11.05.2010
Great expectations - Livre audio (Penguin) 1994
Charles Dickens lu par Hugh Laurie : quand je suis tombée sur ce livre audio, j'ai bien évidemment craqué immédiatement.

Mais :
1/ Pour je ne sais quelle raison, seul mon lecteur Blu-ray accepte de le lire (c'est un produit américain, mais bon, c'est un CD !)
2/ J'ai d'abord tenté de suivre le texte sur ordinateur. Mission impossible, comme toujours dans le cas d'un livre audio le texte est condensé, et tenter de rattraper un peu plus loin avec le débit de Mister Laurie est au-dessus de mes forces.
3/ Condamnée donc à l'écoute passive, je me suis endormie deux fois sur le canapé. C'te honte. (3 h d'écoute, en même temps...)
4/ Je ne comprends pas tout !
5/ Faut dire aussi qu'il est speed, Hughinou. (Et c'est une vraie différence avec par exemple Isabelle Carré, que j'avais écouté lire "La jeune fille à la perle" et qui prenait tout son temps.)

Cependant :
La diction de Hugh Laurie est parfaite, sa voix est merveilleuse, il met le ton, il incarne chaque personnage (et ses changements de voix sont impressionnants de maîtrise; Miss Havisham est chevrotante et lasse, Estella est snob-snob-snob, Joe est tout simple (et lui j'ai tout compris), Pip évolue, sa soeur est pincée-mégère, les personnages annexes ont tous une voix différente...), et au bout d'un moment, Dickens quand même, on est en immersion totale. J'ai suivi parce que j'ai déjà lu le roman et vu une adaptation. Mais j'ai ramé quand même pendant une bonne partie du truc, des passages entiers m'ont échappé totalement, clairement je ne suis pas au niveau pour de l'english en audio pur, sans l'aide d'un texte écrit ou d'une interprétation visuelle.
A retenter dans quelques années ?
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09.05.2010
Charles Dickens - Peter Ackroyd (5)
Au temps pour l'homosexualité dans l'oeuvre de Dickens :
"... se rencontrera d'un bout à l'autre du roman où divers types de solidité et de dureté (masculines) sont opposés à la liberté de mouvement et à la fluidité (féminines). [...]
S'agit-il là d'une simple fantaisie du biographe ? Cette hypothèse semble confirmée par les nombreuses allusions connues à ce qu'on pourrait appeler le côté "féminin" de Charles Dickens, entendons par là les qualités considérées de son temps comme "féminines".
Un ami déclarait qu'il se trouvait "quelque chose de féminin dans la faculté qui le faisait aboutir au juste verdict, au mot approprié". A la fin de sa vie, une amie et confidente américaine, Mme Fields, remarquait encore "cette exquise délicatesse et cette promptitude de sa perception, qualité aussi fine chez lui que chez la plus fine des femmes". Un contemporain élargit cette observation en lui donnant une tonalité typiquement victorienne : "Son imagination, comme celle d'une femme, prend le dessus de ses facultés plus raisonnables," cependant que dans une étude critique de son oeuvre il était fait allusion à son "esprit féminin, irritable, bruyant".
On note aussi l'intérêt minutieux que prenait Dickens au mobilier et à la décoration de son intérieur; comme le rapporta un jour sa fille Mamie, "l'intérêt constant qu'il prenait à la vie de la maison était du genre habituellement réservé aux femmes." Il a également été dit par plus d'un critique contemporain que Dickens possédait bien un sens "féminin" de la saleté et de la laideur chez les hommes; certes, sa sensibilité à l'atmosphère et à l'humeur, tenue pour "féminine" par ses contemporains, ne serait plus traitée comme telle de nos jours. Néanmoins son vocabulaire regorge d'éléments passifs, surtout dans sa correspondance. Les choses "s'emparent" ou "prennent possession" de lui. Dans ses romans, certains personnages doivent renoncer à des traits d'autorité masculine pour atteindre un certain état de grâce et de libération.
