10.02.2012

Sois lisible, disait mon père, ne laisse pas soupçonner que tu cherches à dissimuler par une écriture indéchiffrable une pensée que tu ne maîtriserais pas.

Il est bon Pennac. Il est bon, Pennac. Avec ou sans virgule. De ce "Journal d'un corps" (Editions Gallimard, collection blanche, 2012, 382 pages), je voudrais tout citer, la preuve :

je ne crois pas,que je pourrais passer,toutes mes nuits,contre des fesses grenues.,ma vie avec elle,peut-être,mes nuits contre ses fesses,non.,

(Cornes basses ou pages sur lesquelles revenir)

 

Un roman de Daniel Pennac, pour moi, est une petite merveille en soi. C'est un travail d'artisan, une pensée qui a été articulée, polie, ciselée, une recherche non seulement du mot exact mais aussi de sa sonorité, de sa place dans une respiration, une précision qui, si elle ne se sent pas (en terme de labeur), laisse toute sa place à l'immense fantaisie et à la gaieté profonde de cet auteur que j'adore, je crois que ceci est bien établi. Ce roman-ci, précisément, est doté de toutes ces qualités, et plus encore. Sous la forme stricte d'un journal dédié au corps (comme l'indique le titre), c'est une vraie histoire qui nous est racontée, avec ses personnages auxquels on s'attache (ah, Violette...), avec ses pudeurs et ses délicatesses, ses coups de gueule, de bravoure, de rire et ses drames : une vie d'homme, de 12 à 87 ans.

Il y a évidemment beaucoup de malice dans ces pages, et sans doute une certaine volonté - non pas de choquer, mais plutôt peut-être de rétablir dans nos vies qui deviennent par trop virtuelles une place, une vraie place au corps (et Tim Parks ne dit pas autre chose dans son témoignage, d'ailleurs).

Il y a des choses absolument merveilleuses, comme cette entrée à 17 ans :

"Nous nous sommes copieusement engueulés, hier soir, Etienne et moi, à propos de Voltaire et Rousseau, lui dans le rôle du ricaneur, moi en défenseur de Jean-Jacques. Ce que je retiendrai de cette dispute, ce ne sont pas nos arguments (à vrai dire nous n'avons guère les moyens d'argumenter), c'est ce réflexe d'Etienne, qui a saisi la longue règle du tableau pour en enfoncer un bout dans mon estomac et l'autre dans le sien. Chaque fois que l'un de nous deux, poussé par la force de sa conviction, marchait vers l'autre, la règle s'enfonçait dans nos deux abdomens. Douloureux ! Si nous reculions, la règle tombait. Fin de la discussion. Voilà ce qu'on appelle tenir des propos mesurés. Système à breveter."

Ces pages à 24-25 ans sur le sexe, les filles, et cette réflexion à partir de Simone, qui se termine par une phrase aérienne et sublime :

" Pauline R., à qui Fanche demandait pourquoi elle n'aimait que les très gros hommes, avait répondu, l'oeil et la voix chavirés : Ah ! C'est comme faire l'amour avec un nuage !"

Ces réflexions récurrentes sur le vertige (dont le narrateur souffre) : "En revanche, mes testicules se sont à nouveau étranglées quand je l'ai vue s'approcher du bord de la falaise. J'ai eu le vertige à sa place. Couilles empathiques ?"

Cette définition de l'angoisse, si juste : "Ce n'est la faute de personne - ou c'est celle de toute le monde ce qui revient au même. Je trépigne en moi-même, accusant la terre entière de n'être que moi. L'angoisse est un mal ontologique. Qu'est-ce que tu as ? Rien ! Tout ! Je suis seul comme l'homme !"

Ces mots si chouettes sur la pratique de la marche : "Les poumons ventilés, le cerveau accueillant,  le rythme de la marche entraînant celui des mots, qui se rassemblent en petites phrases contentes."

Cette entrée du Mardi 12 octobre 1976, à 53 ans et 2 jours, après la narration d'une anecdote, comment dire... médisante ? (mais drôle). : "Ce que j'ai noté hier n'a pas sa place dans ce journal. Ca fait du bien !"

Cet amour si puissant et si joli pour ses petits-enfants :

(64 ans) "Trouvé dans l'Histoire naturelle de Pline cette particularité des blaireaux qui, dans la bataille, retiendraient leur respiration pour ne pas sentir les blessures que leur adversaire leur inflige. Cela m'a rappelé cet exercice de mon enfance qui consistait à retenir mon souffle en traversant les orties pour qu'elles ne me piquent pas. C'était Robert qui m'avait montré le truc. Je raconte ça à Grégoire. Tout ce qu'il trouve à répondre : "C'est ton côté blaireau, grand-père.""

(68 ans) Fanny, 11 ans :"Grand-père, j'aime quand je m'ennuie avec toi."

