16.02.2012
Elle ne voulait pas être convaincue. Elle en avait ras-le-bol, elle le sut tout de suite.
La vraie héroïne de ce roman, c'est la musique. Incontestablement, totalement, profondément. Voire brillamment. Accessoirement, il y a Julian Donahue, réalisateur (doué) de publicités. Qui est comme qui dirait détruit, après la mort de son enfant. Et qui va entendre, comme ça, *par hasard*, une jeune chanteuse irlandaise qui commence à faire le buzz aux Etats-Unis. Et qui va entamer une drôle de relation avec elle...
Deux problèmes (majeurs) en ce qui me concerne : je suis totalement insensible à la musique, et j'ai été en permanence désarçonnée par le rythme de ce roman; les dialogues ont quelque chose d'incongru (difficile à exprimer, ce truc... j'ai eu l'impression que tout était du domaine du sous-entendu, en permanence, ou alors les associations d'idées sont trop rapides pour moi, ou alors c'est juste trop décalé, mais bref, vous voyez l'idée ?), la construction m'a frustrée (deux personnages sont bien trop laissés en arrière-plan à mon goût, le frère et l'épouse, alors que quelques chapitres leur sont pourtant consacrés, en introduction, alors j'attendais plus, ce qu'on sait d'eux exige plus).
Mais c'est une belle histoire, indéniablement, j'ai été très émue parfois, autant que mal à l'aise. C'est, sur un support ultra-moderne - les contacts virtuels - une exposition du mal-de-vivre contemporain, et celui qui est motivé, pas le vague-à-l'âme des nantis, ce truc qui fait qu'on peut parfois marcher sur un fil, à la limite de choir, et de ne pas se relever. C'est aussi une belle allégorie du pouvoir des chansons sur nos vies, pour qui fonctionne avec ça. Un in-between dont je ne raffole pas, au final.
Une simple mélodie - Arthur Phillips
Le Cherche-Midi, 2012, 494 pages.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Edith Ochs
Titre original : The Song is You
Keisha a aimé.
06:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : oh ignore me, im blithering, i'm dithering, i've had too much to drink. |
04.02.2012
L'idée qu'il se fait d'un bon moment, c'est aller voir le prix des pistolets chez Bi-Mart.
Pour Justin, ça va moyen. Couple en berne, relations jamais apaisées avec son père, il a un grand besoin de se rassurer, en permanence : "Ce sont des faits. Les faits sont gérables. Ce sont des choses que l'on peut comprendre et ranger sur son étagère mentale et partager avec des classes remplies d'élèves. Les faits l'apaisent." Pour Karen, sa femme, c'est pire. Tout le monde croit que sa fausse couche est responsable de son insatisfaction, mais ça avait commencé avant. Elle, elle court, elle sculpte son corps, pour évacuer son malaise. Pour Brian, amoché par la guerre en Irak, c'est juste n'importe quoi. Sa solitude, ses cicatrices le conduisent lentement à la folie.
Le décor est d'abord planté, l'Oregon, l'urbanisation et ses ravages, les personnages, leurs failles.
Puis on part en week-end. Un week-end de chasse entre mecs, trois générations, Paul le rugueux, Justin le fils, Graham le petit-fils. Le canyon, qui dès lundi sera attaqué par les bulldozers. Des ours, un vrai et un faux. La tente, la nuit où tout fait peur, les décisions qu'il faut prendre quand ça tourne mal, l'épouse qui savoure son week-end de solitude...
Une grande maîtrise pour ce premier roman de Benjamin Percy, une tension qui s'accroit tout en finesse, une nature très présente qu'il parvient à rendre palpable, un désenchantement prégnant qui sonne juste. Le tout étant un poil trop propre pour que je m'enthousiasme, paradoxalement, trop carré, bien, nickel.
Pourtant j'ai appris plein de trucs :
"A ce moment-là, Graham est revenu : "Vous saviez que le pollen ne se dégrade jamais ?" Il n'arrête pas de dire ce genre de choses, énumérant des faits et des informations qu'il a mémorisés en surfant sur internet ou en lisant l'encyclopédie. "C'est une des rares substances naturelles qui durent indéfiniment."
- Indéfiniment, reprend son grand-père avec un petit grognement amusé.
- Tu sais ce que ce mot veut dire ? interroge Graham, sans condescendance, mais ne demandant qu'à expliquer.