Cette qualité "féminine" de son écriture explique en partie son attitude ambivalente à propos de l'argent, du pouvoir, de la nature du "progrès" et, dans le roman qu'il était sur le point de rédiger, de la domination du chemin de fer. A mainte et mainte reprises, il affirme l'importance de la douceur, de la bonté, de la sympathie, de la générosité, valeurs à l'époque considérées comme spécifiquement féminines; mais Dickens comprenait mieux que beaucoup de ses contemporains quels étaient les atributs propres à tous les êtres humains. Ses instincts créateurs étaient directement aux prises avec son expérience générale du monde, mais les motifs et les méthodes qu'il choisissait étaient tout à fait de son époque. Peut-être est-ce pour cette raison qu'on trouve tant de femmes monstrueuses dans l'oeuvre de Dickens; bien que ce soit une caractéristique des contes populaires, on la rattache aujourd'hui encore à une vision dite "dickensienne", et l'on peut y voir une tentative pour ridiculiser ou éliminer l'élément "féminin" qu'il portait en lui.
C'est bien là l'important : il vivait à une époque qui ne cessait de séparer les sexes. La libre manifestation des émotions par les hommes, si flagrante dans le premier tiers du siècle, où ils pleuraient en public, ne pouvait désormais convenir en ces temps où commerce et puissance étaient les divinités jumelles du monde masculin. Barbes et moustaches revinrent à la mode vers 1855. L'habillement masculin classique se réduisit aux couleurs ternes du costume de ville et au noir du haut-de-forme. Tous ces traits caractérisent une société où le culte de la force commerciale n'avait d'égale que l'incessante recherche scientifique sur les principes de l'énergie, ou au constant refrain sur la "bataille pour la vie" correspond à l'exploitation des pauvres et l'acquisition par la violence de territoires outre-mer.
Dans un tel contexte, on accusa souvent Dickens d'avoir un génie essentiellement "féminin", de manquer de sagesse, de raison ou de jugement, qualités viriles par excellence. Dickens s'irritait de ce dénigrement implicite, de lui-même en particulier et du roman en général; c'est pourquoi il soulignait sans cesse la force morale de ses écrits et répétait qu'il décrivait la "vérité". Il croyait appartenir à son époque, et en fait il l'utilisait pour construire une vaste structure mythique. Derrière les stéréotypes conventionnels du "masculin" et du "féminin", il percevait des caractéristiques plus durables."
(chapitre 16)
1er billet, 2° billet, 3° billet, 4° billet.
Manuscrit de Bleak House.
(Cliquez pour voir en grand)
06:00 Publié dans Autour de Charles Dickens | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chaque page est intéressante, je progresse à la vitesse d'une lime à ongles, mais j'adore ça
24.03.2010
Charles Dickens - Peter Ackroyd (4)
Chapitre 14, le génie à l'oeuvre :
"Car on ne doit jamais oublier les petits détails de l'art verbal de Dickens. On a parfois considéré que, s'il écrivait tant, c'est qu'il écrivait trop vite et même négligemment.(*) Rien n'est plus loin de la vérité. Pour parler comme Oscar Wilde, Dickens était un grand seigneur du langage, quoique généralement méconnu; il avait une oreille de poète pour la cadence et l'euphonie, en même temps qu'un oeil de peintre pour la finesse de l'effet visuel. Dans la première version de Martin Chuzzlewitt, par exemple, il écrit à propos de Pecksniff : "De son activité dans le domaine architectural il n'existait d'autre témoignage qu'un plan encadré accroché au-dessus de la cheminée du petit salon avec une légende..." Dickens retourna ensuite sa feuille et recommença : "De ses activités d'architecte on ne savait rien de très précis, si ce n'est qu'il n'avait jamais fait de plans ni rien construit; mais il était généralement admis que ses connaissances dans cette science étaient presque effrayantes par leur profondeur." Des modifications de ce genre montrent les vibrations de l'imagination créatrice, humour, rapidité de la révision, et effet final. Les changements opérés dans le roman peuvent être affaire de choix artistique ou d'instinct."
