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29.12.2011

Les fous sont seulement des gens éreintés que la nuit ne secourt plus.

a la joie impatiente éclairant d'autres yeux,à la fébrilité des mains,on voyait qu'une attente prenait fin,un couple allait se retrouver,ils se seraient manqués,ils avaient un peu peur,-comme toujours avec le bonheur.,Sollicciano d'Ingrid Thobois (Zulma, 2011, 216 pages) est un roman au charme envoûtant. On en tourne les pages avec une certaine urgence, avides de savoir, de comprendre, le suspens accentué par une chronologie erratique. Une quinquagénaire professeur de philosophie, en couple depuis deux ans avec son thérapeute. Un couple qui fonctionne selon d'autres critères que ceux du commun, un couple fragile. Un ancien élève détenu dans une prison italienne, une visite chaque jeudi. Et la folie qui monte lentement, le malheur poisseux pour chacun d'entre eux que l'on sent planer dès les premiers mots. Avec ceci une écriture recherchée, des rimes parsemées, des phrases au fort pouvoir évocateur. Je n'ai pas été complètement séduite, mais j'ai été déroutée. C'est bien aussi.

"Pour ceux qui n'ont jamais fait l'expérience du désamour, un point est une virgule. (...) Le pire réside ailleurs, dans la continuité d'une respiration que l'on ne partage plus, dans les mouvements d'un corps que l'on ne localise plus. Il est là, quelque part, désirant, il a peut-être chaud, soif, froid mais on ne saura plus rien de ses états. A tout moment on peut le recroiser, il pourrait même téléphoner, se manifester et qui sait, revenir sur ses pas. L'attente nous a ferrés. L'espoir gangrène. Quelqu'un sans lequel vivre est un vertige qui poursuit sa route au coin de la rue, le pas léger, d'oublis en lendemains."

27.12.2011

Les grandes souffrances se devinent

Balzac, La Comédie Humaine, Etude de moeurs, Scènes de la vie privée

16. La Grenadière (1832)

 

Nouvelle de 22 pages, La Grenadière nous raconte une fort triste histoire de dévouement. Dans une jolie maison au bord de la Loire, s'établit une petite famille : une mère et ses deux fils, vibrante image d'un bonheur calme et tranquille. Ces trois-là vivent les uns pour les autres, ils inspirent une admiration teintée d'un respect craintif, on sent le drame couver. En effet, la mère se meurt, et charge son aîné de prendre soin de son frère, dans un adieu déchirant et à peine éclairant. Il s'acquittera de sa promesse. Si l'histoire est déroutante, la plume transmet vraiment quelque chose cette fois, et la précision des descriptions vient remuer le coeur du lecteur. Touchée.

 

24.12.2011

S'il y a du plaisir à se rappeler les dangers passés, n'y a-t-il pas aussi bien des délices à se souvenir des plaisirs évanouis : c'est jouir deux fois.

Balzac, La Comédie Humaine, Etude de moeurs, scènes de la vie privée

15. Le Message (1832)

Onze pages, encore un texte très bref. Le narrateur fait Paris-Moulins en diligence et sympathise avec un voyageur. Ils sont jeunes, ils sont amoureux, ils échangent des confidences. Un accident se produit, l'autre meurt. Le narrateur est alors chargé d'aller annoncer cette triste nouvelle à celle qu'aimait le jeune homme, et de lui rendre ses lettres, ce qu'il fait. The end. Je cherche encore ce que j'en pense. (Alors ok, les dames dont sont épris nos jeunots ont deux fois leur âge, facile, sont toutes deux mariées et tout ça ("tout ça" étant des affaires d'argent + le parallèle avec la vie de Balzac, toujours.) Mais bon, je ne vois pas trop le truc, là.))

 

23.12.2011

La peur, il disait, c'est la peur la plus précieuse matière première de l'univers.

Un jour, en Chine, dans un marais, un enfant se fait mordre le mollet. S'en suivra la World War Z, la il faisait son numéro habituel,des histoires de cul,des insultes,des blagues merdiques,- et je me suis dit:,"ce type a survécu et mes parents sont morts.",j'essaie de ne pas être trop amère.,j'essaie.,grande guerre des zombies. L'auteur, en mission pour l'ONU ou ce qu'il en reste, recueille des témoignages partout dans le monde, qui nous racontent - avec un luxe de détails inouïs, cette guerre. Avant, pendant, après. (Et c'est pas joli-joli).

