28.08.2009

Cartes postales de l'enfer - Neil Bissoondath

Avez-vous lu le très joli "Tous ces mondes en elle" de Neil Bissoondath ? Ce roman-ci n'a vraiment rien à voir, en dehors d'être du même auteur (et n'était à l'origine qu'une nouvelle, d'ailleurs).bissoondath.jpeg

Nous sommes au Canada. Trois parties distinctes. Dans la première, le narrateur ne se nomme jamais et même dans sa façon de se raconter, reste neutre et impénétrable ce qui nous le fait ressentir comme extrêmement froid, voire même cliniquement insensible. En réalité c'est juste quelqu'un qui a pour le secret et le cloisonnement un goût très prononcé, voire même pathologique.

Dans la deuxième partie, c'est avec le personnage de Sumintra que nous faisons connaissance. Jeune fille d'origine indienne, elle est écartelée entre ses parents très attachés aux traditions et son amie Kelly qui représente le monde moderne. Sue ne sait pas très bien ce qu'elle veut, quelle direction donner à sa vie.

Et très logiquement dans la troisième partie notre malade du secret rencontre Sue et ils se plaisent. Vont-ils faire plein de petits secrets et vivre heureux très longtemps ?...

Ce n'est clairement pas l'ambiance de ce roman, non ! Ambiance que je serais bien en peine de définir, car elle est assez insaisissable. L'intrigue est bien menée et sait capter le lecteur, la prose ne m'a pas convaincue. En même temps ça reste une histoire très banale, et ce qui nous fait rester ce sont quand même les ruptures de style suffisamment déconcertantes pour donner envie de voir plus loin (oui je suis devenue une vraie normande !).

A tenter par vous-mêmes !

 

Ed. Phébus, août 2009, 217 p.

Traduit de l'anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné

Titre original : The Soul of All Great Designs$

 

Lu également par Cathe.

 

21.06.2009

Camelot - Fabrice Colin

Un pensionnat pour jeunes garçons, un été studieux pour ceux qui ont raté le diplôme, un nouveau venu étrange et mystérieux (et pour cause !) : Arthur. Ils camelot.jpgont tous dix-sept ans et sont à un âge où on s'emballe facilement. Se rendre dans la nuit noire et en douce à des réunions secrètes les enflamme : les voici devenus des chevaliers de la Table Ronde. Nathan, pourtant, se sent mal à l'aise dans son rôle de Perceval. Mais n'est-il pas dit que justement c'est celui qui ne le cherchait pas vraiment, parce qu'il était trop pur pour seulement l'imaginer, qui trouverait le Graal ?...

Fabrice Colin revisite la légende arthurienne en lui donnant une teinte sombre et tourmentée, et en s'en éloignant pas mal. J'ai beaucoup aimé la distance de Nathan par rapport à certains de ses compagnons qui plongent tout debout dans la fascination, ce mélange d'incrédulité et d'attirance vers le merveilleux est très bien rendu. Pour autant, je n'ai pas vraiment adhéré à l'intrigue ni surtout à son dénouement, trop dramatique pour moi.

Partagée, donc, mais toujours intéressée par la plume de Fabrice Colin.

 

Ed. du Seuil, collection Karactères, 2007, 202 p.

Roman jeunesse à partir de 13 ans.

A été lu par : Lily et Clarabel, qui sont enthousiastes. Fashion également :-D

 

 

 

23.04.2009

L'ombre en fuite - Richard Powers

"Tout ce qu'on peut décrire, on peut le reproduire"

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Deux narrations entremêlées dans ce roman : l'une concerne Taimur Martin, pris en otage à Beyrouth et dont la captivité durera de longues années; narration à la deuxième personne du pluriel pour nous plonger dans cette succession de jours où l'esprit humain rencontre la folie à force de creuser en lui. L'autre nous entraîne à la suite de Adie Klarpol dans un projet de réalité virtuelle vertigineux.

Cette seconde narration est extrêmement ardue, pleine de termes techniques, d'abstractions, d'opacités et de dialogues congrus au débit précipité.

Je dois reconnaître que je ne dois qu'à l'immense estime que je porte aux deux autres romans de Richard Powers que j'ai lus de m'être accrochée comme une folle pour venir à bout de ce roman. J'ai avalé des pages et des pages sans savoir très bien où on m'emmenait, sans dégager un sens de ce que je lisais. Ma confiance était totale, je savais qu'à un moment la lueur que j'entr'apercevais dégagerait son ampleur, que je pendrais mes marques.

