26.04.2010
Mansfield Park - ITV 2007
Voici donc la version ITV 2007 du roman de Jane Austen, "Mansfield Park". J'ai rarement vu une adaptation aussi ratée ! C'est une succession d'incohérences.

Évidemment, condenser un tel roman en 93 minutes tenait de la gageure, mais certains choix sont incompréhensibles, même avec la meilleure volonté du monde. Pourquoi donner les caractéristiques de la tante Norris (le chien, la somnolence, le côté abrutie...) à Lady Bertram ? Et, partant de ce choix, pourquoi alors malgré tout proposer une tante aussi inexistante pendant 1h30 ? Pourquoi faire l'impasse sur le bannissement de Fanny dans sa famille, si c'est pour le remplacer par de longues scènes montrant la pauvrette laissée seule à Mansfield ? Est-ce que l'intervention d'Henry Crawford en faveur de la carrière du frère de Fanny peut un seul instant remplacer la galanterie, le panache et la gentillesse de sa venue à Portsmouth ? Quel est le but de transformer la scène où Mary Crawford se fait renvoyer dans ses buts devant toute la famille soudée par un tête-à-tête portant, ô sacrilège, sur la petite frangine et non sur la mort de Tom qu'elle aspire de ses voeux ? C'est grave, car la clef du personnage d'Edmund est là, dans la vénalité qu'il entrevoit enfin, et non pas dans un jugement moral qui n'accepterait pas une trop grande clémence. N'im-por-te-quoi.
Le pompon étant sans nul doute la scène finale, où - et je n'invente rien -, on voit Fanny et Edmund le jour de leur mariage danser une valse enjouée, avec ce mot de Lady Bertram qui termine le film : "Oh look, they have learned a new dance !"...
Et puis c'est mal rythmé, pas joli, pas entraînant, décevant. Billie Piper reste Rose dans mon esprit, pas moyen de la voir en Fanny à un quelconque moment. C'est clairement dû à mon fort engouement pour Doctor Who, mais cette version de Fanny est fade, fade, fade à la base. On comprend d'ailleurs mal pourquoi Henry Crawford craque sur elle, tant à aucun moment il n'y a d'étincelle (cette scène du roman était si réussie !). Elle cendrillonne à outrance, laissant ponctuellement échapper le cher rire de Rose et on se prend à attendre un woosh-woosh. N'est pas une héroïne austénienne qui veut, même avec toute l'application du monde (et je ne parle pas des plans pas raccords, toute bouclée dans une pièce et hop, décoiffée-lisse en passant la porte !). La palme de la laideur revient pourtant à Edmund, petites mèches luisantes de gras, inconsistance totale, falot des pieds à la tête.
Ça m'a énervée, tiens.
Pas plus apprécié par Nataka.
(Vo et sous-titres en anglais exclusivement)
17:14 Publié dans Autour de Jane Austen | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rarement autant pesté, c'est du n'importe quoi, mais alors vraiment!
22.04.2010
Confessions of a Jane Austen Addict - Laurie Viera Rigler
"Why is my stomach doing flip-flops ?"