Les blagues de Tijo : "Quatre vieux amis se rencontrent. Le premier dit aux trois autres : Quand je pète, ça fait un bruit terrible et ça répand une odeur épouvantable. Le deuxième : Moi, un bruit terrible mais pas d'odeur du tout. Le troisième : Moi, pas le moindre bruit mais une odeur, une odeur, alors là mes enfants, une de ces odeurs ! Et le quatrième : Moi ni bruit ni odeur. Après un long silence et des regards en coin, un des trois autres lui demande : Alors, pourquoi tu pètes ?"

Et enfin (mais ne croyez pas que j'aie ainsi révélé tout le sel du roman, tout est bon, tout serait à citer), ceci, avec quoi je suis tellement, mais tellement d'accord :

(75 ans) "Quelques jours avant la mort de Tijo, j'ai téléphone à J.C., son "meilleur ami". (Sur le plan de l'amitié Tijo fonctionnait avec des catégories juvéniles.) Le meilleur ami m'a répondu qu'il n'irait pas voir Tijo à l'hôpital; il préférait garder de lui l'image de sa "vitalité indestructible". Délicatesse immonde, qui vous abandonne tout un chacun à son agonie. Je hais les amis en esprit. Je n'aime que les amis de chair et d'os."

06.02.2012

Je crois qu'il faut avoir perdu quelque chose pour en connaître la vraie valeur.

"- Que s'est-il passé ? demanda-t-il. Je veux dire : pourquoi a-t-il fait ça ?

- Il disait toujours : "Ce qui est bon est bon; plus, ce n'est pas forcément mieux", répondit Lindsay en se tripotant un ongle ébréché avec le doigt. Je n'ai jamais vraiment compris ce qu'il entendait par là.

Ce jour-là, l'agent de Whit lui avait téléphoné pour lui communiquer la nouvelle et, plus tard, les agences de presse l'avaient jointe pour lui demander s'il lui était possible d'éclaircir les circonstances de sa disparition. Que pouvait-elle ajouter ? Il y avait un revolver : il s'était donné la mort - c'était tout ce que Lindsay savait; quant aux détails secondaires, c'était par les journaux qu'elle devait les apprendre. Après être parti se terrer dans les Bighorn Mountains, Whit s'était coupé du reste du monde : plus de livres, plus rien, seulement le silence. "Vous devriez peut-être poser la question à sa seconde épouse", suggérait-elle aux importuns, mais ce qu'elle voulait dire en réalité, c'était : "Ce n'est pas arrivé pendant mon quart."

Atlee se gratta d'un air songeur.

- Le monde ne l'a jamais assez aimé, conclut posément Lindsay. Ou du moins pas comme il l'aurait souhaité ou pas à la hauteur de son besoin d'amour."

dans chaque personne,il y avait des trous,des vides,un paysage intérieur tel un monde,dont il était impossible de dresser la carte.,on ne pouvait qu'y pénétrer partiellement,et encore,toute avancée était au mieux,du domaine de la conjecture.,

Vous voyez, pour moi, ceci est le talent absolu; ce paragraphe porte en lui absolument tous les éléments pour comprendre ce dont il parle, et en un nombre de mots totalement réduit dit une somme de choses conséquente : on comprend que Lindsay était la première épouse, que son ex-mari était un artiste (un écrivain en l'occurrence), la façon dont elle expose son insatisfaction laisse entendre que c'est lui qui l'a quittée, qu'il s'est suicidé, qu'elle ignore pourquoi, qu'elle a l'impression qu'elle aurait - peut-être - pu empêcher ça, on ressent les manques, on pressent un monde ne demandant qu'à nous inviter en son sein, c'est intemporel, ça nous parle à tous, nous, mortels et par essence insatisfaits.

L'ensemble de cette nouvelle, initialement publiée dans le recueil "La Forêt sous la neige", et reprise en édition de poche (Libretto), seule, aux éditions Phébus en 2011 (106 pages) est au diapason : c'est du talent pur.

Nous sommes en 1957 et Lindsay a quarante ans. L'amour de sa vie, un écrivain célèbre, l'a quittée il y a quelques années, elle ne s'en est pas remise. Elle prend le train, traverse les Etats-Unis pour aller s'occuper de ses parents vieillissants et démunis, et se retrouve bloquée par une tempête de neige dans la ville où il vivait, avec une autre, et où il s'est donné la mort. Les deux épouses se rencontrent, se heurtent, se mesurent dans cet amour pour un homme exceptionnel disparu.

Elle lui écrit tout du long, elle vit des choses nouvelles, elle repense au passé, remontant loin, jusqu'à son enfance (l'épisode de la rédaction est pétrifiant et pénétrant). Elle ne sera plus la même lorsqu'elle reprendra le train pour continuer son voyage, elle aura pu faire ses adieux.

Elle se remet debout, et c'est tout simplement magnifique, bouleversant, émouvant et radieux. C'est de la littérature, qui, par une fiction, met des mots sur l'inextricable noeud de nos propres sentiments, à travers les époques.

Admirable.