- Et un je-sais-tout, tu sais ce que ça veut dire ?
- Vous saviez que cetains types de plantes peuvent manger de la viande ?
- Où est-ce que tu vas chercher ça ?
- Je le lis.
- Où ça ?" Les prémisses d'un ricanement enflent sous la barbe de son grand-père. "Sur Internet ?" Il prononce le nom comme celui d'un plat exotique qui lui aurait donné une indigestion.
- Non, rétorque Graham. Au dos d'un paquet de céréales.
- Ah, bon." Le sarcasme se transforme en sourire et son grand-père lève les bras et les laisse retomber, vaincu."
***
(Les ours) (...) "leurs oreilles ne grandissent pas avec leur corps, elles conservent la même taille, de l'ourson à l'individu âgé, de sorte qu'il est possible de déterminer l'âge d'un ours en observant ses oreilles : plus elles semblent petites par rapport à sa tête, plus l'individu est âgé."
Le canyon - Benjamin Percy
Albin Michel, collection Terres d'Amérique, 2012. 347 pages
Traduit de l'américain (The Wilding) par Renaud Morin
12:10 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : elle ne sait pas trop quel adjectif le décrit le mieux, insipide ? |
23.01.2012
Hey ! You're married ! You can't be mmmmming other guys' butts !
New York Times, New York city, Etats-Unis d'Amérique, 2004; le service des relations humaines; deux copines; des mails, du chat, des coups de fils, des mémos, du griffonnage vite fait sur tout ce qui tombe sous la main, du journal intime, des messages sur les répondeurs : MIAM.
Tout commence par un drame : la dame qui fait les gâteaux est virée. Son délit ? Avoir refusé une part de tarte au fiancé de la boss des relations humaines. Qui est une garce inter-galactique, tout en mensonges, incompétence, empathie d'un squale, et qui a un fiancé sur le même modèle. Ces deux-là, je vous prie de me croire, sont méchants-méchants-méchants. D'ailleurs ils ont tout le monde contre eux.
Tout le monde, c'est donc nos deux copines (marrantes) (mais gaffeuse) (pour l'une) (mais bien, hein, statut reine mondiale de la boulette sooo cute), un peu du reste du staff du NYT, le mari de l'une, l'ex de l'autre (et sa conquête topmodelée) (et surtout ses chansons, oh my), le frère (et toute sa famille very dysfonctionnelle) du fiancé de la boss, les copines de sororité de la boss, le patron du journal, la vieille dame des gâteaux, et, heu, je crois que c'est à peu près tout (et ça fait du monde, oui).
Bienvenue dans le monde de la caricature, ici tout est exagéré ! Mais grossir le trait n'a jamais signifié manquer de finesse, et on la trouve, effectivement, dans les petits détails jouissifs (la signature automatique de certains mails, les messages d'accueil des répondeurs, le respect de la hiérarchie implicite dans un organe de presse (le service informatique ? Tous des ...), etc. Les ressorts de l'intrigue sont évidemment du genre poutre obèse, mais le rythme est excellent et on est, à mon sens, dans une dynamique de vaudeville. Tout ça passe très très bien !
Mention spéciale à tous ces gens qui ont surligné les recettes (lecture sur le Kindle, ce genre de détail m'amuse !), et au répondeur de Mitch :
"What is the sound of one hand clapping ? What is the weight of a single grain of sand ? The answer is : Equal to my interest in the message you are about to leave. So make it short."
Boy meet Girl - Meg Cabot (2004)
Existe en version française sous le titre "Embrouilles à Manhattan"
L'avis de Pimpi, elle l'a même relu, celui de Cess,
08:54 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : i just don't know, why i'm even here., on this planet, i mean., -oh my god., you so need chocolate. |
22.01.2012
L'amnésie, telle que vous la décrivez, n'existe pas
(Les perles de libraire et Boulet, c'est une grande histoire :))
"La Page Blanche"
Boulet & Pénélope Bagieu
Une BD que tout fan qui se respecte (et on est deux à la maison) achète dès la sortie (le 18 janvier)
(Oui, c'est tout, je ne sais pas parler de BD)
(Disons que c'est une allégorie du conformisme, mignonne et bien foutue)
06:47 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : le cerveau, ce n'est pas un ordinateur, qu'on remplit et qu'on vide., votre amnésie..., on dirait une amnésie de film. |
17.01.2012
Grand écart
J'ai lu deux choses très différentes en ce brave mardi glacial (qui se lisent très vite, pas de mérite). Et autant "Les Séparées" de Kethevane Davrichewy m'a navrée (rien à en dire, rien aimé), autant "Baby Leg" de Brian Evenson m'a amusée.