Ce roman m'a été conseillé par ma belle-fille, qui bosse dans l'humanitaire. Elle y a vu une présentation qui tient la route de la situation politico-sociale mondiale, pratiquement pays par pays. Elle y a surtout vu beaucoup d'humour, qui m'a moins sauté aux yeux. Un grand recul, une ironie mordante, oui; mais dire que j'ai trouvé l'ensemble amusant, loin de là. Je manque sans doute à la fois de vision géo-politique et de recul, j'ai pris beaucoup de choses directement en pleine figure, je me suis assez fait peur, je dois dire.

Le mélange des genres (satire militaire, sentimentalisme à côté de la plaque, scènes d'horreur, grande flippe, actes héroïques, abus de toutes sortes, profiteurs, j'en passe) est d'ailleurs très réussi, tout autant, à mon sens, que pénible. Ce qui en ressort, pour moi, les 535 pages avalées, c'est plutôt un vrai désenchantement : la nature humaine est moche, vraiment.

Par exemple, cette mère de famille du Montana, qui déclare le plus sérieusement du monde : 

"Votre mari ne s'est jamais inquiété, lui ?

Non, mais les enfants, si. Pas verbalement ni consciemment, je crois. Jenna a commencé à se battre à l'école. Aiden ne voulait plus dormir sans la lumière allumée. Des petits détails comme ça. Je ne pense pas  qu'ils regardaient les informations plus que Tim ou moi, mais ils n'avaient pas tous ces soucis d'adultes qui les accaparaient, eux.

Et comment avez-vous réagi, vous et votre mari ?

Zoloft et Ritalin SR pour Aiden, Adderall XR pour Jenna. Ça a fait l'affaire pendant quelques temps. Le seul truc qui m'emmerdait, c'était que l'assurance ne remboursait rien, soi-disant parce que les gamins étaient déjà sous Phalanx."

Ou ce fantassin de Denver :

"Vous savez ce que ça produit, comme effet, une charge thermobarique ? Demandez à ces types qui se promènent avec des étoiles aux épaules. Je vous parie une couille qu'ils ne vous avoueront jamais tous les détails. On vous dira des trucs sur la pression, la chaleur, la boule de feu qui n'en finit pas de grossir, qui crame et qui bousille littéralement tout sur son passage. Chaleur et pression, c'est ça, une arme thermobarique. Ca donne envie, hein ? Alors imaginez ce qui se produit immédiatement après, le vide créé dès que la boule de feu se contracte tout d'un coup... Ceux qui survivent ont les poumons instantanément vidés, voire même - et ça, ils ne l'admettront jamais en public - tout simplement arrachés. Par la bouche, oui oui. En tout cas, ce genre d'horreur personne ne survit assez longtemps pour le raconter. Voilà pourquoi le Pentagone n'a pas trop de mal à maquiller la réalité. Mais si un jour vous voyez une photo de Z, ou même un vrai specimen en chair et en os avec les poumons encore attachés à la trachée et qui pendent, dehors, comme ça, n'hésitez pas à lui filer mon numéro de téléphone. Je suis toujours partant quand il s'agit de rencontrer un vétéran de Yonkers."

 

World War Z - Max Brooks

Calmann-Levy 2009 & Le Livre de Poche 2011, 535 p.

Traduit de l'anglais par Patrick Imbert

 

Le Codex Gnoufique renvoie sur plusieurs autres avis.

 

PS. J'adore la dédicace toute finale, après les remerciements, toute seule sur une page : "Je t'aime, maman." Brave Max.

21.12.2011

I pictured a girl who made every moment, everything she touched, and everyone around her feel lighter and sweeter.

"Rainbow Rowell is a columnist at the Omaha World-Herald. She lives in Nebraska with her husband and two children. Attachments is her first novel." (Orion Books, 2011)

the idea,that you're hard to love,is ludicrous.,Incroyable. Premier roman ! Je supplie à genoux Rainbow Rowell de continuer à écrire des romans : j'ai tout aimé de celui-ci. Il m'a emballée de la première à la dernière page, tout y est d'une justesse absolument parfaite, sans aucune trace de maladresse, d'excès ou de gniangnianterie. Du nectar.

C'est l'histoire de deux copines dans un petit journal d'une ville américaine, en 1999. Beth est critique ciné, Jennifer compose les titres et corrige les articles. Elles sont amies depuis six ans, et échangent par mail tout au long de la journée. Lincoln est engagé au service informatique pour éviter les abus : autoriser un accès libre au net est indispensable dans un organe de presse, mais la direction entend que les employés bossent et ne passent pas leur temps à surfer. Immédiatement, les conversations des deux bavardes sont signalées. Mais loin de les morigéner, Lincoln devient accro à leur contenu.

