04.05.2010

The six wives of Henri VIII - BBC 1970

henri VIII bbc.gifJ'aime les séries et mini-séries de la BBC. Et il faut vraiment aimer pour regarder "The six wives of Henri VIII" après avoir vu "The Tudors", on ne peut pas faire un plus grand écart que dans ces deux adaptations ! Là où les américains érotisent un max, lèchent leurs images et augmentent le suspens, les anglais respectent au plus près la vérité historique.

Les décors sont en carton, les scènes se déroulent en gros plans statiques, le maquillage est appliqué à la truelle (les vieillissements sont parmi les pires que j'aie jamais vus), les acteurs déclament à grands gestes et hurlent tout à fait faussement, rien n'est fait pour le plaisir du spectateur. (On voit même les perches des micros pendant quelques scènes !)

Et pourtant, la fascination s'exerce. La vie d'Henri VIII est tellement tumultueuse, son époque si barbare et remuante, ses épouses tant différentes les unes des autres, qu'on a envie de croiser les regards sur cette histoire de l'Angleterre. La BBC montre une Catherine d'Aragon immensément digne, une Anne Boleyn pas si diabolique finalement. De sa soeur il n'est pas question, l'inceste avec son frère semble n'être qu'une accusation, contrairement à la série américaine et aux deux films "Deux soeurs pour un roi". Je ne sais plus que croire ! Elle aussi mourra dignement, et elle aussi espèrera jusqu'au bout que l'amour que le roi lui a un jour porté la sauvera.

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Mais Henri VIII tournait les pages à une vitesse impressionnante. Son royal plaisir, sa gloriole future, lui, lui, lui et rien ni personne d'autre, à jane seymour.jpgpeine l'Angleterre. Je ne suis pas étonnée qu'il ait inspiré le conte de Barbe-bleue. Dans l'épisode consacré à Jane Seymour, troisième épouse, un parallèle est établi entre la gentillesse et la pureté de Jane et la politique; ça ne cesse de nouer et dénouer des alliances, tout le monde craint pour sa tête et Henri a mal à la jambe. Le schisme, les révoltes, les évènements marquants de son règne sont évoqués incidemment, les relations personnelles sont vraiment au centre de cette vision. De très beaux moments marquent la profondeur de l'affection que le roi portait à sa troisième épouse, notamment celui où il lui avoue craindre n'être pas très sain d'esprit (la colère le prend parfois sans qu'il puisse lutter).

Après sa mort (en couches), le roi reste inconsolable pendant deux ans. La cinquantaine venue, Cromwell le pousse à se remarier, un seul fils à la santé délicate étant né.anne of cleves.jpg

La quatrième épouse, Anna de Clèves, est ici dépeinte comme un vrai stratège. C'est une femme intelligente mais peu instruite des choses de la Cour anglaise. Le roi ne l'aime pas (pire, "I don't like her" déclare-t-il dès leur première rencontre). Le mariage n'est jamais consommé, et quand l'alliance avec les protestants qu'il scellait vacille, elle obtient facilement l'annulation, en faisant croire au roi que c'est sa volonté.

Catherine Howard est la cinquième épouse. Très jeune et très belle, elle est aussi volage et après avoir fait sa catherine howard.jpgconquête, elle est révulsée par la laideur, l'obésité et la vieillesse du roi. Elle prend un amant, la cour bruisse, elle est dénoncée et condamnée à mort. Henri VIII est vieux, malade, et triste.

Encore une Catherine (Parr) pour sixième et dernière épouse. Sous la houlette de Cranmer, elle adoucit les derniers jours du roi, qui aura une agonie interminable.

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Pendant les quelques jours où je regardais ce coffret DVD (qui offre en bonus le film "The other Boleyn girl" version BBC et deux documentaires, l'un sur l'exécution d'Anne Boleyn et l'autre sur Henri VIII à travers ses portraits d'époque), j'ai souvent entendu mes hommes s'exclamer "c'est ridicule !" devant telle ou telle image, comme je le disais, fort laide et réalisée sans aucun moyen; pourtant, j'ai vraiment oublié cet aspect pour me perdre complètement dans l'intrigue, fascinée par ces personnalités impressionnantes.

Je n'en ai pas fini avec l'histoire de l'Angleterre !

VO et sous-titres en anglais

02.05.2010

Planning familial - Karan Mahajan

"Elle avait quarante ans - la quarantaine qui inspire aux gens ce genre de commentaire : "Vous faites jeune pour vos soixante ans.""

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Normal (ou tout au moins compréhensible) que Sangita ne fasse pas très jeune; déjà elle a toujours été laide, et treize enfants (le quatorzième en route) ça vous use une femme. Pas le même nombre de grossesses, ceci dit, par le fait de jumeaux et le premier-né était déjà conçu. Elle a épousé M. Ahuja alors qu'il était veuf et déjà père du jeune Arjun. L'heureux (c'est à voir) chef de famille est ministre, ce qui a une signification toute particulière à Delhi de nos jours. Il a souvent menacé son épouse de révéler à Arjun la vérité sur leur mariage (original dans son genre), et décide soudain de le faire vraiment.

Arjun a seize ans, il est agité par des sentiments divers et confus, parmi lesquels un coup de coeur pour une fille folle de Bryan Adams. Il lui fait croire qu'il chante lui-même dans un groupe de rock et tombe des nues quand il se renseigne sur le net sur ce chanteur ("Racistes ! Anti-canadiens ! [...] Le vrai problème c'est que Bryan Adams manque de tranchant. Il est même trop cucul pour être un plaisir coupable. Cette phrase l'acheva une fois pour toutes."). Il n'a aucun besoin d'apprendre que sa mère n'est pas sa mère précisément maintenant, alors qu'il se sent déjà rejeté parce qu'elle sollicite moins son aide pour les bébés.

A la maison, c'est le 11 septembre tous les jours, a-t-elle coutume de déclarer, et en effet le quotidien est plutôt coloré.

Alors comment va-t-il réagir ? C'est ce qu'on finit par apprendre, au milieu de nombreuses péripéties toutes plus délicieuses les unes que les autres...

"Techniquement, c'est votre demi-frère.

- C'est quoi, techniquement ? demanda Sahil.

- Par un traité secret, lui explique Rita. Techniquement, la Grande-Bretagne dirigeait l'Inde. Ce genre de trucs.

- Mais non, idiote, l'interrompit Tanya. Ça veut dire légalement."

Un roman alerte et très amusant, qui nous offre une vision mordante de l'Inde contemporaine. Le style est vif et la famille Ahuja captivante, les passages politiques satiriques, se lit d'une traite en pouffant à qui mieux-mieux.

 

Ed. Philippe Picquier, 2010, 269 p.

Traduit de l'anglais (Inde) par Julie Sibony

Titre original : Family Planning

 

29.04.2010

Tous à la campagne ! - Judith O'Reilly

"Je n'ai jamais autant manqué de bonne volonté. Quelqu'un devrait m'en offrir, emballée dans des étoiles."oreilly.JPG

Parce que c'est le rêve de son mari, et que financièrement ça leur permet de vivre dans beaucoup plus d'espace, elle accepte de quitter Londres pour le Northumberland. Citadine jusqu'aux bouts des ongles, elle tente vaille que vaille de s'adapter à la campagne, mais...

