03.06.2010

50 histoires fraîches - Régine Detambel

detambel.jpg50 histoires, numérotées, alignées les unes après les autres. Du bref, du limpide, du tordu, du plus long, du compliqué, du retors, du cadeau, du nectar, en cinquante textes on a un choix extrêmement étendu. J'ai aimé et j'ai détesté tout à la fois, et ce exactement pour les mêmes raisons. Cathulu, qui m'a prêté ce livre qu'elle a chéri d'amour, y avait joint un petit mot sur un bristol vert; je l'ai déchiré en petits morceaux au fur et à mesure que quelque chose m'envoyait un coup de poing en pleine face, me souriait, m'interrogeait, me renvoyait à dix mille choses privées, me laissait pantelante d'admiration ou songeuse, me perdait dans ses méandres prétentieux et torturés - et j'ai placé mes confettis verts aux pages où éventuellement je pourrais copier un passage, à titre d'exemple. Au final j'ai obtenu un hérisson, et à la relecture, impossible de trancher, d'en choisir certains plutôt que d'autres.

Alors tant pis ! Pas de citation. Et pas plus d'introspection. La plume de Régine Detambel est vivante, et suscite des réactions chez le lecteur. A chacun de composer avec ou sans elle.

Ed. Gallimard, 2010, 226 p.

20.03.2010

Nuits de noce - Astrid Eliard

"gentille et douce, elle donnait envie qu'on la caresse entre les yeux, comme les ânes"eliard.gif

C'est simple, on a six nouvelles, la première et la dernière sont très bonnes, deux sont honnêtes, deux sont ratées. 148 pages, ça se lit en très peu de temps, et en terminant je me suis demandé pourquoi on éditait ce genre de chose, en l'état ?

Quoi qu'il en soit, on décline ici les nuits de noce, pas les réussies youp la boum amour toujours, celles où l'on perd la boule parce qu'une grosse araignée s'installe sur une bouche endormie (très angoissante, la première nouvelle, frissons garantis !), celles où madame est frigide, celles où l'on marche pendant des heures à la recherche du bon endroit pour une première nuit ensemble (j'ai aimé les petits signes annonciateurs d'un destin funeste), celles où un vieux beau délire avec le viagra (bof), celles où la mariée vit dans un fantasme cinématographique (lourd), et enfin ma préférée, celle du village où règne la consanguinité.

Dans "Mon Lapin", on rit du début à la fin, c'est enlevé, absurde, rythmé, très réussi à mon goût. Ça forme un joli pendant à l'angoisse de "Un petit paradis", et c'est bien de terminer avec le sourire, non ?

 

Ed. Mercure de France, 2010, 148 p.

 

Christophe Mory dit "Chapeau, l'artiste !".

28.08.2009

Cartes postales de l'enfer - Neil Bissoondath

Avez-vous lu le très joli "Tous ces mondes en elle" de Neil Bissoondath ? Ce roman-ci n'a vraiment rien à voir, en dehors d'être du même auteur (et n'était à l'origine qu'une nouvelle, d'ailleurs).bissoondath.jpeg

Nous sommes au Canada. Trois parties distinctes. Dans la première, le narrateur ne se nomme jamais et même dans sa façon de se raconter, reste neutre et impénétrable ce qui nous le fait ressentir comme extrêmement froid, voire même cliniquement insensible. En réalité c'est juste quelqu'un qui a pour le secret et le cloisonnement un goût très prononcé, voire même pathologique.

Dans la deuxième partie, c'est avec le personnage de Sumintra que nous faisons connaissance. Jeune fille d'origine indienne, elle est écartelée entre ses parents très attachés aux traditions et son amie Kelly qui représente le monde moderne. Sue ne sait pas très bien ce qu'elle veut, quelle direction donner à sa vie.

Et très logiquement dans la troisième partie notre malade du secret rencontre Sue et ils se plaisent. Vont-ils faire plein de petits secrets et vivre heureux très longtemps ?...

Ce n'est clairement pas l'ambiance de ce roman, non ! Ambiance que je serais bien en peine de définir, car elle est assez insaisissable. L'intrigue est bien menée et sait capter le lecteur, la prose ne m'a pas convaincue. En même temps ça reste une histoire très banale, et ce qui nous fait rester ce sont quand même les ruptures de style suffisamment déconcertantes pour donner envie de voir plus loin (oui je suis devenue une vraie normande !).

A tenter par vous-mêmes !

 

Ed. Phébus, août 2009, 217 p.

Traduit de l'anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné

Titre original : The Soul of All Great Designs$

 

Lu également par Cathe.

