24.04.2012
Madame, dit Zulma, puisque vous êtes là, je voudrais que tu m'expliques le fin fond des choses.
"Carle et le fils étaient tristes tous les deux d'une tristesse pas désagréable. Comme quand on voit partir des gens et qu'on reste, qu'on se dit : "Qui sait ce qui les attend ? Moi ma maison est douce." On s'imagine qu'ils vont coucher dans des buissons d'épines par des nuits de pluie. On pense au bon lit de la maison. On désire à la fois d'un même désir le bon lit et le buisson d'épines dans la pluie."
C'est l'histoire d'un coin de Provence, un pays dur. On travaille la terre, saison après saison et il y a comme une désespérance qui fait des ravages. Déjà deux qui se sont tués. Jourdan attend, il sait que quelqu'un va venir et il attend de lui une solution. C'est Bobi qui se pointe, un peu artiste (contorsionniste), un peu poète. Il apporte la joie. A partir de lui, les choses changent, les fermes isolées se fréquentent, on travaille en commun, on plante des fleurs. La joie vient. Mais pour qu'elle demeure, il faudrait que l'homme ne soit pas l'homme...
Un roman magnifique qui chante la nature et les choses simples, tout en exposant d'une voix fragile la solitude et l'inquiétude. Un roman qui prend aux tripes, tout en étant d'une limpidité totale. Un roman qui parle de nous, de ce que chacun d'entre nous pense, tout au fond, de ce qu'on ne dit jamais. Un classique, en somme. Merci Cathulu !
Que ma joie demeure - Jean Giono
Grasset 1935, 499 pages.
Ils en parlent : Christine, Kalistina, Pascale, Bal des mots dits, Cagire, Suite des jours, ...
"Je m'assois, dit l'homme, parce que c'est loin. Je ne vous conseillerai jamais de vous abonner à un journal.
- Parce que ? dit Jourdan.
- Parce que je suis la poste, dit l'homme. Je suis venu à bicyclette jusqu'au bas de la montée. J'ai mis la machine dans les buissons et j'ai pris le raccourci dans la forêt. Une fois ça va bien, mais s'il fallait le faire tous les jours..."
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