Choix de collection trompeur (Mille Comédies), ce livre est beaucoup plus émouvant et touchant que drôle. Judith O'Reilly a réellement vécu ce dont elle nous parle ici, publication d'ailleurs issue d'un blog; ça se sent complètement, autant pour la sincérité que dans la succession de "billets" très inégaux.

Parce que le sujet m'intéresse beaucoup, je me suis accrochée à cette lecture malgré un grosse première partie où je m'ennuyais plutôt. Bien m'en a pris, parce que soudain j'étais dedans, amusée, touchée, solidaire, le coeur en vrille. Le plume est versatile, tombe régulièrement à plat et enchaîne sans prévenir sur des petits bijoux de textes, ou brille parfois d'efficacité. Un peu selon le moral de notre blogueuse, et ce n'est pas moi qui lui jetterais une quelconque pierre.

Plus que le journal d'une expérience de vie différente, c'est le quotidien d'une maman qui est ici raconté. Pour celles et ceux qui aiment les blogs (préalable à mon sens indispensable) et les journaux intimes.

 

Ed. Belfond, 2010, 374 p.

Traduit de l'anglais par Isabelle Chapman

Titre original : Wife in the North

 

Merci Cathulu !

 

"Vendredi 14 septembre 2007

Sa Majesté des mouches 2

Ding-dong, les mouches sont mortes. Pas toutes, mais presque. Comme j'ai vécu, ou tout comme, dans l'Outback australien du XIX° siècle, je ne vais pas me prendre la tête pour quelques traînardes qui n'ont pas compris que la fête était finie. Ç'a été terrible. Je me préparais une tasse de thé, et quand j'y versais du lait, une mouche émergeait à la surface. Souvent elle nageait encore. Parfois elle avait même une bouée. J'ai acheté de l'huile de géranium et un diffuseur, et des bâtons d'encens au géranium. L'huile, c'était un peu beaucoup. Ça ne les tuait pas; elles battaient en retraite dans les coins de la pièce pour dire du mal de moi, ou bien se déplaçaient en rase-mottes. Elles tournicotaient autour de mes pieds. Je crois qu'elles reproduisaient l'exercice où vous êtes censé ramper sur les coudes en cas d'incendie, afin d'éviter de respirer la puanteur. J'ai bravé les orties jusqu'au bac à sable remplir un bol, que j'ai rapporté à la maison. J'y ai planté quatre bâtons d'encens et je les ai allumés. Celui-de-six-ans est entré à ce moment-là. Il avait l'air enchanté. Il m'a lancé :"Maman, tu fais un gâteau." Je lui ai répondu : "Non, on dirait un gâteau, mais je tue les mouches." Avec un soupir, il s'est éloigné. Sur le seuil, il a déclaré à Celui-de-quatre-ans : "C'est pas la peine de demander. C'est pas un gâteau.""

 

28.04.2010

The Importance of Being Earnest - Oliver Parker (2002)

Colin Firth est un acteur formidable, Colin Firth est beau, Colin Firth est anglais, Colin Firth est drôle, Colin Firth chante faux, Colin Firth est un John-Jack-Ernest par-fait.

 

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Jack Worthing a 35 ans, il vit à la campagne. Il s'est inventé un frère qui ferait les 400 coups, Ernest. C'est sous ce nom qu'il est connu à la ville, méthode pour ne pas entacher sa respectabilité. Il a un très bon copain, Algie, qui use du système inverse; lui s'est inventé un ami souffreteux qu'il "visite" pour ses escapades à la campagne. Il en vient à prétendre être Ernest pour faire la connaissance d'une certaine jeune fille.

Jack est amoureux de Gwendolen (la cousine d'Algie), Algie est amoureux de Cecily (la pupille de Jack). Les deux font leur demande, qui est acceptée. Les jeunes filles arguent d'un élément majeur, le fait qu'ils s'appellent Ernest, prénom qui les fait vibrer.

Les choses se corsent donc lorsque la vérité éclate, d'autant que Jack est un enfant trouvé, ce que ne saurait accepter Lady Bracknell, la mère de Gwendolen...

Adaptation absolument merveilleuse, où chaque personnage est brillant et parfaitement incarné; le superbe texte d'Oscar Wilde est mis en valeur, les images sont somptueuses et le jeu des acteurs fait couiner (grave) et glousser (beaucoup). Inutile d'en dire plus, c'est à voir et à revoir ! (Vo sous-titrée Vo)

Merci Fashion !

"Lady come down", pour la santé des yeux, trois fois par jour. (Je suis en bas, Colin).

27.04.2010

En avant, route ! - Alix de Saint-André

"Toutes les montagnes sont russes"

 

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Ils sont trois, ont la cinquantaine, ne sont pas sportifs pour deux sous, aiment bien boire et bien manger, et depuis quelques années (une dizaine ?) partent chaque année une dizaine de jour marcher sur un tronçon du chemin, vers Compostelle. Ils l'ont déjà atteint une fois. Et ils ont recommencé, par un autre chemin. Parmi eux, mon mari. Ils me racontent, tentent parfois mollement de me convaincre de me joindre à eux (JA-MAIS), mais la voilà ma propre marche vers Compostelle : mon chemin, je l'ai LU.

"En avant, route !" est un récit d'Alix de Saint-André, qui par trois fois a pris la route. Il n'y manque rien, ni la culture, ni la douleur, le matériel, les péripéties, la foi, l'entraide, la marche, la joie, l'humour, la vie. La vie ! Car c'est à vivre, bien sûr, ça ne "s'apprend" pas dans un livre, aussi réussi soit-il, tout au plus peut-on par son intermédiaire tenter d'appréhender brièvement ce que ça peut vouloir représenter, un tel cheminement.

Le plaisir, par contre, s'offre complètement par ce livre. Ces vaches, ces magnifiques chats mal doués, ces chiens errants dangereux (ça, c'est pour Cathulu), ces Pénine zi Ass (peu nombreux, au final), ces personnages étonnants ou super banals, ces rencontres où l'on est un prénom et une ville, un pèlerin parmi les pèlerins... Les raisons d'entreprendre une telle marche, ce qui continue d'arriver dans la vie qu'on met entre parenthèse et qui vient résonner... Ce qui en résulte, ce qui change... Ou pas...

J'ai été tout à fait séduite par la plume d'Alix de Saint-André. Elle mêle en des pages passionnantes le détail au gigantesque, la trivialité à la profondeur de la pensée. Elle n'esquive rien, questionne ouvertement sa foi (ou son absence), parle d'elle, de sa famille, des autres. Beaucoup des autres, auxquels elle porte un vrai intérêt. "Plus on marche, plus on se tait en soi-même." Elle donnerait presque envie, dis-donc.

"Deux nuits de suite, nous fûmes hébergés par un clergé hors d'âge. D'abord par des religieuses à la retraite, au Plan-Médoc, puis par un vieux curé méfiant qui ressemblait au rat musqué de Kipling. Chez les bonnes soeurs, nous fîmes chambre à part pour la première fois dans de vrais lits aux vrais draps, tandis que Pompon grignotait leurs acacias. Les vieilles bonnes soeurs réparèrent mon fond de pantalon troué avec un autocollant rustique, et nous nourrirent d'omelette aux pommes de terre sous le portrait du pape, au cours de leur dîner dans des odeurs de soupe et de cire. Elles étaient huit, et j'avais l'impression d'être chez Blanche-Neige. Enfin, à l'envers... L'une d'elles, Espagnole, fit remarquer que l'omelette n'était pas très bonne, et que ce n'était guère étonnant vu l'antiquité qui l'avait fait cuire et venait de s'éclipser... La supérieure, un peu plus jeune que les autres, lui répondit gentiment : "Il ne faut pas enlever aux vieux ce qu'ils font moins bien, ça les humilie davantage." Pas mal."

