« 2012-01 | Page d'accueil | 2012-03 »

29.02.2012

I have met the enemy, and he is me.

you're so naive,she said.- why ?,- he's an actor,he's in new-york,he's single,he's thirty-one,he loves the theater...,- doesn't mean he's gay,- i'd agree with you,except the play he's starring in,is called queerano de bergerac...,."Scenes from a holiday" (2005) est un recueil de trois nouvelles consacrées à Noël (léger retard dans le timing), qui score deux sur trois, pas si mal.

La dernière nouvelle, "Emma Towsend saves Christmas" de Melanie Murray, est tellement classique qu'elle en est soporifique. Noël en famille, quand on fait tout pour l'éviter, mais que tout finit bien après quelques coups de gueule, moui, bon, me suis ennuyée.

La deuxième est géniale, "Carrie Pilby's new year's resolution" de Caren Lissner. Plaisir infini de retrouver notre copine, un an après, toujours aussi juste dans ses interrogations. N'a-t-elle pas tellement abaissé le niveau de ses critères qu'elle-même n'est plus qualifiable à ses propres yeux ? 

La première, enfin, "The eight dates of Hannukkah" de Laurie Graf, sort également des sentiers battus : alors qu'elle est plongée en plein coma, Nicki se retrouve dans un New-York dystopique devenu Menorahville dont on ne peut sortir que mariée. Une ville entière de célibataires qui ont huit jours pour s'ouvrir aux autres et choisir "la" personne qui fera cesser leur égoïsme, par tous les moyens.

Les deux bons textes de ce recueil ont en commun d'inverser les stéréotypes et de proposer des héroïnes au comportement censé être masculin : refus de l'engagement, papillonnage, ce n'est qu'en se voyant à travers d'autres yeux que nos copines ouvriront les leurs. Et puis surtout c'est drôle, de situations cocasses (très visuelles) en interrogations plus profondes, Nickie et Carrie sont immédiatement attachantes, et on passe un excellent moment en leur compagnie.

Je recommande.

27.02.2012

La première chose qu'Oedipe, roi de Thèbes, fit lorsqu'il vit enfin clairement les choses fut de se crever les yeux.

il y a peu de choses plu drôles,si le contexte est le bon,qu'un personnage pour qui tout est bien trop important.,Karoo est script doctor, il "arrange" les scénarios dans l'industrie cinématographique américaine (Loulou oscarisé ! Ce 27 février est historique !), et s'il est plutôt très bon dans son domaine professionnel, c'est un être humain minable. Il est veule, tordu, mou, menteur pathologique, il se laisse aller dans tous les sens du terme. Un jour, il tombera sur le film qui remettra en perspective sa vie entière...

La 4° de couv nous attire en évoquant Roth, Easton Ellis, Richard Russo et Saul Bellow, et si ce n'est pas entièrement faux, c'est en tous les cas réducteur, tant Steve Tesich a un ton et un univers absolument unique. Sa plume m'a captivée totalement, elle est d'une acuité, d'une précision et d'un tranchant parfaitement sidérants.

Ce roman comporte nombre de moments très forts, la façon dont Karoo nous explique sa mise à distance permanente, la manière dont on croit avoir compris avant lui ce qui se passe - alors qu'il sait, évidemment, et qu'il essaie de toutes ses forces de ne pas donner de réalité à ce qu'il sait ne pas pouvoir supporter, le drame qui arrive, le moment où il observe sa mère âgée, la dernière page et sa sentence inexorable (et que je crois fausse, ouf)...

Mais si j'ai lu ces 607 pages avec une grande attention et un appétit de plus en plus vorace - tout en ne m'attachant jamais au personnage -, ce sont les pages 192, 193 et 194 qui ont tout fait basculer : Karoo y raconte un film, et c'est tout simplement merveilleux. Alors qu'il avait jusqu'alors passé son temps à nous montrer quel connard pathétique il était, il nous fait, en trois pages, comprendre sa profondeur, sa sensibilité et quel homme digne il pourrait être.

Avec des mots très simples, avec humilité même, il produit "le billet parfait" (s'il s'agissait d'un billet de blog) - celui qui nous donne l'impression de voir exactement ce dont il veut parler, super envie de voir le film - et surtout il nous montre ce qui le touche infiniment dedans, en élévant son regard et son propos, en dégageant un sens universel d'une situation concrète et qui n'est ni la nôtre, ni la sienne.

