22.02.2012
Il y a quelque chose d'anormal chez toute personne qui commet un meurtre. Laissez de côté la psychologie. Tenez-vous en à la loi.
Elle est belle à se damner, il est attentif et prévenant. Elle est pas mal idiote, il ne cesse de réfléchir. Il ne fallait rien commencer, ils sont tous deux mariés et parents. Trop tard. Rapidement, ils en arrivent à "éliminer" (salement) le mari de la belle. Ils sont arrêtés, jugés, exécutés.
1927, Ruth Snyder et Judd Gray. Une "histoire vraie", dont se sont inspirées bien des adaptations, littéraires ou cinématographiques ("Le facteur sonne toujours deux fois") et que Ron Hansen reprend ici à la manière d'un Truman Capote.
Se basant sur les faits, dates, déclarations des uns et des autres, il parvient à rendre tout ça absolument vivant et prenant et haletant et suffoquant et horrible, mon dieu, tout ceci est affreux et n'a pas de sens. Il est glissé que peut-être (peut-être !) l'apparente incohérence de Ruth a quelque chose à voir avec la maladie thyroïdienne dont elle souffrait sans que le médecin en reconnaisse les symptômes, que personne n'est jamais tout blanc ou tout noir, que la mort par décharges électriques (non maitrisées !) est un truc de malade que PERSONNE n'aurait jamais dû avoir à subir.
Un bon roman qui happe dès les premières pages.
Un des temps forts ? Les propos de Judd, lorsqu'il se rend compte du vortex qui est train de l'aspirer :
"Je suis habité par deux êtres différents, Ruth. L'un s'efforce d'avoir une vie normale, mais il en est complètement incapable, tandis que l'autre aspire au bizarre, à l'interdit et exerce un ascendant grandissant sur moi. Je suis une épave. Je cherche ma veste partout, puis je m'aperçois que je l'ai sur le dos. J'ouvre les robinets de la baignoire, puis j'oublie et j'inonde par terre. J'ai l'impression d'être dans le coma. Hier, Isabel et Jane sont venues m'accueillir à la gare et j'étais tellement dans le brouillard que je suis passé à côté d'elles sans les reconnaître.
Ruth s'esclaffa.
- Mais ce n'est pas drôle du tout pour moi, Ruth ! Nous nous connaissons depuis un an et demi seulement et, sous tous rapports, je suis pris dans ce que les pilotes de biplan appellent une "vrille mortelle". Mais pour rien au monde je ne souhaiterais en sortir. Tu es une énorme aberration...
- Merci bien.
- Oh, je ne l'entendais pas ainsi, ma chérie. Je veux dire que tu es l'objet de tout ce que je fais. L'origine de tout ce que je suis. Est-ce que je fais sens ?
Ruth prit les mains de Judd dans les siennes.
- Seulement si tu l'entendais comme un compliment.
- Honnêtement, ce n'est pas de la flatterie. C'est presque de la théologie."
(L'humour n'est pas absent de ces pages, aussi incongru que cela puisse sembler :
"Trois des aliénistes prirent des notes, tandis que le Dr Thomas Cusack relançait :
- Mais qu'est-ce qui vous intéresse ou vous excite chez le sexe opposé ?
Judd détourna le regard et garda le silence, ruminant si longtemps la question que les médecins eurent des doutes sur sa sincérité quand il finit par lâcher :
- Je ne suis pas tant attiré chez les femmes par leur beauté ou leurs simples appas que par leur élégance et leur intelligence.
L'un des médecins nota sur son bloc : "Efféminé ?" Et un autre, en dessous : "Menteur".")
"Une irrépressible et coupable passion" - Ron Hansen
Buchet-Chastel 2012, 347 pages
Traduit de l'américain par Vincent Hugon
Titre original : A wilde Surge of Guilty Passion
17.02.2012
Même les filles aimaient le foot maintenant. A quoi cela servait-il de faire des filles dans un monde pareil ?