Mieux que ça, même.

 

Ed. Gallimard, 2010, 308 p.

 

26.04.2010

Mansfield Park - ITV 2007

Voici donc la version ITV 2007 du roman de Jane Austen, "Mansfield Park". J'ai rarement vu une adaptation aussi ratée ! C'est une succession d'incohérences.

 

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Évidemment, condenser un tel roman en 93 minutes tenait de la gageure, mais certains choix sont incompréhensibles, même avec la meilleure volonté du monde. Pourquoi donner les caractéristiques de la tante Norris (le chien, la somnolence, le côté abrutie...) à Lady Bertram ? Et, partant de ce choix, pourquoi alors malgré tout proposer une tante aussi inexistante pendant 1h30 ? Pourquoi faire l'impasse sur le bannissement de Fanny dans sa famille, si c'est pour le remplacer par de longues scènes montrant la pauvrette laissée seule à Mansfield ? Est-ce que l'intervention d'Henry Crawford en faveur de la carrière du frère de Fanny peut un seul instant remplacer la galanterie, le panache et la gentillesse de sa venue à Portsmouth ? Quel est le but de transformer la scène où Mary Crawford se fait renvoyer dans ses buts devant toute la famille soudée par un tête-à-tête portant, ô sacrilège, sur la petite frangine et non sur la mort de Tom qu'elle aspire de ses voeux ? C'est grave, car la clef du personnage d'Edmund est là, dans la vénalité qu'il entrevoit enfin, et non pas dans un jugement moral qui n'accepterait pas une trop grande clémence. N'im-por-te-quoi.

Le pompon étant sans nul doute la scène finale, où - et je n'invente rien -, on voit Fanny et Edmund le jour de leur mariage danser une valse enjouée, avec ce mot de Lady Bertram qui termine le film : "Oh look, they have learned a new dance !"...

Et puis c'est mal rythmé, pas joli, pas entraînant, décevant. Billie Piper reste Rose dans mon esprit, pas moyen de la voir en Fanny à un quelconque moment. C'est clairement dû à mon fort engouement pour Doctor Who, mais cette version de Fanny est fade, fade, fade à la base. On comprend d'ailleurs mal pourquoi Henry Crawford craque sur elle, tant à aucun moment il n'y a d'étincelle (cette scène du roman était si réussie !). Elle cendrillonne à outrance, laissant ponctuellement échapper le cher rire de Rose et on se prend à attendre un woosh-woosh. N'est pas une héroïne austénienne qui veut, même avec toute l'application du monde (et je ne parle pas des plans pas raccords, toute bouclée dans une pièce et hop, décoiffée-lisse en passant la porte !). La palme de la laideur revient pourtant à Edmund, petites mèches luisantes de gras, inconsistance totale, falot des pieds à la tête.

Ça m'a énervée, tiens.

 

Pas plus apprécié par Nataka.

(Vo et sous-titres en anglais exclusivement)

25.04.2010

Love Letters - A.R. Gurney

Il y aura décidément un avant et un après Leo dans ma vie; c'est en discutant de ce roman avec Amanda qu'elle m'a proposé de lire LE texte ultime sur la relation amoureuse épistolaire à ses yeux, Love Letters de A.R. Gurney.

J'ignore tout des droits en ce qui concerne le théâtre, et me résigne hélas à ne pas publier d'extraits, mais je n'avais pas ressenti un tel coup de coeur pour un texte depuis très longtemps.

Nous sommes dans les années 1930, Andrew et Melissa sont enfants et se côtoient. La toute première lettre qu'adresse Andy est à la mère de Melissa, pour accepter une invitation à un goûter d'anniversaire. Leur correspondance durera plus de quarante ans, avec des relâchements et des périodes frénétiques.

Car toute la différence est là, ils se connaissent physiquement dans la vie, ont grandi ensemble, sont à l'opposé l'un de l'autre, mais ne retrouvent pas - tout au moins au moment où cela pourrait changer le cours des choses - la personne qu'ils lisent dans la personne réelle.

Melissa est riche, malheureuse, négligée par sa famille. Elle est cinglante, brillante, provocante, scandaleuse. Andy est un bon garçon entouré par sa famille, qui s'occupe ensuite bien de celle qu'il crée. Le sens du devoir est sans doute ce qui le caractérise. Mais ils s'aiment, depuis le premier jour, en dépit de tout. Ils se le disent, se le prouvent, le vivent, mais jamais au bon moment. Comme si de toute éternité leurs chemins n'étaient pas destinés à se croiser. Ils s'abîment, chacun différemment. Et ils s'écrivent...

C'est un texte extraordinaire qui condense en 54 pages une infinité de nuances. L'auteur donne d'ailleurs des indications extrêmement précises sur la façon de le jouer, dans une sobriété totale. Deux acteurs, ne se connaissant pas ou peu, qui n'ont surtout pas appris le texte par coeur, et qui ne le jouent pas, qui le lisent, sans effets, sans cris, sans pleurs, sans se regarder (sauf pour la dernière lettre) et en étant attentifs à la lecture de l'autre, comme s'ils écoutaient une émission de radio au loin.

Ce sont deux personnes fatiguées et cabossées arrivées sur le versant final de la vie, qui relisent ces petits morceaux de lettres, sans date, sans formules de politesse, qui ont constitué leur conversation au fil des années, entre les coups de fil et les rencontres.

Et le lecteur - le spectateur sûrement aussi bien sûr - reçoit tout en plein coeur : la joie, l'amusement, l'attraction animale, l'amour dévorant et insatiable, la frustration, la douleur, la jalousie, la colère, la peine (terribles dernières lettres !). C'est magnifique. Andy dit à un moment des choses si belles sur le fait d'écrire une lettre, c'est à recopier en lettres d'or et à encadrer.

"Trust what I wrote" indique en final l'auteur aux futurs acteurs. Je confirme :)

Texte original disponible à la vente en VO, en carnet à spirale, Dramatists Play Services Inc. (Pulitzer Price for Drama). Pièce montée pour la première fois en 1989, à New York. Traduit en plus de 30 langues, jouée dans le monde entier, par des énormes pointures comme par des amateurs, et devenue un classique du théâtre contemporain américain.

 

S'il existe un DVD zone 2, ou si la pièce se monte en France, s'il vous plaît, dites-le moi !

 

Un énorme merci, Amanda.

23.04.2010

Petit précis d'irisation

Etre membre du FBI, c'est tout un art.

1/ Fêlées : C'est inné, donc injuste, ça ne s'improvise pas, rares sont les élues. Par contre ça se cultive, à grands coups d'autodérision. Et n'oublions jamais les sages paroles de Michel Audiard : "Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière." (D'où le troisième acronyme, tout se tient !)

2/ Bavardes : Socialement un avantage. Plus on parle, plus on a soif, et si on peut choisir, Champagne.

3/ Irisées : Excellent recyclage pour les peaux grasses. On ne luit plus, on irise.