Et c'est justement ce film, ce chef-d'oeuvre, qu'il est chargé de "réparer"; il déteste le type qui l'en charge, il adore le film en l'état, il va pourtant tout changer, et c'est l'histoire de sa vie. De mauvais choix en silences impardonnables, il continuera vaille que vaille à assurer le show, doutant en permanence qu'il y ait quoi que ce soit de vrai au fond de ses entrailles puantes (qui finiront elles aussi par le trahir, Karoo ou l'homme faux de A à Z...).

Karoo est un tordu. Mais Steve Tesich était un Grand. (Editions Monsieur Toussaint Louverture, 2012, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Wicke), 607 pages à lire absolument.

 

Les avis de Mickaël Demets , Pegase, Lily,...

25.02.2012

Jusqu'ici, vous accepterez de me croire. Mais pour la suite, vous allez renâcler.

Les quarante nouvelles rassemblées sous le titre "Plain Tales from the Hills" ("Simples contes des Montagnes") constituent le premier volume de prose publié par Rudyard Kipling (1888). Elles entament le premier tome de La Pléiade qui lui est consacré, et j'ai enfin pris le temps de faire sa connaissance : bonne pioche. Plutôt que de discourir sur leur contenu, leur ton et de m'extasier sur l'incroyable nouveauté  qu'elles ont pu représenter à l'époque de leur parution, en regard du reste de ce qui se publiait, je choisis simplement d'en proposer une, particulièrement jolie et dont j'adore la morale.

 

"Mauvais calcul

 

Pour celui qui s'enivre en public, avec force tapage, plus souvent que de raison, on peut encore espérer. Mais pour l'homme qui boit seul et en cachette, chez lui, pour celui qu'on ne surprend jamais en train de boire, il n'y a plus aucun espoir.

C'est la règle. Il doit dont y avoir une exception qui la confirme. Moriarty fut cette exception.

C'était un ingénieur civil, et le gouvernement, dans sa mansuétude, l'exila dans un district éloigné où il se trouvait seul, sans personne à qui parler hormis des indigènes, et accablé de travail. Pendant quatre années de solitude complète, il s'acquitta de ses tâches comme il convenait. Mais il contracta le vice de l'alcoolisme solitaire et secret, et sortit de sa retraite perdue plus vieilli, plus épuisé et rongé physiquement que ne le justifiait sa morne existence. Vous connaissez le dicton selon lequel un homme qui est resté seul dans la jungle pendant plus d'un an n'est plus tout à fait sain d'esprit jusqu'à la fin de ses jours. Les gens attribuaient à la solitude le comportement bizarre et les sautes d'humeur de Moriarty, et y voyaient la preuve que le gouvernement gâchait l'avenir de ses meilleurs serviteurs. Moriarty avait jeté les bases d'une excellente réputation dans le secteur des ponts, barrages et poutrelles. Mais chaque soir de la semaine, il se rendait compte qu'il compromettait cette réputation en consommant du "L.L.L." et du "Christopher", outre les petites rasades de liqueur et autres poisons de même acabit. Il était d'une robuste constitution, et d'une grande intelligence, sinon il eût laissé la santé et la vie, tel un chameau malade, dans son district perdu. D'autres, qui le valent bien, sont morts ainsi avant lui.

Le gouvernement l'envoya à Simla dès sa sortie du désert. Il s'y rendit, avec l'intention de poser sa candidature à un poste alors vacant. Cette saison-là, Mme Reiver - vous vous souvenez peut-être d'elle - était au faîte de sa puissance, et plus d'un homme subissait son joug. Tout le mal qu'on pourrait dire de Mme Reiver a déjà été dit dans un autre conte. Moriarty était un bel homme, de forte stature, très calme, animé du souci craintif de plaire à son entourage, quand il n'était pas aborbé dans ses rêvasseries. Les bruits soudains le faisaient souvent sursauter; il en allait de même quand on lui adressait la parole inopinément; et quand on l'observait, buvant son verre d'eau pendant le dîner, on voyait sa main trembler légèrement. Mais on imputait tout cela à son état nerveux. Le manège paisible et régulier auquel il se livrait dans la solitude de sa chambre, le cycle des verres sirotés, remplis, sirotés, remplis etc. personne n'en eut jamais connaissance. Circonstance miraculeuse, si l'on songe qu'en Inde la vie privée de chacun relève entièrement du domaine public.