 

La Petite-Fille de Menno - Roy Parvin (2000)

Traduit de l'anglais par Bruno Boudard

(Adapté au cinéma par Claude Miller sous le titre "Voyez comme ils dansent")

 

Merci Cathulu ! Son avis, ...

 

30.01.2012

Il n'y a rien de moins photogénique qu'un adolescent complexé. Un poulpe, à la rigueur.

le premier a traité le second de bite en plâtre,ce qui,dans l'absolu,est plus incongru,que véritablement vexant.,"Rester sage", c'est l'histoire de Martin et de son ami d'enfance, toi, en treize chapitres. D'une journée très particulière, en fait, celle où ils se retrouvent après neuf ans et cinq mois, ce qui ne fait pas tout à fait deux lustres, même dans la Rome antique. Un jour où on se dira que oui, il y a au moins seize mille définitions de l'amitié, et que ça-va-oh, l'éternelle parabole du cadavre. Même si tu l'aimes bien (toi) (l'ami d'enfance de Martin, donc) (nan mais je précise, hein, je ne "te" parle pas, là). La vie de Martin n'est pas bien jouasse, la tienne a meilleure mine mais tu sais ce qu'on dit sur les apparences. Allez, en piste, c'est parti pour 115 pages que je qualifierais bien de parfaites, tiens, si je n'avais une légère tendance à l'emballement. Moi en tout cas j'ai adoré, quelle bonne idée il a eu là, Jean-Baptiste Gendarme (déjà, "Décapage", c'était lui. Un récidiviste. Les plus dangereux.) de recommander ce texte aux éditions Alma. Premier roman, dis-donc, bravo Arnaud Dudek

 

Merci Cathulu !

On a aimé aussi  chez : Cathulu (donc), Clara, chez Molly Ben (avec une chouette interview) (moi aussi j'ai 13 ans, pffff. Par 3 et demi, c'est tout), au Monde des Livres, chez Second Flore, et puis sûrement aussi chez tout un tas de gens très bien voire quelques pas sages, mais on leur pardonne.

02.01.2012

Tu es très gentil, tu sais ? Tu n'es pas un garçon ordinaire. - Déjà des insultes ?

"Elle avait entraîné Ilan près du berceau où Ofer dormait, les poings crispés, se rappelle Ora. "Et voilà mon chéri, un autre soldat pour Tsahal !" s'était-elle exclamée."D'ici qu'Ofer grandisse, le pays sera en paix !" s'était empressé de répondre Ilan, comme il se devait. Qui avait raison ? se demande-t-elle."

personne au monde ne peut comprendre ce qui arrive,songea ora,seulement nous deux.,et c'est la preuve que nous avons raison.

 

En 1967, Ora rencontre Avram et Ilan, dans un hôpital israélien, alors qu'ils sont tous adolescents. Trente ans plus tard, ils sont toujours proches, même si la vie les a grandement fait valser. Aujourd'hui, Ora a conduit son fils cadet, Ofer, à la guerre. Après ses trois années de service militaire obligatoire, il a choisi de se porter volontaire pour une mission dangereuse. Mue par une pensée magique impérieuse, elle part pour la randonnée qu'elle avait à l'origine prévue de faire avec lui à travers la Galilée, et elle emmène (de force) Avram : tant qu'elle ne sera pas joignable, pas là pour recevoir la mauvaise nouvelle, son fils ne mourra pas. Au fil des jours, elle entreprend de le raconter à Avram, de le maintenir sauf par le pouvoir de leurs pensées et de ses mots...

"Une femme fuyant l'annonce" de David Grossman (Seuil, 2011, 666 pages, traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen) est un Grand Roman, peut-être le meilleur de ceux que j'ai lus en 2011. En parler est tâche ardue tant il est riche, signifiant (et pourtant limpide) et surtout tant il pose de questions, sur des sujets absolument impossibles à évoquer brièvement (et que je n'évoquerai donc pas). 

Ce que je veux en dire tient au fond en deux éléments majeurs : il est impossible à lâcher (Paul Auster dit en praise "J'ai dévoré ce long roman dans une sorte de transe fiévreuse", c'est exactement ça) et il ne cesse d'évoquer, en parlant de choses très concrètes voire même triviales parfois, la grandeur.

Je suis passée par plusieurs états tout au long de ma lecture, éprouvant d'abord peu de sympathie pour les protagonistes. Avram n'est jamais parvenu à me faire surmonter mon impression première (pourtant, son "divorce par saut d'un arbre" m'a impressionnée, et j'ai compati sincèrement à la période égyptienne), Ilam m'a conquise en offrant le langage à Adam, et Ora m'a tout simplement bouleversée. C'est incroyable que David Grossman soit un homme et ait une telle justesse dans le portrait qu'il dresse d'une femme : Ora est une femme, voilà, c'est tout (et je prononce ce "tout" les bras grands ouverts et dressés mentalement), elle a tort et elle a raison, elle exagère et elle n'ose pas, elle pardonne et elle condamne, elle danse, fragile et si forte, sur une corde impalpable qui n'a pas besoin d'être rouge pour prendre un sens. En étant femme, donc, presque une incarnation de "la" femme, elle est aussi adolescente, jeune mariée, vieille mariée, épouse rejetée, épouse comblée, maîtresse, et mère. Maman. La mère.