Je tiens à remercier solennellement mes lumineuses collègues de remplir ma boite mail dès potron-minet et jusqu'à plus soif. Je ne remercie par contre pas du tout les viles rétentrices auxquelles il est impossible d'arracher quelque information. Courage mes soeurs, notre mission touche bientôt à sa fin.

 

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22.04.2010

Confessions of a Jane Austen Addict - Laurie Viera Rigler

"Why is my stomach doing flip-flops ?"

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Courtney Stone se réveille un matin dans un corps, un pays et une époque qui ne sont pas les siens. C'est un rêve, se dit-elle, de cette sorte dont on lui a parlé, les hyper réalistes, en état de semi-conscience. Elle va donc pouvoir interagir directement à l'intérieur de ce rêve et modifier les choses déplaisantes. Mais non. Rien à faire. Matin après matin, elle se rend à l'évidence : aussi impossible que cela puisse paraître, elle est bien dans cette réalité différente...

Le corps qu'elle "occupe" est celui d'une certaine Jane Mansfield, à l'époque de Jane Austen, son idole. Physiquement très différente, elle entrevoit par flash les souvenirs de la vraie Jane M., et a une connaissance instinctive des gestes auxquels ce corps était habitué : coudre, danser, aucun problème. L'ennui, c'est que les souvenirs de Courtney ne se sont pas effacés du tout, et qu'être une jeune américaine de Los Angeles dans l'Angleterre du début 19° occassionne quelques menus frottements...

Par exemple le maquillage ("I pinch my cheeks and bite my lips, a poor substitute for the arsenal of paints and powders I'm used to having atmy disposal."), et ce n'est pas un détail pour une donzelle dont la version du cauchemar classique d'être nue au milieu d'une foule est de n'être pas maquillée en présence de bombes sophistiquées !

Ce roman est un petit régal pour glousser tranquillement. Bien sûr, il y a quelques abus de frissons et tremblements divers et répétés (sans parler des divers mouvements de son estomac), et notre héroïne a de constantes "illuminations" que le lecteur a déjà vues venir des pages auparavant. Mais l'aventure est passionnante, l'humour omni-présent, et le suspens se niche dans des endroits inattendus : à un moment, par hasard, on rencontre Jane Austen, et notre coeur bat aussi fort que celui de l'héroïne ! On est suspendu aux mots, on attend terriblement de cette rencontre. Certainement pas autant que Courtney, qui a lu et relu d'innombrables fois les six romans de Jane Austen (jusqu'à prendre des jours de maladie pour le faire tranquillement) ("my entrée to Austen was via Colin Firth prancing around in tight pants for the BBC" ==> Hiiiiiii).

Et puis elle est franchement rigolote, notre Courtney-qui-devient-de-plus-en-plus-Jane au fil des pages. Elle chavire à sa première vraie demande en mariage, elle qui "dans la vraie vie" avait eu droit à des drunken mumblings of "Okay, you win - let's get married". Elle est sidérée par la puanteur des gens, et manque de mourir étouffée de rire lorsqu'elle assiste à sa première messe : tout le monde pète tranquillement : "No wonder Mary Crawford was so horrified that Edmund Bertram was going to become a clergyman. I am appreciating Mansfield Park more every moment. "

Il y a une vraie réflexion sous-jacente sur la place des femmes à cette époque, sur leur possibilités d'avenir très limitées. Courtney finit par réellement comprendre le carcan mais aussi l'importance des règles sociales. Moments de gravité complètement éludés par l'épilogue rose bonbon, qui passe comme une fleur, tant on est imprégné de tout le reste.

Laurie Viera Rigler, dont c'est le premier roman, est membre de la Jane Austen Society of North America de longue date. Elle sait à merveille communiquer son amour de notre Dame adorée.

"I cannot imagine a world in which one can read Jane Austen only once."

 

Ed. Bloomsburry, 2010 (pour l'édition paperback), 288 p. VO.

 

Merci Fashion !

 

Karine n'a pas aimé (en fait, selon ma lecture, il y a un seul truc qui ne trouve pas sa réponse, ou du moins je ne l'ai pas vue, c'est que la Jane M. d'avant Courtney parle de certaines choses dans l'avenir à James, et pourquoi, comment en a-t-elle connaissance, mystère...) (de plus, c'est drôle parce que la façon dont s'exprime Courtney m'a souvent fait penser à toi !! :))

20.04.2010

Aujourd'hui, j'ai sauvé le monde.

Caro[Line], Celsmoon, Cuné, FBI.

Fêlées, Bavardes, et Irisées (parfaitement, irisées)

 

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(La preuve à venir très bientôt)

Depuis le 5 mars dernier, notre trio de choc mène l'enquête, et dans une irisation chatoyante recueille les indices et suscite les fuites concernant une affaire cruciale, le SSM2 : Qui swappe qui, depuis quand on ne complote pas, au nom de quoi le Québec ou la Chine seraient des excuses valables pour envoyer son colis plus tôt (alors qu'on peut si facilement avoir piscine*), pourquoi Amanda rugit-elle sur l'autoroute, que faisait Fashion sur une scène devant un public, Solène va-t-elle retrouver un jour le sommeil ?... Les questions s'ajoutent jour après jour et notre tableau exel ne se remplit pas.

 

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L'arrivée soudaine et tout à fait impromptue (alors que j'étais enchaînée avec une gamelle d'eau au pied de ma boite aux lettres depuis 8 semaines) d'un colis suspect mobilise alors tous mes sens (et ils sont nombreux) (un peu comme les vôtres, si on réfléchit) (mais en tant que membre du FBI, voici un verbe que j'utilise avec parcimonie); soutenue par l'indéfectible appui moral de mes deux collègues opalines, je procède, avec la précaution qui me caractérise (ravageuse is my middle name, selon la tournure d'une certaine F., guru influentateuse, voire même modèle de vie selon certaines), à l'ouverture déminante (ou au déminage ouverturationnel, au choix) (moi j'ai choisi) (mais c'était coriace). Le monde s'arrête de tourner :

 

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3,954 kg. Un beau bébé. La maman se porte bien, appelons-la Attila, après elle l'herbe ne repousse plus, elle a explosé le concept du colis-swap. Ce colis est le plus génial du monde de l'univers de toutes les galaxies, il a occasionné une gêne extrême de mon fils qui m'a haranguée ainsi tout au long de son ouverture "mais arrête, on dirait un cochon d'Inde" "mais t'es mongole !" "mais c'est bon, là" (je n'en avais cure, car parfois, il faut savoir être ridicule, on pourrait même en sortir grandie, voilà une belle leçon de vie au passage pour les dadais de 13 ans trois quart qui se mettent à dépasser la taille de leur mère et ne manquent pas une occasion de le lui notifier); le pire étant peut-être que dans les échanges de mails qui ont suivi (à base de hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii essentiellement) (avec quelques "merci" inside), (ne me prenez pas pour une ingrate), nous en sommes venues, Attila et moi, à ne pouvoir endiguer un certain débordement lacrymal, je lui laisse le dernier mot concernant cet interminable paragraphe : "On est vraiment tarées". Amen.

Des photos, peut-être ? A l l o n s  - y :

 

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Rien moins que 19 paquets. Dix-neuf. Dans un carton de Champagne. La classe. Déballés, ça donne :

 

 

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Penchons-nous sur la Kulture

 

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- L'appel de la lune de Patricia Briggs (Mercy Thompson, Tome 1) avec promesse que ce n'est pas mièvre, et qu'il y a deux sexymen inside. Aouh !