Ce n'est pas que Moriarty fût attiré dans le clan de Mme Reiver - qui ne correspondait pas à son style. Il tomba directement sous la coupe de cette dame, se prosterna devant elle et en fit une déesse. Car voilà qu'il se retrouvait dans une grande ville au sortir de la jungle. Il était incapable de donner aux choses leurs justes proportions, et de savoir qui était quoi.

Mme Reiver se montrait froide et dure ? Il la trouvait d'une dignité majestueuse. Elle n'avait rien dans la tête, et ne pouvait converser intelligemment ? Il la trouvait timide et réservée. Mme Reiver ! Timide ! Elle ne méritait pas les hommages et les respects de qui que ce soit ? Il la révérait à distance, lui assignant toutes les vertus énumérées dans la Bible, et la plupart de celles dont Shakespeare a parlé.

Ce grand gaillard basané, perdu dans ses rêves, si inquiet lorsqu'un poney galopait derrière lui, passait des heures à musarder dans le sillage de Mme Reiver, rougissant de plaisir quand elle daignait lancer un mot ou deux dans sa direction. Son admiration était purement platonique : même les autres femmes s'en rendaient compte et en convenaient. Comme il ne sortait guère dans la société de Simla, il n'entendait rien dire d'hostile à son idole, ce qui était une bonne chose. Mme Reiver ne lui prêtait aucune attention particulière, mais veillait néanmoins à ce qu'il figurât sur la liste de ses admirateurs. Elle se promenait de temps en temps avec lui, histoire de montrer qu'il faisait partie de son patrimoine, et que de ce fait, elle avait des droits sur lui. Moriarty devait certainement assurer l'essentiel de la conversation, car Mme Reiver n'avait pas grand chose à dire à ce genre d'homme, et le peu qu'elle eût dit n'aurait pas été d'un grand profit. Moriarty croyait, à juste titre, en l'influence exercée sur lui par Mme Reiver. Fort de cette conviction, il entreprit sérieusement de se défaire du vice dont il détenait seul le secret. 

Sans doute connut-il d'étranges moments pendant sa lutte contre l'alcool, mais il n'en parla jamais. Il lui arrivait de ne boire que de l'eau pendant une semaine. Puis, tel soir de pluie où personne ne l'avait invité à dîner, où le feu ronflait dans sa cheminée, où tout baignait dans un confort douillet, il s'asseyait dans son fauteuil et se payait une soirée de gala en sirotant petit verre sur petit verre, tout en échafaudant des projets de retour dans le droit chemin, jusqu'au moment où il s'affalait sur le lit, ivre mort. Le réveil était pénible.

Un soir, la catastrophe se produisit. Les efforts qu'il déployait pour de "rendre digne de l'amitié de Mme Reiver" lui dérangeaient l'esprit. Les dix derniers jours avaient été particulièrement mauvais, et il paya l'arriéré de près de trois années passées à s'imbiber d'alcool sous la forme d'une crise de delirium tremens, de type subaigu : état dépressif et suicidaire au début, puis crise de nerfs et hystérie, et délire pur et simple pour terminer. Assis dans un fauteuil, face à la cheminée, ou arpentant la pièce tout en  lacérant un mouchoir, le pauvre Moriarty révélait le fond de sa pensée au sujet de Mme Reiver, car ses divagations portaient sur deux thèmes essentiels : Mme Reiver, et la déchéance de Moriarty, quelques éléments relatifs à la comptabilité des travaux publics venant, certes, embrouiller cet écheveau déjà complexe. Il parlait, parlait, parlait, se chuchotant des secrets sur un ton monotone, sans qu'il fût possible de l'arrêter. Il semblait se rendre compte que quelque chose n'allait pas, et par deux fois il tenta de se ressaisir, et de s'entretenir sérieusement avec le médecin, mais il perdait aussitôt la maîtrise de ses facultés mentales, retournant à ses chuchotements et au récit de ses malheurs. C'est une expérience terrible que d'entendre un colosse qui babille comme un enfant, tout en exprimant ce qu'un homme range et enfouit généralement au plus profond de son coeur. Cette nuit-là, Moriarty fit la lecture de son livre intérieur, pour le bien de toute personne présente dans sa chambre entre dix heures et demi du soir et deux heures trois quarts du matin.