Notre Lincoln, c'est quelqu'un. De spécial, je veux dire. Bourré de problèmes. "Pas fini". Pas vraiment l'archétype du héros romantique.

Et pourtant.

En 336 pages, il évolue sacrément, notre avis sur lui aussi (même si Fab, je persiste à ne pas crusher pour lui :)).

Non, moi, celle qui m'a fait battre le coeur, c'est Beth, indubitablement. Honnêtement, Jennifer est aussi drôle, Lincoln plus gentil, et les personnages secondaires autour tout aussi denses, mais ça ne s'explique pas, elle m'a touchée profondément à de nombreuses reprises, m'a fait glousser, je la trouve magnifique et ce dans le sens qui compte le plus : elle est vivante. Ce que ces trois personnes vont vivre n'a rien de superficiel, la façon dont elles gèrent leurs relations non plus, à mon sens on est vraiment dans une fiction très représentative et, partant, révélatrice de la nature humaine contemporaine. Oh ! Ne serait-ce pas une définition de la littérature ?...

Pour le reste, Fashion dit tout très bien. Coup de coeur, swoonage et grand sourire à tous les étages. A ne pas rater !

 

Beth to Jennifer : Heh.

Jennifer to Beth : What's "heh" ?

Beth to Jennifer : It's like "ha", but meaner. I'm going back to work now.

Jennifer to Beth : One more thing: I kind of love you for not asking me how I'm feeling.

Beth to Jennifer : Feeling about what ?

Jennifer to Beth : Thanks.

 

***

 

Jennifer to Beth : Has Chris seen your shoulders ?

Beth to Jennifer : He's seen them. But he hasn't seen them.

Jennifer to Beth : I get it, but I don't get it.

Beth to Jennifer : No sleeveless negligees. No direct sunlight. Sometimes when I'm getting out of the shower, I shout, "Hey, look, a bobcat !"

19.12.2011

Tu crois l'aimer, reprit-il, mais tu aimes un fantôme construit avec des phrases

Balzac, La Comédie Humaine, Étude de moeurs, Scènes de la vie privée

14. Une fille d'Eve (1838)

 

Enfin un vrai roman (pas très long, une centaine de pages) à se mettre sous la dent dans cette exploration de la Comédie Humaine dans l'ordre établi par La Pléiade. Un roman d'amour qui plus est, dont j'ai fixé nombre de phrases, dans les pages duquel j'ai réellement vibré. L'introduction est riche, Balzac lui-même y avait joint une longue préface, il y aurait beaucoup à retenir quant aux personnages qu'il introduit ici et que nous retrouverons plus tard, quant au message qu'il a souhaité faire passer ou quant aux parallèles avec sa vie privée; mais tout ceci s'efface devant le texte seul, qui a su m'émouvoir et trouver résonnance dans notre XXI° siècle où si peu a changé, finalement.

Une comtesse, sans histoires, après une enfance très sage, une éducation des plus étriquées. Un mariage heureux ("L'histoire des bons ménages est comme celle des peuples heureux, elle s'écrit en deux lignes et n'a rien de littéraire.") Et soudain l'Ecrivain. Un homme qui touche notre Marie, dont elle s'éprend follement (phénomène minutieusement décrit). Un engouement bientôt partagé (Raoul se prend au jeu, ses motifs initiaux sont moins louables). De son côté, une aspiration à s'élever, sans renoncer à rien de sa vie antérieure et par ailleurs (une actrice). De l'autre, un amour très sincère et  prêt à tout donner sans rien recevoir (Marie est entière, et vraie). A peine un seul et unique baiser échangé, tout en abstraction. Et puis la chute, évidemment, les yeux qui se dessillent, douloureusement. Marie s'était égarée. Ça arrive.

"Quand aux affaires personnelles de cet écrivain, elles étaient dans un tel désordre qu'un jour, aux Champs-Elysées, la comtesse Marie vit son ancien adorateur à pied, dans le plus triste équipage, donnant le bras à Florine. Un homme indifférent est déjà passablement laid aux yeux d'une femme; mais quand elle ne l'aime plus, il paraît horrible, surtout lorsqu'il ressemble à Nathan. Mme de Vandenesse eut un mouvement de honte en songeant qu'elle s'était intéressée à Raoul."

