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09.09.2011
Les pensées nocturnes sont les pires. Tu ne peux parler à la nuit. Elle pourrait se mettre à répondre.
"Certains biographes vont être pris de l'envie de me battre." nous dit Joseph O'Connor en postface, car si ce roman est inspiré de la vie de Synge (prononcer "Sing") et Molly Allgood (nom de scène : Maire O'Neill - prononcer "Moïra" O'Neill), la licence poétique est totale et rien n'est respecté.

Le résultat est époustouflant, superbe, magnifique, c'est un roman bouleversant dont on chérit chaque page, qui nous offre des montagnes de phrases incroyables qu'on se répète à mi-voix et dont la beauté nous soulève, qui nous prend dans les bras de son roulis et défie toute chronologie.
Histoire d'amour, bien sûr, entre une petite actrice irlandaise au caractère tempétueux et un génie des lettres souffreteux et torturé, entre 1908 et 1952, mais aussi portrait de l'Irlande en différentes périodes et vision terrible de la déchéance et de la misère. Histoire tragique, à tous les points de vue.
Il y a des pages merveilleuses sur la littérature, coté lecteur ou auteur, des références innombrables disséminées ici ou là, des passages drôles à en pleurer qui côtoient des moments de pur drame emplis de douceur.
(Par exemple, et je ne retrouve plus la citation exacte, la mère de Molly a élevé ses filles en leur disant que le corps masculin était comme la carte de l'Irlande : pas touche à Limerick :))

C'est un roman dont je ne saurais exprimer l'excellence autrement qu'en le citant, tout petit paragraphe d'une très longue et très belle lettre (entièrement fictive) adressée par Molly à son Vagabond, son vieux Millington Trillington Mouchoullington, son vieil hibou sagace :
"He bien maintenant, monsieur Lunettes d'Ecaille, je ferais mieux de me mettre au lit. Tourne-toi pendant que je me déshabille, espèce de flibustier ! Je peux te confier un autre secret ? Tu te rappelles le soir où tu m'as invitée à prendre le thé au Shelbourne ? Oui, le premier soir où nous sommes sortis ensemble. Moi, je me souviens même de la date. (Et TOI ? Sale menteur - c'est pas vrai.) Quand tu as retiré ton manteau pour le poser sur ton bras et que tu m'as regardée avec des gouttes de pluie dans tes cheveux et tes lunettes embuées ? J'ai eu envie de t'embrasser. Est-ce que je ne suis pas affreusement polissonne ? Avant même qu'on se soit dit bonjour ou assis. Tu blablatais à propos de Yeats, ou de Paris, ou de je ne sais quoi, sérieux comme dix papes. J'ai eu le sentiment que je te connaîtrai toujours - ou peut-être que je t'avais rencontré il y a très longtemps. Ce n'était pas juste parce que tu étais l'homme le plus gentil que j'avais jamais fréquenté; c'était plus étrange que ça. Comme le climat. Tous ces gens qui allaient et venaient, je ne les voyais même pas. Et j'avais peur, aussi. Je ne voulais pas tomber amoureuse. Je rapportais un manteau raccomodé à tata Eleanor, sur Francis Street, ce soir-là. Et j'ai eu envie de lui raconter. J'étais folle, n'est-ce pas ? Cette nuit-là, je n'ai pas dormi, Monsieur. Je devrais me taire ? Tu as raison."
Muse - Joseph O'Connor
Editions Phébus, 2011
272 pages
Traduit de l'anglais (Irlande) par Carine Chichereau
Titre original : Ghost Light
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Commentaires
Écrit par : cathulu | 09.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 09.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cathulu | 09.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 09.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : erzie | 09.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 09.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Leiloona | 09.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 09.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : sylire | 09.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Valérie | 09.09.2011
Répondre à ce commentaire@ Valérie : Un ennui profond ? Absolument pas pour moi, oh la la, je n'ai pas trouvé un seul mot ennuyeux dans ce roman :)
Écrit par : Cuné | 10.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : chiffonnette | 10.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 10.09.2011
Répondre à ce commentaireO'Connor a rendu à merveille le brouillon d'un esprit humain, selon moi, les vagues qui ne cessent de s'y échouer sur le rivage.
Écrit par : Cuné | 10.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : sylire | 11.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Stephie | 12.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Domreader | 12.09.2011
Répondre à ce commentaireA la suite de ton billet, je brûle de découvrir Muse ..
Écrit par : Ingannmic | 12.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Karine:) | 12.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : maijo | 13.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : chiffonnette | 13.09.2011
Répondre à ce commentaire@ Les filles : Merci ! :)
Écrit par : Cuné | 14.09.2011
Répondre à ce commentaireJ'ai relevé aussi quelques passages savoureux pendant ma lecture, dont celle sur la carte de l'Irlande et le corps d'un homme qui m'a fait bien rire... Il y en a tellement des passages savoureux dans ce roman qu'on passerait son temps à le recopier ;-).
Il est en lice pour le prix Femina et le prix Médicis. Crossing fingers !
Écrit par : Maeve | 17.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Christine | 19.09.2011
Répondre à ce commentaireMaevé, oui, crossing fingers :)
Écrit par : Cuné | 20.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Anis | 23.12.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 23.12.2011
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