Ses propos dévoilaient la toute puissance de l'emprise exercée sur lui par Mme Reiver, et l'intensité des sentiments que lui inspirait sa propre déchéance. Bien sûr, ce qu'il chuchota ne peut être rapporté ici, mais l'ensemble était fort instructif, car il révélait ses erreurs de calcul.

La crise terminée, et tandis que ses rares relations s'appitoyaient sur le violent accès de fièvre des jungles qui l'avait tant affaibli, Moriarty se fit un grand serment, et on le vit à nouveau en compagnie de Mme Reiver jusqu'à la fin de la saison, lui vouant une admiration silencieuse et déférente, comme à une créature angélique. Plus tard, il se mit à l'équitation - de l'équitation digne de ce nom, pas de la simple promenade - ce qui démontrait clairement qu'il y avait du mieux. On pouvait claquer une porte derrière lui sans qu'il se levât d'un bond, le souffle coupé. C'était un autre signe encourageant.

Comment parvint-il à respecter son serment, et à quel prix dans les premiers temps ? Nul ne le sait. Il accomplit ce qui est certainement l'exploit le plus ardu pour un homme qui a beaucoup bu. Au dîner, il prenait son verre de whisky et du vin, mais il ne buvait jamais seul, et veillait à ne jamais se trouver, si peu que ce fût, sous l'empire de la boisson.

Un jour, il raconta l'histoire de sa grande maladie à l'un de ses intimes, et lui expliqua comment l'"influence d'une femme pure et honnête, angélique par surcroît", l'avait sauvé. Quand l'ami en question - stupéfait d'entendre dire du bien de Mme Reiver - éclata de rire, il perdit l'amitié de Moriarty. Ce dernier, maintenant marié à une femme mille fois plus vertueuse que Mme Reiver, et convaincue que nul homme au monde n'est aussi bon et intelligent que son mari, jurera et protestera jusqu'à son dernier jour que Mme Reiver l'a sauvé de la déchéance de part et d'autre de la tombe.

Mme Reiver savait-elle quelque chose du vice de Moriarty ? Personne ne le pensa un seul instant. Aurait-elle fait semblant de ne pas le connaître si elle avait eu vent de sa faiblesse ? L'aurait-elle laissé tomber en informant de sa découverte tout son cercle d'amis ? Aucune des personnes la connaissant n'en douta un seul instant.

Moriarty l'imagina telle qu'elle ne fut jamais, et sa conviction le sauva, ce qui n'était pas plus mal que si elle avait  correspondu exactement à l'idée qu'il se faisait d'elle.

Mais une question se pose : dans quelle mesure Mme Reiver pourra-t-elle, au jour du Jugement, mettre à son crédit le salut de Moriarty ?"

Traduction de Jean-Paul Hulin, éditions Gallimard, 1988

 

24.02.2012

Librairie des Abbesses (30 rue Yvonne Le Tac, Paris 18°)

Ce qui est assez amusant avec la Librairie des Abbesses, c'est le décalage entre ce que j'ai ressenti en flânant dans ses rayons et les divers avis que je trouve sur le net, plutôt acerbes, il faut bien le dire. Moi j'ai beaucoup apprécié le cadre, pas un centimètre carré sans un livre, le rouge omniprésent, un fond assez consistant ne tenant pas compte des effets de mode (le livre de Philippe Katerine toujours là, par exemple, et bien mis en avant), et on m'a laisser flâner et prendre des photos très tranquillement. Ajoutons à cela la localisation en plein Montmartre, quartier à visiter !

abesses devant.JPG

abesses fond.JPG

abesses mur.JPGabesses rouge.JPG

J'ai noté deux titres inconnus et tentants, "Kiwi" de Pierre Alferi et "Belle famille" d'Arthur Dreyfus, avant d'aller faire un tour à la librairie de la Halle Saint Pierre tout à côté (spécialisée dans l'art).