"Un des tics de langage préférés et réitérés de Dickens, par exemple, est constitué par ce qu'on pourrait appeler l'insistance fallacieuse. Ce n'est pas toi qui vas avoir des ennuis, non, ce n'est pas toi. Ce n'est pas toi, tu es trop malin. Trop malin, voilà ce que tu es. Ces expressions sont tellement inscrites dans la manière de Dickens qu'il est difficile de croire que sa propre conversation n'ait pas été marquée par le même tour."
Un super passage également sur ce qu'on entend souvent, que Dickens aurait "inventé" Noël ("comme l'ont affirmé les plus sentimentaux de ses biographes", dit Ackroyd), et qui n'est bien évidemment pas vrai. Cependant il a profondément transformé la façon de fêter Noël chez les anglais. "Sa véritable contribution à la définition de Noël résida dans son talent pour le clair-obscur." Et comment et pourquoi nous est longuement détaillé, et c'est passionnant. Mais tout est passionnant dans ce livre !
(*) C'est tout de même exaspérant cette propension à toujours taxer les excessifs de qualité moindre. La modération m'emmerde de plus en plus. Ce n'est pas parce qu'on écrit ou lit plus que les autres qu'on le fait mal, il n'y a rien de méritoire à écrire ou lire lentement si ce n'est pas dans notre nature.
06:00 Publié dans Autour de Charles Dickens | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens, comment écrivait-il, raa cette bio est passionnante, la meilleure de toutes!
07.03.2010
Girl in a blue dress - Gaynor Arnold
A la fin de sa vie, Catherine Dickens, la seule et unique épouse de feu Charles Dickens, a donné à sa fille Kate les lettres que son mari lui avait écrites tout au long de sa vie, lui demandant de les remettre au British Museum en disant ceci : "so the world may know that he loved me once."
Gaylord Arnold a écrit ce roman (son premier) inspiré par la vie et le mariage de Charles Dickens, en essayant d'esquisser Catherine, à partir de bien peu de documents lui étant consacrés. Elle a changé absolument tous les noms (y compris ceux des oeuvres) (ainsi Charles Dickens est devenu Alfred Gibson) et a laissé libre cours à son imagination.
Le résultat est trop laborieux pour moi, le roman (414 pages) étant principalement constitué de dialogues, et Catherine apparaissant comme une sorte de sainte placide et sacrifiée, soudainement capable de tenir tête à la reine ou de confronter la rivale qui l'a détrônée en un face-à-face vengeur. Je ne parviens pas à croire à cette Dorothea, et je m'use la patience sur des scènes interminables.
On la rencontre le jour des funérailles du one and only, et elle dit à sa fille Kitty : "I cast a glance at the dark red line of Alfred's novels in the bookcase across the room, some of them so battered that they are about to fall apart. I still read a chapter every day, you know, Kitty. And when I finish each book, I start another. And when I finish them all, I start to beginning again. "
La façon dont elle est tombée amoureuse de son rire avant même de le voir m'a beaucoup plu aussi : "And then someting happened. I can hardly describe it, though I have tried again and again. It was the way the scent of the lilacs and the sound of a clear, cheerful laugh drifted in trough the window at exactly the same moment. I could hardly tell the sound from the scent; yet each entity seemed completely entrancing and divine. "
Et puis cette toute première lettre d'Alfred à Dodo, si impudente, si exaltée, qui se termine ainsi : "If I am wrong, I will drow myself in the Thames and feed fishes for ever and a day. But say I'm right. Say I'm right, sweet Dorothea. Whisper it on the night air. Tell it to your pillow. Write it in you reply. Yours in agony, Alfred Gibson."
Ce qui est très bien rendu également, c'est la ferveur de son public, la façon dont Dickens était une incroyable star adulée. Mais bon, la romance de cette histoire ne fonctionne pas avec moi ! (Sur les listes du Man Booker Prize 2008, ceci dit).