Par exemple la relation exacte entre Spiegel, celui qui invite Adie à les rejoindre dans leur projet monumental, Adie et Ted ne prend véritablement sens qu'aux environs de la 200° page, avec la rencontre :

"Et c'est ainsi qu'un mois d'octobre, Spiegel, alors dans sa vingtième année, avait éprouvé un choc à l'écoute d'une jeune fille au nez retroussé, à la tête hirsute, assise au fond de la salle, qui venait en classe sur des rollers, vêtue d'un T-shirt tye and dye. Elle disait "Sorti de la Nature, je n'emprunterai plus ma forme corporelle aux choses naturelles".

Ces mots étaient magnifiques, du moins Spiegel le supposait-il. Et la jeune fille l'était presque, ainsi en avait-il décidé. Mais la manière dont elle avait dit ces vers : voilà ce qui avait lancé le mandat d'amener, décidé de la mise sous écrou, prononcé la condamnation à perpétuité. de sa bouche s'était écoulé un filet discret de gadgets prodigieux, créatures minuscules et mobiles si complexes de petitesse que chaque génération se demandait, et se demanderait encore, comment leur inventeur avait réussi à y introduire un ressort."

Ils sont toute une bande de techniciens (informaticiens, mathématiciens, artistes, etc.) de génie à travailler comme des fous sur une "caverne" : Une pièce à l'intérieur de laquelle ils construisent un environnement en plusieurs dimensions, capable de réagir à l'interaction d'un humain, au point de vue visuel, odorant, sonore, tactile.

Pendant longtemps on le voit connoté science-fiction, jeu, divertissement (et la bande de fous furieux du projet ne nous incite pas à plus de considération), mais peu à peu d'autres applications émergent (comme une Chambre Thérapie permettant des désensibilisations extraordinaires !) - et on fait toujours le parallèle avec Taimur dans son terrible isolement - et puis l'épilogue nous glace tout autant qu'Adie. Il est des applications pratiques que l'on n'avait pas anticipées...

Je ne comprends pas bien, je l'avoue, la raison d'un style aussi ardu la majeure partie du temps, les évènements politiques majeurs "à reconnaître" sans être jamais cités nommément (années 80-90, chute du mur de Berlin, par exemple), l'attachement à nos personnages qui prend tant de temps à se mettre en place, la réflexion profonde sur l'Art qui reste peu accessible... Assurément ce n'est pas un roman Grand Public, je reste plutôt désarçonnée la dernière page tournée.

Je pense que c'est un roman pour lequel je ne suis pas à la hauteur :-D

 

 

Ed. Le Cherche Midi, avril 2009, Collection "Lot 49"

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Yves Pellegrin

Titre original : Plowing The Dark (2000)

 

Les avis d'Anna Blume, de Keisha, d'Amanda, Leilonna,

18.01.2009

Le Dresseur - Serge Rezvani

rezvani.jpgC'est une jolie maison isolée, dans la campagne. Deux parisiennes s'y sont retirées, en couple, l'une soignant l'autre atteinte d'une maladie invalidante et progressive. L'isolement devient vite étouffant, elles ont peur, et ce ne sont pas les rares visites du garde-champêtre ou des gendarmes qui peuvent les rassurer, d'autant que le coin a mauvaise réputation, il grouillerait de revenants. L'on décide de prendre un chien, de la race des tueurs, pour les protéger.

Mais cela passe forcément par un dressage, et c'est ainsi qu'Arnulfe entre dans leurs vies. Arnulfe est un bon dresseur, de ceux qui projettent immédiatement une force brutale et animale, un mec bourré de phéromones, qui pue et inquiète tout en rassurant en même temps; Sa seule présence fait peur, tout en ayant envie de s'en remettre à son autorité animale.

Mais Arnulfe est givré, et conquérant. Les pauvres femmes n'ont aucune chance...

Un roman dont on n'envisage pas une seconde d'abandonner la lecture, tant se crée immédiatement un suspens d'une noirceur pénétrante qui incite à connaître le dénouement. Néanmoins (et pardon à l'auteur des merveilleux "Tourbillon" et "J'ai la mémoire qui flanche" !) les dialogues sont souvent assez nunuches et l'ensemble plutôt bancal.

Ed. Le Cherche Midi, Janvier 2009, 298 p. 18 €

 

 

13.01.2009

Mon roi - Nicolas Pelletier

pelletier.jpgUne belle et grande famille bourgeoise, sept enfants, une bonne à demeure, grand appartement parisien, hiver à la neige, maison de vacances en Bretagne, papa grand dirigeant de banque, maman ministre de Raymond Barre, tout roule. Survient l'hémoragie cérébrale du père, et si tout continue, tout bascule en même temps. Récit.

