« Tu es très gentil, tu sais ? Tu n'es pas un garçon ordinaire. - Déjà des insultes ? | Page d'accueil | Or, que veulent toutes les femmes, si ce n'est d'être amusées, comprises ou adorées ? »

04.01.2012

Du moins avec les livres, les expériences les plus réussies ne sont pas celles où l'on trouve ce que l'on cherche, mais lorsque quelque chose de très différent vous trouve, vous prend par surprise, entraîne votre goût vers de nouveaux territoires.

"Je n'ai jamais envisagé d'écrire un livre sur le corps. Encore moins sur mon corps. Quelle indélicatesse. Pas plus que je n'ai envisagé d'être malade de la façon mystérieuse et exaspérante dont je l'ai été. Par-dessus tout, il ne m'était jamais venu à l'idée qu'une maladie risquait de mettre au défi mes présomptions les plus enracinées, de m'obliger à repenser la primauté que j'ai toujours accordée au langage et à la vie de l'esprit. A force de textos, de mails, de chats et de blogs, nos cerveaux modernes dévorent notre chair.  C'est la conclusion à laquelle une longue maladie m'a amené. Les vampires cérébraux que nous sommes devenus se nourrissent de leur propre sang. Même au club de gym, ou lorsque nous courons, notre vie est entièrement concentrée dans la tête, au détriment de notre corps."

plus on menace la pensée et le langage,de les réduire au silence,ou simplement,de chercher à les faire descendre,dans notre existence,du piédestal ridicule,sur lequel notre culture et notre milieu les ont placés,plus,dans leur besoin de se justifier et de s'affirmer,ils deviennent féconds.,la réflexion n'est jamais plus exaltante,que lorsqu'on réfléchit aux dégâts,que la réflexion engendre,le langage jamais plus séduisant,que lorsqu'on reconnaît son irréalité.

 

Voici un livre dont le classement en témoignage, s'il n'est pas faux, est terriblement réducteur : à partir du récit d'une maladie, Tim Parks nous offre surtout une merveilleuse réflexion sur plusieurs sujets parmi les plus intéressants. Non seulement il écrit très bien, raconte à la perfection (et croyez-moi, rendre passionant un bilan urodynamique n'est pas donné à tout le monde) mais il réussit le tour de force d'élever sans cesse son propos, tout en posant sur lui-même un regard des plus lucides.

Tout est ego, en gros. Mais le savoir ne résout rien.

Voici donc un homme de 51 ans avec des douleurs dans le bas-ventre. Il est plutôt sportif, surveille son alimentation, passe rationnellement tous les examens médicaux possibles : physiquement, il semblerait que tout aille bien. Il a pourtant vraiment mal. Commence alors une descente aux enfers sur internet qui débouche pourtant sur une découverte : une autre approche qui l'amène vers la méditation. Cette démarche vers des solutions dites "alternatives" est extrêmement bien décortiquée, souvent mise à distance, sans glorification aucune et avec beaucoup de préjugés bien combattus. 

Ce que nous dit et nous répète Tom Parks c'est que nous ne pouvons pas dissocier nos corps et nos esprits, personne n'est pur esprit et il a fallu qu'il endure une vraie souffrance pour réconcilier (plus ou moins) ces deux parties de lui-même.

Comme le dit très bien David Lodge en praise : "Une introspection fulgurante d'honnêteté, profondément revigorante, subtilement drôle, qui nous parle des liens entre l'écriture, la personnalité et la santé. Une fois que j'ai commencé la lecture, je ne me suis plus arrêté."

Pareil.

A noter que ce roman vient d'être intégré au programme des lectures du cursus de psychologie cognitive à Oxford.

 

Le calme retrouvé - Tim Parks

Actes Sud, 2012, 322 p.

Traduit de l'anglais par Isabelle Reinharez

Titre original : Teach Us to Sit Still

 

""Nous allons vers les romans pour y trouver la vie", j'avais lu ces mots, ou quelque chose d'approchant, assez récemment dans le livre de James Wood, How Fiction Works, mais ils auraient tout aussi bien pu avoir été prononcés par D.H. Lawrence ou F.R. Leavis. Et je comprenais à présent, avec une absolue certitude, que cette affirmation était une croyance fausse et égoïste. La vie n'est pas dans les romans. Les romans qui le plus irrésistiblement nous tiennent à l'écart de la vie sont ceux qui l'imaginent pour nous et la remplacent de la façon la plus précise, la plus intense et la plus merveilleuse, les romans de Dostoïevski et, oui, de Lawrence, ceux des vrais grands écrivains. Mais les romans eux-mêmes ne sont pas la vie et nous n'allons pas vers eux pour y trouver la vie. Si c'est la vie que nous voulons, nous posons le livre.

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://www.cuneipage.com/trackback/4136110

Commentaires

Il a tout pour me plaire celui-là, y compris sa couverture .. et un de plus sur la LAL.

Écrit par : Aifelle | 04.01.2012

Répondre à ce commentaire

Un sujet qui me parle, hop, noté !

Écrit par : cathulu | 04.01.2012

Répondre à ce commentaire

Il va vous plaire, Aifelle et Cathulu, j'en suis certaine :)

Écrit par : Cuné | 04.01.2012

Répondre à ce commentaire

Ah oui, ça ne me ferait pas de mal non plus, je crois.

Écrit par : erzie | 04.01.2012

Répondre à ce commentaire

Ouh la la, ce livre me tente beaucoup ! (Je ne sais pas d'où sort mon "Ouh la la" !!! :-))

Écrit par : Caro[line] | 04.01.2012

Répondre à ce commentaire

Tout pareil que les filles du dessus ! C'est un sujet qui me touche (et qui me fait cogiter :-)) depuis longtemps.

Écrit par : Melanie B | 04.01.2012

Répondre à ce commentaire

Hip hip hip hourrah pour la dernière citation ! Betches.

Écrit par : Rakine | 04.01.2012

Répondre à ce commentaire

"Si c'est la vie que nous voulons, nous posons le livre." : je crois que c'est précisément pour cette raison que j'ai levé le pied sur la lecture...

(mais le livre me tente quand même !;-)

Écrit par : papillon | 04.01.2012

Répondre à ce commentaire

Alors pour cette dernière citation je suis en stand-by : je l'ai relevée parce qu'elle m'intrigue, justement. Je n'ai pas fini d'y réfléchir :))

Écrit par : Cuné | 04.01.2012

Répondre à ce commentaire

revigorant ? indeed ça me plait... figure toi que je me suis acheté un livre sur la méditation cet automne, bon ben je n'ai pas été jusqu'à l'ouvrir encore (il est sous cellophane) mais enfin c'est un pas ! :-D

Écrit par : yueyin | 05.01.2012

Répondre à ce commentaire

Mouais. Je préfère méditer en marchant :))

Écrit par : Cuné | 06.01.2012

Répondre à ce commentaire

Je ne suis pas sûre d'être d'accord avec la dernière citation. Que les grands romans nous tiennent éloignés de la vie est un risque, peut-être, mais pas une absolue vérité.

Écrit par : Nataka | 06.01.2012

Répondre à ce commentaire

C'est assez intriguant, comme sujet, surtout pour moi qui ne connais rien à tout ce qui est méditation ou autres médecines alternatives !

Écrit par : Joelle | 12.01.2012

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.