 

21.06.2009

Camelot - Fabrice Colin

Un pensionnat pour jeunes garçons, un été studieux pour ceux qui ont raté le diplôme, un nouveau venu étrange et mystérieux (et pour cause !) : Arthur. Ils camelot.jpgont tous dix-sept ans et sont à un âge où on s'emballe facilement. Se rendre dans la nuit noire et en douce à des réunions secrètes les enflamme : les voici devenus des chevaliers de la Table Ronde. Nathan, pourtant, se sent mal à l'aise dans son rôle de Perceval. Mais n'est-il pas dit que justement c'est celui qui ne le cherchait pas vraiment, parce qu'il était trop pur pour seulement l'imaginer, qui trouverait le Graal ?...

Fabrice Colin revisite la légende arthurienne en lui donnant une teinte sombre et tourmentée, et en s'en éloignant pas mal. J'ai beaucoup aimé la distance de Nathan par rapport à certains de ses compagnons qui plongent tout debout dans la fascination, ce mélange d'incrédulité et d'attirance vers le merveilleux est très bien rendu. Pour autant, je n'ai pas vraiment adhéré à l'intrigue ni surtout à son dénouement, trop dramatique pour moi.

Partagée, donc, mais toujours intéressée par la plume de Fabrice Colin.

 

Ed. du Seuil, collection Karactères, 2007, 202 p.

Roman jeunesse à partir de 13 ans.

A été lu par : Lily et Clarabel, qui sont enthousiastes. Fashion également :-D

 

 

 

23.04.2009

L'ombre en fuite - Richard Powers

"Tout ce qu'on peut décrire, on peut le reproduire"

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Deux narrations entremêlées dans ce roman : l'une concerne Taimur Martin, pris en otage à Beyrouth et dont la captivité durera de longues années; narration à la deuxième personne du pluriel pour nous plonger dans cette succession de jours où l'esprit humain rencontre la folie à force de creuser en lui. L'autre nous entraîne à la suite de Adie Klarpol dans un projet de réalité virtuelle vertigineux.

Cette seconde narration est extrêmement ardue, pleine de termes techniques, d'abstractions, d'opacités et de dialogues congrus au débit précipité.

Je dois reconnaître que je ne dois qu'à l'immense estime que je porte aux deux autres romans de Richard Powers que j'ai lus de m'être accrochée comme une folle pour venir à bout de ce roman. J'ai avalé des pages et des pages sans savoir très bien où on m'emmenait, sans dégager un sens de ce que je lisais. Ma confiance était totale, je savais qu'à un moment la lueur que j'entr'apercevais dégagerait son ampleur, que je pendrais mes marques.

Par exemple la relation exacte entre Spiegel, celui qui invite Adie à les rejoindre dans leur projet monumental, Adie et Ted ne prend véritablement sens qu'aux environs de la 200° page, avec la rencontre :

"Et c'est ainsi qu'un mois d'octobre, Spiegel, alors dans sa vingtième année, avait éprouvé un choc à l'écoute d'une jeune fille au nez retroussé, à la tête hirsute, assise au fond de la salle, qui venait en classe sur des rollers, vêtue d'un T-shirt tye and dye. Elle disait "Sorti de la Nature, je n'emprunterai plus ma forme corporelle aux choses naturelles".

Ces mots étaient magnifiques, du moins Spiegel le supposait-il. Et la jeune fille l'était presque, ainsi en avait-il décidé. Mais la manière dont elle avait dit ces vers : voilà ce qui avait lancé le mandat d'amener, décidé de la mise sous écrou, prononcé la condamnation à perpétuité. de sa bouche s'était écoulé un filet discret de gadgets prodigieux, créatures minuscules et mobiles si complexes de petitesse que chaque génération se demandait, et se demanderait encore, comment leur inventeur avait réussi à y introduire un ressort."

Ils sont toute une bande de techniciens (informaticiens, mathématiciens, artistes, etc.) de génie à travailler comme des fous sur une "caverne" : Une pièce à l'intérieur de laquelle ils construisent un environnement en plusieurs dimensions, capable de réagir à l'interaction d'un humain, au point de vue visuel, odorant, sonore, tactile.

Pendant longtemps on le voit connoté science-fiction, jeu, divertissement (et la bande de fous furieux du projet ne nous incite pas à plus de considération), mais peu à peu d'autres applications émergent (comme une Chambre Thérapie permettant des désensibilisations extraordinaires !) - et on fait toujours le parallèle avec Taimur dans son terrible isolement - et puis l'épilogue nous glace tout autant qu'Adie. Il est des applications pratiques que l'on n'avait pas anticipées...