La grande force de ce livre, c'est le ton détaché. Nicolas Pelletier nous raconte son père avec une évidente pudeur, un sautillement presque joyeux parfois dans l'écriture, pas mal de panache et quelques coups de griffes au passage, y compris envers lui-même. Et ça fonctionne très bien, nul besoin de complaintes pour qu'on comprenne l'inextricable enfer de ces vies qui ne sont plus jamais comme avant, lorsque la maladie déboule. Et puis tout cet amour, aussi, est palpable, ces petits riens du quotidien, comme un hommage, un bel hommage, à cet homme, un homme bien, son père.

Pour autant, je n'ai jamais été friande de témoignages, tous genres confondus, qu'on me pardonne de terminer ce récit à peine émue.

 

Ed. Fayard, Janvier 2009, 312 p., 17.90 €

24.11.2008

D'eau et de feu - Richard Doyle

Pour lire ce roman, il faut impérativement apprécier trois choses : le genre "Catastrophe", les explications techniques, l'Angoisse.doyle.jpg

Une tempête qui, contre toute prévision, ne cesse de monter en puissance menace Londres. Les mesures prises après la grande inondation de 1953 ne feront pas le poids. Les autorités compétentes tergiversent, hésitant à prendre des mesures d'urgence et d'évacuation en cette période d'avant Noël. Le crash d'un supertanker entraîne un incendie monstrueux, alimenté par la force des vents et bientôt, trop tôt, ce sont deux marées qui dévastent tout sur leur passage : l'eau et le feu.

Comme dans les vieux films catastrophes américains, nous chopons ça et là quelques individus dont nous suivons les dramatiques destins, tandis que la fin d'un monde se déroule avec une horrible inéluctabilité...

L'écriture est froide et technique, à la manière des docu-fictions on prend note des réflexions et témoignages de quelques rares qui s'en sortiront, des scènes se marquent au fer rouge dans la mémoire (celle des ascenseurs m'a fait un effet dévasteur). C'est factuel, factuel, factuel, et ça ne se termine absolument pas bien, le contraire eût été ridicule.

Prévoir encore une fois quelques nuits agitées, et le risque de regarder d'un sale oeil tous les petits coups de vents quand vous habitez au bord de la mer...

 

Ed. Calmann-Levy, 2004 & Le livre de Poche 2008, 663 p., 7,50 €

Traduit de l'anglais par Willima Olivier Desmond

Titre original : Flood

26.10.2008

Piazza Bucarest - Jens Christian Grondahl

"Une lettre qui n'a pas été distribuée est une responsabilité que l'on s'attire par le simple fait de l'avoir entre les mains. C'est un des derniers actes sacrés dans un monde désacralisé que quelqu'un veuille être en contact avec un autre en envoyant une chose aussi fragile qu'une feuille de papier dans une enveloppe de papier."

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C'est l'histoire d'un écrivain qui, chargé de remettre une lettre à la seconde ex-femme (Elena) de l'ex-mari (Scott) de sa mère, en profite pour nous raconter leur histoire, sur un ton d'une extrême mélancolie.

Ce résumé succinct et peu incitateur est une tentative d'illustrer une idée qui m'a énormément plu dans ce roman, et qui tourne autour du sens de l'Histoire. Elena et le narrateur sont en profond désaccord à ce sujet, elle pense "grand" et lui croit à l'art comme sublimation de l'infiniment petit. (Je schématise, cette idée est reprise et creusée tout au long du livre).

Elena est roumaine (d'avant la chute de Ceaucescu), Scott est américain, ils vivent au Danemark, avant qu'Elena ne s'installe en Italie. Ces errances géographiques tiennent elles aussi un rôle très important, politiquement incontournable.

En fait c'est plus une succession de réflexions sur l'Homme, le fait d'être une victime, l'amour, l'art, l'écriture, qu'un roman à proprement parler. En tous les cas l'intéressant est là, plus que dans l'histoire d'Elena ou Scott auxquels on ne s'attache pas. Ma lecture en a été vraiment paradoxale, insensible à l'action mais profondément réceptive à la petite musique des mots.

"Après ma jeunesse solitaire, j'étais enfin en contact avec le monde, un monde accueillant, où l'on m'attendait, et où j'avais une place. On devient écrivain parce que, à un moment, ce contact entre le monde et le moi fait défaut. On tente de le rétablir par la promesse que la syntaxe fait de l'existence d'un lien entre le sujet et le complément d'objet, et ainsi de suite, mais, entre-temps, ma vie se déclinait au génitif et sous la forme de complément indirect."