"Mon fils aussi, du haut de ses cinq ans, aimait ce sport où des types en tenue de clown couraient comme des chiens maigres après une baballe. Bien que ce fût une entorse aux lois de Mendel sur l'hérédité, l'attirance de Tom pour le foot me paraissait en accord avec le conditionnement à la virilité grégaire, chauvine et portée sur le houblon de notre société post-machiste. J'en souffrais, mais m'en offusquais moins que pour ma fille. Je décidai sur-le-champ de l'écrire dans mon roman. Cela me ferait perdre des lecteurs, mais, au moins, cela me soulagerait."

Connaissez-vous l'agrypnie ? Simon Perse, écrivain (connu), divorcé, papa du week-end deux fois par mois (d'une petite fille de douze ans impressionnante et d'un petit bonhomme de cinq ans qu'il n'entend pas avec une mauvaise foi comique (et très triste à la fois)), patient du génial Dr Zennegger à raison de soixante euros par séance (d'accord), et aussi indien-qui-ne-renonce-jamais, étudiant en littérature à San Fransisco, Remo qui se fait mordre par un serpent (j'en passe), bref, Simon Perse/Philippe Ségur, lui, oui.
L'agrypnie est donc une perte prolongée du sommeil. Insomniaque, c'est suspect, les gens disent toujours qu'ils ne dorment pas mais s'enfilent leurs petites heures de récupération hachées en douce, SP, lui, non. Pour de vrai, il ne dort plus du tout. Nuit après nuit. Ou jour après jour. D'ailleurs, allez vous souvenir de la date quand le sommeil ne rythme plus la succession des heures, vous. Des hallucinations ? Non. Jamais. Ce qu'il vit, il l'a vécu, il en est sûr, la preuve, il ressent encore...
Je serais bien incapable de démêler les intentions de "Le rêve de l'homme lucide" de Philippe Ségur (390 pages, Buchet-Chastel 2012), tant il est riche en paradoxes. Férocement drôle en plusieurs endroits, ce roman est également plein de tendresse et de profond désenchantement, avec quelques pincées de charges virulentes. Il est surtout bien écrit, avec une précision dans les descriptions des sensations qui m'a impressionnée. Phillippe Ségur donne une impression de grande simplicité et je trouve ça hyper fortiche, tant j'ai pensé plusieurs fois : "c'est exactement ça". Sans parler évidemment de son imagination rien moins que foisonnante :)
Entamé après une hécatombe de romans abandonnés plus vite que leur cinquantième page, j'ai été ravie de tourbillonner entre ses pages.
Merci Cathulu !
Son avis, celui de FrenchPeterPan, ...
"Parce que tant qu'on est vivant, on peut toujours faire mentir les statistiques, papa."
06:16 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : et tous, sur le net, nous étions des fantômes |
14.02.2012
Les défauts de la cuirasse d'individus trop intelligents
C'est dans un commentaire sur amazon que j'ai trouvé le titre de ce billet, et il traduit tellement bien le contenu de ce roman qu'il s'impose, dans sa simplicité. "Solaire" de Ian McEwan (Gallimard 2011, 389 pages, traduit de l'anglais par France Camus-Pichon) est un de ces romans que l'on parvient à grand peine à reposer, qui n'offre pas d'endroit où le laisser : tout s'enchaîne, en une sorte de bavardage qui paraît impromptu (grâce à une construction solide) et surtout, agréable et facile.
Traitant pourtant de sujets graves et sérieux, il gambade avec beaucoup d'humour et de subtilité, et nous entraîne dans neuf ans de la vie de Michael Beard, physicien. Etre intelligent exonère-t-il de l'attention aux autres ? Ce personnage fascine et on ne parvient pas, malgré une succession d'éléments à charge, à vraiment le détester. Il est incapable de se contraindre, en aucune manière, et ne s'illusionne pas sur lui-même. Mauvais mari (cinq fois), mauvais père, chercheur paresseux, gourmand, très moyennement honnête, grandement alcoolisé à la moindre occasion, paresseux et lâche, oui, mais aussi brillant.
Ian McEwan ne sollicite jamais l'indulgence du lecteur, mais l'obtient de façon pleine et entière.
Mention spéciale à la longue scène du paquet de ships.