Alors attention, il n'a rien de drôle. C'est un cauchemar. Un vrai. Un homme qui se réveille une main en moins dans une cabane et qui rêve d'une femme avec une jambe de bébé qui lui hurle de se barrer. Qui part, se fait rattraper, massacre à tour de bras et se réveille dans une cuve pleine de liquide et entend ses os lui parler et suit la femme à la jambe de bébé et ne sait jamais ce qui est réel. Un truc en spirale plein de tortures et bien oppressant où on interprète à tout va.
Et c'est écrit par Brian Evenson, donc on avale les 99 pages (aérées) d'une traite et après, hein, on en dit quoi ? Ben je ne sais pas. Ça m'a plu. (Le Cherche Midi 2012, traduction d'Héloïse Esquié).
Saluons tout de même les éditions Sabine Wespieser qui publient simultanément en papier et en numérique, j'aurais au moins épargné 4 euros pour le premier.
16:39 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : cette fois c'est mon tour, et c'est moi qui vous tue. |
13.01.2012
wasn't social media notorious for establishing a sense of false intimacy ?
The intimacy they'd shared was nothing but a carefully crafted illusion. The nonsense of their little rituals. Their silly inside jokes. The secrets they'd traded.

Abigail Donovan a écrit un roman, figurez-vous. C'était il y a quelques années, il a *presque* gagné un prix prestigieux, a été recommandé par Oprah herself, bref, ça a bien marché pour elle. Mais maintenant elle bloque sur le deuxième, chapitre cinq, pas moyen d'avancer. Alors elle squatte un superbe appartement donnant sur Central Park, passe ses journées à procrastiner, de statuts Facebook en visites de blogs ou scan des commentaires Amazon sur son livre. Un jour, elle se met à Twitter. Tombe immédiatement sur un type et paf, d'un coup d'un seul ils se mettent à correspondre. Pas facile en tranches de 140 caractères ? Ben pour eux, si, visiblement. Et c'est parti pour les je-te-raconte-ma-vie, oh-tu-m'as-menti-c'est-pas-bien, ah-que-tu-es-drôle-et-que-nous-avons-les-mêmes-références, c'est pour mieux gniangniantiser, mon enfant.
Team Cécile ! C'est pourtant Pimpi qui m'avait donné envie de lire ce roman, et Rose a adoré elle aussi, tout était a priori là pour me faire plonger, mais non, je suis restée en-dehors en permanence, prenant en grippe i.m.m.é.d.i.a.t.e.m.e.n.t le petit rigolo, pitié pas le coup du xxxxx ("we have to talk", celles qui ont lu/liront comprendront).
Cependant, j'ai apprécié (ô combien) toutes les références (qui sont souvent les miennes aussi, en dehors de deux-trois goodbye que je n'ai pas identifiés, nul ne sait tout you know) (mais Gilmore Girls, Lost, Buffy, Angel... oh yes), j'ai souri à quelques passes d'armes fort bien troussées, et un personnage qui appelle ses chats Buffy the Mouse Slayer et Willow Tum-Tum (parce qu'elle adooooore se faire grattouiller le ventrinou) mérite mon indulgence (sans parler de ce qu'elle dit de Spike, *sigh sigh sigh* Spiiiiiiiiiike).
A lire pour Abby, only.
Goodnight Tweetheart - Teresa Medeiros
Gallery Books, 2011, 222 pages pas (encore) traduites en français
11.01.2012
Comment pouvait-on disparaître aussi facilement de la vie de quelqu'un ?
Et si certains objets étaient dotés d'un pouvoir magique ? Rien d'ostensible, pas de formule à prononcer, mais juste une petite pincée de confiance en soi, suffisante pour tout faire basculer...
Nous sommes en novembre 1986, le président de la République dîne dans une brasserie parisienne. En partant, il oublie son chapeau. Le client de la table voisine le récupère sur une impulsion. L'objet passera de tête en tête en transformant imperceptiblement la vie de toutes...