Je n'ai craqué qu'une fois, pour deux petites larmes uniques, qui ont glissé discrètement sur mes joues tandis que ma voix se cassait sur la dernière phrase "Et au fil des semaines, l'un a sauvé l'autre, ne me demande pas comment" (p. 476), alors que je venais de lire les sept pages précédentes à haute voix à un auditoire attentif. C'est tellement... fort, ce moment entre deux frères (et évidemment les tocs, sujet hautement radioactif chez moi). C'est tellement... imparable, la construction littéraire de cette scène. C'est tellement... la vie. La place d'une mère. Ce qu'elle a construit. La façon dont sa famille existe par elle, mais sans elle, ses fils sont au monde, ils sont capables d'y faire leur place sans qu'elle intervienne, mais parce qu'elle a créé cette possibilité.

"Ce n'est pas tragique ni très original, tu sais. Ni insurmontable non plus. Le monde est une photo très floue. Je peux vivre avec. Et toi ?"

Prix Médicis Étranger 2011, plus que mérité.

 

Le très bel avis d'Eric

21.12.2011

I pictured a girl who made every moment, everything she touched, and everyone around her feel lighter and sweeter.

"Rainbow Rowell is a columnist at the Omaha World-Herald. She lives in Nebraska with her husband and two children. Attachments is her first novel." (Orion Books, 2011)

the idea,that you're hard to love,is ludicrous.,Incroyable. Premier roman ! Je supplie à genoux Rainbow Rowell de continuer à écrire des romans : j'ai tout aimé de celui-ci. Il m'a emballée de la première à la dernière page, tout y est d'une justesse absolument parfaite, sans aucune trace de maladresse, d'excès ou de gniangnianterie. Du nectar.

C'est l'histoire de deux copines dans un petit journal d'une ville américaine, en 1999. Beth est critique ciné, Jennifer compose les titres et corrige les articles. Elles sont amies depuis six ans, et échangent par mail tout au long de la journée. Lincoln est engagé au service informatique pour éviter les abus : autoriser un accès libre au net est indispensable dans un organe de presse, mais la direction entend que les employés bossent et ne passent pas leur temps à surfer. Immédiatement, les conversations des deux bavardes sont signalées. Mais loin de les morigéner, Lincoln devient accro à leur contenu.

Notre Lincoln, c'est quelqu'un. De spécial, je veux dire. Bourré de problèmes. "Pas fini". Pas vraiment l'archétype du héros romantique.

Et pourtant.

En 336 pages, il évolue sacrément, notre avis sur lui aussi (même si Fab, je persiste à ne pas crusher pour lui :)).

Non, moi, celle qui m'a fait battre le coeur, c'est Beth, indubitablement. Honnêtement, Jennifer est aussi drôle, Lincoln plus gentil, et les personnages secondaires autour tout aussi denses, mais ça ne s'explique pas, elle m'a touchée profondément à de nombreuses reprises, m'a fait glousser, je la trouve magnifique et ce dans le sens qui compte le plus : elle est vivante. Ce que ces trois personnes vont vivre n'a rien de superficiel, la façon dont elles gèrent leurs relations non plus, à mon sens on est vraiment dans une fiction très représentative et, partant, révélatrice de la nature humaine contemporaine. Oh ! Ne serait-ce pas une définition de la littérature ?...

Pour le reste, Fashion dit tout très bien. Coup de coeur, swoonage et grand sourire à tous les étages. A ne pas rater !

 

Beth to Jennifer : Heh.

Jennifer to Beth : What's "heh" ?

Beth to Jennifer : It's like "ha", but meaner. I'm going back to work now.

Jennifer to Beth : One more thing: I kind of love you for not asking me how I'm feeling.

Beth to Jennifer : Feeling about what ?

Jennifer to Beth : Thanks.

 

***

 

Jennifer to Beth : Has Chris seen your shoulders ?

Beth to Jennifer : He's seen them. But he hasn't seen them.

Jennifer to Beth : I get it, but I don't get it.

Beth to Jennifer : No sleeveless negligees. No direct sunlight. Sometimes when I'm getting out of the shower, I shout, "Hey, look, a bobcat !"

18.12.2011

Il correspond exactement à ce qu'elle veut. Et il est la dernière chose dont elle ait besoin.

"Il existe tant de temps différents. Celui par lequel on mesure nos vies. Les mois et les années. Ou le grand temps, celui qui soulève les montagnes et crée les étoiles. Ou toutes les choses qui se passent entre deux battements de coeur. C'est difficile de vivre dans tous ces temps-là. Et facile d'oublier qu'on vit dans tous."