 

23.02.2012

"C'est indépendant de ma volonté"

Au Théâtre de l'Atelier, en bas de Montmartre, John Malkovich signe la mise en scène, d'après l'adaptation de Christopher Hampton (version française signée Fanette Baraya) des Liaisons dangereuses (Choderlos de Laclos), et ça cartonne. C'est LA pièce dont tout le monde parle en ce moment, c'est noir de monde, et c'est Ori qui m'avait donné envie d'y aller. Verdict : c'est excellent, foncez-y (jusque fin juin).

Ceci établi, pour moi, le plaisir d'aller au théâtre commence bien avant le spectacle lui-même. J'ai adoré me promener dans les rues de Montmartre, prendre un pot en terrasse du troquet à côté du théâtre, y voir venir s'y installer à la table voisine Marina Carrère d'Encausse et constater que purée, oui, la caméra grossit drôlement, elle est bien plus fine qu'à l'écran et plutôt canon, même.

marquise de merteuil :,"Je suis sûre,que si j'avais le bon esprit de le quitter à présent,il en serait au désespoir;,et rien ne m'amuse comme un désespoir amoureux.,Il m'appellerait perfide,et ce mot de perfide m'a toujours fait plaisir;,c'est,après celui de cruelle,le plus doux à l'oreille d'une femme.,

J'adore arriver dans les premiers dans la salle de théâtre, la regarder se remplir et bourdonner, en absorber l'atmosphère et savourer l'anticipation, ce qui va se dérouler sous mes yeux sera unique, vivant, éphémère et délicieux, quoi qu'il arrive.

Le spectacle est déjà sur scène avant le début de la pièce : le rideau n'est pas baissé, les comédiens arrivent, certains s'habillent même sur scène, tous mangent, s'échauffent, regardent la salle se remplir, déambulent, se concentrent.

marquise de merteuil :,"Je suis sûre,que si j'avais le bon esprit de le quitter à présent,il en serait au désespoir;,et rien ne m'amuse comme un désespoir amoureux.,Il m'appellerait perfide,et ce mot de perfide m'a toujours fait plaisir;,c'est,après celui de cruelle,le plus doux à l'oreille d'une femme.,

20 h : le noir se fait, c'est parti pour près de 3 heures (avec l'entracte et les nombreux rappels finaux) d'intense jubilation.

La marquise de Merteuil (Juie Moulier) demande un "service" au Vicomte de Valmont (Yannick Landrein); las, ce dernier a d'autres projets qui l'accaparent fort, mais comme il est bon gars au fond il va le faire, ce déniaisage de la petite Cécile (Rosa Bursztejn). Mais madame de Merteuil n'est pas satisfaite. Son complice lui échappe, elle voit bien, elle, qu'il est tombé véritablement amoureux de Madame de Tourvel (Jina Djemba). Ce que l'on ne peut posséder sera détruit, et elle s'y entend...

N'ayons pas peur des mots, la mise en scène est géniale : elle fourmille d'idées originales qui loin d'affadir un texte plutôt bien respecté dans l'ensemble, l'enrichissent en l'allégeant; tous les comédiens restent sur scène en permanence, et leur regard sur ce qui se déroule apporte un sens supplémentaire; c'est plein d'humour, dans différents registres, on flirte subtilement avec un certain érotisme (l'arrivée tout en voiles de la callipyge Emilie (Lola Naymark) m'a tellement fait penser à Nana !), on bombe du spray rouge avec une lampe de poche, on se fait tancer par Valmont qui nous met au défi de faire aussi bien, j'en passe, la presse regorge de qualificatifs et d'explications sur tel ou tel geste-hommage à ceci ou cela et au mélange modernité-classique.

Bref, on se régale, pour de vrai.

22.02.2012

Il y a quelque chose d'anormal chez toute personne qui commet un meurtre. Laissez de côté la psychologie. Tenez-vous en à la loi.

Elle est belle à se damner, il est attentif et prévenant. Elle est pas mal idiote, il ne cesse de réfléchir. Il ne fallait rien commencer, ils sont tous deux mariés et parents. Trop tard. Rapidement, ils en arrivent à "éliminer" (salement) le mari de la belle. Ils sont arrêtés, jugés, exécutés.