Courtney Stone se réveille un matin dans un corps, un pays et une époque qui ne sont pas les siens. C'est un rêve, se dit-elle, de cette sorte dont on lui a parlé, les hyper réalistes, en état de semi-conscience. Elle va donc pouvoir interagir directement à l'intérieur de ce rêve et modifier les choses déplaisantes. Mais non. Rien à faire. Matin après matin, elle se rend à l'évidence : aussi impossible que cela puisse paraître, elle est bien dans cette réalité différente...
Le corps qu'elle "occupe" est celui d'une certaine Jane Mansfield, à l'époque de Jane Austen, son idole. Physiquement très différente, elle entrevoit par flash les souvenirs de la vraie Jane M., et a une connaissance instinctive des gestes auxquels ce corps était habitué : coudre, danser, aucun problème. L'ennui, c'est que les souvenirs de Courtney ne se sont pas effacés du tout, et qu'être une jeune américaine de Los Angeles dans l'Angleterre du début 19° occassionne quelques menus frottements...
Par exemple le maquillage ("I pinch my cheeks and bite my lips, a poor substitute for the arsenal of paints and powders I'm used to having atmy disposal."), et ce n'est pas un détail pour une donzelle dont la version du cauchemar classique d'être nue au milieu d'une foule est de n'être pas maquillée en présence de bombes sophistiquées !
Ce roman est un petit régal pour glousser tranquillement. Bien sûr, il y a quelques abus de frissons et tremblements divers et répétés (sans parler des divers mouvements de son estomac), et notre héroïne a de constantes "illuminations" que le lecteur a déjà vues venir des pages auparavant. Mais l'aventure est passionnante, l'humour omni-présent, et le suspens se niche dans des endroits inattendus : à un moment, par hasard, on rencontre Jane Austen, et notre coeur bat aussi fort que celui de l'héroïne ! On est suspendu aux mots, on attend terriblement de cette rencontre. Certainement pas autant que Courtney, qui a lu et relu d'innombrables fois les six romans de Jane Austen (jusqu'à prendre des jours de maladie pour le faire tranquillement) ("my entrée to Austen was via Colin Firth prancing around in tight pants for the BBC" ==> Hiiiiiii).
Et puis elle est franchement rigolote, notre Courtney-qui-devient-de-plus-en-plus-Jane au fil des pages. Elle chavire à sa première vraie demande en mariage, elle qui "dans la vraie vie" avait eu droit à des drunken mumblings of "Okay, you win - let's get married". Elle est sidérée par la puanteur des gens, et manque de mourir étouffée de rire lorsqu'elle assiste à sa première messe : tout le monde pète tranquillement : "No wonder Mary Crawford was so horrified that Edmund Bertram was going to become a clergyman. I am appreciating Mansfield Park more every moment. "
Il y a une vraie réflexion sous-jacente sur la place des femmes à cette époque, sur leur possibilités d'avenir très limitées. Courtney finit par réellement comprendre le carcan mais aussi l'importance des règles sociales. Moments de gravité complètement éludés par l'épilogue rose bonbon, qui passe comme une fleur, tant on est imprégné de tout le reste.
Laurie Viera Rigler, dont c'est le premier roman, est membre de la Jane Austen Society of North America de longue date. Elle sait à merveille communiquer son amour de notre Dame adorée.
"I cannot imagine a world in which one can read Jane Austen only once."
Ed. Bloomsburry, 2010 (pour l'édition paperback), 288 p. VO.
Merci Fashion !
Karine n'a pas aimé (en fait, selon ma lecture, il y a un seul truc qui ne trouve pas sa réponse, ou du moins je ne l'ai pas vue, c'est que la Jane M. d'avant Courtney parle de certaines choses dans l'avenir à James, et pourquoi, comment en a-t-elle connaissance, mystère...) (de plus, c'est drôle parce que la façon dont s'exprime Courtney m'a souvent fait penser à toi !! :))
02.04.2008
The Jane Austen Book Club (2007) - Robin Swicord
J'avais aimé le roman, j'ai mille fois préféré le film, qui nous permet d'entrer directement au coeur des personnages, de les apprivoiser petit à petit et de mourir d'envie d'intégrer leur club de lecture !
Au risque de décevoir Emjy, je vous renvoie directement à son propre billet sur le film dont je pourrais reprendre chaque mot tant elle décrit à la perfection tout ce que je pense ! Et d'une manière complète, structurée et brillante. Je ne vois pas l'utilité de redire ce qui sera de toute façon la même chose : c'est une réjouissante comédie littéraire romantique.
Je me propose plutôt de vous dire en vrac, comme ça, de jeter quelques petites choses que je pourrais ajouter si j'en discutais de vive voix avec vous.
Les bonus par exemple sont une source de grand plaisir, avec - et c'est la première fois que je trouve ça - de longues minutes illustrées et commentées sur la vie de Jane Austen. Robin Swicord, dont c'est le tout premier film pour le cinéma (quelle réussite) (elle ressemble un peu à Agnès Jaoui, physiquement, non ?) y déclare ne pas être une spécialiste de Jane Austen; elle peut pourtant apporter sa propre vision de chacun de ses romans, et maitriser les détails de sa biographie d'une manière tout à fait confondante.
J'ai aimé qu'elle se détache souvent du roman, pour faire de Bernadette par exemple l'initiatrice du club, (et l'observatrice correspond à la narration), qu'elle rajeunisse Jocelyn et Grigg et modifie ça et là quelques détails. D'ailleurs, j'ai voulu relire le roman dans la foulée et ça ne fonctionnait pas, je ne retrouvais pas tout à fait les personnages que je venais de quitter à l'écran.
Mais ceux qui ne le connaissent pas, justement, doivent se demander de quoi il
s'agit, au juste; ça se passe de nos jours, en Californie, et cinq femmes plus un homme se réunissent chaque mois pour discuter d'un roman de Jane Austen. L'idée vient de Bernadette, touchée un soir par la détresse d'une jeune prof de français, Prudie, elle lance cette idée, chacun s'appropriant un roman précis. Jocelyn fera entrer dans le club le jeune Grigg, néophyte total en Jane Austen, mais largement ouvert, à la base attiré par la beauté (somptueuse !) de cette plus si jeune femme. Sylvia vient de se faire plaquer par son mari, après plus de trente ans de mariage, et Jocelyn tentait par cette invitation de jouer les Emma. Mais Grigg n'a rien d'un Mister Knigthley, il serait plutôt la Lizzie de l'histoire (encore que...).
D'ailleurs, en parlant de reconnaître les personnages de Jane Austen dans ceux de ce Book Club, les bonus vous y aideront si besoin était, et à la différence du roman, il n'est nullement nécessaire d'avoir lu les six romans majeurs pour apprécier de naviguer dans ce monde. C'est une histoire tout entière, moderne, émouvante, drôle, vibrionnante qui se déroule sous nos yeux.
Par contre, apparemment la sortie française n'est pas encore datée à ce jour, et le DVD ne propose que des sous-titres en anglais : attention l'américain ça débite très vite, et à mon image si votre anglais n'est pas fluent vous userez souvent de la touche pause ou retour !
Il y a certaines scènes cocasses qui fondamentalement n'apportent rien au film (je pense à la répétition de Trey, ou la pub pour Starbuck avec Grigg, ça passe très bien mais...) alors que d'autres qui m'ont fait hurler de rire ont été supprimées (heureusement on les voit en bonus) : celle où Allegra baratine Corinne avec Persuasion, comme si elle l'avait vécu, en guise de vengeance !) par exemple.
Ce que j'avais apprécié dans le roman est aussi ce qui fait la force du film, à mon sens, on "vit" Jane Austen. On ressent beaucoup d'empathie pour les situations actuelles, variées et diverses (Sylvia et Daniel sont très émouvants, et leur histoire très juste et symptomatique de notre mode de vie), et il y a une palette vraiment large du monde moderne; mais surtout on réalise tout ce que peut apporter la confrontation d'avis différents (et vraiment chacun a une vision très personnelle et adaptée à son propre cas de JA), même quand elle se déroule entre des gens que rien ne rapproche dans la vie. C'est une ouverture au monde, c'est effectivement ce que peut concrètement changer la lecture dans une vie. Et ça...

