. (paru aussi en 10-18)
Traduit de l'espagnol par Maïder Lafourcade et Nicolas Véron
Merci Caro !
"(...) car il sait que les sentiments les plus douloureux sont les plus absurdes. L'angoisse des choses impossibles, la nostalgie de ce qui n'a jamais été, le désir de ce qui aurait pu être, l'envie de ce qu'ont les autres, l'abîme qui s'ouvre entre la réalité et le désir, entre la volonté et l'évidence."
05:12 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : écoute, oscar, ton problème, c'est que tu as des amis comme on a un sac prada, pour te montrer avec |

