« Dans le plein jour de la nuit | Page d'accueil | Les femmes pleurent pour si peu de choses »

10.11.2011

L'une de ces âmes heureuses qui sont le sel de la terre et sans qui ce monde aurait l'odeur de ce qu'il est, un tombeau. (Shelley)

Nous sommes en 1964, en Angleterre. Esther est une petite bibliothécaire effacée au palais de Westminster, Winston Churchill s'apprête à prendre sa retraite. Ils ne se connaissent pas, mais ont quelque chose en commun : un "chien noir sur leur épaule". 

"Le génie du chien consistait à vous rendre orphelin d'espoir comme de fraternité." C'était une image, Rebecca Hunt, dans son premier roman, lui donne corps. Un énorme chien noir moche, puant et mal élevé, dont la mission est de vous plomber, vous lier à lui corps et âme jusqu'à ce que vous baissiez les bras et vous abandonniez. La dépression incarnée, que vous êtes seul à voir et à entendre. Vont-ils y faire face ? Avec quelles armes ? Action...

bon sang,dit black pat,sa blessure oubliée,je vous entends ronfler,vous savez.,il avait quelque chose à ajouter.,on dirait un tracteur,conduit par des cochons.

J'ai acheté ce roman pour une excellente raison : son titre caractérisait avec exactitude l'état dans lequel j'étais (car je m'étais découvert le matin même un horrible et extrêmement long sourcil blanc. Les cheveux, passe encore, mais les sourcils ? Si jeune, à 25 ans à peine ? Achevez-moi direct !); j'ai eu un peu de mal à entrer dedans, il me semblait que tout cela était bien mignon mais décliner l'idée sur 300 pages m'apparaissait laborieux, si quelque chose ne se passait pas à un moment ou à un autre. Et de fait, quelque chose se passe : le roman nous saisit.

Il déploie son charme lentement, nous propose un Mister Corckbowl tout à fait britannique, avec des dialogues de plus en plus incongrus, des réparties délicieusement saugrenues et pincées; on comprend de mieux en mieux Esther à mesure qu'on apprend son histoire, et le fameux chien noir gagne en opacité, installant un trouble qui parvient à se communiquer, comme quand on danse au bord d'un abîme, on ressent son attraction pernicieuse, la tentation de céder.

"J'ai parfois l'impression que ma vie est compartimentée en sections disparates faites d'après-midi glorieux et d'exils crépusculaires. Un tel cycle ne saurait être rompu et la difficulté n'est pas de se battre pour l'accepter mais d'accepter de se battre. Pour citer, comme jadis, William Henley, c'est ainsi que nous demeurons capitaine de notre âme."

En résumé un roman qui s'offre prudemment, sous des dehors bien gentils voire un peu simplets, se cachent des tonnes de citations bien loin d'être toutes signalées (Shakespeare, Jules Verne, entre autres, certaines phrases m'ont été familières mais sans pouvoir les situer précisément), et une vraie présentation de la douleur morale, de cette pesanteur qui nous saisit tous parfois et nous mine sans que l'on puisse faire autre chose qu'attendre que ça passe.

Une pure douceur anglaise.

 

Une humeur de chien - Rebecca Hunt

Editions Denoël (collection & D'Ailleurs), 2011, 300 p.

Traduit de l'anglais par Sarah Gurcel

Titre original : Mr Chartwell

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://www.cuneipage.com/trackback/3862287

Commentaires

Bon, allez, je craaaque !:)))))

Écrit par : cathulu | 10.11.2011

Répondre à ce commentaire

Je peux te l'envoyer, si tu ne crains pas les pages sur lesquelles j'ai souligné et tout :))

Écrit par : Cuné | 10.11.2011

Répondre à ce commentaire

Merci mais non, je viens de le commander d'un clic!:)) Il n'attendait que ton signal ce clic :)))

Écrit par : cathulu | 10.11.2011

Répondre à ce commentaire

J'ai cru comprendre, oui, que tu me pressais quelque peu à défricher le terrain :)))

Écrit par : Cuné | 10.11.2011

Répondre à ce commentaire

J'avoue qu'avec une telle idée de départ, j'aurais eu plutôt tendance à fuir ;) Il faut dire que je n'ai pas de chien noir sur l'épaule ... du coup, vais-je arriver à aimer ce genre de livre ? Les tonnes de citations sont pourtant bien tentantes !

Écrit par : Joelle | 10.11.2011

Répondre à ce commentaire

J'enteeeeEEeeEEEEeeends riiiiiIIIIiiieeeeeeeen !!!!

Écrit par : Cahouète | 10.11.2011

Répondre à ce commentaire

C'est sûr que pour entendre quelque chose, faudrait déjà pouvoir t'arrêter de parler, toi ;o)))))

Écrit par : Cuné | 10.11.2011

Répondre à ce commentaire

en tout cas, le chien sur la couverture a une bonne bouille !

Écrit par : Lystig | 10.11.2011

Répondre à ce commentaire

J'aime la couverture (donc je vais lire le bouquin)(ma logique m'épate ce soir).

Écrit par : chiffonnette | 10.11.2011

Répondre à ce commentaire

Attends mais la couv compte, of course :))) (Pour moi souvent, en tout cas^^). Ici elle est super, intrinsèquement déjà, et elle correspond en plus à ce petit côté fable qu'on ne peut nier.

Écrit par : Cuné | 11.11.2011

Répondre à ce commentaire

Ah, le Sinistros !
J'en veux.

Écrit par : erzie | 11.11.2011

Répondre à ce commentaire

Je n'ai jamais entendu parler de ce roman, mais ton billet me convainc d'emblée !

Écrit par : Céline | 13.11.2011

Répondre à ce commentaire

Je l'ai aussi vu en librairie mais il avait l'air d'être trop triste/lourd pour mon état d'esprit du moment. Je le note pour plus tard.

Écrit par : lewerentz | 16.11.2011

Répondre à ce commentaire

Lewerentz, j'ai beaucoup beaucoup apprécié ton billet du 30 octobre et le "Pourquoi je lis" de Danielle. Ca fait vraiment du bien à lire.

Écrit par : Cuné | 16.11.2011

Répondre à ce commentaire

Bravo d'avoir repéré les citations !
(signé: la traductrice...)

Écrit par : Sarah | 08.01.2012

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.