08.07.2011
Je me lève le dernier parce que la vie me tente modérément
A quoi tiennent les choses, franchement, tout est tellement aléatoire... Entrer dans une nouvelle librairie, voir dans le grand mur des livres de poche un petit minuscule tout fin qui est juste mal rangé, qui dépasse un peu, de travers, le saisir, voir "Un livre d'une intelligence et d'une grâce inouïes" affirmé par Daniel Pennac sur la couverture, lui faire confiance, et PAN. Crucifiée.

"La dernière nuit" de Marie-Ange Guillaume (Le Passage, 2002 & Points, 2006, 94 p.) est un recueil de six nouvelles terriblement belles, profondément exactes, désespérement humaines.
Celle qui donne son titre au recueil parle d'un truc on ne peut plus banal, une liaison. Il est marié, elle n'est pas sûre de ce qu'elle fait, ça finit mal. Ça finit toujours mal. On y trouve ceci sur le bonheur : "Le bonheur se raconte mal. C'est ma main engourdie sur ton coeur qui bat encore, mon image minuscule reflétée dans tes yeux. C'est une île silencieuse où crient des milliers d'oiseaux, c'est une stupeur, un désert, un paquet de coton. Et ça ne dure pas."
Ma préférée c'est "Tête de mule". Louise, 92 ans. Bernard qui va aborder la cinquantaine. Le facteur. Qui monte les six étages une fois par semaine avec des provisions, envers qui elle est acrimonieuse. "Bernard était un brave type sans âge et sans famille qui ne se posait pas de questions. Il avait ses habitudes, elle en faisait partie. Moyennant quoi, il supportait sans broncher ses humeurs de vieille dame." Mais attention, quand elle parle de quelqu'un d'autre : "Pas très content, Bernard. Elle le rationnait en Suze, elle se foutait royalement de sa santé, elle disait jamais merci, elle râlait tout le temps, et voilà que l'autre, il était impeccable. Même le fait de venir de Pantin résonnait comme un exploit, une qualité supérieure. Elle poussait le bouchon, quand même." Leur histoire est belle, je vous laisse découvrir.
"Canicule" est douloureuse. Un papa, une petite fille, une mère malheureuse, la dépression rôde partout, ça gratte bien fort là où ça fait mal, attention.
Les trois autres sont plus courtes, plus légères, ça fait du bien aussi. Intelligence et grâce, Daniel Pennac ne ment jamais, de toute façon.