 

Ed. Gallimard, 2007 & Folio Octobre 2008, 219 p.,5,80 €

Traduit du danois par Alain Gnaedig

 

L'avis de Papillon.

 

29.09.2008

Laurent Maréchaux - Bijoux de famille

Méfie-toi du tracassin, il va t'empoisonner l'existence



Laurent Maréchaux - Bijoux de famille


C'est l'histoire de deux amis, Sacha et Victor, qui débarquent en 1907 de Moscou pour faire leurs études de médecine en France. La première guerre mondiale les verra s'engager pour défendre leur patrie d'adoption, puis nous nous intéresserons particulièrement à Sacha, dont la vie longue et tumultueuse nous réservera en son épilogue encore des surprises fracassantes et à ses enfants et petits-enfants, tout au long d'une XX° siècle à la géographie étendue...

Saga familiale, roman d'aventure, livre sur les secrets de famille, récit d'un gène fougueux (vous savez, vous, ce qu'est le tracassin ?...) ce roman a en tous les cas une caractéristique avérée : il va à cent à l'heure. Il trace, avance, coupe à grands coups de machette tout ce qui bouge sur les côtés, chlaag, zing, attention, vous avez les cheveux qui volent dans tous les sens.
En ce qui me concerne, le rythme trop rapide a empêché que je m'attache à quiconque, j'ai vu les failles, ils en ont tous, mais pas le charme*. Du coup, j'ai gardé un oeil permanent sur la forme, qui m'épate : Laurent Maréchaux, lui, ne manque ni de souffle ni d'imagination, et sait surprendre son lecteur au moment où on a l'impression que la messe est dite.
Remuant.

Ed. Le Dilettante, Août 2008, 253 p., 17 €


Un extrait sur le site du Dilettante

* Pour Pierre et Tatiana, la chambre Marcel Proust du Grand Hôtel de Cabourg n'est pas la plus adéquate pour des fins de semaine romantiques ! C'est pour ça que ça n'a pas tenu ! ;)

15.09.2008

L'affaire Karen - José Angel Manas

Enquête avec un éditeur et des écrivains

José Angel ManasL’Affaire Karen

 

Karen est une romancière hyper connue. Elle organise une grande fête chez elle la veille de son départ pour Miami, et est retrouvée au petit matin morte devant chez elle, défenestrée. Nous assistons à l’enquête, entremêlée de témoignages, de récits et de confidences des uns et des autres, pas forcément dans un ordre chronologique…

Du précédent roman de José Angel Manas, « Je suis un écrivain frustré », je disais qu’il était féroce. Cet adjectif est encore adéquat ici, mais j’ajouterais compliqué. Je me suis un peu perdue dans le kaléidoscope de l’intrigue (même si le dénouement est limpide), et surtout, j’ai peu apprécié l’accumulation de travers décrits tout du long : drogue, déviances sexuelles, soumission, jalousies, tout ça fait beaucoup. Reste la description d’un certain milieu littéraire, qui en réjouira certainement quelques-uns.

J’ai beaucoup ri avec la thèse de Tino, que je ressens comme l’illustration parfaite de tout ce que je n’aime pas. D’ailleurs, à un moment, l’un des deux inspecteurs, regardant sa bibliothèque ne comprenant que des ouvrages critiques, se pose mentalement la question « Bon sang, il faut avoir lu tout ça pour comprendre la littérature ? » Heureusement que je n’ai aucune velléité de « comprendre la littérature »… J’en recopie un petit bout ici, pour le plaisir, en rassurant malgré tout : le roman n’est pas dans ce style-là. On a même des extraits du roman de Karen offerts parfois…

 

