06.05.2012

Prêt, c'est relatif, dit l'ingénieur médical. Nous, nous somme prêts. Lui, il est nerveux.

"Il y a deux mois environ, vers la mi-décembre, Gracie me dit :

- Pourquoi ne donnons-nous pas congé à Rodney pour les fêtes ? Pourquoi ne fêterait-il pas Noël lui aussi ?

Je me rappelle qu'à cet instant j'avais le regard perdu dans le vague (un peu de flou dans la vision, ça détend plutôt, quand on prend un moment de repos ou qu'on veut juste écouter de la musique), mais je me suis empressé d'accommoder pour voir si Gracie souriait ou avait l'oeil qui pétillait - encore que, voyez-vous, elle n'ait guère le sens de l'humour.

Pas de sourire. Pas de pétillement. J'ai dit :

- Pourquoi diable lui donnerions-nous congé ? 

- Et pourquoi pas ?

- Et le congélateur, tu veux lui accorder des vacances ? Et le stérilisateur ? Et l'holoviseur ? On pourrait peut-être couper carrément le courant ?

- Allons, voyons, Howard ! répondit-elle. Rodney n'est pas un congélateur, ni un stérilisateur : c'est une personne.

- Ce n'est pas une personne, c'est un robot : il n'aurait que faire d'un congé.

- Qu'en sais-tu ? Et puis, c'est une personne ! Il n'a pas volé cette occasion de se reposer et de prendre tout bonnement part aux réjouissances.

Je n'allais pas me lancer dans une discussion avec elle sur ce mot "personne". Je sais bien que vous connaissez tous ces enquêtes d'opinion montrant que les femmes ont trois fois plus de chances que les hommes d'éprouver crainte et ressentiment à l'égard des robots. Peut-être est-ce parce que les robots accomplissent plutôt ce qu'on appelait jadis, au bon vieux temps, les "travaux de femme", et que les femmes ont peur de devenir inutiles, encore qu'à mon avis ça ne puisse que les enchanter. Gracie, en tout cas, est enchantée, et elle adore littéralement Rodney (selon sa propre expression : tous les deux jours, elle répète "Rodney, je l'adore !")."

sans contacts réels entre humains,le principal attrait de la vie disparaît;,la plus grande partie,des valeurs intellectuelles également;,la vision tridimensionnelle,ne peut pas remplacer la vision directe.,d'ailleurs,les solariens eux-mêmes se rendent bien compte,du sentiment d'éloignement que comporte,cette forme artificielle,de relations humaines.

 

"Le Grand Livre des Robots" I. Prélude à Trantor (Omnibus 1990, 954 pages) d'Isaac Asimov m'a une nouvelle fois ravie et enchantée. D'abord une compilation de toutes ses nouvelles sur les robots (du moins à l'époque de parution) qui rivalisent d'inventivité et nous présente tous les types de problématiques concernant les robots, avec à chaque fois, une petite introduction de l'auteur, toujours un plaisir. (Par exemple : "De toutes les histoires de robots que j'ai écrites, "L'Homme bicentenaire" est celle que je préfère et, à mon avis, la plus réussie. En fait, j'ai l'horrible pressentiment que je ne chercherai pas à la dépasser. Peut-être même n'écrirai-je plus jamais une histoire de robots sérieusement. Mais là encore, je ne saurais être catégorique : je suis assez imprévisible." Ensuite deux romans, "Les cavernes d'acier" et "Sous les feux du soleil", mettant en scène le terrien Elijah Baley et le robot R. Daneel Olivaw, d'abord sur la Terre elle-même puis sur Solaria. Ces deux romans ont une structure identique, il s'agit d'une enquête policière tout à fait classique, rendue extrêmement savoureuse par son contexte, totalement SF. Les deux fois, ce sont des concepts bien supérieurs à la résolution des meurtres qui sont au coeur des préoccupations, l'avenir de la race humaine au sens large et les différences fondamentales entre les différents peuples, spaciens ou terrestres. Agoraphobie, peur de la présence d'un autre, logique contre intelligence pure, etc. C'est toujours délicieusement suranné et fichtrement passionnant, en tout cas moi, je ne décolle pas des pages. Vive Asimov, vivent les robots, vivent les petites et grandes réactions de l'être humain. Je me ré-ga-le.

(Je n'en dirais pas autant des traductions, mêmes personnages, quelques mois plus tard, façons de parler sans aucun rapport, pénible).

Préface très intéressante de Jacques Goimard, traductions de Georges W. Barlow, France-Marie Watkins, Michel Deutsch, Pierre Billon, Marie Renault, Simone Hilling, Jacques Brécard et André-Yves Richard.

Trois têtes de lecture en parle aussi.