18.12.2011

Il correspond exactement à ce qu'elle veut. Et il est la dernière chose dont elle ait besoin.

"Il existe tant de temps différents. Celui par lequel on mesure nos vies. Les mois et les années. Ou le grand temps, celui qui soulève les montagnes et crée les étoiles. Ou toutes les choses qui se passent entre deux battements de coeur. C'est difficile de vivre dans tous ces temps-là. Et facile d'oublier qu'on vit dans tous."

Si tu souhaites poursuivre ta découverte de Robert Charles Wilson, je te conseille vivement Spin :) me disait il y a peu Adalana, loué soit son nom sur 37 générations.

"Spin", prix Hugo, Grand Prix de l'Imaginaire. "Spin", "roman de science-fiction vertigineux qui réussit le pari de nous transporter dans un futur lointain qui reste familier" (4° de couv). "Spin", mais c'est si bien que ça ? OooOOoh OUI.

la mortalité,a dit un jour un écrivain de ma génération,l'emporte sur la moralité.,(...)possible.,mais dans ce cas,me suis-je dit,nous ferons ce que la vie fait toujours...,défier toute attente,

 

C'est l'histoire de trois personnes, et de toute l'humanité. Trois amis d'enfance, voire avant ça, même, trois enfants dont les parents étaient intimement liés bien avant l'idée même de leur conception. Trois être parfaitement dissemblables, qui n'arriveront jamais tout à fait à être réellement proches, le spectre de leurs différences se dressant perpétuellement entre eux. Mais qui pourtant  seront toute leur vie d'une importance extrême les uns pour les autres.

C'est l'histoire d'un truc incompréhensible, une barrière, une membrane, qui brusquement est en place dans le ciel. Elle filtre. Tout, à commencer par l'action du soleil et de la lune, mais surtout le temps. A l'extérieur du Spin, les millions d'années défilent, ce ne sont que des mois sur Terre.

C'est l'histoire de ces deux choses mêlées, la barrière et trois personnes sur Terre, le temps de leur brève et si fugace vie. QUI a mis ça en place ? Pourquoi ? Et si on rendait la vie possible sur d'autres planètes ? Et si nos propres descendants, ceux des gens envoyés par nous il y a à peine quelques années, revenaient nous voir, des millions d'années s'étant écoulés pour eux derrière le Spin ? Et si le Spin ne faisait que retarder l'explosion de notre planète ? Comment construire une vie sous la menace de l'extinction ? Et si on n'avait rien compris ? Et si on ne pouvait pas tout croire de ce qu'on nous dit ? Et si certaines réponses dépassaient notre capacité à les comprendre ? Et si on vivait, en même temps, en attendant, et si on arrêtait de flipper comme des fous et qu'on tentait de profiter du moment présent ?

Et si Robert Charles Wilson était le meilleur écrivain de SF que j'aie jamais lu ?

 

Spin - Robert Charles Wilson (2005)

Editions Denoël (Lune d'Encre) 2007 @ Folio SF 2010, 608 pages.

Traduit de l'américain par Gilles Goulet

 

(Bon, Adalana, je poursuis avec quoi, maintenant ?)

 

"Je peux vous demander un autre service, Tyler ? Vous voulez bien m'apporter d'autres romans ?

- Je crains d'être à court d'histoires martiennes.

- Pas sur Mars. N'importe quel genre. N'importe quoi, du moment que le livre vous paraît important, qu'il compte pour vous ou que vous l'avez lu avec plaisir.

- Il ne doit pas manquer de professeur d'anglais qui se montreraient ravis de vous fournir une liste de lectures.

- Je n'en doute pas. Mais c'est à vous que je demande.

- Je n'ai rien d'un érudit. J'aime lire, mais je choisis un peu au hasard et je lis surtout du contemporain.

- Tant mieux. Je suis plus souvent seul que vous ne l'imaginez. Mon logement est confortable, mais je ne peux en sortir sans préparatifs compliqués. Je ne peux pas sortir dîner, je ne peux pas aller voir un film ou adhérer à un club d'activités sociales. Je pourrais demander des livres à mes anges gardiens, mais une oeuvre de fiction approuvée par un comité est bien la dernière chose dont j'ai envie. Un bon bouquin vaut presque un ami."

 

Les avis de : Vinz, Soso, Erik Wietzel, Mr Lhisbei, Traqueur stellaire, ...