Je ne comprends pas bien, je l'avoue, la raison d'un style aussi ardu la majeure partie du temps, les évènements politiques majeurs "à reconnaître" sans être jamais cités nommément (années 80-90, chute du mur de Berlin, par exemple), l'attachement à nos personnages qui prend tant de temps à se mettre en place, la réflexion profonde sur l'Art qui reste peu accessible... Assurément ce n'est pas un roman Grand Public, je reste plutôt désarçonnée la dernière page tournée.

Je pense que c'est un roman pour lequel je ne suis pas à la hauteur :-D

 

 

Ed. Le Cherche Midi, avril 2009, Collection "Lot 49"

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Yves Pellegrin

Titre original : Plowing The Dark (2000)

 

Les avis d'Anna Blume, de Keisha, d'Amanda, Leilonna,

18.01.2009

Le Dresseur - Serge Rezvani

rezvani.jpgC'est une jolie maison isolée, dans la campagne. Deux parisiennes s'y sont retirées, en couple, l'une soignant l'autre atteinte d'une maladie invalidante et progressive. L'isolement devient vite étouffant, elles ont peur, et ce ne sont pas les rares visites du garde-champêtre ou des gendarmes qui peuvent les rassurer, d'autant que le coin a mauvaise réputation, il grouillerait de revenants. L'on décide de prendre un chien, de la race des tueurs, pour les protéger.

Mais cela passe forcément par un dressage, et c'est ainsi qu'Arnulfe entre dans leurs vies. Arnulfe est un bon dresseur, de ceux qui projettent immédiatement une force brutale et animale, un mec bourré de phéromones, qui pue et inquiète tout en rassurant en même temps; Sa seule présence fait peur, tout en ayant envie de s'en remettre à son autorité animale.

Mais Arnulfe est givré, et conquérant. Les pauvres femmes n'ont aucune chance...

Un roman dont on n'envisage pas une seconde d'abandonner la lecture, tant se crée immédiatement un suspens d'une noirceur pénétrante qui incite à connaître le dénouement. Néanmoins (et pardon à l'auteur des merveilleux "Tourbillon" et "J'ai la mémoire qui flanche" !) les dialogues sont souvent assez nunuches et l'ensemble plutôt bancal.

Ed. Le Cherche Midi, Janvier 2009, 298 p. 18 €

 

 

13.01.2009

Mon roi - Nicolas Pelletier

pelletier.jpgUne belle et grande famille bourgeoise, sept enfants, une bonne à demeure, grand appartement parisien, hiver à la neige, maison de vacances en Bretagne, papa grand dirigeant de banque, maman ministre de Raymond Barre, tout roule. Survient l'hémoragie cérébrale du père, et si tout continue, tout bascule en même temps. Récit.

La grande force de ce livre, c'est le ton détaché. Nicolas Pelletier nous raconte son père avec une évidente pudeur, un sautillement presque joyeux parfois dans l'écriture, pas mal de panache et quelques coups de griffes au passage, y compris envers lui-même. Et ça fonctionne très bien, nul besoin de complaintes pour qu'on comprenne l'inextricable enfer de ces vies qui ne sont plus jamais comme avant, lorsque la maladie déboule. Et puis tout cet amour, aussi, est palpable, ces petits riens du quotidien, comme un hommage, un bel hommage, à cet homme, un homme bien, son père.

Pour autant, je n'ai jamais été friande de témoignages, tous genres confondus, qu'on me pardonne de terminer ce récit à peine émue.

 

Ed. Fayard, Janvier 2009, 312 p., 17.90 €

24.11.2008

D'eau et de feu - Richard Doyle

Pour lire ce roman, il faut impérativement apprécier trois choses : le genre "Catastrophe", les explications techniques, l'Angoisse.doyle.jpg

Une tempête qui, contre toute prévision, ne cesse de monter en puissance menace Londres. Les mesures prises après la grande inondation de 1953 ne feront pas le poids. Les autorités compétentes tergiversent, hésitant à prendre des mesures d'urgence et d'évacuation en cette période d'avant Noël. Le crash d'un supertanker entraîne un incendie monstrueux, alimenté par la force des vents et bientôt, trop tôt, ce sont deux marées qui dévastent tout sur leur passage : l'eau et le feu.

Comme dans les vieux films catastrophes américains, nous chopons ça et là quelques individus dont nous suivons les dramatiques destins, tandis que la fin d'un monde se déroule avec une horrible inéluctabilité...

L'écriture est froide et technique, à la manière des docu-fictions on prend note des réflexions et témoignages de quelques rares qui s'en sortiront, des scènes se marquent au fer rouge dans la mémoire (celle des ascenseurs m'a fait un effet dévasteur). C'est factuel, factuel, factuel, et ça ne se termine absolument pas bien, le contraire eût été ridicule.