- L'été qui ne s'achève jamais de Peter Robinson, parce que j'aime les cabossés.

- One for the Money - Janet Evanovich de Stephanie Plum parce que mieux vaut tard que jamais

- Confessions of a Jane Austen Addict de Laurie Viera Rigler parce que Jane.

- Lions for Lambs : Robert, Meryl, Tom.

- Revolutionnary Road. Un Leo, pas le bon, mais adapté d'un sacré bon roman.

- The importance of being earnest. Coliiiiiiiin, Oscar.

- The Blackpool collection "Chuffing Brilliant" J'hyperventile tellement je suis contente. Ffffff, ffffff, ffffff, je respire.

 

Une étiquette m'intrigue le temps de déchiqueter l'emballage : "cadeau pour une normande", certes, mais une normande qui voudrait passer un message subtil zé discret :)))))) :

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Et puis des tonnes de douceurs, des qui piquent pour l'homme et fiston, du chocolat blanc en pagaille pour moi, du cosmopolite, qui plus est, des guimauves, des pink fraises, du scottish fudge, qu'il repose en paix (billet à haut taux de sucre), des oursons blancs...

Soudain, c'est l'éclat de rire qui ne veut plus s'arrêter : THE carnet de la mort qui tue

 

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Parvenez-vous à lire ce que me dit David D., là, en bas à gauche : "Cuné, je t'aime. Marry me. Now." **vapeurs** Jared en perd le sourire, Tom et Hugh sont pétrifiés d'angoisse : vais-je accepter ?... La suite ne vous regarde pas.

And last but not least, le mug-que-personne-au-monde-il-a-que-moi, le Leo-Colin-coeurs :

 

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"I'm your Leo forever and a day."
**soupirs** Ah, il sait me parler ce Leo.

 

 

Voilà, monde, maintenant tu peux continuer à tourner.

Je vais demander à Attila de m'épouser, mais si on fait des petits, tu pourras recommencer à trembler...

 

 

* Isabelle était ma swappée, et elle a fait un billet du feu de Dieu, avec teasing, mise en scène, figuration de l'Homme et tout et tout. Des réactions comme la sienne sont des bulles de Champagne irisées qui s'étirent d'une oreille à l'autre. En français ? Géniales.

Tes seins tombent - Susie Morgenstern

"Il faut quand même de temps en temps... grandmerder."

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Elle est géniale, Susie Morgenstern. Elle emmène sa petite-fille adolescente en vacances chez des amis, en Corse, et nous raconte. Leurs rapports ("Non, pas ça !" avec un index rageur la désignant, disait Yona, toute petite, voyait débouler sa grand-mère qui s'obstinait à ne lui parler qu'en anglais) sont de l'ordre du tacite, Yona n'est pas facile; elle passe son temps à "communiquer" avec la terre entière par SMS mais ne dit mot à qui l'entoure, déteste la tomate et a peur des guêpes. Mais elle est aussi curieuse, franche, polie, et sa grand-mère l'aime de tout son coeur. C'est aussi l'occasion de pénétrer un peu l'intimité d'une grande dame de la littérature Jeunesse, et de se régaler d'un bout à l'autre de ces 84 pages à la typographie spécialement étudiée pour faciliter une lecture à voix haute : je ne me suis pas privée.

Liste de questions dans la tête de Susie Morgenstern :

"Est-ce que tu penses que les jeunes devraient être protégés du malheur ? Qu'est-ce que tu vas retenir de ta jeunesse ? Est-ce qu'il vaut mieux avoir des rêves et des projets irréalisables que pas de rêves du tout ? Qu'est-ce que tu veux qu'on dise de toi à ton enterrement ? Qu'est-ce que tu aimerais faire dans dix ans ? Quelle est ta plus grande déception, ton échec majeur ? Est-ce que tu préfères une vie passionnée et brillante, mais torturée, ou une vie sans imagination mais simple ? Qu'est-ce que tu ferais si tu n'avais pas d'inhibitions, si tu pouvais t'éclater ? Qu'est-ce que tu aimes le plus dans la vie ? Le moins ? Quel genre de choses sont trop personnelles pour discuter avec d'autres ? Qu'est-ce que tu juges le plus important dans une relation d'amitié ? Est-ce qu'il y a des choses trop graves pour en plaisanter ? Si tu pouvais changer quelque chose dans la façon dont tu as été élevée, ce serait quoi ? Si ta famille ou tes amis pouvaient te dire exactement ce qu'ils pensent de toi, est-ce que tu aimerais l'entendre ? Et le sexe, est-ce qu'il fait consciemment partie de ta vie ? A quoi aspires-tu le plus dans la vie : les accomplissements, la sécurité, l'amour, le pouvoir, la passion, le savoir ou autre chose ? De quoi rêves-tu ? Dans ta vie, de quoi es-tu la plus reconnaissante ? Est-ce que tu détestes quelqu'un ? Pourquoi ? Si tu pouvais te réveiller demain en ayant acquis un talent ou une qualité, ce serait quoi ?"

Si vous avez envie de répondre à tout ça, be my guest :)

 

Ed. Actes Sud Junior, collection d'une seule voix, 2010, 84 p.

 

Merci Cathulu !

18.04.2010

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet - Reif Larsen

"Qu'arrive-t-il au respect des enfants ? S'évapore-t-il, ou suit-il la première loi de la thermodynamique et ne peut-il donc être ni créé ni détruit, seulement transféré ?"

 

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Tecumseh Sansonnet Spivet a 12 ans et vit dans le Montana, entre un père rancher, une mère entomologiste dont la spécialité est de faire brûler les grille-pains, et une grande soeur qui hait l'originalité de sa famille (tous cinglés, pense-t-elle). C'est un enfant prodige, qui cartographie tout (jusqu'aux bruits d'un train de marchandises perçu comme un sandwich sonore, par exemple), tout le temps :"Quelque chose, dans le fait de mesurer la distance entre l'ici et l'ailleurs, dissipait le mystère de ce qui se trouvait entre les deux".

La disparition du petit frère, Layton, entraîne TS à partir accepter un prestigieux prix scientifique à Washington. Il entreprend seul un voyage à travers les Etats-Unis...

D'abord, l'objet est merveilleux. Grand et beau livre, papier épais et coloré, illustrations et annotations à toutes les pages, c'est un plaisir tactile et visuel. Ensuite, TS fait très vite la conquête du lecteur. Il ne se départ jamais d'une franche candeur qui le rend très attachant. A ses côtés, on comprend bien mieux que lui les sentiments divers qui l'agitent, la culpabilité, la solitude, l'impression de ne pas avoir sa place, le besoin désespéré de parler. Il y a beaucoup d'humour un peu partout, et une impression un peu floue, la façon dont il interprète les évènements est souvent fantaisiste, comme s'il filtrait ce qui arrive et en restituait uniquement ce qu'il en comprend.

A moins que les évènements soient eux-mêmes du domaine de l'étrange, je ne sais pas, je ne me prononce pas sur ce point. Je me suis complètement laissée porter par les chapitres, un par un, retardant l'échéance de l'épilogue que je redoutais de voir arriver. Je trouve que ce qui est très fort dans ce roman, c'est de conserver en permanence l'angle de l'enfant en TS, dont le cerveau bouillonne continuellement (et il le démontre dans tous les à-côtés) mais qui veut au fond ce que veulent tous les enfants : savoir que sa famille l'aime et qu'il y a sa place.