Crow Publishers, 2008
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21.02.2010
The Invisible Woman, The Story of Nelly Ternan and Charles Dickens - Claire Tomalin

Dans la vie de Dickens, il y a eu une rencontre qui en aura complètement bouleversé la suite : Nelly Ternan. Actrice et fille d'acteurs, il a 55 ans lorsqu'elle entre dans sa vie, elle en a 18, l'âge d'une de ses filles. Elle est petite, fine, blonde, les yeux bleus, de beaux poumons, selon l'expression de l'époque. Il est un monstre sacré, une vedette en pleine gloire. Pour toutes les années qui suivent, leurs vies sont liées dans le secret le plus absolu, orchestré et couvert par la suite par les plus proches du grand homme.
Dickens est profondément amoureux, d'ailleurs pour la première et unique fois de sa vie il va passer 2 ans et demi sans écrire. Pour Nelly, c'est moins clair. A partir du peu de documents et paroles de témoins rapportées, on se fait une idée plus ou moins obscure de ses motivations. Elle avait perdu son père, était très certainement flattée et touchée d'être ainsi distinguée par Dickens. Ils auraient pu s'établir sans plus de culpabilité mais avaient tous deux un fort sens des convenances et Nelly n'était pas une cocotte.
"Other men close to Dickens seem to have managed their double lives with less stress. Collins acquired a second mistress in 1867, established her in London round the corner from his first establisment, and began a family with her; when Caroline objected and made a defiant marriage to someone else, he took it calmly and equally calmly welcomed her back into residence later, continuing to maitain his second growing family; both women were given simultaneous seaside holidays in adjacent resorts. The artist George Cruikshank also kept two households and two families round the corner from one another near Mornongton Crescent, and fathered ten children on his second "wife", Edith Archibold. William Frith, the popular painter who did Dickens's portrait in 1859, had a similar arrangement : his two establishments were also only ten minutes's walk apart, in the Paddington area, and portraits of both women appear in his famous painting of Paddington, The Railway Station. His marriage produced twelve children and lasted thirty-five years; his mistress Mary Alford bore him another seven children, and when his wife died he married her. There was something cosy and domestic about these arrangements; the women involved were not femmes fatales or cocottes - concepts for which the English were obliged to turn to the French - but confortable, everyday creatures who were grateful enough to have steady men to support them and their children, and modest about their own position and claims. A man, even if he was not a husband, was after all still the best available source of income for a woman.
The difficulty for Dickens was not only that he felt more vulnerable to discovery and comment, as one whose fame was pre-eminent and tied to a virtuous image which he had ferociously defended at the time of the separation from Catherine; he had also uttered assertions about Nelly, both to his family and to the world, which made the position more difficult than it might otherwise have been. The further problem was that he had picked the wrong sort of woman to be his second "wife". She was neither a modest girl of the people nor a grateful widow. If she had given up her professional ambitions, she still had social ones, and she was backed by an intelligent, aspiring and watchfull family. "
D'ailleurs après la mort de Dickens, elle va rebondir de façon très inattendue, en se mariant et en ayant deux enfants (à 40 ans !), s'inventant un passé et se rajeunissant de 14 ans.
Leur histoire a duré 12 ans (ou 14 ? Je ne sais plus exactement), il est vraisemblable, d'après différentes sources dont un agenda de Dickens rédigé sous code et les propres déclarations d'un fils de Dickens, qu'ils ont eu au moins un enfant, qui n'a pas vécu.