Extrait p. 41

10. La thèse de Tino

« […] Mes prémisses, comme le jury peut le constater, sont définitivement narratologiques. Je m’inscris dans la tradition aristotélicienne si brillamment reprise dernièrement par Kate Hämburger. Je soutiens que l’on peut établir une différence claire entre ce que l’éminent critique Gérard Genette appelle « diction » et la « mimesis » aristotélicienne, que j’appellerai dorénavant fiction. Je crois, à la suite du philosophe grec, que cette dernière est par excellence le domaine de la poésie, que le poète est davantage un artisan d’histoires que de vers ; il s’agit là d’une prise de position catégorique justifiant d’une part l’exclusion de la poésie lyrique, satirique ou didactique du territoire de la poétique, et d’autre part l’inclusion nécessaire des romanciers dans celle-ci. En cela, la dichotomie classique et tendancieuse de Mallarmé entre « langage poétique » et « langage prosaïque », dont l’hypostase, comme chacun le sait, est la théorie linguistique de Jakobson, est dépassée. Tous ceux qui travaillent dans ce domaine sont tout à fait conscients qu’en théorie littéraire il existe une frontière irréductible entre les inconditionnels d’une poétique « fictionnalisante » et les tenants d’une poétique « poétisante », et tôt ou tard, le critique se doit de prendre parti. J’ai choisi de me positionner d’emblée et sans ambages. Après avoir exposé ces prémisses, je passe maintenant à l’analyse narratologique du Désamour. Nous sommes face à une nouvelle ou un récit bref avec autant de « diegesis » que de « mimesis » ; ce qui, en termes jamesiens, signifie autant de telling que de showing. Il ne s’agit pas d’une texte séquencé qui abuserait de la focalisation externe ; cependant, sa structure formelle est épisodique, discursive et traditionnelle. La narration extradiégétique avec « focalisation zéro » est, comme le précise justement Genette, une « focalisation multiple » où la troisième personne grammaticale, bien que généralement restreinte au point de vue de Gabriel, le personnage principal, fluctue de temps à autre afin de permettre à l’auteur d’entrer dans les autres personnages. Après l’ouverture, qui décrit le moment de première rupture entre Gabriel et Mamen, presque tous les autres chapitres font partie d’une analepse qui vient expliquer et justifier le désenchantement que nous percevons au sein de ce couple. Ainsi, si nous appelons MIMaG le moment initial, PaMaG le passé à partir duquel démarrent les amours entre Mamen et Gabriel, PbMaGIC celui qui évoque les relations des deux personnages avec Iciar et Carraso, l’autre couple, FaMaC le futur, par rapport à notre point zéro, celui qui raconte l’aventure entre Mamen et Carrasco, et enfin FbMaG l’avenir du couple originel qui annonce l’épilogue, tout en appliant des chiffres pour expliquer leur relation chronologique (1 précède 2 dans le temps, et 2 précède 3), nous pourrions représenter la succession temporelle du roman par cette formule éclairante : MIMaG3-PaMaG1-PbMaGIC2-MIMaG3-FaMaC4-FbMaG5. […] »

T’as raison, Tino, vachement éclairante ta formule :)

 

Ed. Métailié, Septembre 2008, 224 p., 10 €

Trad. (Espagnol) par Jean-François Carcelen et Jean Vila

Titre original : Caso Karen

 

12.05.2008

Si vous saviez qu'un livre est maudit, le liriez-vous ?

Scarlett Thomas - La Fin des Mystères


Ariel fait une thèse sur un obscur auteur du 19°, et tombe, stupéfaite, sur son livre le plus introuvable dans une bouquinerie : "La Fin des Mystères". Ce roman a la réputation d'être maudit, et qui s'aventurerait à le lire en entier mourrait. Pour une universitaire curieuse et assez autodidacte, ce n'est évidemment que folklore. Sa lecture va pourtant l'entraîner bien plus loin qu'elle n'aurait pu l'envisager...

En fait, et tant pis pour ce que je déflore de l'intrigue, il y a une "recette" dans ce roman qui permet d'entrer dans une sorte de territoire, appelé ici Troposphère, où la pensée est une matière. Tout ceux qui y ont déjà goûté en sont totalement accro, et c'est ce qui en fait le grand danger, le temps n'étant pas le même dans cette "dimension", le corps resté inerte dans notre "réalité" est alors oublié, et ne peut survivre très longtemps, en temps "humain".

Pour autant, ce roman n'a rien de pur fantastique ou SF, il conjugue le thriller (il y a des "méchants" rendus encore plus dangereux par le fait qu'ils connaissent bien plus le fonctionnement de la Troposphère que l'héroïne) à la philosophie, théologie, science, que sais-je encore.

Pour ma part, j'ai englouti plus des 2/3 dans une sorte d'urgence ravie, collée aux pages, émerveillée. Puis je me suis mise à rechercher quelques explications par moi-même, la notion de "
différance" chez Derrida, par exemple. J'ai alors commencé à me perdre, à en vouloir au roman de ne pas expliquer lui-même les nuances qu'il distille, pour le terminer dans une indigestion rétive : non, je ne suis pas satisfaite par l'épilogue, et pire, je reproche à Scarlett Thomas de m'avoir tellement séduite pour me rejeter ensuite.

C'est sans doute tout simplement que je ne suis pas à la hauteur, pour le coup. Bizarrement, ça ne me chagrine pas :)

Ed. Anne Carrière, 2008, 488 p., 23 €
Trad. (GB) par Marie de Prémonville
Titre original : (Canongate Books Tld, Edimbourg) THE END OF Mr. Y



Les avis de  : Clarabel (merci pour le prêt !), Leil, LaStregaStella.

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