Si tu souhaites poursuivre ta découverte de Robert Charles Wilson, je te conseille vivement Spin :) me disait il y a peu Adalana, loué soit son nom sur 37 générations.

"Spin", prix Hugo, Grand Prix de l'Imaginaire. "Spin", "roman de science-fiction vertigineux qui réussit le pari de nous transporter dans un futur lointain qui reste familier" (4° de couv). "Spin", mais c'est si bien que ça ? OooOOoh OUI.

la mortalité,a dit un jour un écrivain de ma génération,l'emporte sur la moralité.,(...)possible.,mais dans ce cas,me suis-je dit,nous ferons ce que la vie fait toujours...,défier toute attente,

 

C'est l'histoire de trois personnes, et de toute l'humanité. Trois amis d'enfance, voire avant ça, même, trois enfants dont les parents étaient intimement liés bien avant l'idée même de leur conception. Trois être parfaitement dissemblables, qui n'arriveront jamais tout à fait à être réellement proches, le spectre de leurs différences se dressant perpétuellement entre eux. Mais qui pourtant  seront toute leur vie d'une importance extrême les uns pour les autres.

C'est l'histoire d'un truc incompréhensible, une barrière, une membrane, qui brusquement est en place dans le ciel. Elle filtre. Tout, à commencer par l'action du soleil et de la lune, mais surtout le temps. A l'extérieur du Spin, les millions d'années défilent, ce ne sont que des mois sur Terre.

C'est l'histoire de ces deux choses mêlées, la barrière et trois personnes sur Terre, le temps de leur brève et si fugace vie. QUI a mis ça en place ? Pourquoi ? Et si on rendait la vie possible sur d'autres planètes ? Et si nos propres descendants, ceux des gens envoyés par nous il y a à peine quelques années, revenaient nous voir, des millions d'années s'étant écoulés pour eux derrière le Spin ? Et si le Spin ne faisait que retarder l'explosion de notre planète ? Comment construire une vie sous la menace de l'extinction ? Et si on n'avait rien compris ? Et si on ne pouvait pas tout croire de ce qu'on nous dit ? Et si certaines réponses dépassaient notre capacité à les comprendre ? Et si on vivait, en même temps, en attendant, et si on arrêtait de flipper comme des fous et qu'on tentait de profiter du moment présent ?

Et si Robert Charles Wilson était le meilleur écrivain de SF que j'aie jamais lu ?

 

Spin - Robert Charles Wilson (2005)

Editions Denoël (Lune d'Encre) 2007 @ Folio SF 2010, 608 pages.

Traduit de l'américain par Gilles Goulet

 

(Bon, Adalana, je poursuis avec quoi, maintenant ?)

 

"Je peux vous demander un autre service, Tyler ? Vous voulez bien m'apporter d'autres romans ?

- Je crains d'être à court d'histoires martiennes.

- Pas sur Mars. N'importe quel genre. N'importe quoi, du moment que le livre vous paraît important, qu'il compte pour vous ou que vous l'avez lu avec plaisir.

- Il ne doit pas manquer de professeur d'anglais qui se montreraient ravis de vous fournir une liste de lectures.

- Je n'en doute pas. Mais c'est à vous que je demande.

- Je n'ai rien d'un érudit. J'aime lire, mais je choisis un peu au hasard et je lis surtout du contemporain.

- Tant mieux. Je suis plus souvent seul que vous ne l'imaginez. Mon logement est confortable, mais je ne peux en sortir sans préparatifs compliqués. Je ne peux pas sortir dîner, je ne peux pas aller voir un film ou adhérer à un club d'activités sociales. Je pourrais demander des livres à mes anges gardiens, mais une oeuvre de fiction approuvée par un comité est bien la dernière chose dont j'ai envie. Un bon bouquin vaut presque un ami."

 

Les avis de : Vinz, Soso, Erik Wietzel, Mr Lhisbei, Traqueur stellaire, ...

12.11.2011

Il se décevait lui-même comme le décevaient son monde et son époque; il en était.

Mon dieu ça faisait longtemps. Être saisie contre mon gré par le sommeil en pleine page, me réveiller en sursaut à 4h39, en manque, foncer hors du lit, lancer une cafetière pleine, ouvrir un paquet de cigarettes et m'oublier dans la vie d'un autre. Rencontrer un livre qui a ce pouvoir est mystérieux et magique, ça ne peut pas vraiment s'expliquer, bien que des éléments tangibles soient forcément à l'oeuvre, pour être ressentis par d'autres que soi, à commencer par la première passeuse : Anna Gavalda.