14:16 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : cette cour empressée, hautement organisée, lui apporta de grandes satisfactions, et marqua un tournant, dans son évolution personnelle, car aucun étudiant en licence de lettres, si intelligent fût-il, n'aurait pu se faire passer, au bout d'une seule semaine de recherches, pour un physicien ou un mathématicien, auprès de ses camarades scientifiques., c'était à sens unique. |
08.02.2012
Dans le coeur humain il y a des cordes qu'il est préférable de ne pas faire vibrer
"Charles Dickens" de Jean-Pierre Ohl, Folio, 2011, 277 pages, est une bonne biographie.

Jean-Pierre Ohl, en narrant les éléments principaux de la vie de Dickens, établit des passerelles avec les précédents travaux de ses biographes, donne son avis personnel sur plusieurs éléments et nous livre une vision résolument contemporaine de l'oeuvre de ce génie absolu. Pour autant, elle n'est ni exhaustive (certains aspects sont occultés, comme le Dickens lecteur, qui pour ses différentes revues passait au crible les manuscrits qui lui étaient soumis, et se montrait souvent véritablement encourageant pour les jeunes auteurs) ni exaltée (il apparaît même comme peu sympathique, je pense notamment à sa relation avec sa femme, décrite comme déficiente dès le début, ou son rôle de père, minimalisé). Ces 277 pages se lisent malgré tout comme un roman, et remplissent leur office : elles donnent envie de (re)lire Dickens.
Pickwick : "Sa logeuse, Mrs. Bardell, manoeuvrée par les odieux avocats Dodson et Fogg, vient d'intenter contre lui une action pour "rupture de promesse de mariage". Le récit du procès qui en découle fait hurler de rire des milliers de Britanniques. Au titre de "preuve accablante", l'avocat général cite une lettre de Pickwick adressée à la plaignante :
"Restaurant Garraway, midi. Chère Madame B., Côtelette à la sauce tomate. Bien à vous, PICKWICK." Messieurs, que signifient ces mots ? Côtelettes à la sauce tomate ! Bien à vous, Pickwick ! Côtelettes ! Juste ciel ! A la sauce tomate ! Messieurs, a-t-on le droit de jouer avec le bonheur d'une femme sensible et confiante, par des artifices aussi transparents ?"
Je suis en plein accord avec ceci : "Aujourd'hui encore, Oliver Twist demeure le roman le plus connu et le plus lu de Dickens, illustré par de nombreux films, dessins animés, bandes dessinées, albums et versions abrégées pour la jeunesse. A certains égards, cette popularité est presque regrettable car elle éclipse, hors du monde anglo-saxon en tout cas, le reste de son oeuvre. Or le livre n'a ni le génie comique de Pickwick, ni la finesse psychologique de Copperfield ou des Grandes Espérances, ni la profondeur des grands romans sociaux tels que La Maison d'Apre-Vent ou La Petite Dorritt."
Sans parler de cela : "Si l'humour de Dickens nous touche encore, alors que celui de beaucoup de ses contemporains a fait long feu, c'est qu'il entre en résonance avec les préoccupations éternelles, métaphysiques, de l'être humain, un peu comme le tintement d'une clochette déclencherait la note profonde et grave d'un énorme bourdon. Et en ce sens, Dickens peut être considéré comme le précurseur du rire moderne, angoissant et désespéré, celui de Kafka, de Canetti, de Beckett, de Gombrowicz."
(Et j'ai réalisé que je n'avais pas encore lu Barnabé Rudge ! Mais que fais-je donc ?)
Les avis de : Karine, Titine, Paul Maugendre, Lou, ...
07.02.2012
C'est bête à dire mais on s'habitue à tout, même à courir de nuit sous une pluie de balles.
"Ce qui fâche le plus, c'est finalement l'imprévu"
Olivier Maulin, dans "Le dernier contrat" (parution le 9, 191 pages) nous plonge dans une France aux confins de la guerre civile. La crise économique s'est durcie à un point critique, et la disparité des conditions de vie embrase les esprits : les dirigeants ont menti, triché, dissimulé et soudain ce n'est plus supportable. Un homme a émergé du chaos, d'abord sur internet puis brièvement dans les médias traditionnels, avant qu'ils ne décident de l'occulter. Trop tard ! La France entière suit son mouvement, il appelle à l'action, les barricades, la baston. En gros, c'est le dawa.