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26.03.2008
Becoming Jane - Julian Jarrold (2007)

Clins d'oeil, donc, respectueux hommages, malice bienveillante de scénariste, mais jamais éléments biographiques certifiés, et ça me convient parfaitement.
Oui, ce film est un bonheur, un bonbon, une sucrerie pour jours pluvieux qui réussit, à mon sens, parfaitement son pari : offrir aux amoureux de Jane Austen une incursion dans son univers, sans adapter un de ses romans. Du neuf, en quelque sorte, une prolongation d'état de grâce, du bonus bien fait et joliment enveloppé; c'est là tout ce que j'aime !Tout commence par un petit matin calme : Jane, autour de la vingtaine, est en train de mettre la dernière patte au texte qu'elle écrit pour célébrer les fiançailles de sa soeur Cassandra. Au rythme de ses recherches, pour faire couler les mots, les appeler dans sa tête, elle laisse ses doigts rythmer le piano; d'hésitant et tout doux lorsqu'une formule se crée, en martellement sonore et joyeux lorsqu'elle en est venue à bout : chez les Austen, le réveil est parfois tonitruant, à quelque étage qu'il se passe, et le spectateur immédiatement dans l'ambiance. C'est une famille unie, quelques libertés mettront à mal les puristes qui espéraient de la tenue et de la préséance en toutes circonstances !

Puis ce sont les quelques mois qui verront éclore l'amour entre Jane et Tom que nous suivons, selon le schéma classique, tout commence mal, puis ça se gâte, jusqu'à ce qu'ils ouvrent les yeux. Hélas, ce n'est pas gâcher le suspens que de dire que ça se terminera très mal, nous savons tous que Jane Austen ne s'est jamais mariée.
Mais entre-temps quelle valse des sentiments ! On succombe, on tremble, on se révolte et on s'incline, c'est qu'on a aussi de la grandeur d'âme, dans nos chaumières.
Le casting est réjouissant, crédible de bout en bout, et Anne Hathaway campe une Jane Austen plausible. Mais celui qui tire vraiment son épingle du jeu, qui est fait de grâce et d'incandescence, c'est James McAvoy en Tom Lefroy : je n'ai vu que lui, séduite et demandant plus. Quelle joie à l'idée de le retrouver prochainement dans Atonement !
Cette scène où Jane danse avec Mr Wisley, cherchant Tom des yeux depuis le début du bal, résignée, éteinte, ce pas de deux qui le fait apparaître devant ses yeux, ce regard, rieur, mutin, entendu qu'ils échangent, my god, parmi les plus... les plus.... han la la !
Et puis cet épilogue, ce geste, discret, ce prénom donné...C'est beau, c'est tout ! Ca donne envie de connaître la vraie version, de plonger encore plus profond dans tous ces livres qui racontent notre Jane, de maitriser plus et mieux l'anglais pour ne plus dépendre des traductions tellement aléatoires (dans le sens que pas grand chose de cette littérature autour de Jane n'est traduit en français !)