14.12.2011

Le jour de ses 70 ans, alors qu'elle aurait déjà dû être grand-mère, Maria Pavlovna Zoriagna rencontra Chlobak Androv Peranovski et ce fut son premier amour.

Version courte : j'ai lu mon premier véritable e-book, c'est-à-dire un roman non édité sur papier, du tout. Un pur livre numérique. C'est émouvant, sinon historique.

Version longue : alors j'avais envie de lire en français sur mon Kindle, un roman qui ne soit ni un classique (je préfère franchement la Pléiade pour ça) ni dénichable en librairie pour 3 euros de plus (je préfère alors les débourser et pouvoir le prêter). J'errai donc sur Amazon dans la boutique Kindle, Littérature, Nouveautés, lorsque je suis tombée en deuxième page sur "Version originale !" de Fabienne Betting, 4,88 euros, crédité de 3 avis à 5 étoiles. Méfiante, car j'ai déjà acheté un pack de prétendus romans policiers complètement surévalués, je constate que les commentaires sont tous des one-shot, ce qui est toujours mauvais signe et souvent la trace de l'auteur lui-même usurpant des identités bidons. Je cherche alors sur notre ami Google, qui m'entraine dans l'univers de My Major Company Books, dont j'avais uniquement entendu parler au sujet de Grégoire, ce qui ne m'inspire rien de bon non plus (en gros, une production participative). Mais je télécharge l'extrait gratuit malgré tout, car après tout seul le texte permet de se faire une opinion. Et j'accroche bien. Alors j'achète.

j'ai hurlé de rire,aux considérations,sur les changements de noms,dans Anna Karenine.,

Et donc, voici l'histoire d'un jeune Thomas de 25 ans pas bien motivé dans la vie. Il a pourtant passé un bac littéraire, suivi des cours à la Sorbonne, où il est tombé très amoureux (mais gravement) de sa prof de mesmène (une langue balte), qui l'a éconduit. Il ne s'en est jamais tout à fait remis, et bosse chez Macdo, sommé par sa copine (rencontrée chez le psy qui l'a aidé à remonter la pente) de trouver autre chose. Autre chose, ce sera cette petite annonce dans "20 minutes" :

"Recherche traducteur pour le mesmène vers le français. Rémunération très bien."

Thomas se lance, c'est un signe du destin, la Mesménie c'est pour lui, tant pis s'il ne maîtrise que sommairement cette langue (ce dialecte, plus exactement) et qu'il n'a jamais mis les pieds en Mesménie. Il a trois semaines pour traduire 176 pages écrites à la main et raturées. Il s'y met avec la meilleure volonté du monde. Butte sur tout, ou presque. Arrange à sa sauce. Ne voit plus le jour et s'emmêle bien comme il faut les crayons, mais il le fait. 3 semaines plus tard, traduction rendue.

A partir de là, sa vie va changer du tout au tout. Accrochez les ceintures, ça décoiffe...

Excellente pioche, donc, pour ce roman frais et alerte qui parle d'un sujet parmi ceux qui m'intéressent le plus au monde (je crois que j'ai un truc avec cette expression en ce moment) : la traduction. Parce qu'évidemment Thomas n'a rien compris au manuscrit mesmène, et que le succès qui va en résulter, concomitant à la mise en avant de la Mesménie dans l'actualité, repose sur une double méprise. L'ensemble est prenant, rythmé, on voyage et tout est crédible, des interrogations existentielles aux histoires d'amour et d'amitié : un vrai bon moment de lecture.

"La version originale, ça donne : Maria venait tout juste de fermer leur petite échoppe pour la nuit quand elle sentit un bras vigoureux enserrer sa taille de guêpe, semant dans son dos une myriade de délicieux frissons. Sans se retourner, elle posa sa main sur la nuque de Chlobak. Avec une lenteur hypnotique, il l'obligea à lui faire face. Leurs lèvres s'effleurèrent puis Chlobak posa sa bouche brûlante sur les doigts de Maria, baisant l'anneau nuptial de sa main gauche, cet anneau que sa mère lui avait donné quand il avait quitté l'Ukraine, cet anneau par lequel ils avaient uni leur destin à jamais.

Ta version à toi : Maria ferma la boutique de sabots quand elle sentit un gros bras autour de sa guêpière, réveillant ses douleurs dorsales. Elle leva un bras pour attraper Chlobak par la peau du cou. Il l'obligea à se retourner pour lui brûler les doigts avec le mystérieux objet que sa mère lui avait remis quand il avait quitté l'Ukraine, ce mystérieux objet en fusion capable de changer les destins à jamais.