1927, Ruth Snyder et Judd Gray. Une "histoire vraie", dont se sont inspirées bien des adaptations, littéraires ou cinématographiques ("Le facteur sonne toujours deux fois") et que Ron Hansen reprend ici à la manière d'un Truman Capote.

Se basant sur les faits, dates, déclarations des uns et des autres, il parvient à rendre tout ça absolument vivant et prenant et haletant et suffoquant et horrible, mon dieu, tout ceci est affreux et n'a pas de sens. Il est glissé que peut-être (peut-être !) l'apparente incohérence de Ruth a quelque chose à voir avec la maladie thyroïdienne dont elle souffrait sans que le médecin en reconnaisse les symptômes, que personne n'est jamais tout blanc ou tout noir, que la mort par décharges électriques (non maitrisées !) est un truc de malade que PERSONNE n'aurait jamais dû avoir à subir.

Un bon roman qui happe dès les premières pages.

Un des temps forts ? Les propos de Judd, lorsqu'il se rend compte du vortex qui est train de l'aspirer :

"Je suis habité par deux êtres différents, Ruth. L'un s'efforce d'avoir une vie normale, mais il en est complètement incapable, tandis que l'autre aspire au bizarre, à l'interdit et exerce un ascendant grandissant sur moi. Je suis une épave. Je cherche ma veste partout, puis je m'aperçois que je l'ai sur le dos. J'ouvre les robinets de la baignoire, puis j'oublie et j'inonde par terre. J'ai l'impression d'être dans le coma. Hier, Isabel et Jane sont venues m'accueillir à la gare et j'étais tellement dans le brouillard que je suis passé à côté d'elles sans les reconnaître.

Ruth s'esclaffa.

- Mais ce n'est pas drôle du tout pour moi, Ruth ! Nous nous connaissons depuis un an et demi seulement et, sous tous rapports, je suis pris dans ce que les pilotes de biplan appellent une "vrille mortelle". Mais pour rien au monde je ne souhaiterais en sortir. Tu es une énorme aberration...

- Merci bien.

- Oh, je ne l'entendais pas ainsi, ma chérie. Je veux dire que tu es l'objet de tout ce que je fais. L'origine de tout ce que je suis. Est-ce que je fais sens ?

Ruth prit les mains de Judd dans les siennes.

- Seulement si tu l'entendais comme un compliment.

- Honnêtement, ce n'est pas de la flatterie. C'est presque de la théologie."

 

(L'humour n'est pas absent de ces pages, aussi incongru que cela puisse sembler : 

"Trois des aliénistes prirent des notes, tandis que le Dr Thomas Cusack relançait :

- Mais qu'est-ce qui vous intéresse ou vous excite chez le sexe opposé ?

Judd détourna le regard et garda le silence, ruminant si longtemps la question que les médecins eurent des doutes sur sa sincérité quand il finit par lâcher :

- Je ne suis pas tant attiré chez les femmes par leur beauté ou leurs simples appas que par leur élégance et leur intelligence.

L'un des médecins nota sur son bloc : "Efféminé ?" Et un autre, en dessous : "Menteur".")

 

la séduction est affaire d'attentions discrètes,assez voilées pour ne pas effaroucher,mais assez apparentes pour être perçues.,(Laurence Sterne),.,"Une irrépressible et coupable passion" - Ron Hansen

Buchet-Chastel 2012, 347 pages

Traduit de l'américain par Vincent Hugon

Titre original : A wilde Surge of Guilty Passion

 

Merci Clara ! Son avis, ...

 

18.02.2012

Librairies chéries : Lamartine (118 rue de la Pompe, Paris 16°)

puisque j'entre systématiquement dans toute librairie,qui se présente sur ma route,pourquoi ne pas les répertorier,au fond ?

 

La librairie Lamartine se présente très bien toute seule, sur son site.