En attendant, et vous l'aurez compris je crois, je recommande de se ruer sur Becoming Jane !
A entendre et lire sur Canal Academie, Marie-Laure Massey
Les avis de : Fashion, Isil (déçue), Emjy et Clarabel
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19.03.2008
Pride and Prejudice - Joe Wright (2006)

Presque autant décrié qu'adulé (j'ai même trouvé une dissertation à son sujet sur le net !), ce film pour moi a une place toute particulière : c'est en effet lui qui m'a ouvert le monde magique, enchanteur et merveilleux de Jane Austen.
Amazing, isn't it ? A l'âge canonique de trente-neuf ans, je reçois un jour un mail de mon ami Yvon me conseillant pour ma soirée télé un reportage; me renseignant sur celui-ci, je jette en même temps un oeil sur le reste des programmes, et décide de patienter devant ce film : je n'en ai pas décollé. J'ai ri, pleuré, en ai pris plein les mirettes et me suis retrouvée le coeur broyé.Moi qui jurait bailler d'ennui à la seule évocation du mot "victorien", pour qui "britannique" sonnait comme "ringard", j'ai mis le pied dans un piège irréversible (pour mon plus grand bonheur !).

J'ai retrouvé intact mon émerveillement premier aux visionnages suivants, pleuré à gros sanglots aux deux moments des déclarations (d'abord Jane et Mister Bingley, puis évidemment le moment où Lizzie embrasse la main de Darcy, ha la la...), et me suis pâmée à loisir devant l'excellence, la perfection, l'ambiance générale suprêmement brillante, selon mes critères.
Je suis, pour la première fois, enthousiasmée par l'ensemble du casting : pas une incarnation qui ne soit sublimée, pas un seul personnage qui présente quelque défaut que ce soit, tous nous embarquent et réussissent à apporter leur propre petite touche (d'ailleurs, je les ai tous trouvés beaux).
Matthew MacFadyen, à mes yeux, d'ailleurs, éclipse la prestation pourtant mythique de Colin Firth dans la version BBC (que je recommande aussi chaleureusement). Il parvient à montrer les fêlures de Darcy, ce côté "il ne m'est pas facile de discuter de choses et d'autres avec des gens que je ne connais pas", avec lui je ressens qu'il puisse lui en coûter.

Et puis la merveilleuse Brenda Blethyn, qui m'enchante dans les films anglais un peu sociaux, et qui se montre ici tellement écervelée et inconvenante, tout en étant pourtant complètement maternelle.
Aussi le génial Donald Sutherland, qui me bouleverse en épilogue lorsque, les yeux plein de larmes, il dit "but you do really love him !" sidéré, heureux, pouffant, ému jusqu'aux tréfonds de son âme... et nous le communiquant, bien évidemment.

C'est un film plein de vie, d'images colorées et rutilantes, avec des choix scéniques et scénaristiques assumés (Joe Wright assure des commentaires audio qui expliquent tout un tas de choses, je ne suis pourtant pas allée au bout car je l'ai trouvé en quelque sorte assez déprimant à l'oral, ce qui n'est pas le cas de sa mise en scène. C'était d'ailleurs sa toute première réalisation pour le cinéma). Il y a énormément d'humour, ça pépie, ça pétille, ça sautille et ça bruisse. Pour autant, on ne s'éloigne pas tellement du roman original, la trame principale est en tout cas respectée.
Le DVD contient de nombreux bonus de plusieurs sortes, par exemple la localisation et la visite des extraordinaires demeures choisies pour incarner les différentes habitations, des interviews de plusieurs des acteurs, des explications de la Jane Austen Society, une galerie-musée des us et habitudes du 18°, etc.
Un achat pratiquement indispensable !
J'ai lu sur Allo Ciné qu'Emma Thompson avait collaboré au scénario en réécrivant certaines scènes. Pour ce travail, elle ne fut pas payée et n'est pas créditée au générique.
Deux avis parmi des milliers de milliards d'autres : Holly G, et Blog Different (qui n'a pas aimé du tout du tout)

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13.03.2008
Sense and Sensibility, 2008 (BBC) - John Alexander
On peut acheter les yeux fermés une adaptation de la BBC, certains de la qualité intrinsèque, du soin apporté, assurés de voir de belles images, de splendides décors, bref, de passer un bon moment.
Ce DVD ne faillit pas à la règle, avec même en bonus des commentaires audio (j'ai fait l'impasse), des photos et une interview d'Andrew Davies (auteur du script) et de la productrice.