Claire Tomalin rédige ici une biographie passionnante à plus d'un titre. Elle passe un long moment à tenter d'expliquer l'état d'esprit de l'époque victorienne, la façon dont étaient considérées les actrices, la place qu'avait la femme dans la société. Elle embrasse toute la famille de Nelly, dont les soeurs peu banales sont aussi très intéressantes, les gens que côtoyaient nos deux héros, ce qu'induisait la célébrité de Dickens au quotidien, son proche entourage (et notamment sa belle-soeur Georgina). Elle a mené une enquête très pointilleuse, produit toutes sortes de documents et de photos, donne son sentiment basé sur les preuves tangibles et extrapolé à travers la façon dont elle a reconstitué Nelly. Dans son dernier chapitre, "Myths and Morals", elle revient sur les différentes hypothèses des biographes de Dickens et insiste encore sur la fragilité des jugements hors époque.
J'ai adoré cette biographie et ne regrette pas un seul instant d'en avoir tenté la lecture en anglais (elle n'a pas été traduite en français. What a shame.). J'ai maintenant hâte de reprendre la brique de Peter Ackroyd, pour voir la façon dont il aborde cette fin de vie de Dickens, qui était vraiment et incontestablement un être tout à fait à part.
Chesterton a eu cette phrase affreuse : "He died drunken with glory" : Après tout, si quelqu'un a un jour mérité la gloire, c'est bien Charlie.
Ed. Penguin Books, 1991 283 p.
21:30 Publié dans Autour de Charles Dickens | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens, biographie, les dernières années de dickens, mon premier livre lu en anglais, how émouvant, et j'ai tout compris, de nouvelles lectures s'ouvrent à moi, yiihaa
10.02.2010
L'abîme - Charles Dickens & Wilkie Collins
Chouette une réédition de Dickens ! L'occasion pour moi de lire pour la première fois un roman "à quatre mains" écrit avec Wilkie
Collins. On reconnaît aisément la plume de Dickens pour tout ce qui concerne la création des personnages, et Wilkie Collins est certainement à créditer de l'intrigue policière.
Trois personnages principaux se disputent la vedette, tous unis à leur insu par leurs origines : deux d'entre eux sont des enfants d'un hospice, l'un reconnu par sa mère qui l'a repris et élevé depuis l'âge de douze ans. Mais il y a eu erreur et c'est l'autre son véritable fils. S'ajoute un troisième larron qui ajoute à la confusion; tous ont le même âge, sont en relations d'affaires. Une histoire d'amour se noue, la vénalité et les exactions s'en mêlent, tous les ingrédients sont là pour mener tambour battant une intrigue riche en rebondissements...
Et ça fonctionne très bien. C'est étrange de lire un Dickens exempt des intrigues secondaires qui nourrissent habituellement ses romans, mais le faible nombre de pages est compensé par les fils retors d'une histoire réussie. Il est patent que ce travail en collaboration permet une concision agréable. Mais c'est surtout pour leurs digressions que j'ai tant de plaisir à lire les romans de Dickens, et je trouve qu'ici les rapports entre les personnages paraissent souvent incongrus et empesés, sans leurs atours cocasses et les centaines de pages qui leur permettent habituellement de s'ébattre en long et en large.
Pas complètement convaincue, donc.
Ed. Hachette 1872 & Ed. du Masque (JC Lattès) 2010, 213 p.
Traduit de l'anglais par Madame Judith de la Comédie Française
Lu également par Papillon, L'ivresque des livres, Doriane, Ys,
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13.12.2009
Le magasin d'antiquités - Charles Dickens
Je vous assure, désirer lire Dickens de nos jours est chose ardue. Le magasin d'antiquités n'est actuellement plus édité du tout, aussi je remercie encore Fashion qui m'a prêté son volume de la Pléiade déniché d'occasion.
Quatrième roman écrit par Dickens, ce magasin ne m'a pas séduite outre mesure. On y suit la petite Nell, quatorze ans, qui est un modèle de bonté, vertu, et beauté. Elle est chargée de son grand-père, un triste personnage saisi du vice du jeu, qui nous est présenté comme un gros égoïste qui passe son temps à chouiner ou à perdre la boule, il n'y a guère que Nell pour l'apprécier. Et encore, parfois même à elle il met les jetons, mais c'est une fille courageuse qui ne baisse jamais les bras.