A partir d'une jolie idée, Antoine Laurain nous promène sans nostalgie dans les années 80. De la pyramide du Louvre en construction à la Normandie en passant par Venise, des réceptions de la gauche caviar aux vagues à l'âme d'un nez sans inspiration, des génériques de séries télé aux grands concerts new-yorkais, on se promène, on quitte un amant, on déguste des huîtres, on joue les détectives privés ou on épouse un libraire. Pas le temps de s'ennuyer, juste un petit pincement devant un peu trop d'explications, parfois.
Le chapeau de Mitterrand - Antoine Laurain
Editions Flammarion, 2012, 212 pages
05:19 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : peut-être avec la même facilité, en définitive, qu'on y entrait.un hasard, des mots échangés, et c'est le début d'une relation., un hasard, et c'est la fin de cette même relation.avant, néant., après, le vide. |
07.01.2012
Jeune femme médiocre sous tous rapports, prise dans la masse, invisible, étouffée, ne manquant à personne et ne se suffisant pas à elle-même, cherche sentiment d'être pour liaison vitale.
Ecrire cerveau qui transmettra.
Toulouse, de nos jours. Une secrétaire médicale plutôt terne, qui écrit sans arrêts (sans jamais faire lire quoi que ce soit à quiconque), dont la meilleure amie est Fatiha. Une amie de toujours, mariée, trois enfants, radieuse, heureuse. Ce n'est pas le cas de Sarah, qui entretient depuis le premier regard une liaison avec Julien, le mari de Fatiha. Il veut tout quitter pour elle, elle ne veut pas, comment pourrait-elle faire ça à Fatiha (tandis que coucher avec son mari, ça, ça passe au nom du sacro-saint "amour", moui moui moui). Bref, un quotidien mou dans lequel Sarah fait du sur-place, moyennement tout (ni heureuse, ni déterminée, ni clean, ni tout à fait pourrie). Et soudain, dans le coin de son oeil droit, apparaît un homme. Il est toujours là, il la suit partout, personne d'autre qu'elle ne le voit, mais elle, le voit en permanence, avec un luxe de détails proprement étonnant. Elle cherche d'abord du côté des explications rationnelles, physiologiques, puis sombre peu à peu dans ce coin de l'oeil...
Une histoire qui flirte avec le Fantastique tout en se glissant en permanence dans les rails de la normalité la plus banale. Ce roman se lit d'une traite, bien construit, bien mené, sans effet de manche (ni, hélas, de style particulier), tout à fait agréable et épilogue en pied de nez.
Merci Fashion !
Tu devrais voir quelqu'un - Emmanuelle Urien
Gallimard, 2009, 166 pages.
Lu également par Stéphie, Clara, Marie-José Bertaux, Keisha, ...
17:37 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : gallimard, collection blanche, immédiatement gage de qualité, à quelques exceptions près |
29.12.2011
Les fous sont seulement des gens éreintés que la nuit ne secourt plus.
Sollicciano d'Ingrid Thobois (Zulma, 2011, 216 pages) est un roman au charme envoûtant. On en tourne les pages avec une certaine urgence, avides de savoir, de comprendre, le suspens accentué par une chronologie erratique. Une quinquagénaire professeur de philosophie, en couple depuis deux ans avec son thérapeute. Un couple qui fonctionne selon d'autres critères que ceux du commun, un couple fragile. Un ancien élève détenu dans une prison italienne, une visite chaque jeudi. Et la folie qui monte lentement, le malheur poisseux pour chacun d'entre eux que l'on sent planer dès les premiers mots. Avec ceci une écriture recherchée, des rimes parsemées, des phrases au fort pouvoir évocateur. Je n'ai pas été complètement séduite, mais j'ai été déroutée. C'est bien aussi.
"Pour ceux qui n'ont jamais fait l'expérience du désamour, un point est une virgule. (...) Le pire réside ailleurs, dans la continuité d'une respiration que l'on ne partage plus, dans les mouvements d'un corps que l'on ne localise plus. Il est là, quelque part, désirant, il a peut-être chaud, soif, froid mais on ne saura plus rien de ses états. A tout moment on peut le recroiser, il pourrait même téléphoner, se manifester et qui sait, revenir sur ses pas. L'attente nous a ferrés. L'espoir gangrène. Quelqu'un sans lequel vivre est un vertige qui poursuit sa route au coin de la rue, le pas léger, d'oublis en lendemains."