Pour autant, ces trois épisodes d'une heure chacun parviennent-ils à nous faire oublier la version d'Emma Thompson / Ang Lee ? Pour ma part la réponse est négative.
Les plus :
* Certains points, inexistants dans la version 95, sont ici développés : la scène du duel, le passage de Willoughby au chevet de Marianne, les âges d'Elinor et Marianne sont respectés, le cottage ressemble plus à celui du roman (et l'endroit est vraiment magnifique !)...
* La durée de l'adaptation permet d'insérer plus de détails, le fil rouge des coquillages tintant le long de leurs ficelles dans le vent apporte une note poétique et en même temps désolée, on se rapproche plus de l'ambiance historique exacte, sans le côté léché un peu trop miroitant du film (que personnellement j'apprécie pourtant plus).

* J'ai lu que la critique britannique considérait assez unanimement que cette version était "libidineuse", je suis étonnée; Hormis la scène d'ouverture, volontairement voluptueuse, permettant d'introduire toute l'histoire de l'antagonisme Brandon / Willoughby, ça reste à mon avis super chaste de bout en bout !
Les moins :

* Je trouve dommage les trop nombreuses similitudes avec le film (et même avec celui de Joe Wright, parfois) : Le rôle de Margaret étoffé pour aider la narration et faire le contre-point humoristique, la même interprétation d'Elinor en ce qui concerne la scène de demande d'Edward, la précipitation des dames Dashwood avant la première visite du colonel, la façon de traiter la scène comique de départ, où Mrs Dashwood convainc son époux de ne rien donner à ses demi-soeurs (entre autres)... J'attendais une version plus personnelle d'Andrew Davies, qu'il se détache des autres, c'est raté en ce sens.
* On fait même dire à Margaret ce que développait Emma Thompson dans ses commentaires audio, pratiquement au mot près (Les femmes passent leur temps à attendre, etc.) !
* L'acteur interprétant Edward Ferrars (Dan Stewens) ressemble trop à Hugh Grant, et physiquement, et dans son interprétation, même s'il en fait moins dans le genre coincé.

* L'actrice interprétant Marianne (Charity Wakefield) ne m'a pas parue assez exaltée.
* Les scènes se succèdent sans exactement s'enchaîner, il manque un je ne sais quoi de liant, d'allant.
* L'humour est par trop absent, l'ironie manquante.

Mais qu'on ne s'y trompe pas, ça reste un très bon moment dans l'univers de Jane Austen, et mon petit test personnel (qui vaut ce qu'il vaut, étant du genre hyper bon public) : j'ai pleuré plus que ma part, dans le troisième épisode, et n'ai absolument pas vu les trois heures passer.
Je conseille donc cet achat, un de plus !
(Attention, toujours en Vo sous-titres anglais uniquement)
La bande-annonce sur You Tube

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05.03.2008
Persuasion (ITV 2007) - Adrian Shergold

C'est Simon Burke qui a signé le scénario, et paradoxalement il a sans doute voulu trop respecter le roman. Paradoxalement, car la scène principale, le moment le plus intense de tous les romans de Jane Austen, l'instant où tout lecteur est en apnée, devinant sans être sûr, espérant et redoutant tout à la fois de voir ses supputations vérifiées, bref, la lettre, est carrément passée sous silence.