Dans sa présentation du roman, elle dit ceci :

"...c’est un roman qui ne s’adresse pas aux gens qui aiment lire, mais aux êtres humains qui ont besoin de lire. Or, avoir besoin de lire n’est pas forcément un atout, ce peut être, même, souvent, un handicap. Se dire que la vie, bah… tout compte fait, n’est pas si importante que ça et que les livres pareront à ses manquements, c’est prendre le risque, souvent, de passer à côté. William Stoner donne cette impression de gâchis. D’ailleurs c’est une question qui le hante au moment de sa mort : parce que j’ai aimé lire plus que tout, j’ai déçu mes parents, perdu des amis, abîmé ma famille, renoncé à ma carrière et eu peur du bonheur, ai-je raté ma vie ?
Quelques battements de cils plus tard, il y répond et, en essayant de le servir le mieux possible, j’y ai répondu aussi. Car en vérité, et nous pouvons l’avouer, que nos vies soient ratées ou pas nous importe moins que cette question posée par un professeur à ce jeune homme gauche, fruste et solitaire qui n’a encore jamais mis les pieds dans une bibliothèque et qui deviendra mon héros :
« M.Stoner, M.Shakespeare s’adresse à vous à travers trois siècles. L’entendez-vous ? » "

Difficile de décrire le sentiment de fraternité totale qui m'a saisie à la lecture de ces propos, mais les augures étaient évidemment bons : et le roman ne déçoit pas.

Racontant très simplement (je veux dire sans aucun effet de style, sur le ton d'une conversation informelle avec quelqu'un de très poli) la vie d'un professeur d'université, et sa vie plutôt ratée, effectivement, "Stoner" de John Williams (1965) est un roman envoûtant. Non pas que l'on se reconnaisse en rien, non pas que son héros soit follement attachant, non pas qu'il se passe des trucs de folie; mais alors quoi ? Je ne sais pas, honnêtement, j'ignore ce qui est à l'oeuvre dans cette rencontre : mais elle se produit. 

Peut-être, dans une infime mesure, y-a-t-il là comme une sorte de respect, pour un être faillible mais totalement, entièrement et inimaginablement sincère ?

Peut-être est-ce contenu dans les propos de Masters ? : 

"- Nous sommes tous de pauvres Tom et nous avons froid...

Le Roi Lear, lâcha Stoner imperturbable.

- Acte III, scène IV, précisa Masters. Eh oui... C'est ainsi que la providence, la société, le destin ou... appelez-le comme vous voulez, a créé cet abri pour nous. Pour que nous puissions nous abriter de la tempête. C'est pour nous que l'université existe. Pour les dépossédés du monde. Ce n'est ni pour les étudiants, ni pour la poursuite désintéressée du savoir, ni pour aucune des raisons que vous avez pu entendre jusque-là. Des raisons, nous leur en fourguons des tas, mais nous ne gardons que les plus simplettes : celles qu'ils peuvent comprendre."

Peut-être parce que nous avons un jour ressenti, nous aussi, cette révélation ? "- une appréhension du monde rendue possible par les mots, mais que les mots, justement, ne pouvaient traduire -"

Peut-être parce que la définition d'un professeur nous touche au plus haut point ?

"Il s'exprimait avec plus d'assurance et sentait monter en lui une sorte d'autorité inébranlable et bienveillante. Il se soupçonnait d'être en train de comprendre, avec dix années de retard, qui il était vraiment, et ce qu'il découvrait était à la fois mieux et moins bien que ce qu'il avait imaginé. Voilà, se disait-il, je deviens un enseignant, un passeur, un homme dont la parole est juste et auquel on accorde un respect et une légitimité qui n'ont rien à voir avec ses carences, ses défaillances et sa fragilité de simple mortel."

Peut-être enfin (et parmi mille autres possibilités, mais il faut bien terminer ce billet à un moment ou à un autre) parce que :

"Cette flamme, cette passion, n'était ni charnelle ni intellectuelle, mais plutôt une force qui les embrassait toutes deux comme si, en plus d'être les corollaires de l'amour, elles étaient son essence même. A une femme ou à un poème, il avait simplement dit : Regarde! Je suis vivant."

timides,hésitantes,leurs mains se tendirent,puis ils s'enlacèrent maladroitement,et restèrent ainsi pendant un très long moment,scellés,figés dans cette étreinte fragile,comme si le moindre de leur mouvement,aurait pu laisser échapper,cette chose étrange,et redoutable,qu'ils venaient tout juste,de circonscrire,en refermant leurs bras.,

Stoner - John Williams

Le Dilettante, 2011, 381 p.

Lu, aimé et librement traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anna Gavalda

 

Un grand merci à Fashion pour le prêt, son avis.

Celui, parfait, de Thierry Guinhut.

08.10.2011

La vie est une succession imbécile de gens qui se disent bonjour

"- Même si le monde s'écroule, elle a dit hier dans un moment d'énervement, même si le monde s'écroule, il n'y aura plus rien après ce que tu nous as fait.

- Chiche, je lui ai répondu. Je ne vois pas les choses comme toi. Tu ne connais vraiment rien aux situations de crise.

Toutes les expériences significatives d'enfermement ont eu un effet indiscutable sur ceux qui les ont menées. Si je nous ai claquemurés ici, c'est bien pour nos rapports évoluent et que nous nous supportions à nouveau. Je ne suis pas un psychopathe et n'ai rien pris à la légère."

ce n'est pas le temps qui est courbe,ce sont les hommes qui plient l'échine devant lui,et s'amollissent,.