Tu es un grand malade, tu sais ?"

 

13.12.2011

You are an American wannabe, aren't you ? That is perhaps the most horrid thing you could say to an englishman.

- Worse than French wannabe ?

- Well, there is that.

 

i don't think i could explain it to a man,if you were a woman,all i'd have to say is,colin firth in a wet shirt,and you'd say,ah.

La dédicace en exergue dit ceci : "For Colin Firth. You're a really great guy, but I'm married, so I think we should just be friends." Et Shannon Hale, dans ce Austenland (Bloomsbury, 2007, 194 pages, pas traduit en français) tient toutes les promesses de cette dédicace malicieuse : on rit.

Voici le topo de cette Austenerie délicieuse : Jane est une trentenaire (thirty something, as she says) new-yorkaise ultra moderne. Graphiste, elle est over busy et tout, même si question sexe dit fort elle n'assure pas des masses (les fiches fournies sur ses ex-boy-friends sont des modèles du genre). Son problème, c'est qu'elle bovaryse à mort, et pas sur n'importe qui, sur Mister Darcy himself. Évidemment jauger les specimen modernes à l'aune de Fitzwilliam entraîne moult déconvenues, et bien qu'elle en soit consciente, elle ne peut s'empêcher d'espérer et d'attendre son beau ténébreux à elle. Mais les années filent.

Arrive alors LE cadeau inattendu, par une tante éloignée : trois semaines de vacances à Pembrook Park, l'endroit le plus secret du monde. S'y retrouvent les plus fortunées des Austen addicts, pour vivre  dans la campagne anglaise selon les strictes règles en vigueur à l'époque, avec fantaisies autour des héros austéniens à la clef. Dans cet endroit incroyable, tout est "on dirait que". Par exemple, une grosse dondon américaine voyante se présente comme une Miss Charming anglaise de 22 ans, et durant trois semaines c'est ainsi que tous la traiteront. Seulement Jane est une actrice plus que médiocre, et pire, elle n'a pas un sou.

Alors comment sera-t-elle intégrée au scénario par la maîtresse du jeu, cela la guérira-t-elle de ses fantasmes, parviendra-t-elle à ne pas devenir folle en vivant le quotidien incroyablement ennuyeux de la femme période Angleterre Georgienne, y a-t-il un Darcy quelque part en ce monde pour chacune d'entre nous et est-on capable de discerner la sincérité dans un immense jeu de dupes organisé de main de maître ?

Au final, Austenland est un roman hyper malin qui mine de rien soulève bien des points parmi les plus intéressants du monde, carrément. Pour un mardi matin pluvieux et venteux, tout au moins.

Vivent les Austeneries.

 

Lu également par : La boite de Pandora (qui parle également de l'adaptation à venir) et Karine (qui l'a trouvé super léger). 

11.12.2011

L'anglais mourut à Paris de Paris, car pour bien des gens Paris est une maladie; il est quelquefois plusieurs maladies.

Balzac, La Comédie Humaine, Etude de moeurs, Scènes de la vie privée.

13. La Fausse Maîtresse (1842)

 

Voici l'histoire d'un amour malheureux : Clémentine est mariée à Adam, Thaddée les aime tous les deux de toutes les forces de son âme, et consacre sa vie à leur bonheur avant de se retirer dans l'ombre, pour ne rien détruire, tandis que Clémentine aime son mari "comme il se doit" sans s'illusionner outre mesure à son sujet, et Adam la trompe. Gâchis pour tout le monde. Évidemment ce n'est pas du tout raconté de cette façon (encore heureux), c'est de la comtesse Laginska dont il s'agit, et de deux princes polonais. C'est d'honneur dont nous sommes entretenus, de sentiments impossibles et des ingénieux expédients mis en place pour les garder secrets.

René Guise, en introduction, nous explique la genèse de ce roman (commandé et édité en feuilleton) : le thème choisi est une réaction d'amour-propre, devant le peu de succès de Mémoires de deux jeunes mariées, à qui le public préfère Mathilde d'Eugène Sue, dont il prend alors le contre-pied, en empruntant un peu également à La Chartreuse de Parme (Stendhal) et aux Affinités électives (Goethe). Il nous précise également que ce roman est "générateur" (on y trouve pour la première fois des personnages que nous reverrons plus loin), et que les parallèles avec la vie privée de Balzac permettent de dire que dans cette oeuvre, écrite à la hâte, "le coeur de Balzac a parlé".

 

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