Oui, c'est incroyable, je sais, c'est incompréhensible que quelqu'un ait pu penser qu'une course poursuite échevelée dans les rues de Bath, avec un côté ridicule appuyé (je t'empêche de passer parce que j'ai un truc super important à te dire, je ne suis pas là mais je te laisse un mot, tu repars en sens inverse mais te fais intercepter à nouveau, et Oh, surprise, je suis là), suivie par une caméra à l'épaule qui donne mal au coeur et des images tremblotantes, puisse avoir un quelconque avantage sur une scène d'anthologie. La preuve par le mouvement ? Mais si c'est là ce qu'on désire, du mouvement, il ne faut pas lire Jane Austen, c'est tout !
Alors oui, Sally Hawkins est une Anne Elliot tout à fait convaincante; personnellement, je la trouve plutôt laide, mais c'est parfait pour ce rôle. Ses regards francs caméras apportent un plus indéniable, on se sent pris à partie, elle est très expressive et on est à fond derrière elle. Rupert Penry-Jones fait le maximum avec le peu de temps qui lui est imparti, il remplit les caractéristiques du Captaine Wentworth avec une bonne volonté évidente, mais lui est trop beau. Il fait jeune premier, en aucun cas marin au visage battu par les embruns approchant la trentaine. Le reste du casting est cohérent, j'ai bien aimé Tobias Menzies en Mister Elliot, super doucereux mais dégageant un truc pas net, un poil ténébreux.
Le parti-pris de caméra à l'épaule ne m'a pas gênée outre mesure, mais il s'inscrit, à mon sens, dans une politique globale un peu cheap. Pourquoi Anne est-elle si mal habillée comparée aux autres ? Je veux bien considérer que ce n'était pas une préoccupation pour elle, ses vêtements (et comme je comprends ça ;o)), mais les matières mêmes, tout ce qu'elle porte accentue une impression de Cendrillon, totalement utilisée et négligée par les autres.

Dans le roman, il y a de nombreuses scènes de discussions très importantes, du badinage, de la conversation déliée dans lesquelles apparaissent soudain des éléments très importants, qui n'existent aucunement dans ce film.
En fait, on retrouve fidèlement dans cette adaptation la plus grande partie du roman, le déroulement factuel de son intrigue, mais il manque pourtant l'essentiel : le pétillement, la grâce. C'est plat, ça ne soulève ni même n'emporte pas, ça ressemble à un résumé détaché, quand j'aurais voulu me plonger dans l'essence même de ce qui me plait chez Jane Austen : non, il n'est nullement nécessaire de se procurer ce film.

Crédits photos : Littéranet
Quelques images sur un clip
(J'ai vu aussi la version BBC 1995, mais ne suis pas plus convaincue par elle ! La fameuse scène de la lettre y figure, mais je ne vois rien s'ajouter au roman. Un compte-rendu assez fidèle, manquant d'éclat à mon goût.)
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15.02.2008
Mansfield Park (1999) - Patricia Rozema

Début Août 2007, je voyais ce film pour la première fois et mon appréciation était parasitée par différentes choses; C'était la première fois que je me lançais sans le support de sous-titres en français (et je dois dire que mettre les sous-titres anglais aide réellement, il ne faut pas hésiter !), je n'y avais pas fait attention lors de mon achat et c'était donc une (mauvaise) surprise. Et puis, si j'avais lu les six romans "majeurs" de Jane Austen, je n'avais pas encore vraiment pénétré plus avant dans son monde.

Depuis, les choses ont évoluées, et ma "groupitude" n'a cessé de croître (Laure me dit que ce n'est pas dangereux, hormis pour mon porte-monnaie, mais bon...)
J'ai donc fait, entre autres, l'acquisition des oeuvres romanesques complètes (seul le tome 1 existe à ce jour... mais que fait Gallimard !) dans La Pléiade, et j'ai pu réellement approfondir mes connaissances (ça fera l'objet d'un autre billet, un jour) et notamment découvrir deux de ses oeuvres de jeunesse, "Amour et amitié" et "Histoire de l'Angleterre".
C'est donc avec un oeil tout à fait différent que j'ai repassé 112 minutes à Mansfield Park.
Et je suis maintenant enthousiaste !

C'est une adaptation très libre du roman, écrite et réalisée par la canadienne Patricia Rozema. L'héroïne, Fanny Price, a beaucoup plus de caractère que celle du roman. Elle incarne même presque une forme de féminisme avant l'heure, tenant tête de plus en plus bravement : à Sir Thomas pour le mariage qu'il souhaite lui imposer, à Aunt Norris (j'adore la scène où elle lui rétorque "et vous, tante Norris, combien de temps pensez-vous rester ?", puis enfin à la belle Mary Crawford dans l'extraordinaire confrontation finale.
Il y a énormément de modernité dans cette adaptation, dans les relations entre les gens, dans l'essence même de la personnalité des Crawford, dans le traitement de certaines scènes du roman (chocs très visuels de la découverte du cahier des dessins de Tom, ou surprise au lit de Maria et Crawford... Inconcevable, chez Jane Austen ! Tout au plus suggéré de très loin).