"Le rayon Littérature est un de nos points forts... c'est du moins notre ambition. Nos libraires lisent, découvrent, réagissent à l'actualité. Nos "coups de coeur" sont très variés, ils reflètent l'offre éditoriale dans sa diversité.
Et si nous savons donner notre avis sur les titres les plus récents, nous nous attachons aussi à maintenir une offre permanente d'ouvrages de fonds.
Nous sommes indépendants, libres de nos choix. Si nous aimons, nous soutenons! que l'éditeur soit une grande maison ou une minuscule structure, le seul critère est la qualité littéraire... et le respect du lecteur."

J'ai aimé m'y promener et noter quelques titres dont je n'avais pas encore entendu parler ("Grosse" d'Isabelle Rivoal, "Jolie libraire dans la lumière" de Frank Andriat, "So shocking !" d'Alan Bennett, "Rhapsodie pour une dent creuse" de Régis Delicata), constater que "Blue Jay Way" de Fabrice Colin est bien en vue, que la romance est décidément un genre en vogue, que la Pléiade est toujours bien sous clef, et que même monsieur Cuné se plaît à fureter, la preuve dans le désordre et en images !

 

puisque j'entre systématiquement dans toute librairie,qui se présente sur ma route,pourquoi ne pas les répertorier,au fond ?puisque j'entre systématiquement dans toute librairie,qui se présente sur ma route,pourquoi ne pas les répertorier,au fond ?

puisque j'entre systématiquement dans toute librairie,qui se présente sur ma route,pourquoi ne pas les répertorier,au fond ?puisque j'entre systématiquement dans toute librairie,qui se présente sur ma route,pourquoi ne pas les répertorier,au fond ?puisque j'entre systématiquement dans toute librairie,qui se présente sur ma route,pourquoi ne pas les répertorier,au fond ?

17.02.2012

Même les filles aimaient le foot maintenant. A quoi cela servait-il de faire des filles dans un monde pareil ?

"Mon fils aussi, du haut de ses cinq ans, aimait ce sport où des types en tenue de clown couraient comme des chiens maigres après une baballe. Bien que ce fût une entorse aux lois de Mendel sur l'hérédité, l'attirance de Tom pour le foot me paraissait en accord avec le conditionnement à la virilité grégaire, chauvine et portée sur le houblon de notre société post-machiste. J'en souffrais, mais m'en offusquais moins que pour ma fille. Je décidai sur-le-champ de l'écrire dans mon roman. Cela me ferait perdre des lecteurs, mais, au moins, cela me soulagerait."

segur.jpg

Connaissez-vous l'agrypnie ? Simon Perse, écrivain (connu), divorcé, papa du week-end deux fois par mois (d'une petite fille de douze ans impressionnante et d'un petit bonhomme de cinq ans qu'il n'entend pas avec une mauvaise foi comique (et très triste à la fois)), patient du génial Dr Zennegger à raison de soixante euros par séance (d'accord), et aussi indien-qui-ne-renonce-jamais, étudiant en littérature à San Fransisco, Remo qui se fait mordre par un serpent (j'en passe), bref, Simon Perse/Philippe Ségur, lui, oui.

L'agrypnie est donc une perte prolongée du sommeil. Insomniaque, c'est suspect, les gens disent toujours qu'ils ne dorment pas mais s'enfilent leurs petites heures de récupération hachées en douce, SP, lui, non. Pour de vrai, il ne dort plus du tout. Nuit après nuit. Ou jour après jour. D'ailleurs, allez vous souvenir de la date quand le sommeil ne rythme plus la succession des heures, vous. Des hallucinations ? Non. Jamais. Ce qu'il vit, il l'a vécu, il en est sûr, la preuve, il ressent encore...

Je serais bien incapable de démêler les intentions de "Le rêve de l'homme lucide" de Philippe Ségur (390 pages, Buchet-Chastel 2012), tant il est riche en paradoxes. Férocement drôle en plusieurs endroits, ce roman est également plein de tendresse et de profond désenchantement, avec quelques pincées de charges virulentes. Il est surtout bien écrit, avec une précision dans les descriptions des sensations qui m'a impressionnée. Phillippe Ségur donne une impression de grande simplicité et je trouve ça hyper fortiche, tant j'ai pensé plusieurs fois : "c'est exactement ça". Sans parler évidemment de son imagination rien moins que foisonnante :)

Entamé après une hécatombe de romans abandonnés plus vite que leur cinquantième page, j'ai été ravie de tourbillonner entre ses pages.