Aucune longueur, aucun passage en-dessous, on sautille d'un sujet à l'autre avec bonheur en poursuivant sans relâche le même fil conducteur. On irait bien plus loin encore en compagnie d'un héros tel que celui-là. Il y a une part de magie dans tout ça, une espièglerie tacite nimbée de merveilleux.

En fait, au départ on tâtonne un peu, on se demande comment on va lire tout ça avec ces flèches appelant à lire ailleurs en permanence, mais très vite, la voix de TS se fait entendre, et tout coule tout seul, le lecteur n'a aucun effort à faire, le roman dans le roman s'insère avec évidence, les annexes prennent place au moment précis où elles sont susceptibles d'aider, c'est juste limpide.

Excellent.

 

NiL éditions, 2010, 375 p.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Hannah Pascal

Titre original : The selected Works of T.S. Spivet

 

Adoré également par : (très beaux billets)  Yvain et Chiffonnette

17.04.2010

Divine Justice - Christopher Buckley

"Sauf dans le cas d'ogives nucléaires déjà lancées, il n'existe aucune situation à laquelle on ne puisse pas s'opposer de front par l'inaction."

buckley 2.gifLe président des États-Unis s'appelle Donald Vanderdamp. Il a été élu sur un programme dont le thème était : "Changer la façon dont on fait des affaires à Washington." Tous les candidats le déclarent, lui, une fois en fonction, le fait.  "Non" est ce qu'il inscrit le plus sur les projets de loi de financement. Autant dire que sa popularité est au plus bas. Ce qui ne le chagrine pas, c'est un pur, il n'a aucune intention de se représenter, il voulait assainir une situation, il le fait, sans état d'âmes.

Cependant, par un concours de circonstances (dans lesquelles intervient une juge de téléréalité, Pepper Cartwright), il va être amené à briguer un deuxième mandat, par principe, en réaction à la loi que viennent de faire passer ses adversaires l'interdisant (avec pour programme : "Du pareil au même"). Il n'a aucune envie de rempiler, pas plus que Pepper n'avait envie de devenir juge à la Cour suprême. Mais fait-on toujours ce qu'on veut ?...

Drôle, Christopher Buckley l'est encore et toujours ! On se délecte des différentes passes d'armes, des notes de bas de page, d'une intrigue facile à suivre agrémentée de dialogues toujours incisifs. Franchement féroce avec la politique américaine, l'auteur a ce don de toujours nous embarquer derrière ses personnages, et fait feu de tout bois.

Un exemple parmi cent autres : à un moment, dans le texte, il est question "d'une peine forte et dure"  avec la note de bas de page suivante : "1. Malgré son intitulé français, il s'agit d'une peine du droit anglais consistant à être écrasé sous des poids. On s'en sert aujourd'hui pour qualifier l'attente précédant l'arrivée de la compagnie du câble (N.d.A.).

Un autre nous lasserait en chemin, Christopher Buckley maintient le tout en un constant équilibre et on regrette de voir arriver la fin.

 

Ed. Baker Street, 2010, 344 p.

Traduit de l'américain par Yves Sarda

Titre original : Supreme Courtship

 

Merci Amanda !

16.04.2010

Hum, le Livre de Poche...

Ce matin, je vous proposais un concours organisé par Le Livre de Poche. Ces derniers, le 14 avril, avaient inscrit textuellement dans leur mail ce que je vous avais rapporté, à savoir qu'il suffisait de devenir "fan sur Facebook".

Or, à 17h55 ce 16 avril, on me demande par mail d'écrire/modifier mon billet en spécifiant "il ne s'agit pas uniquement de devenir fan sur Facebook mais de donner envie de lire à d'autres internautes en écrivant des posts convaincants sur la page de fan". On précise au cas où : "Il semble que nous ayons commis une erreur dans l'intitulé du jeu/concours".

Voici qui me guérit à jamais de ce genre d'opération.

Il semble que j'aie commis une erreur en accordant ma confiance.

 

Désolée pour celles et ceux qui avaient participé !

15.04.2010

Une journée dans la peau d'une attachée de presse

Aujourd'hui, page blanche à Solène Perronno, attachée de presse au Cherche-Midi éditeur, mais avant tout grande et vraie lectrice, qui nous fait vivre les Quais du polar de l'intérieur : merci Solène !



Les récréations provinciales d’une attachée de presse

 

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Ah ! La joie des salons du livre… Je fais ça depuis presque 8 ans maintenant et je dois dire que je suis toujours excitée comme une puce et un peu angoissée avant d’arriver et ce, malgré l’expérience.

Ce samedi 10 avril, j’ai donc pris le train, bravant les grèves de la SNCF, pour me rendre au Festival Quais du polar à Lyon. C’était une première pour moi. Et oui, il y a encore des salons que je n’ai pas faits, et pour cause, il y en a chaque week-end dans chaque ville ou village de France et de Navarre…

Après deux heures et la lecture acharnée d’un Sonatine que je conseille aux amateurs de polars noirs ("Origine" de Diana Abu-Jaber), me voilà arrivée à bon port. Bien sûr, je n’ai pas pris l’adresse du salon et Lyon est une grande ville. Mais je suis débrouillarde… Je me rends donc place Bellecour et entre dans le premier Decitre venu (la grande librairie lyonnaise). Je ne suis pas loin du lieu des agapes. Il fait beau, je m’y rends à pied.

Je dois retrouver à 11 h mon auteur, Sophie Loubière, animatrice sur France Inter et France Info, invitée pour son roman "Dans l’œil noir du corbeau", paru au cherche midi l’année dernière et que certaines ont peut-être lu. Elle doit participer à un débat sur l’Amérique avec quatre auteurs américains. Pour un auteur, c’est toujours bien de participer à un débat lors d’un salon car cela permet de présenter son livre au public plutôt que de juste attendre le chaland derrière sa table, ce qui je vous prie de le croire n’est pas si simple. A Lyon, l’organisation est bien faite, il y a au moins un débat pour chaque auteur.

11 heures, le débat va commencer mais, car il y a toujours un mais, pas de Sophie en vue. Je commence à m’inquiéter (l’attachée de presse s’inquiète toujours et a une imagination très fertile : Sophie a manqué son train, Sophie est bloquée par les grèves, Sophie est malade, Sophie a eu un accident, Sophie a été enlevée par des extraterrestres…). Les minutes passent, Bruno Corty, l’animateur du débat, commence. Les quatre auteurs américains se présentent. J’aime les salons pour ces moments là, quand je ne suis plus qu’une lectrice avide qui découvre de nouveaux auteurs qu’elle va, elle en est sûre, adorer.

11h20, Sophie arrive. Me voilà rassurée. Rien de grave ne se passe jamais de toute façon, quelle stressée je fais. Après le débat, j’ai le fin mot de l’histoire, le point d’accueil auteurs était mal indiqué et ma pauvre auteur a erré dans la gare, d’où son retard. Là, je me sens idiote, j’aurais du lui proposer de l’attendre à sa descente du train, ce que je sais pourtant depuis le temps !