Voilà la situation par laquelle nous entrons dans la vie de Benjamin Berton (le narrateur) : il s'est enfermé avec sa femme et sa fille dans une chambre de leur maison, il compte y demeurer 20 jours pendant lesquels, selon ses calculs, elle (la chambre) les emmènera dans un futur alternatif où ils pourront recommencer une nouvelle vie. Il déroule alors pour nous l'ancienne, de leur installation dans cette maison du Mans, à la naissance de leur fille, leurs relations avec les voisins, les collègues, et surtout, surtout, la déliquescence de leur couple.

Ce narrateur n'est jamais attachant. Tête-à-claque, il a malgré tout des côtés profondément intéressants ("Vous aimez lire ? Quand il n'y a rien à la télé, je souris. Je détestais par-dessus tout donner l'impression que j'étais un intellectuel. Oui, j'aimais lire. C'était mon seul et unique passe-temps, la seule chose qui m'intéresse vraiment dans la vie. Tout le reste, le travail, la balade, le sexe, le football, ce que vous voulez, n'avait de sens que s'il y avait un bon livre qui m'attendait quelque part et avec lequel je pouvais passer la nuit.") Pourtant, en un style auto-fictionnel très réussi (c'est-à-dire aussi exaspérant que par moments passionnant), il se livre à une véritable dissection de la vie de couple. Il y a des passages terrifiants de lucidité, il y a une progression subtile à laquelle on adhère complètement. (Il y a aussi, rassurez-vous, la solution, selon moi, qui tient en une phrase : "La conversation seule pouvait garder deux âmes ensemble une vie durant", et qu'il décline plus longuement également).

Mais là où j'ai bu du petit lait, c'est quand Benjamin Berton (l'auteur) décide de détourner les codes du roman auto-fictionnel établis en base et nous propose un choix : est-on dans un roman de SF/Fantastique ou son personnage pète-t-il les plombs ? Car il est persuadé que dans sa maison, une des trois chambres voyage dans le temps. Il se livre à de nombreuses expériences, tâte des réalités alternatives, et ne comprend plus rien. On se régale de nombreux passages où il demande l'avis d'un copain pointu en SF, où sa femme se moque de lui, ou où il assouvit ses fantasmes d'adultère sous couvert de gérer sa culpabilité en revenant dans le passé. Il a beaucoup lu, il connaît le principe du paradoxe temporel, mais soit la chambre est facétieuse soit il ne l'a pas vraiment intégré :))

Bref, 376 pages totalement épatantes, et, pour une rare fois, j'établis ce constat sur la base de leur somme, en les ayant terminées seulement. Je veux dire, j'aimais ce roman en le lisant, il me plaisait depuis les premières pages, mais je n'avais pas l'impression de lire un Grand roman; or, en l'ayant terminé, j'y vois beaucoup plus d'intelligence dans la construction et dans les différents points évoqués, j'ai beaucoup aimé l'épilogue et le faux dédouanement qui le précède, je trouve le tout super malin, j'ai envie de le faire lire à tout le monde, tant il me semble que tel ou tel point s'adresserait plutôt à untel ou une autre. Oui, il m'arrive rarement d'être de plus en plus accrochée au fil des pages, surtout quand le personnage principal ne me plaît pas.

J'ai adoré.

 

La chambre à remonter le temps

Benjamin Berton

Editions Gallimard, (un extrait lu et quelques pages sur le site)

collection Blanche, 2011

376 pages

 

L'avis de Morlino (j'adore, of course) (même si pour moi, il ne l'aime pas sa femme), un entretien avec l'auteur sur Fluctuat (le message à la subtilité bessonesque m'a donc échappé, ce n'est pas ma lecture du tout, si c'est ça aimer pour un mec, je passe aux filles).

 

 

22.09.2011

La force est l'apanage des femmes, le fait est.

les gens d'honneur,seront toujours enclins,à faire pour leurs enfants,des choses qu'ils n'envisageraient jamais,de faire pour leur propre compte.,

 

Au-cun spoil, promis, juré.

Des nouveaux-venus, des injustices à hurler, des bien fait pour ta poire, des heures de lecture fiévreuse (891 pages), et quelques petits points notés, par-ci, par-là (forcément, sans spoiler, ça réduit le champ du compte-rendu).

Alors, certes, dans ce tome on reconnaît beaucoup la puissance féminine, mais en la présentant sans cesse comme perfide, c'est quelque peu lassant. Les éléments masculins, à les entendre, seraient toujours le jouet de femmes tentatrices qui leur feraient rompre des voeux ou faire ce qu'ils n'avaient aucune envie de faire, à grand renfort d'arguments débiles, voire hilarants de mauvaise foi. Exemple (sans les noms) :

"XX baissa la tête, les joues ruisselantes de larmes. Ces larmes étaient à elles seules la réponse dont AA ressentait la nécessité. "Tu as tué le roi, articula-t-il, et puis tu as baisé la reine.