Mais pourtant, l'esprit de Jane est bien là, la trame du roman est respectée, et on en vient à beaucoup apprécier - et même respecter - cette Fanny Price, au détriment de celle de papier qui est souvent beaucoup trop incolore et passive.
Et c'est bien là le secret, la touche mutine de la réalisatrice, que d'avoir intimement mélanger Miss Price et Miss Austen elle-même !
Les histoires qu'elle écrit à sa soeur Suzy dès son arrivée à Mansfield Park et jusqu'à la fin de son adolescence, sont les propres oeuvres de jeunesse de Jane Austen, ou l'épilogue nous montre l'heureux couple devisant du futur titre (imbuvable :-D) qu'Edmund propose pour la première édition des écrits de Fanny.

Ah l'épilogue justement : quelle merveille que ces plans arrêtés, personnages suspendus, attentifs, espérant ou redoutant, alors que la voix off nous égrene, toute mutine (après nous avoir donné des nouvelles de chacun) "Bien sûr, les choses auraient pu se passer différemment... But they did not"...
Enfin, les acteurs, somptueux, justes jusque dans leur moindre battement de cil... Superbe casting ! Pour pinailler je trouve juste que Victoria Hamilton (Maria Bertram), si elle est parfaite pour le côté frondeur, a du mal à faire passer sa soi-disant beauté beaucoup plus prononcée que sa soeur. Mais sans doute est-ce une question d'appréciation personnelle ?
Fanny Price a trouvé en Frances O'Connor en tous les cas une merveilleuse interprète (avec même le détail de la vilaine peau toute boutonneuse après son séjour forcé chez ses parents...) !

A noter que je n'ai pas pleuré, à aucun visionnage (si rare !), mais pour l'excellente originalité je recommande avec conviction cette adaptation.
Crédit : Review d'Andy Richards
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13.02.2008
Emma l'entremetteuse (1996) Douglas McGrath
Pendant plus de la moitié du film, (qui dure près de 2 h), j'ai fait un rejet en bloc : non, cette version ne me satisfaisait absolument pas; Gwyneth Paltrow me semblait minauder et être particulièrement incolore, le casting m'étonnait profondément (Polly Walker en Jane Fairfax, par exemple, jurait à mes yeux, ou même Toni Collette en Harriet Smith), non, vraiment, ce n'était en rien le monde de Jane Austen. Tout sonnait faux, me mettait même mal à l'aise et je ressentais de la vulgarité se dégageant de tout ceci.

Alors j'ai fait un truc tout bête : je suis passé en VO (que j'avais snobée parce qu'il n'y a pas de sous-titres français proposés, alors solution de facilité : la VF).
Ca a déjà changé considérablement les choses.

Et puis est arrivée la scène de pique-nique, où Emma, prise dans l'ambiance, se permet une perfidie vraiment méchante envers Mrs Bates (excellente Phyllida Law). Là, soudain, j'étais dans le film. Quand Mr Knigthley (merveilleux Jeremy Northam) la rabroue, lui faisant honte en lui démontrant l'indignité de sa conduite, comme elle je pleurais...
La suite a été vécue en apnée, j'ai tout ressenti jusqu'aux tréfonds de mon admiration pour Jane Austen.
Je ne suis cependant pas convaincue non plus par l'épilogue (et tous ces bisous ! Non ! Pas de bisous chez Jane Austen ! ).
Mais tout ceci ne m'a pas donné envie de relire Emma, je considère donc que l'effet est raté, et je me mets en quête d'une autre adaptation de ce roman qui saura mieux me convenir.

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07.02.2008
Northanger Abbey, ITV 2007, Jon Jones

Emjy avait qualifié cette adaptation de "presque miraculeuse", elle avait eu un grand coup de coeur : de quoi me donner envie de me la procurer très vite.
Diffusée en 2007 sur la chaine anglaise ITV, on ne la trouve qu'en VO sous-titrée VO, mais la diction très articulée et surtout la bonne connaissance du roman font que comprendre ne pose aucune difficulté !
Avant de passer en revue quelques petits points, je veux souligner l'excellence du jeu de JJ Feild, qui interprète un Mister Tilney correspondant en tous points au héros de papier. Felicity Jones est également très convaincante en Catherine Morland, à la limite presque meilleure que l'héroïne du roman, d'une naïveté que l'on trouve charmante de bout en bout, alors que dans la lecture on a quand même envie de la souffleter quelquefois.

