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08.10.2011
La vie est une succession imbécile de gens qui se disent bonjour
"- Même si le monde s'écroule, elle a dit hier dans un moment d'énervement, même si le monde s'écroule, il n'y aura plus rien après ce que tu nous as fait.
- Chiche, je lui ai répondu. Je ne vois pas les choses comme toi. Tu ne connais vraiment rien aux situations de crise.
Toutes les expériences significatives d'enfermement ont eu un effet indiscutable sur ceux qui les ont menées. Si je nous ai claquemurés ici, c'est bien pour nos rapports évoluent et que nous nous supportions à nouveau. Je ne suis pas un psychopathe et n'ai rien pris à la légère."

Voilà la situation par laquelle nous entrons dans la vie de Benjamin Berton (le narrateur) : il s'est enfermé avec sa femme et sa fille dans une chambre de leur maison, il compte y demeurer 20 jours pendant lesquels, selon ses calculs, elle (la chambre) les emmènera dans un futur alternatif où ils pourront recommencer une nouvelle vie. Il déroule alors pour nous l'ancienne, de leur installation dans cette maison du Mans, à la naissance de leur fille, leurs relations avec les voisins, les collègues, et surtout, surtout, la déliquescence de leur couple.
Ce narrateur n'est jamais attachant. Tête-à-claque, il a malgré tout des côtés profondément intéressants ("Vous aimez lire ? Quand il n'y a rien à la télé, je souris. Je détestais par-dessus tout donner l'impression que j'étais un intellectuel. Oui, j'aimais lire. C'était mon seul et unique passe-temps, la seule chose qui m'intéresse vraiment dans la vie. Tout le reste, le travail, la balade, le sexe, le football, ce que vous voulez, n'avait de sens que s'il y avait un bon livre qui m'attendait quelque part et avec lequel je pouvais passer la nuit.") Pourtant, en un style auto-fictionnel très réussi (c'est-à-dire aussi exaspérant que par moments passionnant), il se livre à une véritable dissection de la vie de couple. Il y a des passages terrifiants de lucidité, il y a une progression subtile à laquelle on adhère complètement. (Il y a aussi, rassurez-vous, la solution, selon moi, qui tient en une phrase : "La conversation seule pouvait garder deux âmes ensemble une vie durant", et qu'il décline plus longuement également).
Mais là où j'ai bu du petit lait, c'est quand Benjamin Berton (l'auteur) décide de détourner les codes du roman auto-fictionnel établis en base et nous propose un choix : est-on dans un roman de SF/Fantastique ou son personnage pète-t-il les plombs ? Car il est persuadé que dans sa maison, une des trois chambres voyage dans le temps. Il se livre à de nombreuses expériences, tâte des réalités alternatives, et ne comprend plus rien. On se régale de nombreux passages où il demande l'avis d'un copain pointu en SF, où sa femme se moque de lui, ou où il assouvit ses fantasmes d'adultère sous couvert de gérer sa culpabilité en revenant dans le passé. Il a beaucoup lu, il connaît le principe du paradoxe temporel, mais soit la chambre est facétieuse soit il ne l'a pas vraiment intégré :))
Bref, 376 pages totalement épatantes, et, pour une rare fois, j'établis ce constat sur la base de leur somme, en les ayant terminées seulement. Je veux dire, j'aimais ce roman en le lisant, il me plaisait depuis les premières pages, mais je n'avais pas l'impression de lire un Grand roman; or, en l'ayant terminé, j'y vois beaucoup plus d'intelligence dans la construction et dans les différents points évoqués, j'ai beaucoup aimé l'épilogue et le faux dédouanement qui le précède, je trouve le tout super malin, j'ai envie de le faire lire à tout le monde, tant il me semble que tel ou tel point s'adresserait plutôt à untel ou une autre. Oui, il m'arrive rarement d'être de plus en plus accrochée au fil des pages, surtout quand le personnage principal ne me plaît pas.
J'ai adoré.
La chambre à remonter le temps
Benjamin Berton
Editions Gallimard, (un extrait lu et quelques pages sur le site)
collection Blanche, 2011
376 pages
L'avis de Morlino (j'adore, of course) (même si pour moi, il ne l'aime pas sa femme), un entretien avec l'auteur sur Fluctuat (le message à la subtilité bessonesque m'a donc échappé, ce n'est pas ma lecture du tout, si c'est ça aimer pour un mec, je passe aux filles).
Trackbacks
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Commentaires
Écrit par : cathulu | 08.10.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 08.10.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : erzie | 08.10.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 08.10.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Lystig | 08.10.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Anne Sophie | 08.10.2011
Répondre à ce commentaire(que de défauts ! que de défauts !)
(heureusement que j'aime le champagne, ça compense...)
Écrit par : erzie | 08.10.2011
Répondre à ce commentaire@ Anne-Sophie & Lustig : Tentez, tentez :))
Écrit par : Cuné | 09.10.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Mo | 09.10.2011
Répondre à ce commentaire(Sinon la Fabulous fera le facteur mais ce serait moins drôle ^^)
Écrit par : Cuné | 09.10.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : L'Irrégulière | 09.10.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 09.10.2011
Répondre à ce commentaire@ Fashion : N'arrête rien :))
Écrit par : Cuné | 10.10.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : martine | 11.10.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 11.10.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Sara | 11.10.2011
Répondre à ce commentaireDans la mesure où c'est un article de presse qui m'a donné envie de le lire, je crois que si, il est évoqué dans la presse ce roman :)) (me souviens plus où je l'ai vu, en revanche).
Écrit par : Cuné | 12.10.2011
Répondre à ce commentaireJe suis tombé par hasard (pas vraiment) sur la critique de ma Chambre A Remonter Le Temps. Merci pour votre analyse... que je partage évidemment ! Je suis très heureux que le livre vous ait plu et que vous le recommandiez si chaleureusement.
Au plaisir.
Écrit par : Benjamin Berton | 12.10.2011
Répondre à ce commentaire(et regarde comme tu fais du bien à l'auteur… tu n'imagines pas comme c'est une chose bonne, bonne, bonne)
Écrit par : ficelle | 12.10.2011
Répondre à ce commentaire@ Ficelle : Comme les bons romans :))
Écrit par : Cuné | 12.10.2011
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