- Je n'ai jamais...

- Couché avec YY ? Dis-le. Dis-le !

"Jamais répandu ma semence en... dans son...

- ... con ? suggéra AA.

- ... sein, termina XX. Il n'y a félonie que si l'on termine à l'intérieur."

 

Ben voyons. Heureusement il y a aussi de la mauvaise foi beaucoup plus marrante, comme celle-ci : 

"Les inhalations lui procurent un peu de soulagement, et le bonsome atténue la violence de sa toux, mais j'ai bien peur qu'en plus du sang il n'expectore maintenant des morceaux de poumon.

- Libre à lui de le faire. Mais vous allez retourner tout de suite à son chevet et l'informer que je ne lui permets absolument pas de mourir."

 

Un petit roi qui décrète la betterave aliment interdit, aussi, les pointes d'humour sont plus présentes dans ce tome 4 et ça fait toujours du bien, entre deux respirations haletantes ou un égarement total dans la profusion de noms et de lignées qui ne cessent d'apparaître et de se croiser. Certains de nos héros changent même d'identité, et ne sont plus désignés que sous la nouvelle, franchement, il faut s'accrocher pour suivre, et je crains de patauger encore plus au passage en VO. Mais c'est si bon de haïr l'imagination sadique de George R.R. Martin...

 

13.09.2011

Le livre était le style, et le style était l'homme. Et l'homme était - avait été - Charles Dickens.

L'Inimitable. Ainsi se désignait lui-même Charles Dickens, qui n'a jamais souffert d'aucune forme de modestie. Car inimitable, il l'était, assurément. Wilkie Collins, qui s'adresse tout au long de ce roman à son lecteur du futur (nous), s'en étouffait de jalousie. Mais c'est un peu plus complexe que ça, évidemment. 

mais,dieu me garde!,j'ai aimé charles dickens.,j'ai aimé son rire soudain et contagieux,ses gamineries et les histoires qu'il racontait.,j'ai aimé le sentiment,-quand on était à ses côtés-,que chaque instant était important.,

Dan Simmons nous entraîne dans ce gros roman touffu et au rythme très changeant dans un maelström d'hommage, de récit biographique, d'extrapolation, de délire sous substances diverses, d'analyse littéraire et de médisance pure (et à travers trois cercles : l'auteur qui écrit comme un deuxième auteur pour parler d'un troisième auteur; et tout se tient).

1865, Dickens a son accident de train. 1870, il meurt. Ce sont ses cinq dernières années qu'il nous est donné de partager, sous l'oeil de moins en moins cohérent de Collins...

J'ai fort peu goûté toute la partie opiumisée, qui s'étend hélas longuement et de façon redondante, mais j'ai apprécié son écho et sa résolution (et il y a tout de même quelques scènes très fortes, dont une qui m'a réellement effrayée). Wilkie Collins, le personnage ce roman, est un narrateur épouvantable, qui radote, qui ratiocine, qui s'emmêle les pinceaux et ne cesse de passer d'une chose à l'autre. Mais il est aussi formidablement drôle dans sa convoitise effrénée, dans ses pitoyables tentatives de rosseries jalouses, dans sa hargne à clamer qu'il existe.

Car il ne cesse en fait de chanter sur tous les tons à quel point il aime ce satané Dickens, et la personnalité hors du commun de l'Inimitable éclate à toutes les pages : lire le récit des lectures publiques sous sa plume est *presque* aussi exaltant que d'y avoir assisté, on ressent de façon intense tout ce qu'il veut nous faire passer, par moments on est même submergés, on en veut aux bêtes lois physiques qui nous empêchent de faire un saut dans le temps et d'avoir la chance, une fois, une seule fois, même dix secondes, de le voir, en vrai, devant nous, le regarder bouger, parler, le toucher, han, Charles Dickens, bon dieu.

Passons pudiquement sur le comportement de Collins-le-personnage vis-à-vis des femmes, il y a des claques qui se sont perdues, il y a eu cumul, tout de même.

Ce qu'il y a peut-être de plus jouissif dans ce Drood étant les clins d'oeil, les avis, les références aux romans de Dickens et de Collins, y compris dans les personnages actuellement mis en scène. Je recommande vivement d'avoir lu La maison d'âpre-vent (pages 842-843, superbes à ce sujet !), L'ami commun, Le mystère d'Edwin Drood, La femme en blanc et Pierre de lune, au moins, avant de lire ce Drood, sous peine de passer à côté de bien des points.

Je recommande également de lire les billets d'Isil, Karine et Pimpi.

Je recommande enfin de s'accrocher, il y a clairement un passage à vide entre les pages 300 et 400, mais ça vaut la peine de survoler un peu et d'atteindre la suite, oooooh oui.

 

Drood - Dan Simmons

Editions Robert Laffont, 2011, 866 p. 

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Odile Demange

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