C'est un roman très mordant, à l'ironie très cinglante, et il regorge de petits passages férocement drôle, d'attaques persifleuses envers les personnages. Ainsi ce Thorpe, est dépeint dès les premiers passages le concernant d'une admirable manière :
"Je ne l'ai pas lu.
- Vous n'avez rien perdu, croyez-moi. C'est la plus affreuse idiotie que vous puissiez imaginer. On n'y parle que d'un vieillard qui joue à la bascule et apprend le latin. Sur mon honneur, c'est tout.
Cette critique, dont la pauvre Catherine était malheureusement incapable d'apprécier la valeur; les amena jusqu'à la porte de Mrs Thorpe. Là, les sentiments du lecteur si clairvoyant et si exempt de préjugés cédèrent le pas aux sentiments du fils obéissant et affectionné quand ils retrouvèrent Mrs Thorpe qui les avait aperçus dans la ruelle, depuis l'étage.
- Ah, mère, comment-allez-vous ? dit-il, lui donnant une cordiale poignée de main. Où avez-vous été pêché ce chapeau ridicule, vous avez l'air d'une vieille sorcière avec ça."

Evidemment, on ne peut attendre d'une heure et demi de film de contenir l'ensemble du roman. Mais il est étonnant que de tous petits détails soient modifiés, telle la première fois que Catherine aperçoit Miss Tilney. Dans le roman, elle saisit aussitôt qu'il s'agit de sa soeur, dans le film elle pâlit à l'idée que Tilney soit marié... Nul doute qu'on ait voulu ainsi démontrer l'attirance qu'il exerçait dès cette époque sur elle, mais je persiste à trouver curieux ce choix précis, sur un aussi infime détail.
Dans le roman, Tilney, dès la toute première rencontre, annonce la couleur :
" - Autant que j'aie eu l'occasion d'en juger, il me semble que les femmes excellent dans le genre épistolaire, hormis sur trois points précis.
- Et quels sont-ils ?
- Un insuffisance générale de matière, une inattention systématique en ce qui concerne la ponctuation et une très fréquente ignorance de la grammaire."
Dans le film, il se montre au contraire charmant, de bout en bout, un sourire gentiment moqueur en permanence au coin des lèvres.
D'une manière générale, le roman est vraiment respecté, les aménagements visant tous à faciliter la compréhension, ou à appuyer le caractère des rôles plus ou moins secondaires, sans leur laisser trop de dialogues qui prendraient trop de temps. Ainsi l'insistance de Mrs Allen avec la connaissance de Mister Tilney de la mousseline, ou les fantasmes de Catherine mis en images.

Par contre, il y a quand même une différence de taille : l'épilogue. Celui du roman est d'un pragmatisme décevant, avec notamment ce passage, qui me fait littéralement hurler à chaque lecture :
"Bien que Henry fût sincèrement épris de Catherine, bien qu'il fût conscient et enchanté de toutes ses perfections morales et qu'il se plût réellement en sa compagnie, je dois avouer que son amour ne provenait de rien d'autre que d'un sentiment de reconnaissance. En d'autres termes, la seule raison à l'origine de son intérêt pour elle avait été la conviction qu'elle avait un faible pour lui. Voilà qui est nouveau dans un roman, je le reconnais, et qui porte une terrible atteinte à la dignité de l'héroïne; mais si une telle situation est tout aussi nouvelle dans la vie quotidienne, on le mettra totalement au crédit de mon imagination."
Fort heureusement, le film ne brise pas, lui, nos petits coeurs de midinettes qui ont appris avec Catherine à follement apprécier la désinvolture taquine du bel Henry : sa demande a quand même plus de panache, et nulle trace de ces restrictions chichiteuses du "qui le premier".
Quoi qu'il me faille bien convenir qu'il lui ait fallu un sacré bout de temps, au Riton, pour se pointer à Fullerton, mais, oups, un tel langage ou même une telle pensée n'a aucune place ici !

Tout ceci pour dire que oui, cette adaptation (à laquelle a travaillé Andrew Davies, une sacrée référence !), vaut la peine d'être achetée. Elle n'entre pas dans la phrase de Pierre Goubert (Pléiade) "Cinéma et télévision ont ces dernières années rendu plus familier le nom de la romancière, mais en prenant parfois de telles libertés avec les textes qu'ils en devenaient des prétextes." On peut même y trouver une voix off en début et fin, celle du texte exact de Jane Austen (avec quelques coupes), et nombre de dialogues exacts, à la virgule près.
Il est aussi exact, cependant, qu'il n'y a pas cet aspect pimpant et coloré, presque fastueux de certains autres films.
Mais croyez-moi sur parole, on pleure quand même, tout autant qu'on se délecte !

De la vidéo en pagaille :
Un clip "apologize"
Un clip "As I lay me down"
Un clip "What Katie did" (montage images superbe !)
La première partie sur YouTube
Sources et crédits: JJ Feild.com, Fluge, Emjy, Litteranet - Jane Austen for the 21st Century - Andrew Davies
15:00 Publié dans Autour de Jane Austen | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : jane austen