Voici venue l’heure du repas, il est quand même 12h30. Les repas en salon pour les auteurs et leurs accompagnants, moi dans le cas présent, c’est un grand moment, et encore comme je ne suis restée qu’une journée, je n’ai pas assisté au repas de gala du samedi soir. C’est un petit peu comme à la cantine : on vous donne un ticket et vous vous rendez dans un restaurant prévu à l’avance où tout le monde se retrouve et où l’on vous sert à tous le même menu, très bon au demeurant, n’allons pas nous plaindre. On a quand même l’impression de retomber en enfance : des petits groupes se forment, certains gardent jalousement des places pour leurs amis encore retenus au salon, c’est un peu la cohue.

J’ai de la chance, Sophie a déjà prévu de déjeuner avec Oliver Gallmeister dont j’adore la production et un des auteurs américains qui ont participé au débat, Craig Johnson, qui publie chez Gallmeister, et sa femme. Etant un peu comme son ombre, je suis conviée à mon tour. J’avoue que ce déjeuner, même quasiment tout en anglais, fut un pur bonheur et j’ai même été invitée à rendre visite à Craig et sa femme dans leur ranch du Wyoming. Je me dis, dans ces moments-là, que j’ai vraiment la chance de faire ce métier. Le repas terminé, je m’empresse d’ailleurs de me faire dédicacer le premier roman de mon nouvel ami cow-boy (il porte un stetson tout à fait caractéristique), "Little Bird", dans lequel je suis plongée depuis lundi.

J’accompagne Sophie jusqu’à son stand où elle s’installe. Elle n’est pas très bien placée mais la marge de manœuvre avec le libraire est faible, nous n’arriverons à rien. Ce n’est pas grave, quelques fans l’attendent déjà. Elle commence ses dédicaces, je m’éclipse.

J’ai plusieurs autres personnes à voir : des auteurs amis comme Bob Garcia que je ne manque jamais de saluer, des nouveaux auteurs dont je ne peux m’empêcher d’acheter le livre (j’ai craqué pour Gille Legardinier et son "Exil des anges"), des amies du milieu, attachées de presse, éditrices, commerciales… le petit monde de l’édition, mais aussi Delphine et Montse du site Plume Libre que je vais rencontrer en vrai pour la première fois. Rencontre très sympathique et très chaleureuse. Je croise également un autre de mes contacts internet, Nicolas Trenti de Polars pourpres. Tout le monde est là, Quais du polar est un des salons les plus importants (et encore je ne savais pas que plusieurs blogueuses que je connais par mail étaient aussi présentes…).

Les minutes puis les heures s’égrènent, je vais retrouver Sophie, car mon rôle est quand même celui d’accompagnatrice et de représentante de ma maison d’édition. Parfois cela vire dame de compagnie mais pas ici, Sophie Loubière est une personne tout à fait adulte et autonome.


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Il est bientôt 16 heures, il est prévu qu’elle fasse une lecture. Un peu plus tôt, je m’étais enquis du déroulé auprès des organisateurs, nous arrivons devant la salle, confiantes. Il y a malheureusement toujours des aléas… L’émission de France Culture a pris du retard et personne ne nous a prévenues. Nous retournons au stand du libraire et nous revenons 30 minutes plus tard. L’émission n’est toujours pas finie. Je bouillonne, m’énerve un peu pour la forme, et à 16h45, Sophie s’installe enfin. Elle lira pendant une demi-heure finalement. Tout se goupille bien puisqu’elle a une extinction de voix et n’aurait pu faire plus.


17h15, il est enfin temps pour moi de tirer ma révérence, mon train est à 18h. Un dernier au revoir, une dernière photo et je cours vers le métro. Une fois dans le train, je me replonge dans mon polar, fatiguée mais heureuse.


Merci beaucoup à Cuné de m’avoir laissé un espace sur ce blog pour m’essayer à l’exercice. Peut-être aurais-je envie de continuer ?...

14.04.2010

Une fois ne compte pas - Marie Charrel

"Tomas se répète le proverbe allemand : einmal ist keinmal, une fois ne compte pas, une fois c'est jamais. Ne pouvoir vivre charrel.jpgqu'une vie, c'est comme ne pas vivre du tout." Milan Kundera, L'Insoutenable Légèreté de l'être.

Partant de cette citation qu'elle place en exergue, Marie Charrel nous entraîne à la suite de quatre personnages qui, chacun, vont avoir l'occasion de momentanément recommencer un passage de leur vie.

L'une se croit maudite, élevée par un oncle nocif; l'autre voudrait être calife à la place de sa boss, le seul élément masculin avait coupé les ponts avec sa famille, petit merdeux submergé par une honte sociale idiote mais fort répandue, et la dernière, enfin, réalise que la phrase de Camus qui lui a détruit la vie ("Le monde n'est ni rationnel, ni irrationnel, il est déraisonnable") peut s'interpréter.

Soudain, les voici chacun les mêmes, mais différents. Soit revenus quelques années en arrière, soit dans une réalité parallèle... J'ai particulièrement apprécié Lorine, dont on nous dit : "Lorine a l'empathie mal placée des filles qui ne s'aiment pas assez."... A méditer.

Joli coup pour un premier roman, c'est très enlevé, agréablement divertissant, et surtout nous sont épargnés les écueils harlequinesques : nos personnages foncent droit devant, ne passent pas leur temps à élaborer des hypothèses tordues pour expliquer l'inexplicable, ne sombrent pas dans la mièvrerie et offrent chacun une aventure différente. Pas mal du tout.

 

Ed. Plon, 2010, 245 p.

13.04.2010

Waveland - Frederick Barthelme

"Il faut respecter ceux qui reconnaissent, même tardivement, leurs limites."

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Nous sommes sur la côte du golfe du Mississippi, un an près Katrina. Gail et Vaughn ont eu très peur, mais leur maison a résisté, pas leur mariage. Deux mois après l'ouragan, elle lui a demandé de partir. Vaughn a eu du mal, la vie lui paraissait vide de sens, pas tant en réaction à la rupture que par perte des habitudes, après quinze ans de mariage. Mais il a rencontré Greta et ils construisent tous deux patiemment une relation, dépassionnée mais profonde. Un jour, Gail leur demande de venir habiter quelques temps avec elle, elle vient d'être méchamment battue par le petit jeune avec qui elle couche, elle a peur. Vaughn, culpabilisé par la façon dont il a fait défaut à son père mourant, accepte, au nom de la responsabilité. Mais vivre ensemble, quand les trois sont émotionnellement instables, n'est pas de tout repos...

Cette introduction est parfaitement vraie, mais l'essentiel du roman n'est pas là. Tout tourne autour de la personnalité de Vaughn, souvent sentencieux, toujours paumé, cherchant à mettre le doigt sur ce qu'il ressent sans jamais tomber dessus. Gail est insupportable, reste incompréhensible au lecteur, Greta est trop insignifiante dans la structure du récit pour acquérir une épaisseur qui donnerait du sens à l'épilogue, le frère, le père, l'ami demeurent en vision périphérique, et les dialogues sont complètement déroutants : on jurerait de l'Hemingway qui serait totalement barré. En même temps, ça fait partie du charme réel de ce roman, une sorte d'anachronisme dans un univers très contemporain. Je me suis souvent demandée d'où ça tombait, des dialogues du genre :

"- Bonjour, chéri, dit-elle.

- Hm hm. Je comprends. Comment vas-tu ?

- Je crois que tu vas m'aimer."

??