Prévoir encore une fois quelques nuits agitées, et le risque de regarder d'un sale oeil tous les petits coups de vents quand vous habitez au bord de la mer...

 

Ed. Calmann-Levy, 2004 & Le livre de Poche 2008, 663 p., 7,50 €

Traduit de l'anglais par Willima Olivier Desmond

Titre original : Flood

26.10.2008

Piazza Bucarest - Jens Christian Grondahl

"Une lettre qui n'a pas été distribuée est une responsabilité que l'on s'attire par le simple fait de l'avoir entre les mains. C'est un des derniers actes sacrés dans un monde désacralisé que quelqu'un veuille être en contact avec un autre en envoyant une chose aussi fragile qu'une feuille de papier dans une enveloppe de papier."

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C'est l'histoire d'un écrivain qui, chargé de remettre une lettre à la seconde ex-femme (Elena) de l'ex-mari (Scott) de sa mère, en profite pour nous raconter leur histoire, sur un ton d'une extrême mélancolie.

Ce résumé succinct et peu incitateur est une tentative d'illustrer une idée qui m'a énormément plu dans ce roman, et qui tourne autour du sens de l'Histoire. Elena et le narrateur sont en profond désaccord à ce sujet, elle pense "grand" et lui croit à l'art comme sublimation de l'infiniment petit. (Je schématise, cette idée est reprise et creusée tout au long du livre).

Elena est roumaine (d'avant la chute de Ceaucescu), Scott est américain, ils vivent au Danemark, avant qu'Elena ne s'installe en Italie. Ces errances géographiques tiennent elles aussi un rôle très important, politiquement incontournable.

En fait c'est plus une succession de réflexions sur l'Homme, le fait d'être une victime, l'amour, l'art, l'écriture, qu'un roman à proprement parler. En tous les cas l'intéressant est là, plus que dans l'histoire d'Elena ou Scott auxquels on ne s'attache pas. Ma lecture en a été vraiment paradoxale, insensible à l'action mais profondément réceptive à la petite musique des mots.

"Après ma jeunesse solitaire, j'étais enfin en contact avec le monde, un monde accueillant, où l'on m'attendait, et où j'avais une place. On devient écrivain parce que, à un moment, ce contact entre le monde et le moi fait défaut. On tente de le rétablir par la promesse que la syntaxe fait de l'existence d'un lien entre le sujet et le complément d'objet, et ainsi de suite, mais, entre-temps, ma vie se déclinait au génitif et sous la forme de complément indirect."

 

Ed. Gallimard, 2007 & Folio Octobre 2008, 219 p.,5,80 €

Traduit du danois par Alain Gnaedig

 

L'avis de Papillon.

 

29.09.2008

Laurent Maréchaux - Bijoux de famille

Méfie-toi du tracassin, il va t'empoisonner l'existence



Laurent Maréchaux - Bijoux de famille


C'est l'histoire de deux amis, Sacha et Victor, qui débarquent en 1907 de Moscou pour faire leurs études de médecine en France. La première guerre mondiale les verra s'engager pour défendre leur patrie d'adoption, puis nous nous intéresserons particulièrement à Sacha, dont la vie longue et tumultueuse nous réservera en son épilogue encore des surprises fracassantes et à ses enfants et petits-enfants, tout au long d'une XX° siècle à la géographie étendue...

Saga familiale, roman d'aventure, livre sur les secrets de famille, récit d'un gène fougueux (vous savez, vous, ce qu'est le tracassin ?...) ce roman a en tous les cas une caractéristique avérée : il va à cent à l'heure. Il trace, avance, coupe à grands coups de machette tout ce qui bouge sur les côtés, chlaag, zing, attention, vous avez les cheveux qui volent dans tous les sens.
En ce qui me concerne, le rythme trop rapide a empêché que je m'attache à quiconque, j'ai vu les failles, ils en ont tous, mais pas le charme*. Du coup, j'ai gardé un oeil permanent sur la forme, qui m'épate : Laurent Maréchaux, lui, ne manque ni de souffle ni d'imagination, et sait surprendre son lecteur au moment où on a l'impression que la messe est dite.
Remuant.

Ed. Le Dilettante, Août 2008, 253 p., 17 €


Un extrait sur le site du Dilettante

* Pour Pierre et Tatiana, la chambre Marcel Proust du Grand Hôtel de Cabourg n'est pas la plus adéquate pour des fins de semaine romantiques ! C'est pour ça que ça n'a pas tenu ! ;)

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