Merci Cathulu !

Son avis, celui de FrenchPeterPan, ...

"Parce que tant qu'on est vivant, on peut toujours faire mentir les statistiques, papa."

16.02.2012

Elle ne voulait pas être convaincue. Elle en avait ras-le-bol, elle le sut tout de suite.


oh ignore me,im blithering,i'm dithering,i've had too much to drink.La vraie héroïne de ce roman, c'est la musique. Incontestablement, totalement, profondément. Voire brillamment. Accessoirement, il y a Julian Donahue, réalisateur (doué) de publicités. Qui est comme qui dirait détruit, après la mort de son enfant. Et qui va entendre, comme ça, *par hasard*, une jeune chanteuse irlandaise qui commence à faire le buzz aux Etats-Unis. Et qui va entamer une drôle de relation avec elle...

Deux problèmes (majeurs) en ce qui me concerne : je suis totalement insensible à la musique, et j'ai été en permanence désarçonnée par le rythme de ce roman; les dialogues ont quelque chose d'incongru (difficile à exprimer, ce truc... j'ai eu l'impression que tout était du domaine du sous-entendu, en permanence, ou alors les associations d'idées sont trop rapides pour moi, ou alors c'est juste trop décalé, mais bref, vous voyez l'idée ?), la construction m'a frustrée (deux personnages sont bien trop laissés en arrière-plan à mon goût, le frère et l'épouse, alors que quelques chapitres leur sont pourtant consacrés, en introduction, alors j'attendais plus, ce qu'on sait d'eux exige plus).

Mais c'est une belle histoire, indéniablement, j'ai été très émue parfois, autant que mal à l'aise. C'est, sur un support ultra-moderne - les contacts virtuels - une exposition du mal-de-vivre contemporain, et celui qui est motivé, pas le vague-à-l'âme des nantis, ce truc qui fait qu'on peut parfois marcher sur un fil, à la limite de choir, et de ne pas se relever. C'est aussi une belle allégorie du pouvoir des chansons sur nos vies, pour qui fonctionne avec ça. Un in-between dont je ne raffole pas, au final.

 

Une simple mélodie - Arthur Phillips

Le Cherche-Midi, 2012, 494 pages.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Edith Ochs

Titre original : The Song is You

 

Keisha a aimé. 

14.02.2012

Les défauts de la cuirasse d'individus trop intelligents

cette cour empressée,hautement organisée,lui apporta de grandes satisfactions,et marqua un tournant,dans son évolution personnelle,car aucun étudiant en licence de lettres,si intelligent fût-il,n'aurait pu se faire passer,au bout d'une seule semaine de recherches,pour un physicien ou un mathématicien,auprès de ses camarades scientifiques.,c'était à sens unique.,C'est dans un commentaire sur amazon que j'ai trouvé le titre de ce billet, et il traduit tellement bien le contenu de ce roman qu'il s'impose, dans sa simplicité. "Solaire" de Ian McEwan (Gallimard 2011, 389 pages, traduit de l'anglais par France Camus-Pichon) est un de ces romans que l'on parvient à grand peine  à reposer, qui n'offre pas d'endroit où le laisser : tout s'enchaîne, en une sorte de bavardage qui paraît impromptu (grâce à une construction solide) et surtout, agréable et facile.

Traitant pourtant de sujets graves et sérieux, il gambade avec beaucoup d'humour et de subtilité, et nous entraîne dans neuf ans de la vie de Michael Beard, physicien. Etre intelligent exonère-t-il de l'attention aux autres ? Ce personnage fascine et on ne parvient pas, malgré une succession d'éléments à charge, à vraiment le détester. Il est incapable de se contraindre, en aucune manière, et ne s'illusionne pas sur lui-même. Mauvais mari (cinq fois), mauvais père, chercheur paresseux, gourmand, très moyennement honnête, grandement alcoolisé à la moindre occasion, paresseux et lâche, oui, mais aussi brillant.

Ian McEwan ne sollicite jamais l'indulgence du lecteur, mais l'obtient de façon pleine et entière.

Mention spéciale à la longue scène du paquet de ships.

Lu également par Dasola, Keisha, Papillon, ...

Toutes les notes