Joseph Victor, ce serait un peu comme le Jean Reno de Léon. Froid, méthodique, organisé, calme, minutieux. Tueur à gage, évidemment. Pas le genre bavard. Un homme balsamique, dont la narration ultra factuelle a le même effet, au milieu du tumulte du monde environnant. Mais pas lisse pour autant, ça craque aux entournures (comme le cuir de ses chaussures) et le lecteur est arrimé (limite à dire "et alors, et alors, et alors ?" vous savez, comme Henri Salvador qui attend que Zorro arrive) (mes rapprochements sont over actuels, y a pas).
Qui embauchera qui pour tuer qui ? La question est posée rapidement, et ça pulse pour y répondre. Un des opus les plus réussis de cette collection (Vendredi 13, ELB).
Claude Le Nocher aime aussi, ainsi que Martine, ...
08:50 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : - vous avez lu peguy ?, - non., - c'est une faute. |
02.02.2012
"Mon souhait le plus ardent est de n'être point exceptionnel...
... Mon souhait le plus ardent est de n'être pas une curiosité, un objet d'émerveillement. C'est de n'être point remarquable. De devenir vous - de sombrer en vous - de me fondre avec vous jusqu'à ce que vous ne puissiez plus me distinguer de vous-mêmes; d'être sans intérêt; de n'être rien du tout; de connaître l'extase de la médiocrité - est-ce trop demander ?"

C'est raté, en tout cas, pour Steven Millhauser : son recueil de nouvelles, "Le lanceur de couteaux" (et autres nouvelles) (Albin Michel, 2012, 305 pages, traduit de l'anglais (États-Unis) par Marc Chénetier, 1998 pour la parution en vo The Knife Thrower) est absolument, totalement et foutrement exceptionnel.
(Evidemment ces propos s'appliquent à un personnage qui a de très pertinentes raisons de les tenir, qui n'ont rien à voir avec une quelconque prétention).
C'est juste après avoir lu deux autres recueils de nouvelles, "Tout le cimetière en parle" de Marie-Ange Guillaume et "J'ai vendu ma bagnole à un polonais" de Pierre Gagnon, que j'ai lu Steven Millhauser. Le contraste est frappant. Si les deux premiers sont sympathiques, je n'ai strictement rien à en dire. Tandis que ce Lanceur de couteaux donne envie de se lancer dans de grandes envolées lyriques, pleines d'adverbes dithyrambiques et d'images frappantes.
Mais qu'a-t-il donc, au fond, d'aussi tourneboulant ? Les douze nouvelles qui le composent sont inquiétantes. Le rythme de l'écriture incantatoire, ça gratte, ça dévie subtilement, c'est étrange, c'est s.u.p.e.r. bien écrit et traduit. Ce sont des sociétés secrètes dont on comprend que c'est de ne pas comprendre qui fait peur, c'est un vieil ami qui épouse une grenouille et on sait que ce n'est pas normal, mais sous un certain angle, en oblique, on se dit so what, un artisan qui explose le sens ("LE" sens) en fabriquant des automates, c'est un lanceur de couteaux dont le spectacle, réglé au cordeau, nous angoisse... Ce sont des situations très légèrement déviantes (ou fantastiques, dans le sens premier du terme) décortiquées jusque dans leurs plus infimes détails, avec expression de tous les éléments contradicteurs possibles, en mots choisis dont on ne peut qu'admirer la virtuosité.
Pour une étude intello du truc, lire l'article de Nathalie Cochoy sur cairn.info, pour subtilement flipper, se précipiter en librairie.
"Ses petits reproches moqueurs m'irritèrent, et je me souvins qu'il m'avait toujours irrité de la sorte, me faisant rentrer plus profondément en moi-même, à cause d'un simple petit reproche, d'un petit regard ironique, et je trouvai étrange que quelqu'un qui m'irritait et me faisait ainsi rentrer en moi-même fût en même temps quelqu'un qui me donnait accès à une version libérée de moi-même, une version supérieure à celle, toute de contrainte, qui m'avait toujours donné l'impression d'être en train de me serrer la gorge avec ma propre main."
05:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : c'est ainsi qu'il est possible de se demander, si la forme la plus accomplie, de tout art, ne contient pas, les éléments de sa propre destruction, -si la décadence, pour dire les choses simplement, loin d'être le contraire maladif, de la parfaite santé d'un art, n'est pas simplement le résultat, d'un élan qu'ils ont en partage. |
27.01.2012
En quoi se distinguaient les méthodes pour attirer un homme et un chien ?
Les deux espèces appréciaient la bonne chère, aimaient courir en liberté, sans laisse, et se montraient parfaitement dupes si on les caressait dans le sens du poil.

Le drôle de roman que voilà ! Il m'a eue en première page, avec ceci :
"L'écart impitoyable entre inspiration et insignifiance qu'ont cruellement révélé mes rares tentatives d'écriture, m'a incitée à délaisser la plume, hormis pour consigner des faits purs et durs. Boeuf, oeufs, tomates, radis. Dentiste, ne pas oublier d'appeler. Il peut donc sembler pathétique de se mettre ainsi à rédiger un journal intime à l'âge de cinquante-six ans, mais je m'en arroge le droit."
Eva se lance donc dans un journal intime, offert avec conviction par l'une de ses petites filles. En apparence, tout va bien. Elle vit avec Sven en bonne harmonie, est déjà à la retraite en raison de problèmes de dos, cultive ses rosiers avec grand soin et s'implique dans la vie de la petite commune suédoise où ils vivent. Sur le fond aussi, tout va bien. La plume d'Eva, quoi qu'elle en dise, est ensorcelante, et sait faire ce truc si rare, dégager de l'universel de cas très particuliers, nous donner l'impression qu'on voit exactement ce qu'elle veut dire, pour l'avoir déjà vécu nous-mêmes, pas de la même façon qu'elle bien sûr, mais. Seulement les apparences sont toujours (t.o.u.j.o.u.r.s) trompeuses, et la normalité n'est vraiment que de façade : Eva a vécu des choses pas simples, et s'est construite dans la déviance (sans qu'elle s'en rende tout à fait compte, d'ailleurs)...
Un univers vraiment prenant, légèrement inquiétant, des fausses pistes, beaucoup de charme.
Les oreilles de Buster - Maria Ernestam
Editions Gaïa, 2011, 411 pages
Traduit du suédois par Esther Sermage
Titre original : Busters öron (2006)
L'avis de Joëlle, qui débouche sur plusieurs autres.
05:22 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : there's a divinity that shapes our ends, rough-hew them how we will, hamlet, act 5 scene 2 |
26.01.2012
Une sorte de Rocky Balboa des prépas.
Voici un court roman que Balzac n'aurait pas désavoué : avec une plume à la fois candide et inspirée, Emmanuel Arnaud signe ici un portrait saisissant d'un Rastignac d'aujourd'hui. Laurent Kropst n'est pas le mauvais gars, pas plus qu'il n'est attachant. Le suivre le long de son année de maths sup est un véritable parcours initiatique, pendant lequel on admire de très jolies façons d'aborder la méthodologie, la véritable intuition, ou, moins charmant, les liaisons "utiles". Il se dégage de l'ensemble une vraie vitalité, une présentation distanciée des élites, le tout est vraiment apétissant et on en aurait bien pris pour une année supplémentaire, en spé.
Le théorème de Kropst - Emmanuel Arnaud
Editions Métailié, 2012, 135 pages.
05:03 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : c'est vraiment le taupin de base., introverti, morne et gris., quasiment mural. |
21.01.2012
N'importe quelle vérité est préférable au doute absolu
(Sir Arthur Conan Doyle, La Figure jaune)
"- "L'homme n'est rien, l'oeuvre tout". C'est là que vous voulez en venir ?
- Oui. C'est de Flaubert, n'est-ce pas ?
- Oui.
- Et nous nous le rappelons encore.
Bram rit de nouveau amèrement.
- Mes histoires, dit Arthur. La science de la déduction. Le détective qui raisonne. La solution livrée fort à propos dans un dénouement satisfaisant. Tout ça, c'est des conneries.
Bram sourit.
- Je sais, dit-il. C'est pour cela que nous en avons besoin."