Ils sont poursuivis par la haine du pire individu qui se puisse concevoir, un être abominable et difforme, un nain, Quilp. Il maltraite et manipule tout le monde autour de lui, et s'acharnera sur Kit, qui vénère la petite Nell.
On suit en parallèle les aventures de Nell et son grand-père sur les routes, et celles du petit monde resté à Londres. Comme toujours chez Dickens, des méchants ridicules qui font force grimaces, des inconnus qui sont liés à nos héros, des enfants qui meurent, des pointes d'humour. Mais dans ce roman beaucoup d'insistance, j'ai trouvé, une certaine lourdeur, une magie qui n'a pas opéré pour moi.
Toute l'Angleterre a pleuré en janvier 1841 avec Dickens la mort de Nell, pas moi, pour une fois. Elle était trop pure et éthérée, tout était trop marqué pour que j'entre réellement dans l'univers de ce magasin d'antiquités. Même Kit, brave figure du fidèle s'il en est, ne m'a pas touchée.
Le seul personnage qui a trouvé grâce à mes yeux fort exigeants pendant cette lecture, c'est Richard Swiveller, le Dick de notre histoire (il y a toujours un Dick chez Dickens !). Mauvais sujet au départ, plus par mauvais choix de ses compagnons qu'autre chose, c'est un bon bougre au fond, une amusette, il a un certain panache qui ne laisse pas indifférent. Son histoire avec "marquise" est une des bonnes surprises, un peu de finesse au milieu de toutes ces marionnettes dont le sort se joue.
Un roman de 600 petites pages, 1962 pour l'édition dans la Pléiade, traduction par Marcelle Sibon.
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25.11.2009
David Copperfield (Peter Medak - 2000)

Peter Medak est un réalisateur hongrois (né en 1937 à Budapest) dont la filmographie est pour le moins éclectique. Pour filmer "David Copperfield " (pour la télévision, adaptation de John Goldsmith), il s'est entouré de nombreux acteurs américains, mais le résultat est plus anglais que jamais : trois heures de pur régal.
Trois heures, c'est bien peu pour un roman de Dickens, et fatalement nombre de petits évènements sont écartés (et ils font à part entière partie du sel de ces romans), mais l'esprit du roman est complètement présent, même dans les quelques modifications apportées pour fluidifier l'action. Les images sont somptueuses et la cocasserie et la particularité des personnages principaux est traitée avec un immense respect.
J'ai ainsi vu Peggotty s'incarner avec rien moins que de la perfection, ou Sally Field jouer une Betsey Trotwood plus vraie que nature. Uriah Heep est terrifiant de sournoiserie dégoulinante et Mr Micawber est follement comique. En regardant ce dernier on comprend à quel Dickens s'était servi de son père pour habiter ce personnage.
C'est peut-être ce qui m'a le plus impressionnée dans cette adaptation, que nombre de choses de la vie de Dickens, abordées dans la biographie de Peter Ackroyd (ai-je déjà répété qu'elle était géniale ? ;o)) passent ici par l'image. On embrasse dans un regard, dans une péripétie ce qui se cache dessous, ce qui est de l'ordre de la souffrance et qui est si difficile à mettre en mots.
Un film que j'ai trouvé formidable, et qui peut être vu en famille !
Et puis Hugh Dancy, pour le plaisir des yeux ;o)


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18.11.2009
Nicolas Nickleby - Charles Dickens
"Nicolas Nickleby" a été écrit en 1838, Dickens avait 26 ans, venait de connaître le succès avec Pickwick, et menait de concert la publication en feuilleton de ce roman et d'Oliver Twist. On sent bien le bouillonnement de la jeunesse dans ce roman, on voit les épisodes où il lui a fallu meubler pour atteindre son quota de lignes, la construction bancale qui fait revenir sur nos pas, l'improvisation à partir d'une idée de départ.