08:20 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : à la joie impatiente éclairant d'autres yeux, à la fébrilité des mains, on voyait qu'une attente prenait fin, un couple allait se retrouver, ils se seraient manqués, ils avaient un peu peur, -comme toujours avec le bonheur. |
23.12.2011
La peur, il disait, c'est la peur la plus précieuse matière première de l'univers.
Un jour, en Chine, dans un marais, un enfant se fait mordre le mollet. S'en suivra la World War Z, la
grande guerre des zombies. L'auteur, en mission pour l'ONU ou ce qu'il en reste, recueille des témoignages partout dans le monde, qui nous racontent - avec un luxe de détails inouïs, cette guerre. Avant, pendant, après. (Et c'est pas joli-joli).
Ce roman m'a été conseillé par ma belle-fille, qui bosse dans l'humanitaire. Elle y a vu une présentation qui tient la route de la situation politico-sociale mondiale, pratiquement pays par pays. Elle y a surtout vu beaucoup d'humour, qui m'a moins sauté aux yeux. Un grand recul, une ironie mordante, oui; mais dire que j'ai trouvé l'ensemble amusant, loin de là. Je manque sans doute à la fois de vision géo-politique et de recul, j'ai pris beaucoup de choses directement en pleine figure, je me suis assez fait peur, je dois dire.
Le mélange des genres (satire militaire, sentimentalisme à côté de la plaque, scènes d'horreur, grande flippe, actes héroïques, abus de toutes sortes, profiteurs, j'en passe) est d'ailleurs très réussi, tout autant, à mon sens, que pénible. Ce qui en ressort, pour moi, les 535 pages avalées, c'est plutôt un vrai désenchantement : la nature humaine est moche, vraiment.
Par exemple, cette mère de famille du Montana, qui déclare le plus sérieusement du monde :
"Votre mari ne s'est jamais inquiété, lui ?
Non, mais les enfants, si. Pas verbalement ni consciemment, je crois. Jenna a commencé à se battre à l'école. Aiden ne voulait plus dormir sans la lumière allumée. Des petits détails comme ça. Je ne pense pas qu'ils regardaient les informations plus que Tim ou moi, mais ils n'avaient pas tous ces soucis d'adultes qui les accaparaient, eux.
Et comment avez-vous réagi, vous et votre mari ?
Zoloft et Ritalin SR pour Aiden, Adderall XR pour Jenna. Ça a fait l'affaire pendant quelques temps. Le seul truc qui m'emmerdait, c'était que l'assurance ne remboursait rien, soi-disant parce que les gamins étaient déjà sous Phalanx."
Ou ce fantassin de Denver :
"Vous savez ce que ça produit, comme effet, une charge thermobarique ? Demandez à ces types qui se promènent avec des étoiles aux épaules. Je vous parie une couille qu'ils ne vous avoueront jamais tous les détails. On vous dira des trucs sur la pression, la chaleur, la boule de feu qui n'en finit pas de grossir, qui crame et qui bousille littéralement tout sur son passage. Chaleur et pression, c'est ça, une arme thermobarique. Ca donne envie, hein ? Alors imaginez ce qui se produit immédiatement après, le vide créé dès que la boule de feu se contracte tout d'un coup... Ceux qui survivent ont les poumons instantanément vidés, voire même - et ça, ils ne l'admettront jamais en public - tout simplement arrachés. Par la bouche, oui oui. En tout cas, ce genre d'horreur personne ne survit assez longtemps pour le raconter. Voilà pourquoi le Pentagone n'a pas trop de mal à maquiller la réalité. Mais si un jour vous voyez une photo de Z, ou même un vrai specimen en chair et en os avec les poumons encore attachés à la trachée et qui pendent, dehors, comme ça, n'hésitez pas à lui filer mon numéro de téléphone. Je suis toujours partant quand il s'agit de rencontrer un vétéran de Yonkers."
World War Z - Max Brooks
Calmann-Levy 2009 & Le Livre de Poche 2011, 535 p.
Traduit de l'anglais par Patrick Imbert
Le Codex Gnoufique renvoie sur plusieurs autres avis.
PS. J'adore la dédicace toute finale, après les remerciements, toute seule sur une page : "Je t'aime, maman." Brave Max.
09:19 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : il faisait son numéro habituel, des histoires de cul, des insultes, des blagues merdiques, - et je me suis dit:, "ce type a survécu et mes parents sont morts.", j'essaie de ne pas être trop amère., j'essaie. |