Et pourtant, impossible de lâcher ces pages, parce qu'on croit en Vaughn. Il est attirant et fatigant, banal et attachant, gonflant et attendrissant. Le rythme est très lent, une grosse longueur vers le milieu, pas mal de répétitions, mais le tout érige un équilibre fragile qui tient debout. Une lecture en demi-teinte, sufisament intéressante pour que j'aille au bout, et que j'aie envie de lire autre chose de Frederick Barthelme, dont l'éditeur nous dit : "Dans la lignée de Raymond Carver, il est considéré comme l'un des précurseurs du minimalisme en littérature."

 

Ed. Christian Bourgois, 2010, 263 p.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Damour


"Essaie d'écouter. Quand les gens parlent. Tu comprends alors ce qu'ils disent, tu reviens sur leurs opinions, tu essayes de te figurer ce qui les met en rage, ce qui les inquiète, et tu ajoutes ou tu retranches tout ça du tableau qu'ils t'offrent, et ensuite, peut-être, quelqu'un d'autre t'offre une image différente, et tu la colles à la première, et tu as un nouvel avis de la personne qui t'a donné en premier son opinion, et cela change un peu le tableau, et en fin de compte tu as une assez bonne idée de la personne dont on parle."

 

12.04.2010

Baptiste - Pierre Moustiers

moustiers.jpgNous sommes à l'époque où la TSF débutait tout juste et où posséder une voiture vous plaçait un homme. Baptiste est un très vieux monsieur de quatre-vingt dix ans. Il a une particularité depuis toujours, il est très grand. ("Bâti en asperge" nous dit-on à un moment, et j'ai tout de suite vu venir l'adjectif maudit, qui n'a pas manqué de débouler. Mais pour une fois, il est justifié, et longuement décliné.) Baptiste est donc un vieux gaillard dégingandé, pas sociable, dont la présence inquiète. Dans le petit village des Alpes où il vit depuis quarante ans, on pense qu'il a de l'argent, parce qu'il a acheté une grande maison qu'on appelle un peu vite le château. Le notaire du coin sait bien, lui, qu'il n'en est rien, mais ne détrompe personne, soucieux de bêler avec les autres. Un jour, il ose aller sonner chez Baptiste pour lui proposer d'acheter le château en viager. Baptiste refuse simplement, et notre notaire se dit qu'au fond, il ne le voulait pas vraiment. Il ne sait pas trop, d'ailleurs, pourquoi il voulait voir Baptiste et pour quelle raison il se retrouve si désarçonné en sa présence...

De la présence, Baptiste en a toujours eu. Pour preuve, son ancienne voisine apparaît au détour d'un chapitre pour nous raconter comment c'est elle qui est à l'origine de la "rencontre" entre une maison et un couple. A l'époque, Baptiste et Rosine, sa femme, avaient quarante-sept ans et s'étaient liés d'amitié avec leurs voisins d'à peine 24 ans. Ils étaient sidérés d'apprendre leur âge, et si longtemps après, c'est toujours avec chaleur qu'elle pense à eux.

Rosine est morte à quatre-vingt ans, et cela fait dix ans que Baptiste est seul. C'est la petite-fille du notaire, Julie, 8 ans, profondément traumatisée par les sévices d'une mère folle qui va réveiller ce vieux monsieur, et nous donner l'occasion d'apprendre à le connaître...

Un beau roman qui derrière une simplicité désarmante atteint une vraie profondeur. Il allie des personnages denses à une histoire très attachante, avec une épure charmante. Pudique, tendre, franchement passionnant. J'ai été conquise !

 

Ed. de Fallois, 2008 & Le livre de poche 2009, 186 p.

10.04.2010

L'allure de Chanel - Paul Morand

Pendant l'hiver 1946, Paul Morand passe des soirées entières à discuter avec Coco Chanel, alors désoeuvrée. Il prend des notes, puis n'y pense plus. A la faveur d'un déménagement, bien des années plus tard, après la disparition de Chanel, il les relit, les fait lire, on le supplie de les dactylographier : "mauvaise pente", dit-il... Et voici un large survol de la vie de Mademoiselle, par elle-même, mais mis en mot par un auteur raffiné et incisif.

 

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Tour à tour pétillante et bouleversante, la dame use de nombreux aphorismes qui sont délectables, tout en martelant le travail, le travail, le travail. Tour de piste qui laisse bien d'autres merveilles à découvrir encore :

"C'est avec ce qui ne s'apprend pas qu'on réussit."

"- Ah, ce que c'est long ! gémissait un jour Misia à Bayreuth, entendant Parsifal. Un allemand agacé, qui était son voisin, se retourna : - Etes-vous sûre, madame, que ce n'est pas vous qui êtes trop courte ?"

"La beauté dure, la joliesse passe. Or aucune femme ne veut être belle; toutes veulent être jolies, jolies."

"- Vous n'êtes jamais contente, me dira-t-on en lisant cette critique de l'avant-guerre. Je ne suis jamais contente de moi, pourquoi le serais-je d'autrui ? En outre, j'aime prêcher."

"Je plains les femmes parce qu'elles se trompent toujours. Elles rapportent tout à elles. Elles veulent plaire au passant et le passant ne le sait pas."

"Les hommes sont presque tous malhonnêtes; les femmes le sont toutes."

"Toutes les fois que j'ai fait quelque chose de raisonnable, cela m'a porté malheur."

246 pages flamboyantes qui se dévorent, et se terminent malicieusement par ces mots : "Bref, voilà tout ce que je suis. Vous avez bien compris ? Eh bien, je suis aussi le contraire de tout cela."

 

Ed. Hermann, 1996 (illustrée par Karl Lagerfeld) & Folio 2009

Lu également par Antigone, Lizzy, Nanne, ...

08.04.2010

Les pieds dans l'eau - René Fallet

"Que serait le bonheur, sinon une disgrâce, s'il courait les rues ?"fallet.GIF

Halieutique : qui concerne la pêche. Certes, avoir au moins une fois dans sa vie passé la journée une canne entre les mains peut s'avérer utile pour apprécier ce court carnet (grands souvenirs, pour ma part, c'était L'expédition de l'été, et on y allait en troupeaux), mais la plume de René Fallet est tellement belle que ce préalable n'est pas pour autant nécessaire.

Un homme, une passion, les mots pour la dire : on se régale forcément. Emplies de poésie, d'humour et de tendresse, ces pages m'ont tirée des sourires ravis, et je les ai cornées à qui mieux-mieux.

"En vérité, l'homme est un con pour l'homme."

"Vous avez tout, l'argent, le savoir, l'intelligence et la prestance, tout, sauf au coeur et à la bouche cette qualité de l'aurore qui n'appartient qu'au plus finaud comme au plus cruchon des pêcheurs. Elle est faite d'une pincée de perlimpinpin, d'une giclée de folie douce, de la masse muette d'un espoir le plus souvent insensé qui tient en ces quelques mots puérils [...] : "Aujourd'hui, ça va mordre.""

"Le moi est haïssable, sauf dans mon cas : je suis un garçon charmant. En outre, je suis le pêcheur moyen type, le Français moyen de la pêche. Je suis quatre millions. Je suis seul et beaucoup. Je suis légion et silhouette, je suis cette grande tipule des prés qui, panier-siège sur l'épaule tel un accordéon, traverse les brumes de la prairie pour s'en aller à l'eau."

...

Pratiquement à chaque page, une phrase vient nous sauter au coeur et on referme ce livre empreint d'un sentiment de grande douceur. Délicieux !

Ed. Mercure de France, 1974 & Le Cherche Midi, 2010, 91 p.