Mais tout est pourtant réuni pour nous entraîner à la suite de notre héros dans ses aventures décousues, avec ses 117 personnages parlants dénombrés (sans compter les comparses muets).
Nicolas Nickleby est un jeune homme de bonne famille (j'entends par là qu'il a été bien élevé). Son père vient de mourir, après avoir, sur les conseils de sa sotte épouse (j'adore ceci en préface : "Mme Nickleby est un personnage admirable qui ne comprend rien à rien"), tenté la spéculation, et laisse toute la famille dans le dénuement le plus total. Nicolas, en charge de sa mère et de sa soeur, la belle Catherine, vient se placer sous la protection de son oncle, le sordide et très intéressé Ralph Nickleby. Qui s'empresse de le coller comme assistant dans une "école", un établissement comme il en existait à l'époque où les parents se débarrassaient de leurs enfants. Nicolas y verra des choses abominables et ne pourra décemment pas y rester. Première bravade envers son oncle.
Entre-temps, ce dernier avait décidé de profiter de la beauté de Catherine en la donnant en pâture à quelques-uns de ses clients (entendons-nous, pas au sens littéral, évidemment, nous sommes chez Dickens, mais en tant qu'appât, apparat, pour ses affaires). La jeune fille ne se laisse pas faire et quand Nicolas apprend tout ceci, il réagit avec fureur : la rupture est consommée avec Ralph et il lui faut se débrouiller seul (ce qu'il avait de toute façon toujours fait).
Ainsi, il intégrera une troupe ambulante d'acteurs avant d'entrer au service de deux admirables hommes. Catherine, elle aussi, devra travailler, et à ses côtés nous entrerons dans un atelier de couture.
Divers univers, donc, avec des intrigues à chacun liées, des personnages que l'on croise pour les retrouver plus tard, des évènements périphériques en nombre, qui scrutent tous la comédie humaine, le jeu des pantins qui s'agitent mûs par différentes motivations, de la plus pure (ce brave Smike, Newman Noggs ou les admirables frères Cheeryble, entre autres) à la plus sordide (et là les zozos sont fort nombreux), en passant par de mémorables scènes comiques.
Le tout donne un roman vivant, bruissant, joyeux ou terriblement grave, qui se lit avec avidité et une grande joie. Je pourrais citer des brouettes entières d'extraits, par jeu en voici un particulièrement simple, mais très efficace :
"[...] il proposa vivement ce toast : "Les dames ! Honneur aux dames !"
"Je les adore, dit M. Snevellicci en promenant son regard autour de la table. Je les adore toutes.
- Non, pas toutes, dit doucement M. Lillyvick.
- Si... toutes, répéta M. Snevellicci.
- Permettez, dit M. Lillyvick, cela semblerait comprendre les dames mariées, dit M. Lillyvick.
- Je les adore comme les autres, monsieur" dit M. Snevellicci."
A un moment, une virulente charge contre les auteurs de théâtre qui adaptent, souvent très mal à l'époque et surtout de façon précipitée, des romans en cours de parution, où c'est complètement Dickens qui s'exprime sous le couvert de son personnage.
Enfin, ceci, à méditer :) "Quand les gens sont sur le point de commettre ou de laisser commettre une injustice, il n'est pas rare de les voir exprimer de la pitié pour la victime; ils ont ainsi le sentiment d'être vertueux et honnêtes, et à cent coudées au-dessus de ceux qui n'expriment pas de pitié. C'est une façon de placer la foi au-dessus des oeuvres, et cela les met en paix avec leur conscience."
Ed. Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1966, environ 900 pages.
Introduction de Pierre Leyris et traduction de Jacques Douady
Lu également par Isil,
08:26 Publié dans Autour de Charles Dickens | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens, abominable squeers, admirables frères cheeryble, grande variété de personnages
27.10.2009
Dombey et fils - Charles Dickens
"Elle s'adonna à la mélancolie, le meilleur marché et le plus accessible des luxes, jusqu'au moment où le sommeil la prit."