1893, Arthur Conan Doyle n'en peut plus de Sherlock Holmes : il le hait, c'est plus fort que lui, il en a ras-la-casquette que tout le monde lui parle de lui, il va le tuer, ça suffit, faire des romans sérieux, se libérer d'un personnage de romans de quatre sous en lequel il ne croit plus, enough !
2010, les Baker Street Irregulars se réunissent, il se passe un truc de f.o.l.i.e, on a retrouvé, parait-il, le dernier tome du journal intime de Conan Doyle, on va enfin savoir ce qui s'est passé pendant les années "sans" Sherlock Holmes !
Aux deux époques, en alternance, un mort. Une enquête. Des indices. Trop. De la réflexion. Tout est lié, tout est Holmésien, Doyléen voire Sherlockien, en piste !...
Un roman extrêmement sympathique rempli de tout ce qu'on aime : Londres, l'Angleterre, des faits historiques en base, une jolie imagination qui enrobe le tout, de l'humour (j'ai adoré la traduction, pleine d'inattendu, le "Tu déconnes !" de Sarah par exemple :)), de la déduction à tous les coins de rue et plein, plein de citations toutes plus délicieuses les unes que les autres. Je ne suis pas friande du procédé chapitres très courts en alternance, mais ici ça fonctionne du feu de dieu et j'ai retrouvé ce roman avec à chaque interruption avec un sourire de plus en plus grandissant. On apprécie au passage la réflexion sous-jacente sur le roman policier en général.
Un très bon divertissement (premier roman, en plus).
221b Baker Street - Graham Moore
Le Cherche-Midi (collection Neo), 2012, 448 pages
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise Smith
Titre original : The Sherlockian
"Pressant le pas, il atteignit l'ascenseur pratiquement au galop. Une curieuse sensation remonta de ses mollets à ses genoux. Non qu'il en eût fait l'expérience récemment mais en y réfléchissant, il se dit que cela devait s'appeler "courir"."
Lu également par Claude Lenocher,
16.01.2012
Je veux, reprit-elle, te rendre inconcevablement heureux.
David pouvait à peine tenir sa tête droite tant il était bouleversé.
- Je ne sais pas quoi dire, avoua-t-il.
- Dis "oui". Dis "On commence quand ?"

Un drôle de roman, profondément hypnotique, dont on démêle sans cesse les fils, qui mélange les époques (à rebours), les personnages, le roman dans le roman, et qui nous balade dans une intrigue que je suis bien en peine d'esquisser. Trois mariages disséqués, trois visions terribles pleines de scènes incroyablement fortes, d'éclats de vérité tellement brillants qu'ils en blessent les yeux du lecteur, mais aussi une grande tristesse permanente et une vision des choses terriblement sombre.
On pourrait commencer comme ça, par un homme dont la femme est morte et qui est suspecté d'en être responsable, sinon tout à fait coupable, mais un homme qui écrit un roman, dont le sujet est précisément la mort de sa femme, "les" morts de sa femme...
Un roman dont la tonalité, les circonvolutions et la sexualité ne sont pas à placer devant tous les yeux, qui a quelque chose de dérangeant. Et en même temps, un roman qu'on ne lâche pas, dont le côté brouillon a quelque chose de terriblement séduisant, et à qui parfois on aimerait pouvoir répondre, pour démontrer, expliquer, et mettre en évidence que les interprétations proposées pourraient être autres, avec juste un soupçon de foi en la nature humaine. Un roman, enfin, dont l'épilogue amène à repenser l'intrégalité de la lecture, procédé qui, personnellement, n'a pas ma faveur, surtout avec une clef un peu trop évidente (Hitchock) comme jetée à la fin.
J'ai aimé pourtant, mais ce ne sera pas le cas de tout le monde.
Mr. PEANUT - Adam Ross
Editions 10-18, 2011, 505 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Baptiste Dupin
Adam Ross, Mr Peanut par Editions10-18
Les autres avis : Seren Dipity, Hélène, Eliza, ...
06:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : savoir, comme elle, qu'elle ne pourrait jamais aimer qu'une personne., le savoir pour de bon., l'accepter, avec toutes les contraintes associées., une fois qu'on y était parvenu, c'était ce qui vous rapprochait le plus d'un lieu sûr. |