"Dombey et fils" raconte l'histoire d'une famille, les Dombey. Le père est un riche homme d'affaires, que l'orgueil étouffe et contraint à la rigidité en tous moments de sa vie; la mère décède en donnant la vie au petit Paul; ce dernier est destiné à occuper le "& fils" qui se transmet de génération en génération, aussi la soeur aînée, Florence, est-elle totalement ignorée. Paul meurt dramatiquement, le père se remarie avec une intrigante qui a des états d'âme, et Florence est toujours quantité négligeable (pour son père, car sinon tout le monde l'adore). Puis le malheur s'abat encore, la nouvelle épouse s'enfuit (avec le bras droit ! Coup fatal !) et Mr Dombey se met à haïr Florence, qui s'enfuit alors elle aussi (pour trouver l'amour, ça va). Agé, ruiné et solitaire, il se rend alors compte de la perle qu'est sa fille et tout finit bien, dans un salut final.
"Dombey et fils" ne compte pas parmi les meilleurs romans de Dickens, il est souvent lourd de tension dramatique martelée ou exagérément primesautier, avec un comique de l'absurde clinquant. en ce qui concerne le père, c'est clair, on le méprise dès le départ, mais il est difficile de s'attacher à Florence qui a peu de consistance, et qui accepte tout avec une placidité de sainte peu séduisante. Dickens avait été très ébranlé en écrivant la mort du petit Paul (alors à Paris, en hiver, il avait ensuite passé toute la nuit à marcher dans les rues) mais elle arrive trop tôt pour que le lecteur (moderne j'entends, j'ignore comment cela pouvait être ressenti au 19°) en soit réellement touché.
Ce qui "sauve" tout, c'est, comme dans tous les romans de Dickens, la qualité des personnages secondaires, qui sont nombreux et géniaux. Il réussit à faire passer en un Bagstock tous les flatteurs hypocrites et intéressés, ou en un capitaine Cuttle toute la bravoure des gens simples et exentriques. Il sait comme personne magnifier les petits, les perdants, les simples. Et puis l'humour, toujours.
Dans le personnage du petit Paul, j'ai retrouvé beaucoup de l'enfant qu'avait été Dickens, tel que le décrit Peter Ackroyd dans sa merveilleuse biographie :
"La seule différence fut qu'il gardait sa personnalité pour lui seul. Il devenait tous les jours plus réservé et plus pensif; il ne manifestait, envers aucun membre vivant de la maisonnée du docteur, une curiosité analogue à celle qu'il avait ressentie au sujet de Mme Pipchin; il aimait à être seul. Dans les brefs moments où il n'était pas plongé dans ses livres, il n'aimait rien tant que d'errer, solitaire, par la maison, ou de rester assis sur les marches de l'escalier, à écouter la grande horloge du vestibule. Il était intime avec toutes les tapisseries, il voyait dans leurs dessins des choses que personne n'apercevait, découvrait des tigres et des lions en miniature qui escaladaient les murs de la chambre à coucher, et des visages qui louchaient et regardaient méchamment dans les carrés et les losanges de la carpette.
Cet enfant solitaire vivait entouré des arabesques de son imagination et personne ne le comprenait. Mme Blimber le trouvait "drôle" et parfois les domestiques se disaient entre eux que le petit Dombey "broyait du noir"; mais cela n'allait pas plus loin."
Sans doute est-ce la raison du coup ressenti par Dickens en donnant la mort à ce personnage...
Ed. Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade (volume II consacré à Dickens), 1956, environ 1000 pages. (écrit en 1846 par CD)
Traduction faite par Georges Connes sous la direction de Léon Lemonnier et complétée par Francis Ledoux
Introduction et notes de Pierre Leyris
Un grand merci à Fashion pour le prêt !
(Cathulu, un personnage adore les vaches et il y a même un chien ;o))
07:22 Publié dans Autour de Charles Dickens | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens


